CHAPITRE X. i
n'avaient plus aucun intérêt à laisser croire que que celui dont ils répandaient la doctrine, en avait emprunté tous les éléments aux livres juifs ; ils devaient au contraire s'efforcer de faire considérer l'Évangile comme une innovation radicale, comme une révolution considérable dans l'ordre des idées de l'Ancien Testament. C'est à ce but qu'il faut attribuer la forme étrange et même peu sincère qui a été donnée au Discours sur la Montagne.
Ceux, en effet, qui le lisent, sans avoir une connaissance approfondie de l'Ëcriture-Sainie, en rapportent la conviction que les Juifs ne pratiquaient qu'une morale négative; que, même, ils étaient élevés dans des principes de haine envers les autres hommes, et que Jésus seul a apporté au monde des sentiments de tolérance, de fraternité, de clémence, de charité et de vertu affirmative. « Vous avez appris qu'il a été dit )) aux anciens... s'écrie, à chaque sentence im- )) portante, le réformateur de Nazareth, jmais moi » je vous dis, etc. » On est ainsi porté à croire que tout est nouveau dans la doctrine évangélique et que l'Evangile a été ainsi une immense et éclatante rupture entre l'ancienne foi et la nouvelle. Il y a plus, non conients de puiser à pleines mains dans les trésors moraux de la Synagogue
sans indiquer cette antique origine, les rédacteurs de l'Évangile ont cherché à rendre odieuse Tancienne loi en lui imputant des maximes contraires aux plus simples idées de charité et de vertu. C'est ainsi que l'on trouve, dans le discours sur la montagne, cette énorme accusation : «Vous » avez appris qu'il a été dit aux anciens : «Tu ai- » meras ton ami et tu haïras ton ennemi, » mais » moi je vous dis, etc. » accusation qu'on peut à juste titre appeler « une belle et bonne calomnie» ainsi qu'il sera facile d'en juger bientôt par quelques textes incontestables.
On voit, par ces courtes observations, l'esprit qui a dirigé les rédacteurs de l'Évangile. Ils ont voulu paraître aux yeux des peuples païens des novateurs religieux; ils ont voulu justifier, en quelque sorte , parmi les Gentils ,1a nécessité d'une seconde révélation divine destinée à donner à l'ancienne loi un nouveau sens et une nouvelle direction. Le moment est venu de rétablir à cet égard, la vérité si longtemps obscurcie par les passions hostiles, et de restituer à la morale chrétienne, telle que l'a formulée le fils de Marie, sa véritable fihation et son vrai nom de « morale Israélite » .