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IV. — Les leçons du congrès

Les conclusions de la première commission furent à leur tour examinées par le congrès en séance plénière le 20 décembre 1920.

La discussion fut assez confuse, les membres du congrès furent unanimes à réclamer l'établissement d’une assemblée représentative, mais le désaccord apparut lorsque furent mis en question les détails de son organisation et surtout l'étendue de ses attributions.

Le projet de l’admiuistration trouve d’ailleurs d’éloquents défenseurs. M. Guinaudeau, Président de la chambre de commerce de Tananarive, fit remarquer que le degré d'éducation politique de la population malgache n’était pas suffisant pour que l’on puisse donner à la future assemblée des pouvoirs de délibération. A son avis, les propositions des autorités locales, tout en tenant compte de cette situation, donnaient toutes garanties aux habitants, puisque les projets arrêtés par le chef de la colonie, après examen de la . conférence, devaient être envoyés au département des colonies accompagnés du compte rendu de la conférence consultative. M. Frappart, membre du conseil d'administration, s'éleva aussi contre l’attribution de pouvoirs délibératifs pour des raisons d'équité. Il fit observer que les colons français, bien que ne constituant qu'une infinie minorité de la population, exigeaient d’avoir la majorité dans la

future assemblée. Ceci ne présentait pas de gros inconvénients, si l'assemblée ne se bornait qu’à donner des conseils, l'administration locale étant libre ensuite de faire une meilleure appréciation des. intérêts en cause.

L'attribution des pouvoirs dé décision à l’assemblée locale, consacrerait une prédominance assez injustifiée des intérêts français. Ainsi le budget, dont les ressources sont fournies au moins pour les deux tiers par les indigènes, serait voté par une majorité qui ne représenterait en réalité qu’une minorité. Fatalement celle-ci serait tentée d’oppresser les indigènes à son profit.

En conséquence, M. Frappart estimait que le projet de conférence consultative proposé par le Gouverneur Général et accepté par la: première sous-commission constituait une étape nécessaire et indispensable pour former les esprits à n'avoir qu’un souci, celui de l’intérêt général de la colonie.

Finalement, le congrès se laissant guider par l’idée que la région des hauts-plateaux absorbait la plupart des ressources au détriment des régions côtières déclara, dans l’ordre du jour de clôture « que l'expérience l’invitait à ne pas laisser l'administration recommencer ce qu'avaient fait les Hova du royaume des hauts-plateaux ».

Il vota néanmoins à une grosse majorité (unanimité moins trois voix) une motion demandant notamment que soient créés dans le ne bref délai

1°) Une assemblée financière délibérative à ie émanant des organes représentant des intérêts économiques et l'ensemble de la population.

2°) Que les rouages administratifs et plus particulièrement les organes du contrôle soient réduits et simplifiés dans leur fonctionnement, le contrôle devant être à l’avenir plus régulièrement et plus efficacement exercé par l’assemblée financière et économique délibérative.

Les délégués indigènes votèrent également cette motion à l’unanimité (moins une voix).

Le 23 Décembre 1920 eut lieu la séance de clôture du congrès.

Le discours du Gouverneur Général marqua l’abandon immédiat de la conception de l’administration.

« Pour le moment, une question essentielle se pose : celle de l’assemblée qui va naître de vos délibérations et de laquelle découleront | les solutions des autres problèmes. Je puis dès aujourd’hui vous

donner mon sentiment sur ce point. L'administration vous avait présenté l’étude de la création d’une assemblée consultative. De la consultation à la délibération, il n’y a qu’une question de nuance qui pourra être facilement atténuée si la souveraine métropole veut bien s’y intéresser. Pour ma part, j'accepte votre projet et m'efforcerai de le faire mettre en application. »

Les délégués indigènes qui participèrent aux travaux du congrès, se trouvèrent un peu dépaysés comme le prouve le passage de cette adresse qu'ils remirent au Gouverneur Général à la fin de la session.

« Nous ne prétendons pas que nos avis vous seront une aide efficace pour résoudre les importants problèmes qui se posent après la longue lutte dont la France vient de sortir victorieuse. Bien des questions nous sont encore étrangères dans la discussion desquelles nous avons cru préférable de garder le silence.

Du moins pouvons-nous vous donner l'assurance que, lorsque nous avons jugé à propos d'admettre une opinion, nous n'avons agi qu'après étude sincère et approfondie des questions qui nous étaient soumises en plaçant l'intérêt général au-dessus de toute autre considération.

La bienveillance dont vous n'avez cessé d’entourer la population indigène nous garantit votre indulgence pour la faible contribution qu'il nous a été permis d'apporter ». |

Aucune formule ne fut donc retenue par le congrès de 1920. A défaut de résultats positifs et immédiats, on était tout de même parvenu à concilier les thèses en présence, et l’accord s'était fait sur les principes qui devraient inspirer l’organisation de la future assemblée représentative malgache. Par là se trouvait démontrée la possibilité et l’utilité de la collaboration des administrés et de l’administration.

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La mise au point

Il ne restait plus qu'à préparer un nouveau projet. Le Gouverneur Général Garbit se mit aussitôt au travail,

Pour faire patienter les colons, il décida de réunir officieusement des délégations financières provisoires, assemblée représentative composée de délégués français et indigènes dont les attributions étaient consultatives, et la compétence économique et financière. C'était une expérience utile pour la mise au point des futures délégations et une occasion de préparer les administrés au rôle qui leur serait prochai- - nement dévolu dans la gestion des affaires publiques.

Jusqu'ici la métropole était restée en dehors de la question. Elle avait cependant son mot à dire, car la création de l’assemblée représentative nécessitait un décret en raison de ses répercussions admiuistratives et financières. Le ministère des colonies estima que M. Garbit, de concession en concession, avait été plus loin que ne le permettait l'éducation politique des colons et le degré de civilisation des indigènes. D'autre part, jaloux à juste titre de ses prérogatives, le département refusa d'admettre que l’accord de l’assemblée et du gouvernement général puisse lui enlever dans certains cas toute possibilité de contrôle.

L’effort tenté par la voix législative par un délégué de Madagascar au conseil supérieur des colonies (qui était en même temps député de la Réunion) n’eût pas plus de succès.

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