‹ Les Della RobbiaChapitre 13 sur 65 · CHRIST, DANS L’ÉGLISE DE SAN MINIATO A FLORENCE · texte numérisé non relu

CHRIST, DANS L’ÉGLISE DE SAN MINIATO A FLORENCE

ŒUVRES DE LUCA

faire une photographie, et nous sommes heureux de publier ce chef-d’œuvre de Luca délia Robbia, encore tout à fait inconnu. Ce Christ est d’autant plus intéressant qu’il est une rareté dans l’œuvre du maître qui n’a presque jamais fait de figures nues.

Ce Christ a un peu souffert, particulièrement à la jointure des bras et sous la hanche, où il a subi une assez maladroite réparation; mais malgré ces légers défauts il a conservé son beau caractère, et dans l’histoire de l’art italien il est digne d’être rapproché du Christ de Padoue de Donatello et du Christ de Santa Maria Novella de Brunelleschi.

Le Christ de Luca a toutes les qualités ordinaires du maître, la simplicité de l’attitude, la noblesse de l’expression, la parfaite convenance du sentiment religieux. Au point de vue technique, on remarquera surtout le modelé des jambes.

Je suis disposé à croire que cette œuvre date des environs de 1448 et a été faite au moment où Luca travaillait à la décoration de la Chapelle de Michelozzo.

Un an plus tard, en 1449, pour la première fois, nous voyons Luca quitter Florence. Ses relations avec Maso di Bartolommeo, son collaborateur à la Porte du Dôme, furent la cause de ce départ. Maso, ayant été appelé à Urbino pour construire la façade de l’église San Domenico, demanda à Luca de décorer le tympan de la porte principale. Comme ce tympan représente une Madone, nous nous réservons d’en parler lorsque nous nous occuperons de la série des Madones de Luca. En groupant toutes les Madones, nous les comprendrons mieux et nous pourrons plus aisément nous faire une opinion sur leur date. Toutefois, nous devons signaler

LUCA DELLA EOBBIA.

ici le caractère solennel, profondément religieux de cette œuvre et l’admirable beauté des quatre figures de saints qui entourent la Vierge : Saint Pierre martyre, Saint Dominique, Saint Albert et Saint Thomas d’Aquin. Ce sont de véritables portraits, et rarement, en restant fidèle à la nature, on a mis sur une figure plus d’idéal. Un des saints tient une palme et un autre une branche de lys. Nous verrons plus tard quel parti on peut tirer de l’observation de ces formes accessoires pour classer les œuvres de Luca.

Postérieurement à 1449 nous ne connaissons plus, avec certitude, que la date de deux œuvres de Luca, le Monument Federighi de 1455 et les Vertus de San Miniato de 1459 ; et nous allons dès maintenant les étudier. Connaissant alors le style de Luca au début et à la fin de sa carrière, nous pourrons essayer de classer les œuvres dont la date est incertaine.

Le Monument de V Évêque Federighi est une œuvre très simple. Dans une niche carrée de faible profondeur est placé le sarcophage sur lequel l’ Évêque est couché. Sur la paroi du fond est sculptée la Pietà : le Christ, la Vierge, et Saint Jean, en demi-figures, selon le type de la Pietà du Monument Baroncelli à Santa Croce; sur le devant du sarcophage deux anges soutiennent une couronne de lauriers.

Luca avait déjà traité le motif de la Pietà dans le Tabernacle de Peretola, mais ici il se montre plus sobre dans l’expression de la douleur, cherchant par dessus tout l’expression de la piété, de la noblesse, de la grandeur du sentiment religieux. Dans ce Monument on admirera surtout la statue de 1’ Évêque et les Anges tenant la couronne. Les Anges de Luca sont peut-

FLORENCE — Eglise de S.u Trinita

MONUMENT A L’EVÈQUE FEDERIGHÎ Luca della Robbia

ŒUVRES DE LUCA

être moins gracieux que ceux de Ghiberti, mais ils sont moins compliqués de formes ; leur pensée est plus hautaine, plus fière et ils ont vraiment sur leur front les signes de la majesté céleste.

Le monument tout entier est entouré d’une admirable bordure émaillée, qui présente cette particularité qu’elle est sans relief et composée de plaques de faïence peintes, représentant des feuilles et des fleurs. Cette ravissante bordure est la première recherche d’une forme d’art que Luca reprendra plus tard et à laquelle il donnera une importance tout à fait exceptionnelle dans les dernières années de sa vie.

Le dernier travail de Luca dont nor; connaissions la date est la décoration de la Voûte iu la Chapelle Portogallo à San Miniato. C’est une décoration comprenant cinq médaillons. Au centre, le Saint Esprit sous forme de colombe, entouré de sept flambeaux aux couleurs d’or, et dans les autres médaillons, quatre figures allégoriques, la Justice, la Force, la Tempérance et la Prudence. Si Luca n’aimait pas les scènes compliquées, il excellait dans l’art de concevoir une figure isolée, dans l’art de la varier et de la rendre intéressante par les plus fines et les plus délicates nuances. Cette voûte de San Miniato doit être tenue pour une de ses œuvres les plus originales et elle est tout à fait caractéristique des recherches de la maturité de sa vie. Nous sommes loin des formes un peu grosses et lourdes des bas-reliefs du Campanile et de la Cantoria. On voit que tous les efforts de Luca ont tendu à affiner son art, à rendre les formes plus légères et plus jeunes.

Je ne puis comprendre comment, devant des œu-

vres si originales, on a pu faire intervenir le nom d’Andrea délia Iiobbia. Comme Andrea avait vingtquatre ans lorsque Luca a fait la voûte de San Miniato,

Page 1