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IT. — FONCTIONNEMENT DE L'INSTITUTION

Réception et présentation des Réclamations.

Les délégués sont chargés d’examiner les réclamations formulées par les ouvriers de leur corporation, de les discuter avec eux et lorsqu'elles leur paraissent fondées, de les soumettre aux chefs de service. Ces derniers les reçoivent au moins tous les deux mois.

Chaque délégué est entendu séparément. Le chef de service examine donc avec le délégué, les questions qui lui sont soumises. Il en est pris note sur un cahier de procès-verbaux et la réponse donnée à la demande figure en face. Si la question ne peut être immédiatement résolue, ou si le chef de service estime qu’elle excède sa compétence, elle est soumise à la Direction de l’usine qui statue finalement.

Au surplus, tous les procès-verbaux sont transmis au Directeur de l’usine qui les annote : ainsi les ouvriers sont assurés que leurs réclamations sont examinées en haut lieu.

En dehors de l'intervention du délégué, l’ouvrier conserve toujours le droit de présenter lui-même et directement ses réclamations à son chef. Pour le plein et harmonieux effet de l’institution, la Direction à même posé la règle suivante : si la réclamation est d'ordre privé ou n’intéresse pas l’ensemble de la corporation, le délégué n’a pas à intervenir. Si on mêle le cas d'ordre privé aux questions d’ordre général, dit cette même règle, on risque d’égarer la discussion dans des détails infinis.

Le délégué perdra d’autre part une grande partie de son autorité s’il lui faut être l’avocat des réclamations individuelles. Il cessera de représenter librement les intérêts généraux de sa corporation et deviendra en quelque sorte le mandataire de chacun des ouvriers qui, dès lors, se croiront fondés à lui imposer leur opinion.

Les rapports entre le délégué et le chef de service perdront leur caractère objectif. Le système électoral lui-même sera faussé, puisque le délégué sera tenté d’invoquer, auprès de chacun de ses mandants, les services particuliers qu’il lui aura rendus.

IlLest intéressant d'analyser l’objet des réclamations ouvrières, Ce sont les questions d'aménagement des ateliers qui se présentent le plus fréquemment.

Elles constituent en moyenne 60 p. 100 des réclamations. Les demandes relatives aux salaires représentent environ 25 p. 100 de l’ensemble.

Les questions d’outillage et d'organisation du travail constituent les autres objets de réclamations.

On observe que le nombre de celles qui reçoivent une suite favorable, oscille suivant les années, entre la moitié et les deux tiers.

Autre aspect du rôle des délégués.

Une autre mission est confiée au délégué ouvrier : il est l’interprète naturel de:ses camarades auprès de leurs chefs communs et réciproquement ; c’est ainsi que maintes fois la direction de l’usine recourt à lui pour entretenir les ouvriers de telle ou telle question générale (loi sur la journée de huit heures, après la guerre : prévention des accidents : fonctionnement des œuvres sociales : assurances sociales, ete….).

La Direction désire qu’une collaboration de plus en plus étroite s’établisse sur les questions de la compétence des délégués, entre eux et leurs chefs de service ; que les réceptions de délégués deviennent des conversations sur les questions intéressant chaque corporation ; et que les réclamations ne soient plus qu’un aspect un peu secondaire de l’activité des délégués,

La Direction des Établissements Schneider s’est déclarée très satisfaite de l’institution des délégués ouvriers. Tous les petits différends locaux sont réglés amiablement. Lorsque surgit une difficulté qui intéresse l’usine entière, aucun conflit grave ne peut intervenir. L'existence des délégués, organes de conciliation, maintient dans l’usine des relations normales. Elle permet de prévoir et de prévenir ; elle empêche les désaccords et les malentendus de se présenter sous une forme brutale et absolue : elle fait disparaître « l’esprit de guerre » dans les rapports entre patrons et ouvriers. Dans ce sens elle tend à atténuer et à rendre plus rares les conflits du travail.

Cette institution entraîne une, véritable collaboration, en ce sens que le chef d’industrie et le délégué sont animés d’un même désir d'améliorer l'exécution du travail, de diminuer la fatigue, de permettre à l’ouvrier d'élever le niveau de sa vie matérielle et morale.

Il faut souhaiter, pour la bonne marche de l’entreprise, et pour la régularité du travail, que les ouvriers soient représentés par une organisation stable où le souci des intérêts professionnels est seul en jeu, où les questions s’étudient sans passion, où les influences politiques ne peuvent s'exercer.

La stabilité est une des exigences les plus impérieuses de ses organismes infiniment délicats que sont les grandes usines modernes.

C’est une des raisons pour lesquelles M. Schneider considère

que les syndicats mal adaptés à la vie industrielle, ne peuvent jouer un rôle utile dans les relations normales entre patrons et ouvriers !.

Dans le même ordre d’idées, la Régie du Gaz de Paris avait organisé un Conseil du Travail, à la suite d’une convention signée le 29 juillet 1907, avec la Ville de Paris.

Cette convention comportait un article 31 bis qui stipulait la reconnaissance des syndicats du personnel et l’établissement de relations régulières avec eux. Ce conseil du travail comprenait des employés, des ouvriers syndiqués et au besoin des indépendants élus par leurs collègues ; il avait pour but de servir de trait d’union entre le conseil d’administration et le personnel et notamment de les associer dans l’étude des questions économiques et dans la recherche des solutions capables d’assurer la satisfaction de tous et la bonne harmonie générale.

SECTION II

Les délégués ouvriers dans les usines de guerre.

Quand la guerre éclata, il était permis de se demander quelle serait l’attitude de la classe ouvrière. Bien des fois dans ses congrès de syndicats ou de parti, elle avait affirmé son intention de s’opposer à la mobilisation par une grève générale.

Dès le 2 août 1914 sans donner le moindre signe de révolte, tous les ouvriers mobilisables à l'exemple des autres classes de la population, et en même temps, rejoignirent leur poste de combat.

La guerre, qui avait comme paralysé la vie économique,

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