CHAPITRE VI
A Capharnaûm, il avait dit à un paralytique qu'on lui amenait pour être guéri : « Mon fils, » vos péchés vous sont remis (*) » Un autre jour, qu'il dînait chez un pharisien, une femme de mauvaise vie vint dans la maison, avec un vase d'albâtre plein d'huile et de myrrhe, et, se tenant à ses pieds, elle les arrosait de ses larmes, les essuyait avec ses cheveux, les baisait et y répandait des parfums. « Beaucoup de péchés lui se- » ront remis, s'écria Jésus, parce qu'elle a beau- » coup aimé. » Et joignant à cette promesse, d'une morale un peu facile malgré sa sublimité, une réalisation immédiate, il dit alors à cette femme : « Allez, vos péchés vous sont remis (^).»
Or, ces paroles scandalisaient ceux qui les entendaient. « Qui est, disaient-ils, celui-ci, qui re- » met même les péchés (^)? » Et ils ajoutaient: « C'est un blasphème; qui peut remettre les pé- B chés, à l'exception de Dieu seul(^)? »
Et, en effet, c'était là un blasphème d'après la foi d'Israël. La loi juive, d'accord avec ia rai-
(1) Quorum fidem vidit, et dixit : Homo remiUuntur tiui peccata tua. —Luc, ch. V, v. 20. — Marc, cli. II, v. 5.
(2) Dixit autem ad illam: remittuntur tibi peccata. — Luc, ch. VII, V. 48.
(3) Et cœperunt qui simul accumbebant dicere intra se : Quis est hic qui etiam peccata dimittit? — Luc, ibid., v. 49.
[A) Et cœperunt cogitare... Dicentes : Quis est hic (jui loquiiur blasphemias ? Quis potest dimittere peccata INISI SOLUS Deus? — Luc, ch. V, V. 21 ; Marc, ch. II, v. 7.
son universelle ,' n'admettait pas qu'il pût y avoir des intermédiaires entre Dieu et l'homme, au point de vue de la justice éternelle; elle n'admettait pas qu'un simple mortel pût absoudre ni punir les violations de la loi divine. Dieu seul, qui sonde les cœurs et les reins. Dieu seul, dont la justice est infaillible, peut faire grâce au pécheur repentant. Telle est la doctrine incontestable du Judaïsme, dans lequel on ne retrouve, à aucune époque ni sous aucune forme, le droit, même pour le pontife suprême, d'absoudre définitivement les fautes humaines.
On voit, par les textes évangéliques que nous venons de citer, qu'au temps de Jésus cette doctrine n'avait rien perdu de son autorité.
La rémission des péchés n'était toutefois de la part de Jésus qu'une déclaration indirecte de divinité ; mais bientôt ses affirmations devinrent plus explicites. Il disait : « Je suis le pain vivant » qui suis descendu du ciel (^); la volonté de mon • père qui m'a envoyé est que quiconque voit le
(1) Et ego sum panis vivus qui decœlo rfe*c<ndi.— Jean, cli. VI, V. lji.—-Qm(i descendi de cœlo, ibid., v. 38.