CHAPITRE VIII
La compétence des délégations, d’après les textes qui les ont insinstituées, est strictement économique et financière. Elles n’en ont pas moins été consultéès à plusieurs reprises sur des sujets purement administratifs.
L'administration malgache a subi deux réformes profondes en 1927 et en 1930 pour lesquelles les Gouverneurs Généraux Olivier et Cayla ont tenu à recueillir l’avis de l’assemblée locale.
Ces réorganisations ont pour but de simplifier et surtout de décentraliser les services administratifs.
La réforme opérée en 1927 par le Gouverneur Général Olivier introduisit le régionalisme. Cette mesure se justifiait du fait que l’exercice du gouvernement est très malaisé dans un pays aussi vaste que Madagascar. Les centres sont souvent fort éloignés les uns des autres et les communications difficiles. Cette méthode d'administration répond parfaitement aux besoins de la Colonie, qui n’est en somme qu’un assemblage de petits pays, de climat, d'aspect et de ressources très différents, dans lesquels vivent des populations dont les caractères ethniques, la mentalité, le degré de civilisation, la langue ne sont pas identiques. : |
Le décret du 28 décembre 1925 avait déjà permis au chef de la colonie de déléguer une partie de ses pouvoirs à ses subalternes, chefs de services ou de circonscriptions.
En 1926, M. Olivier procéda également à une simplification de l’administration indigène et supprima les gouverneurs madinika et les gouverneurs principaux.
La réforme effectuée en 1927 avait pour but de modifier la nomenclature et l'étendue des circonscriptions administratives. Depuis Galbéni, l’Ile était divisée en provinces et en districts. Le Gouverneur Général Olivier supprima l’ancienne classification. Il créa 40 groupements nouveaux qui gardaient le nom de provinces et il institua six régions auxquelles étaient rattachées les provinces.
Le chef de province était la cheville ouvrière de l’organisation. Avec des pouvoirs relativement étendus, il pouvait administrer au sens plein du mot sa circonscription. Il dépendait de l'administrateur chef de région qui avait un rôle de « liaison de coordination et de contrôle ». Ce fonctionnaire était responsable du bon ordre dans sa circonscription. Il devait tenir le chef de la colonie au courant de tout ce qui se passait dans la région. Il lui appartenait, d’autre part, de diriger, de surveiller, de redresser l’action des chefs de province. À vrai dire c'était plus un inspecteur, une sorte de missi dominici, qu’un administrateur. Ses fonctions l’appelaient à de multiples déplacements, soit dans sa région, soit pour se rendre auprès du Gouverneur Général.
Le Gouverneur Olivier avait pris l'initiative de faire exposer son projet à l’assemblée dans tous ses détails en raison des répercussions que cette réforme pouvait avoir dans la vie générale de l'Ile. Sans mettre en discussion le principe de cette réorganisation, le chef de la colonie désirait que pour son application, et en particulier pour l’aménagement des diverses subdivisions, on puisse tenir compte des desiderata des représentants de la population.
L'arrêté du 15 novembre 1927 dans l’esprit du Gouverneur Olivier n'était qu’un premier pas vers la décentralisation. Il avait en effet prévu pour compléter l’organisation régionale la création de budgets régionaux et l’établissement aux côtés des administrateurs supérieurs, de conseils consultatifs. Les textes nécessaires, mis au point en 1928 ne furent promulgués qu’en 1930, par son successeur (arrêté du 12 novembre 1930).
En tous cas, bien qu'incomplète, la réforme opérée en 1927 eut d’heureux résultats, tant au point de vue politique qu’au point de vue économique. La coordination de l’action des chefs de provinces avait permis en particulier de développer les voies de communication grâce à des programmes d'ensemble qui avaient permis de doubler le rendement de la main-d'œuvre.
S’inspirant de l'exemple du Gouverneur Général Olivier, M. Cayla consulta en 1930 les délégations sur trois projets d'arrêtés de caractère strictement administratif.
Le premier modifiait l’organisation administrative et territoriale de la colonie.
Le second fixait la composition et les attributions des conseils ré-
gionaux.
La troisième règlait les détails d'exécution des budgets régionaux.
En premier lieu, la réforme avait pour but de rétablir un contact plus étroit entre la population et l'administration.
La réforme administrative de 1927 avait bien rapproché certains services des administrés, mais elle avait réduit dans de trop grandes proportions le nombre de fonctionnaires d'autorité en contact avec eux. En dehors des voies carrossables, les rapports avec les indigènes étaient trop intermittents et les fonctionnaires malgaches trop indépendants. Cet inconvénient était aggravé du fait que les anciens gouverneurs avaient été supprimés. C’étaient les chefs de cantons, fonctionnaires subalternes, qui étaient devenus les véritables maîtres de l'administration indigène.
En portant à 8 au lieu de 6 le nombre des régions, on a pu réduire le nombre de provinces et l'effectif de leur personnel et reporter les ressources disponibles sur les districts qui sont maintenant les cellules de base de l’administration et du commandement. Assistés de chefs de poste où cela est nécessaire, et de gouverneurs indigènes heureusement rétablis, les nouveaux chefs de districts peuvent tenir en mains et contrôler utilement les populations relevant de leur autorité.
En second lieu, il s'agissait de complèter le régionalisme par la décentralisation.
Les chefs de service, au lieu d’être en somme de simples inspecteurs sans attribution de commandement et peu d'autorité sur les chefs de provinces, sont devenus de véritables administrateurs supérieurs. Ces fonctionnaires, désignés en raison de leur autorité et de leur expérience, reçoivent du Gouverneur une large délégation de pouvoirs. M. Cayla a voulu leur donner la direction effective de leurs circonscriptions avec les moyens de coordonner eux-mêmes l’action des chefs de provinces.
Par la création des budgets régionaux, les chefs de régions ont à leur disposition des ressourcés qui leur permettent d'entreprendre des travaux d'intérêt régional agricole et industriel.
L'institution enfin d’une conseil consultatif régional composé des principaux fonctionnaires de la circonscription et d'habitants notables leur donne le moyen d'éclairer leur opinion avant de prendre des décisions.
L'intervention des délégations en matière administrative se manifeste encore à l’occasion de l'examen des budgets. Les délégués ne manquent pas de demander la convocation des principaux directeurs
ou chefs de service (Finances, Justice, Douanes, Assistance médicale et Hygiène, Domaine, Enseignement, Travaux Publics, P.T.T., Agriculture, Elevage, Mines, eic..). Ils en profitent pour leur présenter des observations sur la façon dont fonctionnent ces services et suggérer aussi des améliorations.