DEUXIÈME PARTIE
Le vrai noble, aux combats, c'est le vaillant guerrier; Le lâche, issu d'un noble, est moins qu'un roturier. Rajeunis de ton nom la vieille renommée. Il ne suffira plus , pour conduire une armée , D'être , au sein d'un infâme et nonchalant repos , Le quatorzième sot descendu d'un héros.
Ne crois pas que ce soit ton titre qui me blesse; Je combats la sottise , et non pas la noblesse : Je m'incline avec toi quand on nomme Condé; Mais sur ses actions mon respect est fondé. Tu salueras en lui le rang... moi, la victoire. Le rang brille à la cour; la vertu, dans l'histoire. Tel ruisseau vers sa source est transparent et pur, Qui va se perdre au loin dans un marais obscur : Tandis que Ihonneur vrai s'élançait des chaumières, L'honneur faux sommeillait dans les gentilhommières; Aussi , que de grands noms du néant sont sortis ! Que de noms , jadis grands , sont devenus petits !
Je veux qu'en leurs manoirs d'orgueilleux gentillâtres De leurs vieux parchemins se montrent idolâtres ; Mais combien d insensés, prosternés sur leurs pas, Se font les protecteurs des hochets qu'ils n'ont pas! Qu'un sot vienne au château d'encenser la puissance,
5o LES DÉLATEU'RS.
Un sot, plus sot encor, le rencontre et l'encense :
Car tout flatteur des rois à son tour a le sien;
Un flatteur gentilhomme en trouve un plébéien.
Inamovible esclave , un fat incorrigible ,
Ennemi de la loi qui le rend éligible,
Vote pour l'exclusif qui veut lui faire ôter
Le privilège d'homme, et le droit de voter.
Vanter qui le méprise est son unique étude ;
En vain on l'a fait libre, il veut la servitude.
Fauteur du despotisme, on l'admet chez les grands:
Frotté d'impertinence , il s'agite en leurs rangs ,
Et ne s'apperçoit pas , si leur parti l'emporte ,
Que ces messieurs soudain vont lui fermer leur porte.
Tant qu'il peut les servir, comme ils sont obligeants!
Les Tufiers les plus hauts sont alors bonnes gens ;
Il ne reçoit chez eux qu'égards , que politesse ;
On l'admet au dîner d'une vieille comtesse,
Qui s'écriera bientôt : « Ah ! que vous penser bien !
«Et monsieur, cependant , n'est qu'un homme de rien ! »
Du nom de chevalier lui-même il se décore ,
\u qu'il est chevalier du lys... qu'il porte encore.
Il ennoblit sa ferme , il l'érigé en manoir ;
Il a le ruban blanc et vise au ruban noir.
Aussi, mouche du coche, il court, il se démène;