‹ Les Délégations Économiques & Financières de MadagascarChapitre 89 sur 112 · I. — Le S. M, O. T. Ii. G · texte numérisé non relu

I. — Le S. M, O. T. Ii. G

Le recours pur et simple à la main-d'œuvre salariée n'aurait pas permis de réaliser le programme de gands travaux d'intérêt économique et social décidé en 1925, l'administration institua alors le 5, M. O. T. I. G. (Service de la Main-d'Œuvre des Travaux d'Intérêt général). |

Les besoins de la défense de la colonie ne justifiaient pas l’incorporation de tous les indigènes qui, légalement, devraient faire leur service militaire. Comme on ne pouvait les employer à ne rien faire, ce qui aurait coûté cher au budget, on n’incorporait qu'une partie.du contingent, l’autre était dispensée du service actif. Le Gouverneur Général Olivier eût l’idée d'utiliser cette partie des hommes pour l’employer à des travaux d'entreprises d'intérêt général. Consultées en 1925, les délégations économiques et financières donnèrent un avis favorable : la section française à l’unanimité moins quatre abstentions, la section indigène, à l'unanimité. Les représentants des différentes tribus y virent un régime susceptible d'apporter l'égalité dans les obligations qui pèsent sur la jeunesse et de permettre Aa réalisation de travaux d'intérêt général, dont ils saisirent toute l’importance.

Le système fut établi par un décret du 3 juin 1926, qui réglementa le service de la main-d'œuvre d'intérêt général et l'emploi des pionniers. Le Smotig est organisé d’une façon militaire.

Pendant les trois années où ils auraient dû faire leur service militaire, les hommes de la seconde portion du contingent peuvent être convoqués jusqu'à concurrence du nombre fixé par le Gouverneur Général. Les recrues sont concentrées dans des camps en compagnies divisées en sections, puis réparties en groupes dans les chantiers. Le personnel d'encadrement est formé d'anciens militaires. L'entretien des pionniers, qui incombait au budget des grands travaux incombe maintenant au budget des travaux sur fonds d'emprunt. Au point de vue des primes de l'habillement, du logement, de l’alimentation,

des soins médicaux, des conditions de travail et des peines disciplinaires, les pionniers sont assimilés aux militaires indigènes. L'organisation sanitaire des camps est surveillée par un médecin qui dirige l'hôpital.

Les pionniers font un stage de deux mois dans les camps, où on leur inculque les rudiments de la discipline et on leur donne une instruction militaire élémentaire. Ils sont occupés alors uniquement à des travaux d'aménagement.

Lorsqu'ils sont envoyés sur les chantiers, on a soin de les grouper d’après leurs origines. On les autorise à avoir auprès d'eux leur famille. Le sport et les distractions les plus modernes (comme le cinéma) occupent leurs loisirs.

Le Smotig a donné de très bons résultats ; sans lui, on ne serait pas arrivé à réaliser les travaux publics indispensables.

Il a pu, comme le prévoyait l’exposé des motifs du décret de 1926 « rapprocher de la vie civilisée des hommes, dont beaucoup trop encore végètent misérablement au fond de leurs forêts ou sur leurs savanes, et d'associer les populations à l’exécution de travaux auxquels elles sont au premier chef intéressées. »

Le Smotig n’a pas nui aux entreprises privées, contrairement à ce qu'on a soutenu. Les plus gros effectifs, 10.000 hommes ne représentent que 8 9, de l'effectif des hommes recensés ; il a l'avantage au contraire de dégrossir une parte de la population indigène, de lui donner une première éducation professionnelle et, peut-être aussi, en habituant le pionnier à une bonne nourriture, à un bon logement, à des distractions, de lui inspirer si ce n’est le goût, du moins le désir de travailler.

La conférence internationale du travail en 1930 avait voté une convention sur l'emploi de la main-d'œuvre obligatoire aux colonies. Le décret du 21 août 1930 en a fixé les modalités d'application pour les colonies françaises. Le gouvernement français s’engage à supprimer progressivement le travail obligatoire, mais provisoirement il le maintient pour l'exécution des travaux publics. Le Smotig n’était donc pas condamné.

De 1927 à 1930, plus de 20.000 travailleurs provenant de la deuxième partie du contingent furent appelés sur les chantiers des travaux d’intérêt général. Un certain nombre d’entre eux après avoir goûté les avantages de la vie des camps et apprécié, en particulier, les conditions de logement, de nouriture et d'hygiène, sollicitèrent l’autorisa-

tion d'y rester en ne touchant que la solde des pionniers. Ce rengagement des pionniers du Smotig n’ayant pas été prévu, l’administration eut l’idée d'ajouter des sections de travailleurs qui seraient aussi employés aux travaux publics, mais dont le recrutement serait libre. Cette organisation fit l’objet d’un projet d’arrêté, qui fut soumis aux délégations financières à la session de 1930, et signé par Je Gouverneur Général Cayla. Ce texte prévoyait des engagements avec primes, un salaire de trois francs pour huit heures de travail, une prime de dépaysement pour les pionniers travaillant sur les chantiers éloignés de leur pays d’origine, une ration journalière délivrée en nature, le logement, l’assistance médicale et la dispense d'impôt.

Enfin, le Gouverneur Cayla, dans le désir d'améliorer le sort des ouvriers en leur permettant de trouver du travail sans être obligé de contracter des engagements a, par un arrêté du 23 mai 1932, confié au service de la main-d'œuvre des travaux d'intérêt général, le soin d’administrer les travailleurs libres journaliers utilisés sur les chanliers de travaux publics. Ils bénéficient des mêmes avantages que les travailleurs contractuels (salaires, logement, nourriture, assistance médicale), mais s'ils sont sous les ordres du même cadre que les pionniers, ils ne sont pas soumis aux mêmes obligations.

D'autres modifications ont permis de distinguer entre manœuvres et spécialistes en leur attribuant des salaires plus équitables.

Les délégations économiques et financières ont eu l’occasion de s'élever à plusieurs reprises depuis 1931 sur le prix de revient trop élevé de la journée du travail du pionnier au Smotig, qui dépassait souvent du double le taux de remboursement effectué par les entrepreneurs, et qu’explique l’organisation trop onéreuse de ce service.

D'ailleurs, le Smotig est appelé à disparaître lorsque le programme des travaux publics sera terminé, ce qui ne saurait tarder. En tout cas, s’il a coûté cher, il a permis de réaliser une œuvre utile à tous et il a en une grande portée éducatrice.

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