MALHEURS DU PROJET GARBIT
En ce qui concerne les comptes définitifs des budgets la délibération des délégations serait simplement soumise au Ministre dans son intégralité. Le)
A l'exclusion de l'assiette de l'impôt, toutes les modifications
nécessaires au budget dans l’intervalle des sessions seraient décidées par le Gouverneur Général en conseil d'administration.
Le Gouverneur Général pourrait, d'autre part, consulter les délégations sur toutes les questions d’ordre économique et financier.
Sur les vœux formulés par les délégations et qui restaient dans le cadre de nos attributions, le Gouverneur Général devrait faire connaître sa décision par lettre adressée au Président de la section intéressée, lors de la session qui suivrait immédiatement celle au cours de laquelle ils avaient été formulés.
il. — Les justifications
L'’octroi de pouvoirs délibératifs parut dangereux, et en tout cas prématuré. La Métropole est maintenant assez méfiante au sujet des assemblées locales aux colonies. Cette prudence avait toutefois des raisons spéciales à la grande Ile. On estima en effet que les colons, les industriels et les commerçants ne pouvaient invoquer le bénéfice d’une éducation suffisante pour décider à eux seuls de la solution à donner aux questions les plus importantes du gouvernement de la colonie. Jusque là, la seule assemblée régulièrement habilitée à s’occuper officiellement de l’administration de la colonie, avait été le conseil d'administration qui ne comprend qu’une minorité d’habitants (4 notables européens et 2 notables indigènes).
Relativement peu nombreux dans un pays très vaste, les colons vivent assez isolés les uns des autres. Il paraissait difficile que les intérêts généraux puissent se dégager des intérêts particuliers surtout que l'opinion publique n’est pas toujours suffisamment éclairée aux colonies. La présence dans l’assemblée, en nombre à peu près égal à celui de nos compatriotes, de membres indigènes dont l'éducation politique était évidemment assez rudimentaire, incitait encore à se montrer très circonspect dans la fixation des attributions de l’assemblée Malgache. |
Les Gouverneurs Généraux Schrameck et Guyon, prédécesseurs du Gouverneur Général Garbit, avaient fait, on s’en souvient, des réserves expresses à l'institution d'une assemblée délibérative à Madagascar.
: Le département des colonies trouva d'ailleurs des motifs d’être prudent dans les tendances manifestées par les représentants dela population dans les assemblées qui siégèrent de 1919 à 1924 et dont nous venons de faire l'historique, et dans lesquelles ils émirent à plusieurs reprises des prétentions exorbitantes au point de vue politique ou simplement financier. C’est ainsi qu'aux délégations provisoires de 1921 qui malgré leur caractère officieux furent la première occasion donnée aux mandataires des habitants de prouver leurs aptitudes économiques et financières, les délégués européens demandèrent la suppression des droits de sortie que l’on compenserait par une aggravation des impôts supportés pour la plus grosse partie par les indigènes (droits de consommation, patentes, licences). L'assemblée avait émis également des vœux tendant à n’accorder à la Métropole que le minimum de contribution, de la part du budget local, ce qui pouvait paraître normal, mais qui choquait inévitablement l’administration centrale. ù
M. Garbit prit sa retraite en 194 avant que la question de la représentation locale ait pu recevoir une solution définitive. Les négociations entreprises par le Gouverneur Général, puis par son interimaire avec le ministère durèrent plus de 2 ans 1/2 sans résultats appréciables jusqu’à la désignation de M. Olivier.
Les remaniements exigés par la Métropole changeaient forcément l’esprit du projet. Aussi il est aisé de comprendre que le Gouverneur Général Garbit ait tenu à défendre jusqu'au bout ses propositions. L'opinion publique malgache ne pensait-elle pas que le ralliement de l'administration locale à ses revendications garantissait leur approbation pour la métropole ?
La parole était maintenant à son successeur, le Gouverneur Général Olivier.
* CHAPITRE Il