‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 24 sur 47 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

J'attaque un prescripteur , et non les magistrats : On doit siffler les sots pour le bien des rois même. De mauvais serviteurs nuisent au diadème ; D'un trône où la vertu brille en sa pureté, L'approche des méchants fléti-it la majesté. Telle fut de nos jours leur effroyable rage , Qu'on a vu (je frémis d'en retracer l'image ) Un cerbère , échappé de son antre infernal , Au-devant du proscrit traîner le tribunal , Et pressé d'exhaler la fureur qui l'anime, Lui-même dans Paris arrêter sa victime.

Qui lui montrait un front au champ d'honneur blessé. Par ce crime-là seul se trouvait dénoncé ; Et jusque dans la tour, aux braves si fatale, Ornait pompeusement sa marche prévôtale.

Les voilà donc ces preux dont on vante la foi ! Ce sont eux qui sur-tout ont desservi le roi : \ainement nos guerriers en ont la renommée, Ses plus grands ennemis ne sont ni dans l'armée, Ni parmi ces Français dont l'unique forfait Fut de vouloir leur roi plus puissant qu'un préfet. Ses amis vrais et francs repoussent les supplices^ D'aucun assassinat ils ne furent complices ; Ils ne sont , à la cour , impertinents ni bas ,

Lui font des partisans , et ne dénoncent pas. Ses ennemis , ce sont , le temps l'a fait connaître , Ces ilotes titrés, ces tyrans de leur maître, Qui des cours espérant voir le mérite exclu, Pour régner sous un roi , le veulent absolu ; Braves, dont les hauts faits se bornent à la fuite; Vainqueurs par l'étranger, conquérants à la suite; De leur propre pays infâmes détracteurs ; De leurs concitoyens éternels délateurs ; Dont le seul intérêt ou l'orgueil fit le zèle ; Pour qui le mot Patrie est un cri de rebelle ; Qui d'un Bourbon osant se proclamer l'appui. Repoussent tous les cœurs prêts à voler vers lui , Et sans cesse outrageant Paris et la province, En flétrissant le peuple ont cru flatter le prince. C'est ce bigot, qui veut, imprudent nautonnier, Qu'on perde le vaisseau pour doter l'aumônier; Ce noble, qui, l'œil sec, voit croître nos misères, Et se pâme d'amour devant nos garnisaires ; C'est la dame aux grands airs , aveugle en ses fureurs Qui , soutien suranné des gothiques erreurs , D'un sexe aimable et doux abjurant l'indulgence, De salons en salons provoque la vengeance , S'enroue, en agitant son risible étendard,

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