LES SIGNES AVANT-COUREURS
1, Les conséquences économiques et politiques de la guerre à Madagascar
On a pu dire avec beaucoup de justesse que la guerre avait permis à la France de découvrir ses colonies. Les nécessités de la défense nationale obligèrent la Métropole à se tourner vers ses possessions d’outremer pour y lever des contingents de soldats et de travailleurs et pour s’y ravitailler en matières premières. Ce fut là l’occasion d’un premier effort d'ensemble pour la mise en valeur de notre domaine. colonial. =
Le concours donné par Madagascar à la mère patrie fut des plus actifs. Dès le début des hostilités la production fut développée. Cependant, une grande partie des colons et parmi ceux-ci les plus jeunes, les plus valides, s'étaient embarqués pour aller se battre en France, et les nombreux volontaires indigènes qui les avaient suivis se recrutaient parmi les éléments les plus évolués, ceux dont la collaboration était la plus précieuse pour la colonisation. L'administration dut intervenir comme dans la métropole pour organiser l’exploitation des richesses de la colonie. La prédominance des questions économiques dans le gouvernement de la colonie obligea les autorités à agir en liaison étroite avec les colons. Dans ce but, on institua des comités composés de fonctionnaires, de commerçants, d’industriels et d’agriculteurs qui eurent la tâche d'assister le Chef de la colonie pour donner une solution aux problèmes d'ordre économique, financier et administratif que posait le nouvel état de choses.
Les autorités locales, en dépit des circonstances, se préoccupèrent d’ailleurs d'aménager d’une façon permanente la collaboration des habitants avec l'administration pour la gestion des affaires publiques.
Le Gouverneur Général Garbit qui assura de 1914 à 196 les fonc-
LES SIGNES AVANT-COUREURS 67 DR pi :
tions de chef de la colonie par intérim établit un projet d’assemblée représentative que la métropole refusa de sanctionner. Ces circonstances donnèrent en tout cas aux colons la conviction de l’importance de leur rôle dans la colonie et en conséquence le désir d’être associés d’une façon effective à la gestion des affaires publiques.
ll. — Premiers projets d’assemblées représentatives
Quelques semaines après la déclaration de la guerre, plusieurs chambres consultatives de commerce et de l’industrie demandaient au pouvoir local de réunir un congrès du commerce pour examiner les répercussions des hostilités sur l’économie malgache et rechercher les moyens d’en atténuer certains effets.
Le Chef de la colonie, le Gouverneur Général par intérim Garbit, donna un avis défavorable à cette requête dans une circulaire du 16 décembre 1914 (1). A son avis, les circonstances tragiques dans lesquelles on se trouvait, l’absence d’un grand nombre de colons partis pour aller défendre la mère patrie, ne permettaient pas de convoquer cette assemblée. £
Reprenant cependant l’idée d'un congrès économique, il envisageait son organisation, lorsque la situation redeviendrait normale. Parmi les questions que cet organisme aurait alors à examiner, le Gouverneur Général Garbit prévoyait la création d’une assemblée qui représenterait d’une façon permanente les intérêts de la colonisation auprès du Gouverneur Général, et qui servirait de lien entre les différentes assemblées consulaires et municipales dont ses membres seraient issus.
En 1915 les circonstances étant toujours aussi défavorables pour convoquer un congrès économique, le Gouverneur Général Garbit abandonna son premier dessein mais il établit un projet de conférence consultative, économique et financière. Cette assemblée serait composée des membres non fonctionnaires du conseil d’administration, de délégués des chambres consultatives de commerce et d’industrie, des comices agricoles, des commissions municipales, de représentants des intérêts miniers. Sa compétence serait économique et financière. Le département des colonies objecta que ce projet ne tenait pas suffisamment compte des intérêts indigènes.
Le Gouverneur Général Garbit avait cependant pensé à faire parti-
(1) J.O.M. du 16 décembre 1914.
ciper les Malgaches aux travaux de l'assemblée. Il avait en effet préparé une réforme du conseil d'administration où seraient admis trois membres indigènes, un titulaire et deux. suppléants, et automatique- - ment ces trois notables auraient siégé à la conférence en tant que membres non fonctionnaires au conseil d'administration. Le Ministre des Colonies décida de suspendre la réorganisation du conseil d'administration jusqu’à la fin de la guerre. Du même fait, la création de la conférence économique et financière fut abandonnée.
III. —— Quelques aspects de la collaboration des colons avec les autorités locales sur le plan administratif
L'organisation de la production pour ravitailler la métropole fut une des tâches des plus importantes du gouvernement général de Madagascar pendant la guerre, qui obligea les colons et l’administration à travailler en liaison étroite.
Le Gouverneur Général Garbit estima qu'il était indispensable de recueillir les avis autorisés des représentants les plus qualifiés de l’économie malgache, non pas accidentellement ou à titre particulier, mais dans les organismes où ils auraient à étudier les problèmes du moment, de concert avec les fonctionnaires.
Un arrêté du 16 novembre 1916 (2) institua à cet effet un comité consultatif composé des principales personnalités de la colonisation française et chargé d'étudier toutes les questions économiques d’intérêt général. Cet organisme fut réorganisé par un arrêté du 16 janvier 1918 (3). Le comité devenait permanent. Il était composé des membres non fonctionnaires du conseil d'administration, des présidents de chambres consultatives, du comice agricole, d’un délégué de la chambre des mines, et de quelques hauts fonctionnaires. Il était spécifié que ce comité aurait à donner son avis en dehors des questions d'ordre économique sur certains aspects du régime fiscal et du régime douanier. Cet organisme avait un caractère plus technique que représentatif, mais il permettait à la colonisation de faire connaître son opinion.
Quelques mois après, le Gouverneur Merlin créait un congrès des présidents de chambres consultatives, ce qui constituait, comme nous l’avons vu, une nouvelle étape dans la représentation des intérêts de Ja population.
(2) J.0.M. du 18 novembre 1916.
(3) J.O0.M. du 19 janvier 1918.
1 LT RER RTE CRU PLEMET