‹ Les déistes anglais et le christianismeChapitre 13 sur 21 · COLLINS · texte numérisé non relu

COLLINS

dans la Grande-Bretagne, je ne sais si l'autour ne devrait pas craindre que l'on commençât par lui et par ses confrères. Peut-être le gouvernement trouverait-il utile d'embarquer toute la secte naissante pour Madagascar, parmi les singea et les magots qu'elle se fait gloire de reconnaître pour ses parents. » La discussion n'est courtoise ni d'un côté ni de l'autre ; mais cette fois Coliina n'a pas le droit de se plaindre, car if a commencé.

Le seul bon élément que renferme son livre, et que l'on retrouve dans le discours sur les prophéties dont il sera question bientôt, c'eut une certaine énergie qui semble convaincue, dans la réclamation du droit individuel d'examen. Quand Collins veut établir ce droit sur le raisonnement, sur les préceptes de l'Ecriture, sur l'exemple des grands penseurs de tous les temps ; quand il attaque les fanatiques d'uniformité , sortes de don Quichotte , dit-il , qm prétendent opposer au mouvement dû UKOiâf je ne sais quelle chevalerie errante iniîioBBiiiiî:: quand il dit que la libre pensée conaiat»:. fc •eie' la nature de l'évidence pour ou contre jni'f*»positiou , et à porter son ji^ijniça: -r :^i^

nuii-s [i;ii-Ldl y rtvnn- . avis,

simplement la méthode ordinaire du protestantisme. Or ce n'est pas cela qu'il veut, et il le fera bien voir. Il ne sortira de la défense la plus vague du libre examen le plus acceptable pour les croyants et le plus conforme aux préceptes apostoliques, que pour tomber dans Tincrédulité la plus illimitée. Ce qu'il veut, Bentley le lui dit, opposant définition à définition : c'est une liberté qui soit une disposition d*es* prit à prononcer du ton le plus décisif et sans hésiter , sur des choses que l'on n'a pas assez étudiées, en opposition au jugement des autres hommes. La contre-définition est sévère, mais elle est juste; les attaques de Collins contre le Nouveau Testament , attaques qui font époque dans l'histoire de la littérature religieuse > ne vont que trop le montrer.

D'abord, et à priori^ bien d'autres religions et bien d'autres prêtres que ceux de l'Eglise anglicane prétendent être les dépositaires d'une révélation. Collins établit volontiers des rapprochements avec les bonzes de la Chine et les Talapoins du royaume de Siam. — On lui a répondu : Qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve qu'il faut faire attention , qu'il faut chercher soigneusement la lumière capable de discerner si une révélation est plus vraie que les autres ; et nous, chrétiens, nous ne demandons que cela, la comparaison et la discussion. Mais pourquoi rejeter , dédaigner , avant tout

examen, la révélation chrétieDnet Parce qu'il y a de la fausse monnaie , ne doit-on plus se servir de la monnaie véritable?

Ensuite le canon du Nouveau Testament^n'est pas bien établi. Non pas que Collina énonce franchement cette thèse, cela n'est pas dans ses habitudes d'aggression et dans ses allures ; loin de là, il s'étonne de voir des théologiens anglais montrer que le canon du Nouveau Test^me^t est mal établi; comme cela, il fait, si j'ose dire, coup double : il atteint l'Eglise, et il atteint le livre sacré de l'Eglise. Mais pourquoi donc le canon est-il suspectî Parce qu'il n'y avait pas de canon soixante ans après Jésus- Christ. Assurément, répond Bentley, le dernier des livres de ce recueil était à peine composé alors : fallait-il donc les mettre dans le recueil avant de les écrire?

Le texte du Nouveau Testament est précaire, puisque Mill y compte, dans son édition, des milliers de variantes. — Sur cette objection, Bentley est très remarquable, et sa réponse (la trente-deuxième de son livre) ferait encore plaisir â qui la lirait aujourd'hui. Il regrette les emportements des théologiens trop zélés qui ont invectivé Mill, comme ils avaient invectivé Cappel, pour avoir produit to'ites ces variantes. Comme si la foi y perdait rien, comme si la bonne foi et la valeur des récits et des épîtres n'était pas rendue par là plus

lOH LBM DÂIITBB ANGLAIS ET LE CflmiBTUXIiia.

dvidonto; comme si chaque manuscrit nouTellismont retrouvé ne fournissait pas le moyen d*âlal)lir un texte de plus en plus pur et de plus m plus beau I

Lo texte du Nouveau Testament a été entiàremenl altéré. Quand, et par qui? Par Tempe* riiur Anastaso, au sixième siôcle, d'après un littNHuiio do Victor de Tunes (1). — Ici Ton peut Nurprendro on flagrant délit l'ignorance de Colline, so llgurant qu*il était possible au sixième Niâolo, longtemps après que les Pères avaient liiit d'innombrables citations de TEvangile, d*en romunior lo texte entièrement, et dans tous les payH à la fois, sur le caprice d*un empereur. Ut, chose oncore plus singulière, avant loH réponses d*Ibbot et de Bentley, pendant quelques mois, le public fut persuadé qu*un coup terrible venait d'être porté au christianisme.

Les traductions du Nouveau Testament sont remplies do ft*audes pieuses. Par exemple, la traduction anglaise montre le martyr Etienne (2)

(1) Jubente Anattasio imper atore, sancta Evangelia, tanquamab idiotis evangelistU compositat reprehenduntur et emendantur. Collins, toujours prôt à traduire abusivement, rend idiotii, non pas par hommes grossiers ou sans lettres, ce qui serait le sens, mais par idiots. Le baron d'Holbach, toujoura prêt, lui. à copier Collins en tâchant de l'envenimer, ce qui est moins facile, n'a garde d'oublier ce passage (Préface de VEcce homo),

(2) Act., VII, 59 : ... eiciKocXot;(ievov xal XéyovTa.

COLLINE. lUU

prrantDîfiM et disant (praying ïoGorf and saying). Eh bien, le mot de Dieu n'est pas dans le texte ; on l'ajoute en lettres italiques. — Quelle chicane! a-t-on répondu avec raison. Qui donc Etienne prierait-il, si ce n'est Dieu? Autre exemple : le même mot n'est pas toujours traduit de la même manière : ij^^tida. tantôt par église, tantôt par assemblée; ImiraoTcoç tantôt par évêque, tantôt par surveillant, pasteur, etc. Singulière compétence philologique! singulière exigence, de vouloir que le même mot soit toujours traduit par le même mot!

L'incrédule plus ambitieux que compétent qui voit partout des fraudes pieuses n'aurait-il pas conscience des fraudes non pieuses qu'il commet? Il cite l'historien Zozime sur Constantin, qui, dit-il, éprouvant des remords de ses crimes, et ne trouvant aucune expiation dans le paganisme, entend dire par un Egyptien que la religion chrétienne efface les péchés de ceux qui adoptent cette doctrine ; alors Constantin renonce au culte de ses pères et commence son impiété (ainsi l'appelle le païen Zozime) en rejetant la divination. Eh bien, Collina juge bon d'ajouter à ce récit d'un ennemi du christianisme quelques circonstances envenimantes : cet Egyptien devient un évêgne d'Egypte; ce sont les sacrements chrétiens, non la loi, qui effacent les péchés, et l'impiété dont il s'agit, ce n'est pas la négligence

des dieux, c*est le christianisme lui-mâme (1). Que dire maintenant de cet éloge de Voltaire, enveloppé dans des formes hypocrites dignes dn personnage dont il parle : « Il est triste que Collins n*ait fait usage de sa profonde dialectique que contre le christianisme. Les recherches sur les fondements de la religion chrétienne , sur la liberté de penser , sont malheureusement demeurées des ouvrages victorieux (2). »

Collins se sentait si peu victorieux qu'il resta de longues années sans recommencer ses attaques. Il ne reparut dans l'arène qu'en 1724, lorsqu'un théologien chrétien, comme dans sa première querelle, lui en fournit l'occasion. Cette fois ce fut le pieux arien Whiston, célèbre orientaliste, esprit répandu d'ailleurs dans toutes les sciences, mais arbitraire et téméraire. Ses travaux sur les prophéties, particulièrement sur les prophéties messianiques, qui seules ren-

(1) Voici les expressions de Zozime': AÎYtînTtoc Tt; elc t^v P(o- |i7jv iXOb>v, ... iràoYi; àpioipTàSoc àvaiperix^v eTvai ti^vtcSv xpt^^Ttàvcov Sie6e6ai(6(raTO S6Çacv... (Constantin) xi^c àaeSeCoç t^v àpx^^v éiroi^ffaxo, Ti^v (lavTtx^v Ix**^ ^"^ irno^ic^.

(2) T. XLII de l'éd. Renouard, Lettre sur les auteurs ar^glais, qui sont ici les déistes. — Ne pas confondre avec les fameuses Lettres sur les Anglais, t. XXIV.

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trent dans notre sujet, soulevèrent à diverses reprises de graves questions relatives au sens et au texte (1), et fournirent des armes à l'incrédulité, bien contrairement à l'intention de l'auteur.

Quant au sens des prophéties, la thèse principale de Whiston est la suivante. Les théologiens modernes, ou la plupart d'entre eux, font tort à la religion en abandonnant à moitié la preuve, la meilleure preuve, d'après la seconde épître de saint Pierre , que le christianisme puisse donner, de sa divinité, la preuve tirée des prophéties, qui, dans la bouche des hommes inspirés d'Israël, annoncèrent la venue de Jésus-Christ. Ils ont tort d'attribuer à plusieurs de ces prophéties un double sens, un sens prochain , direct, et un sens lointain, indirect, celui-ci seulement concernant le Sauveur. Ce double sens prête au caprice, à l'enthousiasme, à la fantaisie; il fournit des armes contre la foi chrétienne aux incrédules et aux Juifs. Il va directement contre la doctrine des apôtres, qui ont toujours cité les prophéties comme ayant un sens unique et direct, concernant Jésus-Christ seul, et non pas un enfant d'un prophète, ou David, ou tel autre contemporain. Lorsque saint

(1) Dans le E. III de la collection Bofle déj^ citée, VAecomplis- «manf des prophétUs, qui date de 1707. — An Eisay towardi rettming thi (rus UM oflhe Old Testament. London, 1722.

113 LBS DËrSTES ANQLIIB ET LE □HRIBTIANISIIB.

Pierre, dans sa prédication du chapitre II des Actes, allègue ijaelques paroles du psaume seizième, il dit de la façon la plus formelle que David parle de la résurrection de Christ, et non point de la sienne propre. Et saint Paul, dans la synagogue d'Antioche de Ptsidie, cite ce même passage, en insistant tout autant dans le même sens. Philippe est interrogé en ces termes par l'ofiBcier de la reine Candace, à propos du chapitre cinquante-troisième d'Esaïe : « De qui, je te prie, parle-t-il ici : est-ce de lui-même ou d'un autre? » Et Philippe répond qu'il s'agit de Jésus. Des concessions faites par saint Paul à l'esprit allégorique de son temps ne prouvent rien contre le sens direct des prophéties messianiques, non plus que la méthode d'un certain nombre de Pères de l'Eglise, moins engagés pourtant dans la voie de l'interprétation allégorique que les théologiens de ces derniers temps.

La thèse de Whiston, quant au texte des prophéties messianiques, thèse indiquée en passant dans son premier travail, développée dans le second, est celle-ci : Les Juifs, pour nuire à la prédication des apôtres en la rendant suspecte d'imposture, ont altéré les passages de l'Ancien Testament qui annonçaient la venue de Jésus-Christ; ils ont, dans le cours du deuxième siècle de notre ère, remanié ces passages non seulement dans le texte hébreu, mais dans le

grec des Septante. Et Whiston va jusqu'à reconatituer le texte de ces passages tel qu'il devait être avant cette mutilalion. — Procédé •arbitraire s'il en fut, couronnant une thèse arbitraire et pleine de périls, mettant en suspicion le texte tout entier des prophéties messianiques et cette prophétie elle-même, nuisant de Ja façon la plus grave à la cause que l'auteur voulait servir.

Collins saisit l'arme au passage ; il écrit le Discours sur les fondemenU de la religion chrétienne {!). Cette fois, l'adversaire de Clarke et de Bentley prend un nouveau costume et un nouveau masque : il se présente comme un restaurateur de la pure doctrine, comme un réformateur de la théologie, qui veut asseoir le christianisme sur ses véritables bases. Il a fait évidemment, depuis sa malencontreuse Liberté de penser, des progrès dans l'étude des questions religieuses et des textes qu'il cite ou dont il se sert , tantôt défendant Whiston et le louant de son courage , comme il louait autrefois Dodwell , tantôt, et le plus souvent , combattant ses opinions. Les insoutenables fantaisies de Whiston sur le texte à restaurer de l'Ancieû Testament, Collins n'a pas de peine à en montrer l'arbitraire et le

(t) DûcouTse of Ifie groundt and ri Lolon. London, 1724. Bibl. Coueio.

of the Christian reli-

vide. Mais ce n'est qu'un prétexte pour revenir aux prophéties messianiques elles-mêmes, et pour arriver à ruiner le christianisme par l'argumentation que voici.

Le christianisme a une base, une seule ^ l'Ancien Testament. C'est au texte de l'Ancien Testament , à ses prophéties , que Jésus et ses apôtres font continuellement appel pour prouver la divinité de leur mission. Le vrai canon des chrétiens , le seul , c'est celui de l'Ancien Testament , sur lequel ils s'appuient conformément à la règle de toute révélation qui doit s'appuyer sur une révélation précédente : ainsi l'a fait Mahomet, qui s'est réclamé du témoignage et des prophéties en sa faveur , dans les livres des Juifs et des Chrétiens.

Si le lecteur n'a pas compris , dès maintenant , oii Collins se propose d'aboutir avec son zèle pour l'Ancien Testament , avec cette sympathie musulmane que tous les déistes anglais ont exprimée pour leur coreligionnaire de La Mecque, une attaque sournoisement amenée, mais finalement violente, contre le Nouveau Testament , va leur ouvrir les yeux. S'il avait dû y avoir , dit Collins , d'autres livres canoniques que ceux de la première alliance, s'il avait dû y avoir un nouveau canon et un nouveau Testament, Jésus et ses apôtres ne l'auraientils pas déclaré eux-mêmes? Assurément ils n'auraient pas laissé A des hommes faibles^

faillibles, factieux ou intéressés, le soin do former ua jour ce recueil , au milieu des Jis

putes et des contestatioas (IJ. — Après riuoi Collins, content de n'avoir pas perdu son temps en route, reprend son argumentation.

Si les prophéties messianiques sont solides, le christianisme est invinciblement établi. Mais si par malheur — écoutons bien ! — les prophéties messianiques n'étaient pas solides, le christianisme serait convaincu de fausseté.

Qu'on ne vienne pas ici nous opposer les miracles , comme une autre série de preuves qui survivraient à la ruine des prophéties. Les miracles ne sauraient prouver qu'un mensonge est une vérité, et qu'une prophétie faussement invoquée a été accomplie ; ils ne sauraient donc prouver à eux seuls que Jésus est le Messie.

Bien plus, ils seraient grandement suspects d'être de faux rapports, émanant de personnes intéressées à les mettre en avant pour appuyer une imposture, pour dissimuler la fausseté des citations. Dieu , en effet, ne saurait permettre des miracles pour appuyer une prétendue mission, ou, s'il les permettait , ce seraient de ces miracles annoncés par le Deutéronome, qui

(1) - Not lofl lo be seltled [ong sfler their timea hy weak, faillible, factions and interesled men, wlio ivere diapuliag with one anotber about tbe geauiacss of ail boùkï beariog Ihe namea of tbe Apostlus. »

seront parfois permis aux faux prophètes pour éprouver la fidélité d'Israël. Nous ne voyons pas que les miracles rapportés par les évangélistes aient converti leurs spectateurs juifs, ni la famille même de Jésus. Et d'ailleurs ils ne nous sont pas donnés comme des preuves directes de la messianité de Jésus , mais comme des preuves de second ordre destinées à étayer les prophéties. Donc, les prophéties messianiques restent le seul fondement du christianisme.

Or que faut-il penser de ce fondement unique? C'est pour arriver à cette question, et à la réponse facile à prévoir, que lé livre a été écrit. Les prophéties n'ont qu'une valeur allégorique en tant que preuves messianiques. Le double sens a été contesté sans bonnes raisons par M. Whiston. Il y a réellement un premier sens direct, relatif à des événements contemporains ou prochains, — Collins entend bien que le lecteur ne croie qu'à l'existence de celui-là, — et puis un autre sens que l'on peut appeler secondaire, typique, mystique, allégorique. Le christianisme, dit le philosophe plein de bienveillance pour la théologie, n'est pas littéralement, il est mystiquement ou allégoriquement révélé dans l'Ancien Testament- Donc le christianisme n'est autre chose que le sens allégorique de l'Ancien Testament , et ce qu'on pourrait appeler un judaïsme mysti-

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que (1). En d'autres termes, et si nous laîssona de côté toutes ces précautions ironiques, toutes ces fausses allures de chrétien bien intentionné , — nous verrons dans un instant que Collins ne devait pas tarder à les mettre de côté lui-même , — il n'y a pas de prophéties messianiques en dehors des imaginations ou des ruses de Jésus et des apôtres. Et l'ouvrage peut se réduire à ce syllogisme : Le christianisme n'a d'autre base que les prophéties; — or la base des prophéties est chancelante — donc...

Si l'on avait pu douter encore que telle fût son intention , la polémique soulevée par le Discours sur les fondements ne tarda pas à dissiper tous les nuages. L'auteur , piqué au jeu par les réfutations des Chandler, des Sherlock et de beaucoup d'autres, dont pas un n'avait pris au sérieux ses protestations chrétiennes, compléta son ouvrage par un appendice, non pas plus profondément, mais plus ouvertement hostile (2). Cette fois il dit que

(1) " Christianity is not literally, but myatîcally or allegoricallj- rerealed in the Old Testament ; anil... Ibererorc chrislianitjr is the allegorical aease oF the Old Testament, and is not improperly called mjatical Juitaism. »

(1) Scheme of filerai prophecy cajuidered , 17'2G. dont la traduction un peu abrégée so trouve à la Buite de la traduction de l'ouvrage principal, laquelle est intitulée Examen erilique des prophiliei qui terveni de fondement à ia religion elirétienne. Londres,

l'attente d'un Messie ne fut rien moins qu'une notion universelle et toujours subsistante dans la nation juive; que c'était une illusion enfantée par les malheurs des Juifs; que le christianisme a apporté au monde le fanatisme, la guerre et l'extravagance. Il écarte successivement les principales prophéties invoquées, comme ne se rapportant nullement à l'objet que l'on suppose , et le cinquante-troisième chapitre d'Esaïe comme concernant, non point Jésus , mais le prophète Jérémie. Et sa conclusion est la suivante : « Pour se faire une idée juste et saine des prophètes hébreux, il faut les regarder comme des historiens qui ont décrit d'un style énigmatique , allégorique^ et figuré, souvent très confus, les événements arrivés, soit avant eux, soit de leur temps, auxquels ils ont eu soin de joindre des songes , des visions, des révélations, en un mot des motifs de crainte ou d'espérance, propres tantôt à subjuguer et à eflTrayer , tantôt à consoler et encourager les Juifs , pour qui seuls ils écrivaient. »

Les intentions de Collins sont donc parfaitement claires. Après avoir cherché à ruiner le christianisme par ses bases philosophiques, il a poursuivi le même but en attaquant le Nouveau

1768, et attribuée au baron d'Holbach. Rare, un exemplaire dans la réserve de la bibl. nationale.

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Testament, et plus tard en voulant démontrâr que, les miracles ne prouvant rieu, les prophéties ne signifiaient rien. Ce dernier acte d'une aussi persistante entreprise est bien celui où le lutteur a montre le plus d'âtude et de talent ; c'est alors aussi qu'il a provoqué le plus grand nombre d'apologistes. Et en cela il a peut-être fait autant de bien au christianisme qu'il lui a fait de mal par la propagation de ses attaques dans tes littératures continentales. Les théologiens anglais furent amenés, en effet, à se rendre mieux compte de la valeur de leurs propres arguments, excellents et invincibles quand au fond, et à renouveler par certains côtés une méthode vieillie. Les énormes exagérations de Collins, affirmant que les fondateurs du christianisme ne s'étaient pas appuyés sur les miracles (sur la Résurrection sana doute î), firent étudier plus soigneusement les actes de miséricorde et les paroles du Maître.

Mais surtout les prophéties furent envisagées par eux avec moins de minutie, avec plus d'ensemble. A leur tête Sherlock, l'éminent évêque de Londres (1), prit pour texte d'un large et puissant développement cette parole

(1) The vse and inimt of Propheey in Ihe sei'erai agcs of the toortd. London , 1724. C'est une suite de six discours prononces dans Temple Church en avril et mai de la mûmo année, La bibl. nationale a la 6' lidition, nih.

de saint Pierre (1) : « Nous arons aussi la parole des prophètes, qui est très ferme, à laquelle vous faites bien de vous attacher, pareille à une lampe qui éclairait dans un lieu obscur jusqu'à ce que le jour commençât à luire et que l'étoile du matin se levât dans vos cœurs. » Sa raison pour choisir ce texte, c'est précisément que Collins Ta abusivement invoqué pour rejeter toutes les preuves autres que les prophéties, ce qui n'était assurément pas dans les intentions de l'apôtre, préoccupé seulement de fortifier les espérances des fidèles, éveillées par sa première épître, et de les fortifier en les appuyant sur la prophétie. Il montre la prophétie comme une connaissance précieuse, mais encore imparfaite et obscure, précédant la claire connaissance qui résulte de la manifestation des objets eux-mêmes. Or Jésus a été manifesté, c'est la grande et complète lumière; avant qu'il ne parût il n'y avait que des lueurs, précieuses sans doute au milieu de la nuit du péché et de l'idolâtrie, mais relatives, mais sujettes à bien des incertitudes, pourtant avec un progrès majestueux depuis les premières promesses jusqu'aux annonces magnifiques d'un Esaïe. L'usage que nous devons faire, nous, des prophéties messianiques, c'est de les prendre, non pas une à une, mais en fais-

(l) 2 Pierre, I, 19.

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