CHAPITRE PREMIER
La fraternité, la concorde, la paix universelle devaient être les signes et les effets de l'arrivée du Roi-Messie lorsque, assis sur le trône de David, il gouvernerait, par la justice, tous les peuples réconciliés.
Il est inutile de rechercher ici, comme l'ont fait les apôtres et les pères de TÉgUse chrétienne longtemps après les prédications de Jésus, si les paroles des prophètes avaient un sens purement symbolique et s'appHquaient à un tout autre ordre d'idées que celui qu'elles exprimaient réellement; il est inutile d'examiner si Jérusalem signifiait une cité mystique, au lieu de la capitale de la Judée ; si le trône de David devait s'entendre de la domination spirituelle de l'Église ; si le descendant du roi hébreu devait l'être selon la chair ou selon l'esprit, etc., etc. Pour les Juifs contemporains de Jésus, il est incontestable que toutes les prédictions messianiques étaient interprétées et prises dans leur expression matérielle; c'était bien Jérusalem qui, affranchie de ses maîtres étrangers, devait devenir le centre et la capitale du monde ; la^restauration du royaume de David, la filiation légitime de son héritier devaient s'accomplir et se constater par des voies humaines et par des moyens naturels. Raison ou aveuglement, il suffit à notre rôle d'historien de reconnaître que
tel était alors Tétat général des esprits en Judée ; l'Évangile démontre cette vérité, pour ainsi dire, à chaque page.
Nous avons dû nous borner à déterminer seulement les caractères généraux de l'envoyé et de répoque messianiques. Tous les éléments accessoires que le christianisme y a ajoutés, ne se trouvent point dans les textes sacrés, ou sont tirés de passages évidemment détournés de leur vraie signification et le plus souvent étrangers aux idées messianiques. Il est difficile, même avec la meilleure volonté du monde, de voir dans les écrits des prophètes hébreux Tannonce de la divinité du Christ rédempteur; on y chercherait en vain, clairement prédites, sa naissance dans le sein d'une vierge , sa passion et sa mort pour la réhabilitation morale de tout le genre humain et pour l'effacement du péché originel, sa résurrection et surtout sa consubstantialité, en compagnie de l'Esprit saint, avec le Dieu unique, invisible et infini. Si ces mystères, dont l'expression est insaisissable dans les livres prophétiques, ont pu néanmoins y être entrevus par les Pères de l'ÉgHse chrétienne grâce à un symboHsme excessif, il est certain qu'ils n'étaient admis par personne en Judée , qu'ils ne résultaient d'aucune tradition antérieure et qu'ils n'avaient à leur appui ni les opi-