RUE SOUFFLOT
La lutte des classes à assez duré. La collaboration patronale et ouvrière doit commencer.
Patrons et ouvriers doivent être associés dans l’œuvre de la production. Comment faire de cette coopération une réalité ?
Il faut créer chez les patrons et les travailleurs une mentalité de collaborateurs, solidaires d’une même œuvre. Le patron devra avoir le sens de la dignité humaine du prolétaire, de ses besoins, de ses misères ; il devra être juste et bienveillant pour ce frère de labeur.
L’ouvrier ne devra pas être animé par la haïne intransigeante, par la jalousie de classe ; il comprendra les nécessités de la concurrence industrielle ; il sera consciencieux dans la quantité et la qualité du travail fourni.
Les employeurs et les employés de nos grandes exploitations vivent trop éloignés les uns des autres : ils n’ont plus de rapports intimes, mais seulement des relations très officielles.
Une tranchée s’est creusée entre eux ; ils vivent dans des locaux différents, dans des quartiers soigneusement distants ; ils ne se voient qu’à travers les vitres d’un bureau ou les glaces d’une automobile,
Il faut rétablir le contact : il faut que patrons et ouvriers se
rencontrent fréquemment, discutent ensemble leurs intérêts
dans des réunions périodiques, apprennent à se connaître sûrement, à s’estimer, à se faire des concessions.
De ce désir de concorde sont nées diverses institutions : les principales sont les délégués d’usine, les conseils d’usine, les commissions mixtes.
Les délégués d’usine sont des ouvriers ou des employés choisis par leurs camarades ou parfois désignés par la Direction et chargés de transmettre aux employeurs les revendications diverses des salariés.
Les conseils d’usine sont des organes permanents de relation entre le personnel et la direction des usines.
Ils sont composés de représentants de la direction et de la main-d'œuvre et ont des réunions périodiques : leurs interventions ne sont donc pas limitées et occasionnelles.
Les questions à débattre sont mises à l’ordre du jour d’un commun accord.
Délégations d’usine et conseils d’usine ne sont que des organes de relation, dont l’action ne s’exerce qu’à l’intérieur d’une exploitation industrielle.
Pour qu’une collaboration vraiment efficace soit organisée entre le capital et le travail, il faut une institution par laquelle puissent s'établir dans toute une industrie et dans toute une région les relations entre employeurs et salariés. Cette institution est la commission mixte. Composée de représentants des groupements patronaux et ouvriers, elle étudiera les questions professionnelles, résoudra les difficultés naissant entre employeurs et salariés, conclura les conventions collectives de travail et en assurera le réajustement aux conditions économiques, lorsqu'elles viennent à se modifier.
Bien qu’ils soient très intéressants, nous n’étudierons pas les conseils d’usine et les Commissions mixtes.
L'objet de cette thèse sera l’étude des délégués ouvriers.
Il nous à semblé qu’il n’était pas inutile d'examiner cette institution, mise à l’ordre du jour par la loi du 24 juin 1936.
Les délégués sont des ouvriers ou des employés élus par leurs camarades pour un laps de temps plus ou moins long, et quelquefois nommés par le patron. Ils doivent transmettre aux employeurs les revendications des salariés, tenir les travailleurs au courant des projets de la Direction, et en cas de conflit, rapprocher patrons et ouvriers, les mettre d’accord. Il faut qu’ils agissent dans les limites des intérêts de l’usine et qu'ils aient une compétence reconnue par le patron. Ils peuvent être institués d’une façon provisoire ou permanente,
Nous les appellerons délégués à la conciliation 1,
Les délégués ouvriers peuvent avoir une autre fonction que celle de faciliter la collaboration du Capital et du Travail.
Dans notre siècle d’industrialisation, de mécanisation puissante, les risques des travailleurs sont devenus considérables.
L'équipement et l'aménagement des établissements modernes nécessitent aujourd’hui une surveillance constante et un entretien parfait des constructions, des ateliers, des machines.
La sécurité et l'hygiène des travailleurs doivent être assurées au maximum, pour éviter de terribles catastrophes et de fortes épidémies.
Le législateur à considéré que ce rôle pouvait être confié partiellement aux ouvriers.
De là est née l'institution des délégués à la sécurité.
Ces délégués permanents élus par leurs camarades, sont chargés de veiller dans une circonscription déterminée, à la
1. Nous étudierons seulement les délésués institués d’une façon permanente et élus par les ouvriers.
sécurité, à l'hygiène de tous les travailleurs, au respect des lois protectrices du travail.
Enfin de nombreux auteurs et de puissantes organisations ouvrières ont vu dans les délégués ouvriers, les futurs représentants de la classe ouvrière, chargés de participer, à côté des patrons, à la direction, à la gestion, au fonctionnement des entreprises capitalistes.
Les délégués seraient alors des organes de « contrôle ouvrier ».
Le contrôle ouvrier est une question trop importante pour pouvoir être traitée ici superficiellement. Nous ne l’étudierons donc pas.
Nous diviserons donc cette thèse en deux grandes parties :
La première sera consacrée aux Délégués à la Conciliation, la
seconde aux Délégués à la Sécurité.