VI
vrage. Je ne l'aurais point entrepris si je n'avais pensé qu'il fallait pour l'écrire l'ame d'un citoyen, plus encore que le talent d'un poète.
Je me bornerai à déclarer qu'en donnant à la vérité des formes poétiques, je ne l'ai jamais altérée. Je proteste hautement contre toute interprétation mensongère que la haine, la sottise ou l'esprit de parti voudraient donner à mes vers. Je dis librement ce que je crois devoir dire, pour le bien de la patrie ; si je croyais utile d'en dire plus, je le dirais sans être retenu par aucune crainte. Alitiir vitium , vivitque tegendo.
Cependant en poursuivant les délateurs je n'ai pas voulu l'être. Je n'ai nommé ni désigné personne. Fidèle au conseil de Martial, parcere personis, dicerede vitiis^je combats le vice , j'épargne les hommes. J'ai tracé des portraits généraux tels que la comédie les admet; ceux qui voudront s'y reconnaître ne pourront s'en prendre qu'à euxmêmes , à leur conscience , à leurs actions.
Je n'ose point espérer que l'on usera envers moi de la modération et de la réserve dont j'use envers autrui. L'aigreur, l'outrage, et l'invective, se mêlent aujourd'hui à toutes les discussions littéraires et politiques. Cependant il serait bien à souhaiter que l'on mît enfin un peu plus d'urbanité dans des débats que l'injure aggrave et envenime de jour en jour. L'erreur et la bonne foi peuvent se trouver réunies dans les partis les plus opposés. Plutarque loue singulièrement la politesse dont les tribuns du peuple , Tibérius