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Or, pour justifier cette opinion que les observations de zoopathie interne doivent fatalement être rares, il est nécessaire de préciser qu'il faut entendre par faits de possession animale tout autre chose que ces faits de possession où le démon a pris la forme d’une bête. On doit réserver le terme de zoopathie interne aux cas où l'animal a gardé son individualité propre, cas qui constituent la forme moderne de l’idée de possession.
Sans doute, les zoopathes furent-ils plus fréquents dans l'antiquité qu’au moyen âge. En effet, au temps d'Hippocrate, la cause de toutes les maladies semblait d'ordre naturel (sauf l’épilepsie dite maladie d’Hercule). « Peut-être même, dit M. P. Richet, y avait-il chez. les Anciens au sujet du mal physique une vague idée religieuse, celle de la fatalité avec cette opinion que le destin envoie aux hommes des maladies pour les punir. Mais quant à préciser l’action de cette puissance fatale, le bon sens antique s’y est constamment refusé. » Puis quand les dogmes orientaux remplacèrent le paganisme, ce fut le règne de la superstition où pullulèrent bientôt magiciens, sorciers et devins avec son apogée au xy® siècle, Des théories antiques sur la cause des maladies devaient naître les zoopathies pures, les idées superstitieuses du moyen âge devaient aboutir aux démono-zoopathies.
Et pourtant si les observations de possession animale sont rares, les possédés semblent avoir été communs de : tous temps. L’antiquité eut ses possédés et quand le Christianisme imagina la possession diabolique il paraphrasa simplement les idées du monde païen. |
Avant les possédés du démon existaient de longue date
les possédés des dieux et les grands états de crise se produisaient aussi à l’occasion du culte. Les cérémonies de Dyonysos resplendirent des manifestations des rites orgiaques en l'honneur du dieu des ivresses furieuses, entouré de Ménades, de Satyres et de Thyades. La Pythie n’était d’ailleurs qu’une Ménade possédée de Dyonysos et aux Bacchanales de Rome, l'hystérie s’alliait aux rites de la licence la plus effrénée.
Et pour en revenir aux traditions du judaïsme puis du christianisme, rappelons que Saül fut tourmenté par un esprit qui le plongeait dans une sombre mélancolie que David dissipait par instants aux accents de sa harpe, que Jésus guérit plusieurs possédés à Capharnaüm, que Marie surnommée Madeleine, eut pour sa part jusqu’à sept démons dans le corps. L’évangile nous montre Jésus incarnant des démons dans le corps des pourceaux. L’apôtre Paul recut les verges et connut la prison pour avoir mis en fuite un esprit semblable à ceux qui inspirent les pythonisses et qui permettait à une fille des environs de Philippes de deviner les choses cachées et de réaliser un gain considérable. A Ephèse des possédés forcèrent les démons à les quitter en appliquant sur leur propre corps des linges ayant appartenu à cet apôtre.
Mais les animaux même n'étaient pas à l'abri de l'atteinte des démons puisque Hilarion expulsa du corps d’un chameau un diable qui rendait cetanimal comme frénétique.
Nos possédés modernes ont donc une longue filiation qu’il fallait rappeler.
Nous nous bornerons maintenant, à défaut d'historique précis, à rapporter une curieuse observation due à
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Ambroise Paré. Cette observation ne concerne pas, à vrai dire, un véritable délire de zoopathie interne, puisque l'héroïine s’est conduite en mythomane, réfusant l’énergique ‘médication capable de la guérir et s’y soustrayant par la fuite, mais elle montre bien chez Ambroise Paré et les gens de son époque la croyance à la possibilité de la possession animale.
Observation I. — A. Paré, Œuvres, (édition Malgaigne), 1841, T. IT, p. 52.
D'une grosse garce de Normandie qui feignoit avoir vn serpent dans le ventre.
L'an 1561, vint en ceste ville, une grosse garce fessue, potelée et en bon poinct, aagée de 30 ans ou environ, laquelle disoit estre de Normandie, qui s’en alloit par les bonnes maisons des dames et damoiselles, leur demandant l’aumosne, disant qu’elle avoit vn serpent dans le ventre, qui luy estoit entré estant endormie en vne cheneuière ; et leur faisoit mettre la main sur son ventre pour leur faire sentir le mouvement du serpent qui la rongeoit et tourmentoit iour et nuict, comme elle disoit : ainsi tout le monde luy fesoit aumosne par une grande compassion qu'on avoit de la voir ioinct qu'elle faisoit bonne pipée. Or il y eut vne damoiselle honorable et grande aumosnière, qui la print en son logis, et me fit appeler (ensemble M. Hollier Docteur Regent en la faculté de Médecine, et Germain Chenal, Chirurgien iuré à Paris) pour sçavoir s’il y auroit moyen de chasser ce dragon hors le corps de ceste pauvre femme : et l'ayant veuë, M. Hollier luy ordonna vne médecine qui estoit assez gaillarde (laquelle luy fit faire plusieurs selles) tendant à fin de faire sortir ceste beste : néantmoins ne sortit point. Estans derechefr’assemblés, conclusmesque ie luy mettrois vn spéculum, au col de la matrice : et partant fut posée sur vne table, où son enseigne fut déployée pour luy appliquer le specu- :
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lum, par lequel ie feis assez bonne et ample dilatation, pour sçavoir si on pourroit appercevoir queuë ou teste de ceste beste, mais il ne fut rien apperceu, excepté vn mouvement volontaire que faisoit la dite garce, par le moyen des muscles de l’épigastre : et ayant conneu son imposture, nous retirasmes à part, où il fut résolu que ce mouvement ne venoit d’aucune beste, mais qu’elle le faisoit par l’action des dits muscles. Et pour l’espouvanter et connoistre plus amplement la vérité, on luy dist qu’on reitereroit à luy donner encore vne autre médecine beaucoup plus forte, à fin de luy faire confesser la vérité du fait : et elle craignant reprendre vne si forte médecine estantasseurée qu’elle n’avoit point deserpent, le soir mesme s’en alla sans dire adieu à sa damoiselle, n’oubliant à serrer ses hardes, et quelques vnes de la dite damoiselle : et voila comme l’imposture fut descouverte. Six iours après ie la trovay hors la porte de Montmartre sus un cheval de bast, iambe deçà, iambe delà, qui rioit à gorge desployée, et s’en alloit avec les chassemarées, pour avec eux {comme ie croy) faire voler son dragon; et retourner en son pays.
Ceux qui contrefont les muets, replient et retirent leur langue en la bouche : aussi ceux qui contrefont le mal saint Jean se font mettre les menottes aux mains, se veautrent et plongent en la fange, et mettent du sang de quelques bestes sus leur teste, disans qu'en leur débattant se sont ainsi blessés et meurtris : estans tombés par terre, remuent les bras et les iambes, et débattent tout le corps, et mettent du savon en leur bouche pour se faire escumer, ainsi que font les épileptiques en leur accès. Autres font vne certaine colle avec farine délayée, et la posent sur leur corps, crians qu'ils sont malades du mal sainct Main. Or longtemps y a que ces larrons imposteurs ont commencé le train d’abuser le peuple, car ils estaient là dès le temps d'Hippocrates en l'Asie, comme il est escrit au livre de l’Air et des Eaux : partant il les faut descouvrir tant qu'il sera possible, et les deferer au magistrat, à ce que punition en soit faite ainsi que l'énormité du cas le requiert.
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