DEUXIÈME PARTIE
Quis talia fando, Temperet a lacr3rniis.
P^irgil. , A En. lih. a.
U E S dénonciateurs quelle est donc l'espérance ? Ne verrons-nous jamais régner la tolérance ? Je n'admetrais pas même un Dieu persécuteur! Autrefois d'Arpinum le sublime orateur Rendit son éloquence aux tyrans importune ; Antoine fit clouer sa tête à la tribune. Cet affreux souvenir ne saurait m'étonner ; La tribune est sanglante, et je cours y tonner. Sur cette tête auguste , et par la mort flétrie , Je lis encor ces mots : Père de la patrie ! Patrie ! à ce doux nom tout effroi doit cesser. Patrie ! à te servir qui pourrait balancer ? Muse , sans plus tarder , rentre dans la carrière !
L'amour du bien public te rouvre la barrière. Epanche sur mes vers l'éclat de tes rayons ; Ose de Théophraste essayer lés crayons ; Et, par de nouveaux traits saisis sur la nature, Du monstre que j abhore achève la peinture.
Combien de faits honteux restent à dévoiler !
La vérité commande , il les faut révéler.
Que la délation s'exerce au quai Voltaire ,
Soit; mais dans les bureaux d'un noble ministère,
En plus et moins suspects nos braves sont classés;
Les seuls cadres complets sont ceux des dénoncés ;
Leur troupe se partage en quatorze séries ;
Ils sont proscrits par lots et par catégories.
On change un général blanchi sous les drapeaux
Contre un guerrier tout fier de vingt ans de repos.
Un imberbe officier , , du jour même au seivice ,
Obtient un régiment, sans savoir l'exercice:
Et de le commander s'il se ti'ouve sommé,
, ci
Répond à l'inspecteur , Je suis trop enrhumé.
Qu'importe à tel ou tel qu'on soit inepte ou lâche;
Les aïeux d'un marquis ont fait pour lui sa tâche.
A garder nos foyers l'étranger est admis ;
Pour garder la frontière, on a les ennemis.