‹ Les Della RobbiaChapitre 38 sur 65 · MADONE DE LA PORTE DU DOME DE PRATO · texte numérisé non relu

MADONE DE LA PORTE DU DOME DE PRATO

LE COURONNEMENT DE LA VIERGE au Couvent de l’Observance (Sienne).

Madone de la Cintola de la Verna, mais représente toutefois un style plus avancé. C’est une des œuvres les plus célèbres d’Andrea et un des chefs-d’œuvre de l’art italien. C’est le sentiment même de Fra Angelico, qui seul pourrait être ici comparé à Andrea délia Robbia. Rien ne saurait exprimer le charme et

la poésie d’une telle scène, le geste si affectueux de Dieu le Père, l’expression de la Vierge disant si bien sa joie et son humilité, la science avec laquelle est disposé autour de la Vierge le concert des Anges, les expressions d’extase et d’amour qui transfigurent le visage de Saint Jérôme et de Saint François d’Assise.

L’œuvre est complétée par une prédelle reproduisant, dans la forme la plus admirable, les trois scènes de l’Annonciation, de la Nativité et de l’Assomption. Partout le style des figures est digne de la grandeur de la pensée.

Non moins parfait est le Retable de la Chapelle da Camposanto d’Arezzo, représentant la Vierge entourée de Saint Sébastien et de Saint Julien. Il suffit de le comparer au Retable de Gradara, pour comprendre la marche du talent d’Andrea et le perfectionnement de sa technique. Dans les draperies, notamment, les plis

VIERGE ET SAINTS du Camposanto d’Arezzo.

ŒUVKES D'ANDREA.

deviennent plus nombreux et ils sont plus finement étudiés. Ce Retable est surtout admirable par la figure de Saint Sébastien, une des rares figures nues que l’on trouve dans l’œuvre d’Andrea, en dehors du Christ et des petits enfants. C’est une figure exquise, digne d’être

VIERGE ET SAINTS de la Chapelle Médicis à Santa Croce (Florence).

comparée au David de V errocchio. Sur la prédelle . Saint François recevant les Stigmates, la Nativité et une Scène de la vie de Saint Julien.

Dans cette Vierge du Camposanto, on remarquera que l’enfant Jésus, debout sur les genoux de la Vierge,

ne s’adresse plus à elle ; il regarde devant lui et il bénit. Ce motif va désormais devenir très fréquent dans l’œuvre d’Andrea.

Je crois devoir rapprocher de cette Vierge un Retable devant lequel les écrivains hésitent à prononcer le nom d’Andrea, c’est le JRetahle de la Chapelle Médicis à Santa Croce. La Vierge tenant l’enfant Jésus a beaucoup de rapports avec la Vierge précédente, et l’on trouve, dans l’expression de son visage, une plus vive et plus attendrissante expression d’amour et de mélancolie. Comme dans le Retable du Camposanto l’enfant Jésus lève une main pour bénir; de l’autre il tient un petit oiseau. Nous voyons apparaître ici un motif que nous rencontrerons souvent dans la suite, le motif des Anges tenant une couronne sur la tête de la Vierge.

MADONE DU BERTELLO. C’est ^ sang doute qu’il

convient de placer la Madone du Bertello. J’ai longtemps hésité avant de prendre un parti sur le point de savoir si cette Madone n’était pas de Luca. Elle est tellement belle qu’elle est digne de figurer à côté de ses œuvres les plus parfaites. Mais il m’a paru que le style des draperies, le type de la Vierge et de l’enfant Jésus emmaillotté, cette manière si habituelle à Andrea de

ŒUVRES D’ANDREA

représenter la Trinité, en plaçant, an-dessns de l’enfant Jésus, la Colombe du Saint-Esprit et les mains de Dieu le Père, devaient faire considérer cette Vierge comme une œuvre de ce maître. Mais, nulle part, il ne s’est élevé si haut; nulle part, dans la représentation des Madones, il ne s’est montré si puissamment ému.

TABERNACLE DE L’ORATOIRE DE LA MISÉRICORDE à Montepulciano.

On remarquera qu’ici le petit enfant Jésus est en> maillotté comme dans le Retable de Santa Croce. Ce sont les deux seuls exemples de ce type que nous trouvions dans l’œuvre d’Andrea. Comme dans la Madone de Santa Croce, l’enfant Jésus lève une main pour bénir ; dans l’autre, au lieu d’un oiseau, il tient un de ses langes.

Jj Autel cle V Oratoire de la Miséricorde à Montepulciano, fait pour servir de cadre à une peinture, représente des Anges en adoration. C’est une œuvre très simple, mais exquise. C’est l’art d’Andrea, à son plus haut degré de perfection, que nous admirons dans ces ravissantes figures d’Anges si heureusement groupées autour du Tabernacle, dans les deux jolies scènes de la prédelle représentant la Nativité et l’Adoration des Mages, et dans les deux figures de l’Annonciation qui sont placées aux côtés du Tabernacle. Pour parler des œuvres que nous étudions en ce moment, nous devrions uniformément répéter les mêmes éloges. Elles sont toutes également belles, ne différant que par quelques détails de technique, par la manifestation d’un art de plus en plus maître de lui-même.

Nous sommes ici, je pense, à une période postérieure à 1490, et nous arrivons, avec la Crucifixion de la Verna, au point culminant de la vie d’Andrea, au moment où il s’élève aux plus grandes hauteurs de l’art expressif et dramatique. Qui pourrait dire le sentiment poignant d’une telle scène, l’ardente expression de douleur et d’amour des figures placées au pied de la croix et la dominante de sentiment religieux qui se dégage de toute cette œuvre ! La Vierge, vieillie, avec des yeux qui ont longtemps pleuré, les mains croisées sur la poitrine, n’a plus la force de lever ses regards tristement rivés à la terre; Saint Jean, plus jeune, plus impétueux, les mains plus nerveusement crispées, implore anxieusement son divin maître, et, à leurs côtés, Saint François et Saint Jérôme offrent à Dieu leurs souffrances, tournent vers lui leurs lamentables visages, ravagés par les supplices volontaires, et prient. Et, plus haut, au-dessus d’eux,

ŒUVRES D’ANDREA

par une audace dont Donatello avait donné les premiers modèles, les Anges aussi souffrent comme des âmes

LA CRUCIFIXION du Couvent de la Yerna.

mortelles et cachent, dans leurs mains, leurs visages baignes de larmes. Et dans quelle forme merveilleuse

ce poème se déroule à nos yeux ! Quel art, dans ce groupe des Anges, si admirablement varié, si mouvementé, sans rien perdre de T harmonie et de la pureté des lignes ! et quelle grandeur Andrea donne à toute cette scène, en subordonnant les deux figures de saints, et en faisant surgir, dans une forme colossale, les figures de la Vierge et de Saint Jean !

Qui jamais a fait une œuvre semblable ? et vraiment le maître qui a sculpté la Crucifixion de la Verna n’est-il pas digne d’être tenu pour le plus chrétien et le plus saint des sculpteurs, pour le seul maître que l’on puisse placer aux côtés de Fra Angelico ?

Avant de quitter le Monastère de la Verna, où nous avons admiré tant de chefsd’œuvre, nous citerons encore les deux belles figures de Saint Antoine et de Saint François, sculptées en demi-relief dans des niches feintes.

Revenant maintenant sur nos pas, par comparaison avec la Crucifixion de la Verna, nous pourrons classer à une date voisine, mais antérieure, la Crucifixion 1 d’Arezzo. C’est le même motif, dans une saint François. forme moins avancée. L’ordonnance est

Couvent de la Verna.

moins grandiose, les attitudes plus symétriques, les draperies moins souples, les expressions

1 J’emploie ici le terme de Crucifixion parce qu’il est court et commode. Mais le vrai titre de ces œuvres serait la Lamentation aux pieds du Christ.

ŒUVRES D’ANDREA

moins puissantes. Il faut toutefois avoir devant les yeux la Crucifixion de la Yerna pour faire quelques réserves devant l’œuvre d’Arezzo. Il faut connaître les Anges de la Yerna, pour ne pas considérer ceux d’Arezzo comme les plus beaux de l’œuvre d’Andrea. On remarquera qu’au-dessus du Christ crucifié Andrea met la Colombe du Saint-Esprit et la figure de Dieu le Père. On peut considérer cette œuvre comme la plus belle représentation de la Trinité qu’il ait faite.

Sur la prédelle est une figure de la Yierge, dont l’enfant qui bénit rappelle de très près l’enfant Jésus de la chapelle du Carnposanto. Ces deux œuvres sont de la même époque.

Dans l’étude des œuvres d’Andrea, en raison de la privation presque complète de documents, on ne peut avancer qu’avec la plus grande hésitation. Je crois cependant devoir attribuer à Andrea Y Ascension de la Yerna; mais il y a dans cette œuvre des inégalités, des faiblesses, qui pourraient également s’expliquer soit parce que c’est une œuvre naïve de sa jeunesse, soit parce que c’est une œuvre un peu négligée, faite en partie par ses élèves. Le sommet du tableau est irréprochable. Nous retrouvons les beaux Anges de la

LA CRUCIFIXION ' de la Cathédrale d’Arezzo.

Crucifixion d’Arezzo; et le Christ, très noble, admirablement drapé, portant sur son visage l’expression du plus tendre amour, est une figure du plus beau style, qui, par la simplicité et la pureté de ses lignes, évoque le souvenir des belles œuvres de Luca. Mais le groupe des Apôtres est moins digne d’éloges ; la disposition n’en est pas très heureuse, et les plis mal ordonnés manquent d’harmonie.

Je rapproche de Y Ascension de la Verna Y Assomption de Città di

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