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Les Malgaches

Le principal caractère du milieu malgache est son absence d’homogénéité. Avant la prise de possession de l'Ile par la France, les indigènes en dépit de l’hégémonie Hova n'étaient pas arrivés à concevoir l’unité de leur pays.

Une première constatation s'impose. Il n’y a pas de race malgache, mais des races venues de l'extérieur ; il n’y a pas de peuple malgache, mais des peuplades d'importance variable. Il n’y a pas un état malgache, mais un état Hova, des tribus Sakalava, Betsimiraka, Bara.

Ces faits sont d’ailleurs mis en lumière par les statistiques démographiques publiées par le Gouverneur Général de Madagascar qui répartisent en une vingtaine de groupements les 3.700.000 indigènes qui vivent à Madagascar. ‘

Hova 911.000 Antaisaka | 140.110 Retsileo 518.390 Antankarana 46.760 Betsimisaraka 438.390 Bézanozano 24.690 Sakalava 213.700 Sihanaka 63.570 Antaimoro 197.860 Comoriens et

Bara . 181.750 Anjouanais 135.630 Makoa 48.070 Antandroy 236.320 Tanala 187.280 Mahafaly 53.845 Tsimihéty 211.010 Saints-Mariens 7.600 Antanosy 85.070 Divers 5.810

Pour connaître la mentalité des individus, il est utile de conuaître leur origine. Sur ce sujet on est malheureusement obligé à Madagascar de faire de nombreuses hypothèses, car jusqu'ici on n’a pas trouvé de trace d’une population aborigène.

Il paraît acquis que tous les habitants actuels de la Grande Ile, soient venus de l'extérieur. L’océan Indien, au lieu d'isoler Madagascar a été un agent de peuplement en amenant durant des siècles, de l’est, de l’ouest, du nord, de l’Afrique, d’Océanie, d’Asie et plus tard d'Europe, des effectifs plus ou moins importants d’émigrants.

La chronologie de ces émigrations est encore très incertaine. Des spécialistes tels que Grandidier, Ferrand, Dandouau ou Julien sont souvent en désaccord.

Les premiers habitants de Madagascar auraient été les hypothétiques Vazimba, dont on retrouverait encore quelques exemplaires

46 LES DÉLÉGATIONS DE MADAGASCAR au pays Sakalava. Ce seraient des nègres d'Afrique appartenant à la famille bantoue et apparentés aux Zimba du lac Nyassa.

Dandouau, appuyé en cela par Ferrand et Julien, estime en tout cas que tout se passe à Madagascar comme si les premiers occupants avaient été des nègres venus de l'Ouest apportant avec eux leurs mœurs, leurs coutumes et leur langue.

Les éléments indo-polynésiens qui forment aujourd’hui le fond de la population commencèrent à arriver avant le deuxième siècle avant Jésus-Christ, antérieurement à l'expédition historiquement établie des Eunuques Chinois. Leurs migrations ne se firent pas en grandes masses mais eurent un caractère continu, favorisées par les courants marins et les vents, durèrent plusieurs siècles.

Si on a soutenu, sans toujours pouvoir la prouver l’existence de colonies phéniciennes et juives sur la côte est, les travaux de Ferrand ont établi avec certitude que des Arabes originaires sans doute du golfe Persique ont pris pied entre le septième et le neuvième siècle, aux Comores et sur la côte sud-est de la Grande Ile amenant avec eux des esclaves noirs, les Makoa.

Les Malais, jaunes de race mongolique, qui devaient petit à petit imposer leur domination à une grande partie du continent malgache, ne seraient arrivés qu'à partir du XII ou xIV*° siècle.

Ce n’est qu’au début du xvr° siècle, que les premiers Européens d’abord des Portugais, puis des Anglais et des Français, font leur apparition et fondent des établissements plus ou moins durables.

En dépit d’un métissage assez généralisé, on peut localiser avec assez de certitude les divers éléments qui ont contribué au peuplement de Madagascar. Les Malais se sont installés sur les hauts plateaux. Ils ont gardé à peu près intacts leurs caractères originaires dans le Mérina, mais dans le Betsiléo ils se sont croisés avec des Indo- Polynésiens. Les habitants des rebords des hauts plateaux et particulièrement ceux des massifs forestiers de l’est sont en général des Austro-Asiatiques. Les Sakalava, qui occupent la région ouest de l'Île ont une origine africaine à peu près indiscutée, Alors que les Antandroy et les Mahañfaly du sud s’apparentent plutôt aux Polynésiens.

L'influence arabe s’est localisée aux côtes nord-est et sud-est de l’île, peuplées par les Comoriens, les Tankarana, les Bétaniména, les Antaimoro et les Tanosy. Chez les Betsimisaraka, on trouve par conire les traces de rapports séculaires avec les Européens.

LE MILIEU MALGACHE ; ÿ #7

De ces données on peut déjà tirer des enseignements utiles pour la connaissance des Malgaches. Un savant ethonologue, le R. P. Dubois, qui s’est attaché à l'étude de nombreux problèmes anthropologiques et sociologiques locaux, a observé dans un intéressant rapport présenté au congrès international et intercolonial de Paris en 1932 sur la connaissance des mentalités indigènes à Madagascar, que là où le type africain domine comme chez les Bara et les Sakalava par exemple, les mœurs sont plus sauvages, le caractère plus indépendant, l'esprit moins assimilable à notre civilisation, que là où l’Arabe a pénétré plus abondamment, c’est-à-dire dans les tribus du sud-est Antaimoro ou le Tanosy, on remarque la trace plus ou moins profonde de ses usages, de ses superstitions, de ses traditions alors qu'avec le Négrile du type océanien, souvent métissé, les particularités physiques comme les mœurs et les coutumes sont plus estompées, c'est le cas des Betsimisaraka, des Tsimihéty. Chez le Malais mérinien qui, au physique et au moral rappelle à beaucoup d’égards le jaune, il y à une mentalité d'homme plus mûr et plus réfléchi, mais aussi un tempérament moral plus imprégné d’habileté commerciale, -d’ambition politique et de rouerie diplomatique.

Ces différences de caractères peuvent encore s’accentuer ou se modifier du fait des conditions différentes d'habitat.

C'est ainsi que les négroïdes d’origine imdomélanésienne qui constituent le fonds de la population ne présentent pas absolument les mêmes caractères, la même mentalité sur les hauts plateaux du centre, sur les pentes de la forêt, dans les régions désertiques de l'Ouest, du Nord et du Sud, ou sur les côtes.

De toutes façons, il faut bien constater que les degrés d'évolution des diverses populations de Madagascar il y a des écarts parfois considérables. Tandis que les habitants des hauts plateaux et spécialement les Hova ont atteint un degré de civilisation relativement avancé, les Sakalava de l'Ouest et surtout les Antandroy et les Mahafaly sont très arriérés. Il n’est pas paradoxal de dire : « Qu’entre un Hova et un Antandroy la différence est aussi grande socialement qu'éntre un Français et un Hova ».

Et c’est là un point dont on doit tenir compte dans notre politique indigène ; a chaque peuplade doit correspondre autant que possible des méthodes d'administration différentes, sinon dans leur principe, au moins dans leurs applications.

11, — Les Institutions

Produits du sol et de la race, les institutions et les coutumes sont le reflet du milieu où elles se développent. A Madagascar elles expriment dans leur variété la diversité ethnique et géographique. Aujourd’hui encore, en dépit de la domination Hova et des mesures centralisatrices de l'administration française, il y a de groses différences dans l’organisation politique et sociale et leurs coutumes des diverses peuplades de la Grande Ile. |

De multiples causes sont à l’origine de cet état de choses.

Le peuplement de Madagascar dont les origines sont si diverses ne s’est pas fait par grandes masses, mais en quelque sorte par petités doses, par alluvionnement. Ce pays, dont les dimensions sont très vastes, est relativement peu peuplé, et dans certaines régions. les habitants sont très disséminés. La nature d’autre part a fragmenté l’île en de multiples petits pays d’accès difficile. Tout ceci favorisait la constitution de groupements humains peu importants, vivant repliés sur eux-mêmes. Ce fut d’abord et uniquement la famille qui, en se ramifiant, donnait naissance ensuite au clan et à la tribu. Le fokonolona, cellule de la vie politique, administrative et économique des Hova est né sans doute de la réunion de plusieurs clans.

La création de groupements plus vastes ne date que d’une époque relativement récente, que l’on peut situer à la fin du xv° siècle ou au début du XVI. Des chefs habiles et entreprenants Andrianamabmbilany dans le Betsileo, Ralambo « le Roi sanglier. » et se successeurs en Imérina, et son fils Andrianamanirovo en pays Sakalava constituèrent à partir de ce moment des féodalités ou des petits royaumes plus ou moins puissants, mais d'étendue quelquefois considérable. Selon l’expression du R. P. Dubois, « c’est le stade de l’orga-nisation interne des tribus, et celle de leur dissociation externe ». On commence dès lors à distinguer entre Hova et Betsiléo, Betsimisaraka et Antakarana, Antandroy et Mahafaly. Accoutumés à une vie difficile sur une terre peu fertile, longtemps disputée, les Hova constituèrent bientôt un royaume puissant, dont les chefs, tantôt par la force, tantôt par la ruse, étendirent peu à peu leur domination sur les populations environnantes. Andrianampoinimérina, leur plus. grand monarque, chef de guerre heureux, diplomate habile, légiste:

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