V. Schneider. Op. cut
arrêta net les mouvements grévistes. Peu à peu ces mouvements reprirent cependant et s’aggravèrent à la fin de l’année 1916. La plupart des grèves eurent pour cause une demande d'augmentation de salaires, ou une résistance à une diminution de salaires.
Le personnel ouvrier des usines de guerre fut assez calme jusqu’au milieu de l’année 1916. Cela tient d’abord à ce qu’il était relativement peu nombreux ; cela s'explique aussi par le sentiment du patriotisme et de la nécessité de la tâche accomplie. Maïs surtout cela provenait de ce que, jusqu’à cette date, le coût de la vie n’avait pas encore exagérément comprimé le pouvoir d'achat des salaires, plus élevés dans la fabrique de guerre que dans les autres industries.
Par contre, l’année 1917 débuta par une série de grèves.
Le ministre de l’Armement édicta alors sa réglementation des salaires et de l’arbitrage (16 et 17 janvier 1917).
Après avoir doté les industries de guerre de Comités d’arbitrage, on pensa à leur donner des délégués d'atelier, chargés de veiller à tout instant au maintien des rapports équitables entre les ouvriers et les patrons et si cela devenait nécessaire d’amorcer l'arbitrage.
: Nous allons étudier l’organisation des délégués d'atelier dans les usines de guerre.
Dans un premier paragraphe nous verrons la naissance de l’institution. Nous étudierons dans un second l’organisation des délégués ouvriers telle qu’elle résulte de la circulaire du 5 septembre 1917. L'évolution de l’institution fera l’objet d’un troisième paragraphe. Enfin nous verrons dans un quatrième le sort de l'institution.
I. Dès le mois d’octobre 1916, comme en font foi les rapports
du contrôle de la maïn-d’œuvre militaire, un gros effort avait
été fait dans les syndicats ouvriers et patronaux de certaines régions, notamment dans celle de Nantes, pour régler les différends du travail.
A Nantes s'était constituée spontanément une Commission mixte, paritaire, pour examiner avec le contrôleur de la maind’œuvre tous les cas litigieux de la vie ouvrière et pour décider, arrêtant ainsi de véritables contrats collectifs de travail. Mais cette procédure était lente, les Commissaires en référaient fréquemment à leurs mandants. Aussi le contrôle de la maind'œuvre était-il d'avis que l’existence de cette Commission ne suppléait nullement à l’absence de délégués d’atelier « seule institution susceptible d'assurer le contact direct et permanent entre le personnel et la direction : ». Or, depuis la guerre, il avait été créé une délégation en 1915 et 8 en 1916.
La décision ministérielle du 16 janvier 1917 portant fixation et réglementation des salaires dans les usines de guerre, hâta la création des délégués ouvriers, à cause de nombreuses contestations soulevées dans un grand nombre de centres ouvriers.
Le 27 janvier, le Comité Confédéral des syndicats ouvriers, protestant contre l'interprétation tendancieuse des grèves ouvrières, et s’élevant contre « arbitrage obligatoire aggravé par la réquisition partielle » opposait à cette « procédure restrictive qui touchait aux droits ouvriers, le principe de l’organisation des rapports et de la discussion préventive » et « l’organisation étant fonction de la stabilité », il en réclamait l’application dans les formes suivantes :
« Il est institué dans chaque usine travaillant pour le ministère de l’Armement, des délégués ouvriers. Ces délégués seront élus librement en dehors de latelier, par les ouvriers et ouvrières, à raison d’un par atelier. Ces délégués seront accrédités auprès
1. Roger Picard. Conciliation, arbitrage et prévention des conflits ouvriers. Rapp. au Comité national d’études sociales et politiques, 1918, p. 31.
de la Direction de l’usine et du Contrôle de la main-d'œuvre. Ils contrôleront Papplication des conditions du travail et de salaires acceptées par les deux parties, personnel et direction, ainsi que toute modification à intervenir ; ils seront chargés de présenter et discuter préventivement toutes les contestations litigieuses portant sur les cas d’espèce ou collectifs dans l'atelier. Les délégués ouvriers devront jouir de la sécurité absolue pour l’accomplissement de leur mandat 1, »
Le ministre de l'Armement étudia, cette proposition : par une circulaire du 5 février 1917, il en proposa l'exécution aux industriels et aux contrôleurs de la main-d'œuvre ?.
Dans ce texte, il se déclare convaincu que bien des différends auraient été évités si tous les industriels avaient entretenu avec leurs ouvriers des rapports réguliers. Il souhaite encore voir se généraliser.le système des conférences périodiques du personnel avec les directions.
11 autorise les contrôleurs à recevoir des réclamations collectives et déclare qu’il verra avec plaisir les ouvriers prendre l'habitude de déléguer régulièrement un des leurs auprès du contrôleur : une fois saisi de la réclamation, le contrôleur devra aviser la direction de l’usine, lui demander des explications et procéder lui-même à une enquête.
Cette procédure devait, selon le Ministre, amener tout naturellement des relations suivies entre les parties; surtout si, dans cette œuvre de conciliation, on savait apporter le tact et la modération nécessaires.
« Il est de l’intérêt commun des industriels et des ouvriers, ajoutait-il, que des relations régulières s’établissent entre eux. Le mécontentement et les regrettables malentendus qu’il engendre ont, en effet, le plus souvent leur origine dans l’igno-