LE COMTE DE NIEUWERKERKE
mMBEB DE L*niSTITDT,
DIEBCTBUR «ÉKBBAL DES MUSÉES «PftRIÀUX ,
IMTBNDÀNT DBS BBÀUX-ÀBTS DE LÀ MAISOM DE L'EMPEBBUR.
Il y a peu d'années que les sculptures en terre cuite émaillée des délia Robbia ont pris rang dans les musées, le nombre en est encore aujourd'hui peu considérable; quelques fragments arrachés aux ruines des maisons florentines sont toute notre fortune et des motifs de décoration, isolés de l'ensemble architectural qu'ils avaient eu mission de compléter, ne donnent qu'une idée fort affaiblie de la valeur de Tinvention et des talents de leurs auteurs; c'est en parcourant Florence *, encore parée des œuvres de cette famille, que j'ai compris combien
* J*ai visité Florence et la Toscane pendant les moi» d'octobre et noyembre de l'année 1853.
a LES DELLÀ ROBBIÀ.
cet art de la sculpture en terre émaillée avait été ingénieusement trouvé, inventé à propos, appliqué heureusement et pratiqué avec éclat pendant une longue période de sa durée. Je ne tardai pas à être frappé des différences de style et d'exécution qui existent entre ces œuvres confondues sons un même nom, et distinguai bientôt trois classes qui, correspondant à trois générations, marquent l'origine de cet art et son plus grand éclat , sa continuation habile , sa suite et sa décadence. Trois noms sont les représentants de ces phases successives : Luca délia Robbia; André, neveu de Luca; Jean, fils d'André; et les travaux de ces trois hommes , qui ont eu des collaborateurs et des émules , embrassent l'espace de plus d'un siècle , compris entre 1435 et 1B67. J'étudierai tour à tour le style ou le goût de chacun d'eux ; je décrirai tous ceux de leurs ouvrages qu'il m'a été permis de voir; mais, avant tout, je crois devoir tra-
duire ce qu'en a écrit Vasari. Malgré des erreurs de date et quelques inexactitudes , le peintre d'Arezzo est et sera toujours le plus précieux des chroniqueurs de Fart italien ; je n'ai ouvert son livre, pour y lire la vie des délia Robbia, qu'après avoir examiné mûrement et classé dans mon esprit les œuvres de cette famille; j'avoue que n'y ayant trouvé que des attributions qui confirmaient celles que j'avais préconçues moimême, j'en ai éprouvé plus de sympathie pour l'écrivain du XVP siècle. C'est à lui, et à lui seul, que j'emprunterais tous les détails de la vie de Luca *, ne
* L'instinct critique qui, en Italie comme en Allemagne et en France, a porté les esprits consciencieux vers la recherche des preuves et la publication des pièces publiques ou privées qui contiennent des dates et des faits relatifs à l'histoire de l'art, a enrichi la littérature des trois pays d'excellents recueils qui sont, depuis quelques années, l'une de nos études et nos guides les plus sûrs. Le Carteggio de Gaye, les Recherches italiennes et VAntologie de Florence dcRumohr, les mémoires originaux des Beaux-Arts,;queU ques notices plus spéciales^ ont, sur le point qui m'occupe^ corrigé des erreurs et rétabli des dates ; une nouvelle édi-
vaut-il pas mieux le laisser parler , et n'est-ce pas lui enlever déjà trop que de faire passer son dire de sa langue en la mienne?
SCULPTEUR FLOBBimM,
Luca délia Robbia , sculpteur florentin , naquit Tan 1388 S en la maison de ses ancêtres^ qui est
tion de Vasari en était devenue indispensable ; elle ne ponvait être mieux faite que par les soins des hommes érudits de la Toscane, dont je regrette de ne pouvoir dire les noms, car ils se sont cachés sous la désignation modeste d'une société d'amateurs des beaux-arts. Voulant leur faire honneur du travail qui leur appartient, J'ai Joint la traduction des notes dont ils ont enrichi la nouvelle édition de Florence, à celle du texte épuré par eux.
Voir le Vite de* piu eeceilenti pitÉori, scukori e arehitetti, di Giorgio Vasari, pubblicate per cura di una societa dl amatori délie Arti belle. Firenze, 1816 et suiv.
* Erreur de date , commise par Vasari, et qu'on a pu corriger lorsqu'on a connu la déclaration de biens du père de Luca^ qui fut Simon fils de Marco délia Robbia, et ceUe de Luca lui-même: le père, dans sa déclaration, qui est de 1427, dit que Luca, son fils, est flgé de 27 ans, et Luca, dans sa propre déclaration de l'année 1457, dit avoir 58ans. 11 naquit donc de 1399 à 1400 (voir Gaye, Carteggio in-edito, i, 182486).
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au-<des8ous de Téglise de Saint-Barnabe, à Florence ^ Il y fut élevé avec soin jusqu'à ce qu'il eût appris, non-seulement à lire et à écrire, mais à compter, selon la coutume des Florentins, autant qu'il lui pouvait être nécessaire. Son père le fit ensuite instruire, en l'état d'orfèvre, près de Léonard fils de Jean ', regardé alors comme le meilleur maître, en cet art, qu'il y eût à Florence : Luca ayant appris de lui à dessiner et à modeler en cire, devenu plus ambitieux, se mit à faire quelques ouvrages en marbre et en bronze, y réussit, et, abandonnant tout à fait le métier d'orfèvre, s'adonna à la sculpture *, au point qu'il ne fit plus autre cbose
^ La maison qu*habitéreDt , dans Torigine , les délia Robbia, et où naquit Luca, était située dans le quartier de Saint-Pierre-Majeur, et dans la rue de Saint-Égide. Ils allèrent ensuite dans la rue Guelfe, près de Saint-Barnabe, dans une maison achetée de Lippo di Blagio. C'est ce qu'expose André, neveu de Luca, dans sa déclaration de biens de 1470. Celte djerniére rue a conservé le nom de Via deî Robbia.
> Si Léonard, fils de Jean, a fait Tornement d'argent de Tautel de Saint-Jacques, à Pistoia, de 1355 à 1371, il semble peu probable que cet artiste ait assez vécu pour avoir été le maître de Luca, puisque celui-ci , né en 1400, comme nous rayons démontré ci-dessus, ne devait pas avoir moins de 15 ans quand il fut mis chez Torfévrc, et qu'alors trèsprobablement Léonard, fils de Jean, était déjà mort.
' Baldinucci veut qu'il ait eu pour maître Lorenio Qhibfini,
que tailler le marbre pendant le jour et dessiner la nuit. Il y mit tant d'ardeur que, maintes fois, sentant ses pieds glacés, pendant la nuit, et ne voulant pas quitter le dessin, il les réchauffa en les tenant dans un panier de copeaux, qui sont ces minces pellicule^ que les menuisiers lèvent sur les planches quand ils les travaillent avec le rabot; ce dont je ne m'étonne pas , puisque jamais personne n'a excellé en quoi que ce soit, si dès l'enfeince il n'a commencé par supporter le chaud , le froid, la faim, la soif et les autres rigueurs ; et qu'ils se trompent ceux qui prétendent pouvoir, dans le loisir et avec toutes les aises de la vie, parvenir aux rangs honorables; ce n'est pas en dormant, mais en veillant et travaillant sans cesse, qu'on y arrive. Luca avait à peine quinze ans lorsqu'il fut conduit, en même temps que d'autres jeunes sculpteurs, à Rimini, afin d'exécuter quelques figures et d'autres ornements en marbre pour Sigismond % fils de Pandolfo Malatesti, sei-
« Sigismond Malatesla , né en 1417 , a commeocé l'égUse de Saint-François en 1447* Il n*est donc pas possible qu'à rage de 15 ans, c'est-à-dire, selon Yasari, en 1403, et suivant la vraie chronologie, en 1415, Luca soit allé à Rimini travailler dans ce magoiûque édifice. La chapelle dédiée à saint Sigismond, et, par conséquent^ érigée par Malatesla depuis ce temps, renferme des sculptures queVasari attribue à Simon que Ton dit frère de Donatello. En outre, il n'existe en ce lieu aucun tombeau des deux femmes de Sigismond, qui furent Ûinevra d'Esté ^ morte en 1440, et
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gneur de cette ville, qai faisait faire alors, dans ) l'église de Saint-François, une chapelle et un tombeau pour sa femme qui était morte. Ce fut pour ?"^v' Luca l'occasion de faire preuve de son savoir par quelques bas-reliefs que l'on y voit encore.
C'était avant que les hommes de l'œuvre de Sainte- Marie-des-Fleurs le rappelassent à Florence où il fit pour la campanile de cette église cinq petites compositions , en marbre , qui sont du côté regardant Téglise, et qui manquaient, suivant le dessin de Giotto, à côté de celles où André Pisano a représenté, ainsi qu'on l'a dit, les sciences et les arts. Dans la première, Luca fît Donato pour la grammaire ; dans la seconde, Platon et Aristote pour la . Philosophie ; dans la troisième, un homme qui joue du luth pour la musique; dans la quatrième, un Ptolémée pour l'astrologie ; et dans la cinquième, Euclide pour la géométrie. Ces bas-reliefs, par leur exécution, la grâce et le dessin, surpassent de beaucoup les deux faits, ainsi qu'on l'a dit, par Giotto
Polixena Sforza , morte en 1449. Peut-être Vasari a-t-U Toula parler de celai de la célèbre Isotta degli Atti, coocabine, pais, aa dire de queiqaes-aas, femme de Malatesta; mais il fut érigé de soo vivant, ea 1450. Quel en fût l'artiste? On ne le sait pas bien. On peut croire cependant que ce fut ceBernardo Ciuffàgni qui, en la même année, fit pour Sigismond un tombeau en la chapelle de la Madone dite de l'Eau.
qui, dans l'un, a figuré la peinture, par Apelle f et dans Tautre, la sculpture, par Phidias. C'est pourquoi les gens de l'œuvre qui, indépendamment des mérites de l'artiste, se laissèrent persuader par Messer Vieri de Medici, grand citoyen alors très-populaire et qui aimait beaucoup Luca, lui donnèrent à faire, en l'an 1405 *, l'ornement en marbre d'un très-grand orgue que l'œuvre faisait construire alors, pour être placé au-dessus de la porte de la sacristie. Luca a représenté sur la base , en quelques groupes, les chœurs de la musique qui chantent de diverses façons ; il y mit tant de soin et a si bien réussi ce travail, qu'encore qu'il soit placé à une hauteur de 16 brasses, l'on voit le mouvement des lèvres de ceux qui chantent, l'agitation des mains de ceux qui règlent la mesure, par-dessus les épaules des plus petits, et toutes sortes de jeux, de chants, de danses et d'actes agréables qu'entraîne le plaisir delà musique ^. En outre, Luca fit au-dessus de la corniche
i Ce ne peut être Tajinée en laquelle fat alloué à LuCa un semblable travail ; car, ainsi que nous l'ayons irii, né en 1400, il aurait eu alors 5 ans. Peut-être donc, et sans doute, c'est une erreur d'impression que l'on doit corriger par 1445 (ou 1435).
2 Cette merteUleuse composition, qui forme dix basreliefs, se voit à présent dans le petit corridor des sculptures modernes de la galerie royale des Offices. Pans le même corridor sont aussi deux bas-reliefs en marbre, non terminés, représentant , l'un, la délivrance de saint Pierr«
DELLÀ ROBBIÀ. 9 deux figures de bronze doré, qui étaient des anges nus, exécutés avec une grande délicatesse, ainsi que l'œuvre entière qui fut tenue pour une chose rare ; et cependant Donatello qui fit ensuite Tornement de Tautre orgue placé vis-à-vis celui-là, a montré beaucoup plus de jugement et de pratique que n'avait fait Luca, comme on le dira en son lieu: ses sculptures, presque toutes d'un haut relief et peu terminées, se voient b«^coup mieux, de loin, que celles de Luea, qui , quoique d'un bon dessin et d'une exécution parfaite, en raison même de leur délicatesse, échappent à la vue par l'éloignement, et n'apparaissent pas comme celles de Donato, qui ne sont presque qu'ébauchées * . Les artistes doivent faire grande attention à cela, car l'expérience fait re* connaître que toute peinture, sculpture ou autre chose semblable, qui doit être vue de loin, a plus de force et/de verve à l'état de belle ébauche qu'à celui d'oeuvre terminée. .
et l'autre son crucifiement : ces deux morceaux devaient faire partie de Fautel de la chapelle dédiée à ce saint , dans la cathédrale, travail qui fut alloué à Luca en 1438 , ainsi que Ta trouvé Rumohr dans les livres de TœuYre ÇAntologie de Florence, t. m, et Recherches italiennes, II, 363).
1 Les quatre bas-reliefs qui forment cet ornement se
Mais pour revenir à Luca, lorsqu'il eut achevé ce travail qui plut beaucoup, on lui donna à faire la porte en bronze de la sacristie * ; il la divisa en dix cadres, cinq pour l'un et l'autre battant, décorant la rencontre des angles d'une tète d'homme, différente pour chacun d'eux, en faisant de jeunes, de vieux, d'âge moyen, avec ou sans barbe, tous beaux, de foçon que ce fut, pour l'ensemble de l'oeuvre, un parfait ornement ; puis, dans la composition des panneaux, en commençant par le haut, il représenta la Vierge ayant son Fils.dans ses bras, d'une grâce charmante; dans l'autre, Jésus sortant du tombeau ; au dessous, en chacun des quatre premiers cadres, est une figure d'évangéliste, et plus bas sont les quatre docteurs de l'Église, qui écrivent dans des attitudes
trouYent réunis dans la galerie royale des Offices, dans le même corridor. L'œuvre de Donatello, aussi bien que celle ^ *' de LUca, ont été gravées {tor Gicognara pour son histoire de la sculpture.
^ La porte en bronze de la première sacristie fut allouée, le 28 février 144&^I6, à Michelozzo, à Luca et à Maso di Bartolomeo, dit Masaccio. Après la mort de Maso, les deui autres artistes, en avril 14G1, confient à Giovanni di Bariolomeo le soin de polir les châssis en dedans et en de-* hors de la porte, et de poser l$s montants, travail que celui* ci avait terminé le 17 décembre 1463. Enfin, le 10 août 1464^ Michelozzo étant absent, Luca fut chargé seul de Tachévement de. la porte (Rumohr, AeeAercAes itaXiÊWMMy ii, 965etsuiv.).
variées : tout ce travail est si net et achevé que c'est une merveille, et il &it bien connaître combien il fut profitable à Luca d'avoir été orfèvre. Mais après ces travaux» ayant fait le compte du bénéfice qu'il en avait retiré et du temps qu'il y avait employé, il reconnut qu'il avait eu peu de gain et beaucoup de peine : il résolut d'abandonner le marbre et le bronze, et de voir s'il ne trouverait pas quelque chose de plus fiructueux. C'est pourquoi, considérant que la terre se travaillait aisément et avec peu de fatigue, et qu'il ne s'agissait que d'imaginer un moyen pour conserver longtemps les ouvrages qu'on en voulait faire, il chercha si bien qu'il trouva le moyen de les préserver des injures du temps : après beaucoup d'essais, il inventa une couverte vitrifiée, composée d'étain, de terraghetta, d'antimoine et d'autres minéraux mélangés et cuits au feu d'un four disposé à cet effet, qui remplissait parfaitement le but et assurait aux ouvrages en terre une durée presque éternelle. Cette invention, qui lui appartient en propre , lui a valu une grande renommée et la reconnaissance des siècles à venir. Ayant donc réussi en tout ce qu'il désirait, il voulut que son premier ouvrage fIJit en l'arc qui surmonte la porte de bronze qu'il avait faite pour la sacristie, au-dessous de lorgue de Sainte-Marie-dès-Fleuts, et il y fit une Résurrection du Christ, si belle en son temps, que, lorsqu'elle fut mise en place, elle fut admirée comme
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une chose vraiment rare *; ce qui fut cause que les gens de l'œuvre voulurent que l'arc de la porte de l'autre sacristie, où Bonatello avait £adt l'ornement de l'autre orgue, fût également rempli par Luca de figures semblables et d'ouvrages en terre cuite * ; c'est pourquoi Luca y fit une Ascension du Christ % qui est une fort belle chose.
Ce fut alors que ne se contentant pas de cette belle invention si curieuse et utile, surtout pour les lieux où à cause des eaux, de l'humidité, ou pour d'autres caused, on ne peut avoir de peintures, Luca porta sa pensée plus loin, et après avoir fait des ouvrages en terre qui n'étaient que blancs, il y ajouta la coloration, à l'étonnement général et au plaisir de tous; et le magnifique Pierre, fils de Cosme de Médicis, l'un des premiers qui aient fait faire à Luca des terres cuites colorées, fit exécuter par lui toute la voûte, de forme hémisphérique, d'un cabinet d'étude dans le palais construit par Cosme, son père, avec diverses inventions, et aussi le pavé, ce qui fut une chose unique et fort agréd)le pour l'été ; et c'est assurément une merveille que, malgré les difficultés et les grandes précautions qu'exigeait la cuisson de la terre, la voûte aussi bien que le pavé semblent
^ EUe a été graYée par Cicognara.
2 Toateç ces scalpiures faites dans la cathédrale sont parfaitement conservées.
' Cet ouvrage lui fut aHoué le 11 octobre 1446. ...
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être, tant en a été parfaite Texécution, npn de plusieurs morceaux, mais d'up seul ^ La réputation de ces ouvrages se répandant non-seulement en Italie, mais par toute TEurope, le nombre de ceux qui en voulurent avoir fut si grand que les marchands florentins, faisant continuellement travailler Luca, à son grand profit, en envoyèrent par tout le monde ; et comme il ne pouvait seul suffire à tout, il fit quitter le ciseau à Octavien et Augustin, ses frères ^, et les mit à faire de ces travaux qui leur rapportèrent beaucoup plus que n'avait fait jusqu'alors la sculpture. Sans parler de leurs oeuvres qui furent envoyées en France et en Espagne, ils ont beaucoup travaillé en Toscane : particulièrement pour Pierre de Médicis, dans la basilique de San-Miniato à Monte où ils ont décoré d'un très-beau sofiite, à caissons octogones, la voûte d'une chapelle, en mar-
^ Yasari a certainement tiré cette indication du traité d'architecture de Filarete, manuscrit delaMagliabechiana. Au livre xxy, il dit : « Le cabinet d'étude de Cosme-Ie- Vieux est trés-orné; le pavé aussi bien que le plafond sont émaillés, et les figures trés-remarquabies excitent l'admiration de tous ceux qui y entrent : l'auteur de ces travaux fut Luca délia Robbia , c'est ainsi qu'il se nomme, maître trés-illustre en ces ouvrages émaillés et sculpteur non moins habile, etc. ...»
> Ni l'un ni l'autre n'était frère de Luca et n'appar^ tenait à la famille délia Robbia, comme nous le verrons plus bas.
bre, posée sur quatre colonnes, au milieu de l'église. Mais le plus remarquable travail qui soit sorti de leurs mains en ce genre, est, en la même église, la voûte de la chapelle de Saint- Jacques, où est enterré le cardinal de Portugal ; sur cette voûte, qui est sans arêtes, ils figurèrent dans quatre médaillons les Évangélistes, et au centre TEsprit-Saint^ en remplissant les vides d'écaillés juxtaposées qui tournent et diminuent jusqu'au sommet; de sorte qu'on ne peut, en ce genre, voir rien de mieux ni trouver un ouvrage appareillé et exécuté avec plus de soin *. Pour l'église de San-Piero-Buonconsiglio, près du Marché-Vieux, il fit dans un petit arc, au-dessus de la porte, la Madone qu'entourent quelque^ anges fort gradeux * ; et sur la porte d'une petite église voisine de Saint-Pierre-Majeur ^ une autre Madone et des anges qui passent pour très-beaux. En outre, dans le chapitre de Sainte-Croix, érigé par la famille des Pazzi, de l'architecture de Pippo di ser Brunellesco, il fit toutes les figures émaillées que l'on voit en dedans et en dehors *. L'on dit que Luca en-
* Ces travaux faits k San-Miniato existent encore.
2 Cette œuvre existe encore et est fort belle.
3 Dans \9, rue de VAgneau ^ au-dessus de la porte de l'école des Clercs, autrefois monastère des Ermites de Latran, aujourd*liui magasin. Cette sculpture émaillée s*y voit toujours.
* Ces ouvrages sont conservc^s.
voya au roi d'Espagne quelques figures en ronde bosse fort belles, et aussi des travaux en marbre. PourNapleSy il fit à Florence et avec l'aide d'Augustin, son frère» la sépulture en marbre dé Tinbnif frère du duc de Calabre, avec beaucoup d'ornements, en terre émaillée.
Après quoi Luca chercha le moyen de peindre des figures et des compositions sur des carreaux de terre cuite, pour donner de la vie aux peintures, et il en fit l'essai sur un médaillon qui est au-dessus du tabernacle des Quatre-Saints, sur les murs d*Or-San- Michele; la surface en est plane : il y a figuré, en cinq motifs, les instruments et les insignes des arts de la construction, avec de fort beaux ornements. Pour le même monument, il a fait deux autres médaillons, mais ceux-là sont en relief : dans Tun, pour la confrérie des apothicaires, une Notre-Dame ; et dans l'autre, pour les commerçants, un Lis qui surmonte un ballot , avec un cadre de fruits et de feuillages variés, si bien faits qu'ils semblent naturels et non de terre cuite émaillée ^
Il fit encore pour Benozzo Federighi, évéque de Fiesole, dans l'église de San-Brancazio, un tombeau de marbre sur lequel Federigo est représenté couché, et l'on y voit trois autres demi -figures ^
^ Ces médaillons sont aussi conservés.
2 II était moTt en 1^50. Les travaux de son tombeau ,
le LUCÀ
Dans rornemeutatioD des pilastres, il a peint à plat certaines guirlandes et bouquets de fruits et feuil^ lages si vifs et si naturels qu'avec le pinceau on ne ferait pas mieux en un tableau à Thuile ; et en vérité, cette œuvre est merveilleuse et rare, car Luca a si bien fait les lumières et les ombres, qu'il ne semble presque pas possible que ce soit à Faide du feu. Si cet artiste eût vécu plus bngtemps, on eût vu de plus grandes choses encore sortir de ses mains ; car, peu avant de mourir, il avait commencé à faire des^ compositions et figures peintes à plat, et j*en ai vu jadis quelques morceaux en sa maison, qui me. font croire qu'il y eût facilement réussi, si la mort qui ravit presque toujours les meilleurs, lorsqu'ils vont faire quelque chose d'utile, ne l'eût emporté plus tôt qu'il ne fallait ^
qui est maintenant danaVéglise de Saint-François-de-Paule, prés de la coHihe de Beauregard , furent aUoués à Luca le 2 mars 1454 à 55, par Federigo, fils de Jacopo Federighi. Luca, dans sa déclaration de biens de Tannée 14^7, dit ravoir déjà terminé depuis un an» et le 6 août 1459, le même travail est estimé par André, fils de Lazzero dei Gavalcanti, élu à cet effet de l'accord des deux parties. On en voit la gravure d^ns Touvrage intitulé les Monuments funèbres de la Toscane, par Giovanni Gonnelli, pi. zzxit. *■ Luca ne mourut pas jeune, bien que semble le vouloir faire entendre ici Yasari qui, dans sa première édition , le fait mourir à Tâge de 75 ans, en 1430, et peut-être y a-t-il là une erreur dMmpression que Ton doit corriger par 1480. En réalité, il vivait encore en 148D, ayant ep cette année
DELLÀ ROBBIÀ. 17
Après Luca, restèrent Octavién et Augustin, ses
frères ^ ; et d* Augustin naquit un autre Luca qui
fait son apport aux officiers du cadastre (voyez Fantozzi, Plan gé<miétrique de la ville de Florence, Florence, 1843). C'est une erreur de Baldinucci, qui, comme un trait de lumière, nous a fait découvrir Tannée véritable de la mort de Luca. Baldinucci donc, ayant trouvé dans un ancien registre des morts de la confrérie des Apothicaires, que le 20 février 1481-82, un Luca délia Robbia avait été enterré dans f église de Saint-Pierre-Majeur, tint pour certain que c'avait été rhomme de lettres et non le sculpteur, tandis que s*il y eût réfléchi, il eût reconnu que cela ne pouvait être, puisque Luca le philologue ne naquit que trois ans plus tard (voyez la note de la page suivante et Tarbre généalogique placé à la fin). En Tan 1470 (1471, style vulgaire), et en date du 19 février, Luca avait fait son testament : entre autres legs, il y laisse cent florins à donna Ghecca, veuve, sa nièce, et fille de feu Marco fils de Simon. De tout le reste il fait héritiers ses neveux André et Simon. A André, en raison de ce qu'il l'a instruit en la sculpture et qu'il est en état de l'exercer en maître, il laisse toutes les créances qu'il avait pour cause de l'art ; à Simon, tous les autres biens. Ce testament a été publié, en ses parties les plus importanteSj parGaye (Carteggio inedito, i, 185).
^ Octavien et Augustin n'étant nommés dans aucune des déclarations faites par Simon fils de Marco délia Robbia, qui eût été leur père, il les faut exclure de ceUe famille. En outre , dans les Lettres Pérugines de Mariotti (p. 97 et suiv.)^ on voit que l'artiste qui a fait la façade de San-Bernardino, ÀPérouse (travail dont parle également une lettre de la seigneurie de Florence au légat dePérouse^ en date de 1461, publiée par Gaye, t, 196), est un Augustin, fils d'Antonio di Duccio, et non fils de Simon. On y voit
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fut en son temps très-lettré S Augustin, conti^
nuant l'art de Luca, fit à Pérouse, en lti'61, la fa-
aussi qu*ll est Tauteur de la magnifique et principale porte de la Tiile, dite délie due porte, à la porte Saint-Pierre; et aussi du travail en terre cuite émaillée, maintenant en fort mauvais état, de la chapelle de Saint-Laurent dans l'église de Saint-Dominique , qui lui fut alloué en 1459. Dans le contrat de ce dernier ouvrage, publié par Mariotti, notre artiste s'appelle Agostino d'Antonio, sculpteur florentin, habitant Pérouse et ayant fait en cette ville la façade de San- Bernardino. C'est le même travail dont parle Tasari. Sur la façade de la cathédrale de Modône, il a représenté, en quatre compositions, les miracles de san Gemignano, et le marbre porte cette inscription : Augustinus de Florentia, 1442 (Cicognara, Histoire de la sculpture). L'erreur a dû venir de ce que ce maître Agostino a travaillé en terre cuite, ainsi que l'indique un-document rapporté par Gaye (1,197).
Quant à Octavien, Gaye n'a su ni affirmer, ni nier, qu'il fût frère d'Augustin, mais la certitude ressort d'une provision du 19 février 1473, qui se rapporte à Octaviano, fils d'Antonio dél Duccio, à qui Ton donne à faire une cloche d'argent doré du poids de quatre livres et demie. Averlino, dans son livre manuscrit de l'architecture, parle d'Augustin et d'Octavien, frères, mais non délia Robbia (voy. Gaye, i, 196-97, a03, 571). Cet Augustin est le même à qui /ut donné à faire un géant de marbre, et qui s'en acquitta si mal que l'œuvre de Sainte-Marie-des-Fleurs l'avait abandonné jusqu'à ce qu'en 1504 on le donna à finir à Michel- Ange qui en a fait la fameuse statue de David qu'on vo|t sur la place du Grand*Duc (voy. Gaye, ii, 454). Yasari, dans ISiViede Michel-Ange, accuse de cette mauvaise be* fogne un mettre qu'il appelle Simon de Fiesole«
! Ce L\ica fut fils de Simon di Marco et naquit en
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çade de San-Bernardino, et y exécuta trois sujets en bas-relief et quatre figures en ronde bosse^ d'une manière habile et délicate ; et il y mit son nom de la façon qui suit : atgvstini florentini lapicid^.
De la même famille, André*, neveu de Luca, travailla le marbre fort habilement; on en peut juger dans la chapelle de Sainte-Marie-des-Grâces, aux portes d'Arezzo, où il fit ^our la communauté, en un grand ornement de marbre, beaucoup de petites figures en ronde bosse et en bas-relief, à Tentour
1484. Ce fat un phUologue laborieux <ini, n'ayant que 23 ans , publia , pour les presses de'Giunti , l'histoire de Quinte-Gurce, revue et corrigée. 11 réimprima aussi les œuvres morales de Cicéron ; il mit ses soins à reproduire les Commentaires de César et aussi les Tusculanes et le Livre de l'orateur de Cicéron. Nous avons de lui, comme historien, la vie de Bartolommeo Talori, publiée, dans la version qu'en a fait le chanoine Piero délia Stafa, dans le tome IV de VArchivio storieo italiano; et aussi « la tré»pieuse narration de la fin de Pierre-Paul Boscoli et d'Augustin Capponi, condamnés à mort en 1512, poqr avoir conspiré contre les Médicis, » qui a été imprimée également, par les soins de Filippo-Luigi Polidori, dans le 1. 1 de VArchivio storieo itMano, Dans cette narration, Luca se montre écrivain inimitable , au point que la littérature italienne n'a peut-être aucune autre pièce, en prose, qui l'emporte en spontanéité et ingénuité de sentiment, en grâce et vivacité de langage.
* André, fils de Marco trére de Luca. Baldinucci en parle fort au long.