DEUXIEME PARTIE
L'ORIGINE DES DELEGATIONS
L'évolution des institutions corporatives municipales, administratives, françaises et indigènes, ouvrait tout naturellement la voie à l’octroi de nouvelles libertés locales.
L'histoire de la création des délégations est cependant pleine de péripéties. De nombreux projets ont été présentés, discutés et abandonnés avant que l’on arrive à une solution.
Le principe de la représentation des intérêts des habitants auprès de l’administration locale ne soulevait pas d’objection. Les initiatives des autorités Malgaches devancèrent même les revendications de la population. De son côté, la Métropole, consciente des nécessités du gouvernement colonial était favorable à des mesures de décentralisation. Mais les points de vue des parties en cause s’opposèrent au contraire sur la question des pouvoirs à accorder à la future assemblée. Les colons, s’en référant à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, réclamaient des pouvoirs de décision et de contrôle sur les questions financières et même sur des sujets d'ordre politique.
L'administration, au contraire, estimant insuffisante la maturité de l'esprit public à Madagascar, prétendait ne demander que des avis aux représentants de la population. De plus, cette consultation devait se limiter strictement au domaine des finances et de l’économie.
Les thèses en présence paraissent difficilement conciliables, cependant, grâce à des concessions réciproques, les colons et le Gouverneur Général Garbit parvinrent à se mettre d'accord pour jeter les bases d’une assemblée délibérative ayant une compétence économique et financière. Mais le pouvoir central resta sur ses positions et refusa d'accepter cette solution qui lui enlevait dans certains cas tout droit de contrôle sur les affaires de la colonie. Tout ne devait pas être per- du de ces efforts. Pour mettre au point son projet, M. Garbit avait eu l’idée de réunir provisoirement à titre officieux des délégations finan-
cières consultatives. Celles-ci fonctionnèrent pendant trois ans et donnèrent toute satisfaction. Finalement, on s'arrêta à cette formule pour créer l'assemblée actuelle.
La population française, ou du moins ses représentants, ont joué un rôle de tout premier plan dans l’aménagement de la représentation locale malgache. Ce sont leurs revendications qui ont améné les autorités à prendre ce problème en considération. Les solutions qu’ils ont préconisées à l’origine n’ont sans doute pas été retenues, mais elles ont inspiré dans une certaine mesure les projets de l’administration. |
Les travaux préparatoires ont été conduits en liaison étroite avec les porte-paroles dela colonisation. Le Gouverneur Général: Garbit, en particulier, se fit un devoir de leur soumettre ses différents projets. Le congrès de 1920 avait permis de confronter ses desseins avec les revendications de nos compatriotes. Les délégations provisoires en 1921 lui fournirent l’occasion d’une ultime consultation avant de soumettre au Ministère des Colonies le projet qu’il retoucha après les observations faites par les corps constitués.
TITRE I
Le point de départ
C’est au cours de la guerre que vont se manifester les signes avantcoureurs de l’intervention des administrés dans le gouvernement de la colonie. Les circonstances imposent une collaboration étroite entre la population et des autorités locales pour venir en aide à la métropole. Celle-ci fait un appel de plus en plus large aux avis de la colonisation ; les résultats obtenus amènent le Gouverneur Général Garbit à envisager l'institution d’une représentation officielle et permanente des intérêts de la population auprès de l’administration supérieure malgache.
Les hostilités terminées, les colons s’empressent d'ouvrir une campagne pour obtenir la création d’une assemblée représentative. La réunion d’une conférence économique en janvier 1919 va leur donner l'occasion de présenter d’une façon officielle mais illégale leurs revendications.