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III. Bas-reliefs de la Loggia di San Paolo à Florence

IY. Bas-reliefs de la Loggia dell’ Ospedale degli

Innocenti.

A la liste des œuvres fournie par Yasari, il faut ajouter les travaux que les recherches dans les archives nous ont fait connaître comme étant d’Andrea. Ce sont:

La Madone du Musée du Dôme de Florence, 1489.

La Frise et les Évangélistes de la Madone delle Carceri à Prato, 1491 (date donnée par Milanesi).

Travaux dans le couvent de San Frediano. Résurrection et Frise de chérubins, 1501.1

Tympan de la Cathédrale de Pistoie, 1505.

Travaux à l’église de la Madone délia Quercia et à l’église des Florentins à Viterbe, 1508 a 1510.

Une Adoration des bergers, faite pour les Dominicains de Pian di Mugnone, 1515. Il en subsisté des fragments.

Ajoutons que le tympan du Dôme de Prato portant la date de 1489 et étant semblable à d’autres œuvres d’Andrea, notamment à la Madone du Musée du Dôme, qui est de la même année, peut être classé parmi les travaux certains d’Andrea.

Telles sont les œuvres d’Andrea dont l’attribution et la date nous sont connues. C’est d’après elles que nous devrons nous faire une idée de son style et que nous pourrons, parmi les innombrables terres émaillées de la Toscane, reconnaître celles qui lui appartiennent.

Si nous pouvions parvenir à connaître quelle fut exactement la marche, l’évolution, du talent d’Andrea, nous aurions une grande facilité dans cette recherche. Malheureusement nous n’avons aucune date se référant à ses plus importants travaux, à ceux de la Yerna, d’Arezzo, de la Loggia San Paolo, de la Loggia des Innocents et nous ne connaissons guère que des dates de Madones.

Pour résoudre cette question, qui est si importante, ou tout au moins pour montrer à quelles difficultés on

1 D’après MM. Oavallucci et Molinier, des fragments, des anges et quatre soldats endormis, paraissant former la partie inférieure d’une Résurrection du Christ, se trouvent aujourd’hui dans la cour de la casa Mozzi, et pourraient provenir du couvent de San Frediano.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

se heurte, nous rappellerons quelques unes des règles que l’on peut suivre pour classer les œuvres des artistes.

D’une façon générale, nous devons estimer que les œuvres d’un artiste sont d’autant plus tardives qu’elles sont plus savantes. C’est là un des caractères les moins trompeurs ; car, quelles que soient les dispositions naturelles que l’on ait, la maîtrise dans l’art ne s’obtient qu’au prix de longues et laborieuses études et presque toujours la jeunesse se trahit par son inexpérience. Mais il ne faut pas confondre ici science avec beauté. La beauté de l’œuvre n’est pas toujours en rapport avec la science des artistes. Très souvent nous les voyons abuser de leur science pour produire des œuvres trop compliquées, oublier que le but souverain de l’art est la pensée, pour ne se préoccuper que de montrer leur habileté. Parfois nous voyons les artistes, à une époque relativement peu avancée de leur vie, même alors qu’ils sont moins maîtres des procédés de leur art, créer des œuvres plus vraiment belles que celles de la fin de leur carrière; et c’est ainsi que la Voûte de la Sixtine de Michel-Ange est plus belle que le Jugement dernier, et que la Chambre de la Signature de Raphaël est plus belle que la Chambre de l’Incendie du Bourg. Mais, si l’on ne veut pas discuter la question de beauté, qui prête à des incertitudes d’appréciation, et si l’on ne veut que s’en tenir à la question de la détermination des dates, on reconnaîtra, dans le Jugement dernier et dans l’Incendie du Bourg, un progrès dans la technique et dans la science du dessin qui classe nécessairement ces œuvres après la Voûte de la Sixtine et la Chambre de la Signature.

D’autre part il ne faut pas admettre pour règle

que la science conduit toujours à la complication. Cela dépend des époques. Parfois, lorsque l’artiste a eu comme point de départ un art compliqué, il peut, par suite d’une connaissance plus haute de son art, réagir contre la mode et simplifier ses œuvres ; de même que d’autres fois, parti de la simplicité, il croira bien faire en recherchant la complication. Donc pour se servir de la règle de la simplicité ou de la complication, il importe de savoir, avant tout, quelle fut d’une façon générale l’évolution de l’art à l’époque que l’on étudie, et surtout de savoir quel enseignement l’artiste a reçu de ses maîtres.

Ainsi Luca avait eu pour point de départ un art un peu lourd, avec des formes grosses et des draperies épaisses, et toute son évolution a consisté à affiner son art et à tendre vers des formes plus délicates.

Andrea, au contraire, est parti de cet art affiné de Luca ; et c’est pourquoi il sera tout naturel de classer au début de sa carrière les œuvres les plus simples, celles qui se rapprochent le plus de l’art de son maître. En avançant en âge, Andrea, suivant l’évolution générale de l’école florentine, complique son art et, en particulier, adopte ces draperies surchargées, aux plis multipliés, que Yerrocchio et Pollaiuolo avaient mises à la mode. Plus tard enfin, dans une troisième manière, nous le voyons subir l’action de la Renaissance et adopter ce style plus large, parfois trop lourd, ou trop sommaire, qui allait se substituer à la finesse si exquise, mais souvent trop minutieuse, des maîtres du XVe siècle.

Je signalerai enfin une particularité qui augmente la difficulté du classement des œuvres d’Andrea. Chez Luca le procédé de l’émail était à ses débuts et l’atelier de Luca n’a produit qu’un petit nombre d’œuvres,

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

portant toutes, au plus haut point, la marque de la main du maître. Avec Andrea, au contraire, ce procédé prit un développement extraordinaire. Andrea, obligé de satisfaire à d'importantes commandes, eut de nombreux ouvriers travaillant sous ses ordres. Et dans cet atelier, au lieu de créer sans cesse des oeuvres nouvelles, ce qui retarde la production, on répète les mêmes motifs, et c’est ainsi que nous rencontrons parfois, à des époques très tardives, des motifs dont la conception première remonte à une date très antérieure à celle de l’exécution. Tel motif, créé par Andrea vers 1480, sera encore livré par son atelier après 1520. Et alors, lorsque dans une œuvre nous trouverons, unies à un beau motif, des marques de maladresse ou d’inexpérience, nous serons hésitants pour savoir si nous sommes en présence d’une œuvre encore incomplète de la jeunesse du maître ou de l’imitation d’un copiste.

ENFANT DE L’HOPITAL DES INNOCENTS

ENFANT DE L’HOPITAL DES INNOCENTS

ŒUVRES D’ANDREA

§ 1er. — PREMIÈRE MANIÈRE.

On peut supposer qu’une des premières œuvres d’Andrea fut la décoration de la façade de l’Hôpital des Innocents. M. Cavallucci a fait sur ce point une démonstration qui paraît très vraisemblable : « L’hôpital, dit-il, a été achevé en 1445, car ce fut le 5 février de cette année qu’y fut baptisé le premier enfant trouvé. Andrea dut faire ses travaux vers 1463, lorsque l’Hôpital des Innocents, auquel on joignit celui de la Scala, subit des remaniements. Cette date est, à peu près, la seule admissible, car peu d’années plus tard, en 1466, les finances de l’hôpital, par suite d’une mau-

vaise administration, étaient dans nn état pitoyable ; l’on fut obligé de vendre bon nombre de ses biens pour faire face à toutes les dépenses. »

Nous avons là une des œuvres les plus simples d’Andrea, une de celles qui se rattachent le plus à l’art de Luca, et il n’est pas téméraire de penser qu’ici le vieux maître a conseillé et guidé son jeune neveu. C’est Luca, sans doute, qui lui aura dit quel parti on pouvait tirer de la répétition d’un même motif, et quel intérêt pouvait présenter une même idée exprimée sous diverses formes.

Andrea était un artiste admirablement doué, mais peut-être que cette idée si simple et si géniale de décorer la façade d’un hôpital par une série de médaillons représentant des enfants emmaillottés enfant de l’hopital des innocents. était celle d’un maître plus familiarisé qu’il ne l’était alors lui-même avec toutes les ressources de son art.

Si nous adoptons l’argumentation de M. Cavallucci, nous classerions ce travail vers 1468. A ce moment Andrea n’avait que 28 ans. Mais il ne faut pas nous étonner qu’Andrea ait fait de si bonne heure une œuvre aussi charmante. Nous savons en effet par le testament de Luca, daté de 1471, qu’à cette époque Andrea était déjà un maître connu et recherché.

Il faut noter en outre, en faveur de l’argumentation de M. Cavallucci, que ce travail est assez différent de ceux qu’Andrea fera dans la suite et qu’il est le seul qui ne soit pas une œuvre exclusivement religieuse.

Toutefois je crois qu’on ne doit considérer la thèse de M. Cavallucci que comme une opinion probable.

Sans vouloir préciser, autant que le fait M. Cavallucci, la date de cette décoration de l’Hôpital des Innocents, je me contenterai de la tenir pour une des premières œuvres d’Andrea, faite du vivant de Luca, antérieurement à l’année 1480.

Dans cette étude sur Andrea, nous voudrions, sans trop rechercher les œuvres douteuses qui peuvent appartenir à

ENFANT DE L’HOPITAL DES INNOCENTS

sa jeunesse ou à sa vieillesse, insister surtout sur les chefs-d’œuvre qui portent au plus haut point la marque de son génie et sur l’attribution desquels on ne saurait élever aucun doute.

Les travaux de la Verna, d’Arezzo, de Sienne, de Montepulciano, de Gradara, de Prato vont faire apparaître une succession d’œuvres merveilleuses devant nos yeux éblouis.

Andrea, que nous verrons plus tard si dramatique, si expressif, si violemment ému par les scènes douloureuses de la vie chrétienne, va surtout montrer, dans

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