DEUXIÈME PARTIE
Dans ton jardin, il plaît dès ses premiers instants; Mais sur un champ d'azur^ c'est peu qu'il ait cent ans. Veux-tu paraître noble ? eh bien ! sois honnête homme ; Que pour ton équité le barreau te renomme ; Respecte, en l'immolant, le guerrier; et, crois-moi, Tu seras noble alors, sans un brevet du roi. Et toi, de la sottise héréditaire apôtre, Qui , n'étant que plus vain , te crois plus grand qu'un autre, Du temps, qui détruit tout, tes titres ont souffert: Un registre nouveau par la gloire est offert Dans le temple des arts , de Thémis , de Bellone ; C est là que, de nos jours, la noblesse se donne. Naître d'un père illustre est un rare bonheur; Mais c'est un lourd fardeau , si tu n'y joins l'honneur. Tes droits viennent de Dieu ! Croirai-je à de tels contes ? Jamais arrêt du ciel n'a fait ni ducs ni comtes. La bassesse créa, semblables aux veaux d'or, Ces idoles que Ihomme ose encenser encor. Pourquoi te rendrait-on cet hommage servile, Tribut qu'au sot orgueil accorde une ame vile ? Je sais que ton aïeul, huissier d'un tribunal, Acquit, à prix d'argent, le droit d'être vénal. Ou qu'un de ces traitants dont la France fourmille, A, par d'ignobles gains, ennobli ta famille.
Tel est l'humble motif de tes airs insolents !
Je veux que l'un des tiens ait eu de vrais talents,
Ou qu'il ait, saintement excité par un moine,
Pour courir outre-mer vendu son patrimoine ;
Eût-il pour son pays noblement combattu,
Sa noblesse se perd où s'éteint sa vertu ;
Entre ses descendants son bien seul se partage.
La valeur, chez un duc, est-elle un héritage?
Est-on, grâce à des droits encor mal reconquis,
Epargné par les vers quand on mourut marquis ?
De tes premiers aïeux, suis donc au moins la trace;
Deviens grand par toi-même autant que par ta race:
Comme eux , brille au sénat , comme eux , vole aux assauts;
Moque-toi d'être noble à la façon des sots
Que tu vois, satisfaits d'un mérite illusoire.
Etaler dans Paris leur grandeur dérisoire.
Entends-les, dans leurs vœux sans pudeur exprimés,
S'ils ne sont oppresseurs, se prétendre opprimés.
L'égalité des droits pour eux est une chaîne !
La liberté du peuple est l'objet de leur haine!
Près d'eux, se croire un homme est presque un attentat;
Eux seuls peuvent sauver et gouverner l'état.
Au vainqueur des Teutons , quand il rentra dans Rome ,
Osa-t-on demander s'il était gentilhomme ?