L’ADORATION DE L’ENFANT JÉSUS
Andrea della Robbia
ŒUVRES D’ANDREA
cette première série de travaux, toute la jeunesse et toute la tendresse de son cœur.
En prenant pour point de départ de notre étude cette idée que les œuvres de la jeunesse d’Andrea doivent avoir le caractère de simplicité des dernières œuvres de Luca, nous allons essayer de classer les œuvres de ce maître.
Parmi les travaux authentiques d’Andrea, nous pouvons considérer, comme étant les plus anciens, un certain nombre des sculptures de la Yerna.
Mais, dans ces œuvres, le style est si beau, la technique est si savante, qu’il faut les regarder comme appartenant déjà à l’âge mûr d’Andrea, c’est-à-dire à une date voisine de sa quarantième année.
Dans Y Adoration de l’enfant Jésus de la Yerna, Andrea représente le petit en- VIERGE
n i , , . , du Musée National.
tant couche sur son lit de
paille, la main sur la bouche, dans une jolie pose enfantine, insouciante, faible.... et devant cette faiblesse il agenouille toutes les puissances célestes, la Yierge et les Anges ; et Dieu le Père lui-même est là pour admirer ce nouveau-né. Le premier parmi les sculpteurs, Andrea a adopté cette idée, depuis longtemps familière
aux peintres, d’agenouiller la Vierge devant le berceau de son fils. Pour la première fois, ce motif disait réellement dans Part ce que la religion chrétienne désirait exprimer : il disait que la Vierge Marie n’était pas une mère comme les autres et que, chez elle, l’idée de maternité, avec toutes les idées qui en sont la conséquence, telles que les joies ou les inquiétudes maternelles, devait être subordonnée à une idée plus haute, et que Marie, étant la mère de Dieu, était avant tout la servante du Seigneur. Si, simple mère, elle était faite pour aimer son fils; mère de Dieu, elle était faite pour lui obéir et pour l’adorer.
Dans cette figure de la Vierge et dans celles des Anges qui l’entourent nous retrouvons l’art qu’ Andrea avait reçu des mains de Luca. Mais il semble que Luca n’était pas assez profondément religieux pour concevoir une telle ardeur d’humilité et d’adoration, et que c’est bien vraiment ici une forme d’art créée
du Musée National.
tout entière par le génie d’Andrea.
De cette oeuvre dérive toute une série de Madones agenouillées aux pieds de l’enfant Jésus, dont les plus belles sont deux Madones du Bargello. Dans le som-
met de l’une, on voit le Saint-Esprit et Dieu le Père entouré de chérubins.1 Andrea, toutes les fois qu il le
1 Motif répété dans un très bel exemplaire, au Musée de Berlin.
ŒUVRES D’ANDREA
pourra, cherchera à mettre dans ses œuvres l’image de la Sainte Trinité. Dans la seconde Vierge du Bargello, des lis sont placés à côté de l’enfant Jésus et, dans le haut, on voit deux têtes de chérubins et des mains tenant une couronne. Une Madone semblable se trouve dans la collection Drury Fortnum : 1 deux Anges à mi-corps escortent la Vierge et, dans le haut, la figure de Dieu le Père est entourée de chérubins.
Ce motif eut une vogue immense et fut reproduit aux époques les plus tardives. On le retrouve dans une Madone de qualité secondaire du Bargello, où l’on voit trois Anges dans le ciel, dont l’un porte l’inscription : Gloria in excelsis Deo ; dans une Vierge aux Capucins de San Casciano (n° 15323 d’Alinari), et l’on peut citer, comme un des exemplaires les plus tardifs, une Vierge de la Cathédrale d’Arezzo (n° 9706 d’Alinari).
Ce motif a été reproduit parfois sous une forme ronde, et un des meilleurs spécimens de ce type se trouve au Musée de Cluny. Ici, dans le sommet du tableau, quatre Anges à mi-corps, de proportions beaucoup plus petites que la Vierge, sont placés à ses côtés. Une double bordure de têtes de chérubins et de feuillages sert de cadre à cette belle œuvre. Une Madone semblable se trouve
VIERGE du Musée National.
1 Aujourd’hui à l’Ashmotean Muséum, à Oxford.
dans la collection Foule à Paris. M. Allan Marquand considère cette dernière Madone comme ayant été faite par Luca lui-même et comme ayant précédé la Madone de la Verna. Je crois, au contraire, que la Madone Foule et la Madone de Cluny sont des œuvres tardives
de l’atelier d’Andrea. L’exécution si négligée et si peu intéressante des bordures suffirait à elle seule pour prouver que ces œuvres sont un produit secondaire de l’atelier d’Andrea.
De même caractère est la Vierge de l’Oratoire de Sant’Ansano à Fiesole (n° 3281 d’Alinari). Dans cette dernière Vierge un nouveau type apparaît: le petit Saint Jean est agenouillé devant l’enfant Jésus, et l’on voit l’âne et le bœuf. Une réplique de cette œuvre se trouve dans l’église de San Niccolô da Tolentino à Prato (n° 10207 d’Alinari). Au Musée de Berlin, dans un médaillon entouré d’une double bordure de fruits et de têtes de chérubins, la Vierge est agenouillée devant l’enfant Jésus soutenu par le petit Saint Jean (œuvre tardive de l’atelier d’Andrea).
L 'Annonciation de la Verna est une œuvre de même valeur que Y Adoration de l’enfant Jésus. Andrea ne représente pas ici la scène de l’Annonciation sous la forme le plus souvent adoptée par les maîtres florentins. L’Ange a prononcé les paroles divines: Ave Ma-
VIERGE du Musée de Cluny.
YERNA — Casentino