INTRODUCTION
Les derniers bûchers se sont éteints en France depuis deux cent cinquante ans à peine, après que des milliers de. sorciers, de possédés, de démoniaques eurent payé des plus terribles supplices les troubles de leur système ner- veux et leurs dispositions intellectuelles. A
La grande épidémie d’hystéro-démonopathie qui attoi. gnit les séculières de Loudun date de 1632, et la mort par le feu d’Urbain Grandier, en 1634, témoigne du danger que l’on courait, en cestemps, à provoquer par trop l'attention des possédées. Deux cent cinquante neuf ans seulement nous séparent du}jour où mourut dans les flammes accouplé à un cadavre,;sur cette même place où Jeanne d’Arc expira, Thomas Boullé, curé du Menil-Jourdain, victime des dix-huit hystéro-démonopathes de Louviers.
En 1670, l’année même ou 85 démonolâtres furent brülés . à Elfdalem en Suède, Le Parlement de Normandie, refuge ouvert à toutes les crédulités quand la croyance aux sorciers commençait en France à décliner, incrimina, sur la dénonciation d’un possédé 500 villageois dans le procès. de la Haye-Dupuis (1). On put alors entendre Gastebois
(1) CAzMEIL.
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affirmer lui-même avoir mangé cinq ou six fois de la chair humaine au sabbat, les trois frères Deshayes, accuser leur propre mère d’avoir fait don au Diable d’un petit enfant, et une nommée Jeanne raconter qu'un soir, occupée à traire des vaches, elle avait vu voltiger audessus de sa tête des hommes absolument nus. Mais ilest juste de rappeler que Louis XIV n’accepta pas la sentence de mort prononcée contre les principaux accusés et que, malgré les dures remontrances de son Parlement Normand il commua la peine de mort en celle du bannissement perpétuel.
C'est à partir de ce jour seulement, dit Calmeil, que la démonomanie ne fut plus punie de mort en France.
Quant à la législation qui concernait «les sorciers », elle ne fut modifiée que vers 1682.
Tels sont les ténèbres dont nous sortons à peine. Si tel était l'esprit de ces magistrats, plus crédules et plus impitoyables que les tribunaux d’inquisition, si tel était l’état d’une nation il y a deux cents ans, comment les cerveaux non avertis d'aujourd'hui ne s’extasieraient-ils pas outre. mesure sur les progrès réalisés par la persée humaine, oubliant que la sottise, pour avoir des conséquences moins terribles, s’est simplement modifiée, qu’elle s’est muéeen mille préjugés toujours chers au cœur des hommes et qu'elle durera autant que les débiles intellectuels qui sont une grande partie de l’humanité.
On ne saurait, en conséquence, s'étonner démesurément de rencontrer parfois des reviviscences de cés types ancestraux, de ces oubliés d’un passé récent qui, ayant
transporté dans notre monde moderne leur réceptivité de