ARIANE
IV. Nous avons, jusqu’à présent, beaucoup parlé des syndicats ouvriers. Mais que pensent donc les ouvriers de l'institution des délégués ?
Il est difficile de connaître l’opinion des travailleurs sur cette question. Les inspecteurs du travail remarquent que dans beaucoup d'établissements les ouvriers semblent indifférents. Cette indifférence apparaît surtout dans les périodes de stagnation des salaires et lorsque les délégués ne peuvent obtenir pour leurs camarades des améliorations sérieuses 1.
Dans d’autres usines, les avis sont très partagés parmi le personnel. Selon les tendances du syndicat ouvrier, selon aussi l'influence que ce syndicat est parvenu à exercer dans la délégation élue, les syndiqués se déclarent pour et contre l’institution. Il arrive parfois, quand les syndiqués sont favorables à la délégation, que les non-syndiqués soient d’un avis opposé, tandis que, dans d’autres circonstances, ce sont les non-syndiqués qui sont partisans des délégués alors que les syndiqués réclament leur suppression ou leur remplacement par une délégation syndicale ou par le syndicat lui-même.
Si les opinions recueillies ne sont pas toujours favorables aux délégués ouvriers, il ne semble pas que l’on ait nulle part rencontré, parmi le personnel des établissements, une hostilité marquée contre eux.
Dans un certain nombre d’établissements, les ouvriers sont à peu près unanimement favorables à l'institution.
En résumé, les syndicats ouvriers affiliés à la C. G. T. ne sont pas opposés aux délégués ouvriers, à condition que ces derniers soient leurs mandataires tout dévoués.
A côté d’eux, d’autres syndicats acceptent l'institution à
1. Ministère du Travail. Règlement amiable des conflits collectifs du travail, op. cit., p. 85.
défaut d'autre chose, mais déclarent qu’une liaison est indispensable entre délégués et syndicats.
Les délégués ouvriers ont donc à la fois des partisans et des adversaires parmi les patrons et les ouvriers. |
Du côté patronal, on paraît surtout craindre une diminution de l’autorité du chef d’entreprise, du côté ouvrier une diminution de l’autorité du syndicat. Les patrons veulent rester les maîtres chez eux, les syndicats veulent contrôler au moins l’application des conditions du travail.
Au fond, il semble que la question du contrôle ouvrier ait inspiré la plupart des oppositions formulées contre les délégations permanentes élues, aussi bien par ceux qui repoussent ce contrôle que par ceux qui désireraient l’instaurer.
Le rôle des délégués ouvriers dans les relations entre employeurs et ouvriers est très important ; mais concilier les individus n’est pas tout.
Veiller à leur sécurité, à leur hygiène, veiller à l’application absolue des lois du travail est également nécessaire.
Le législateur a pensé que l’ouvrier investi de la confiance de ses camarades pouvait contribuer à l’amélioration de leur sort matériel.
Sans doute, les inspecteurs du travail et même les ingénieurs s’efforcent de rendre meilleure la condition matérielle de l’ouvrier ; mais qui pourrait le mieux défendre leurs intérêts, sinon ceux-là même qui souffrent de leur situation ?
Malgré de nombreuses résistances, la création des délégués à la sécurité des ouvriers n’a pas tardé à s'imposer chez nous.
Nous étudierons au cours de cette seconde partie l'institution des délégués à la sécurité dans trois chapitres :
Dans un premier chapitre nous examinerons les projets et propositions de loi, tendant à instituer des délégués à la sécurité, dans toutes les industries soumises à l’Inspection du travail. Nous verrons également que le Conseil Supérieur du Travail à consacré une session à l’étude de cette question et qu’il à donné une forte impulsion à l'institution.
Dans un second chapitre, nous étudierons la première réalisa-
tion de délégués à la sécurité, c’est-à-dire les délégués Mineurs, institués par la loi du 8 juillet 1890.
Enfin, notre troisième chapitre sera consacré à l'étude des délégués à la sécurité des agents dans les réseaux de Chemins de fer, des délégués à la sécurité dans l'Aviation et dans la Marine Marchande, réalisations très récentes d’ailleurs.