‹ Les Demandes Faites par le roi Charles VIChapitre 12 sur 15 · DE PIERRE SALMON · texte numérisé non relu

DE PIERRE SALMON

Cp. s’ensuit la Unnir Vurtcs lettres escriptes par le Uog à Üpialeman.

Salmon, comme naguères par nos lettres patentes vous aions mandé venir par-devers nous pour aucunes causes dont pluseurs fois nous avez parlé et escript pour le bien de nous et de nostre royaume; pouixjuoy nous, derechief, vous mandons et commandons expressément et sans délay , ces lettres veues, toutes excusations cessans et arrières mises, vous venez pardevers nous pour nous bien informer et instruire de la matière dessusdicte , et nous mettez par escript icelle matière, ainsy que autrefois vous avons commandé, et en telle manière que nous la puissons bien concevoir et entendre, et gardez, sur la léaulté que avez à nous , en ce n’y ait aucun deffault.

Donné à l’arls, etc.

LAMENTATIONS ET ÉPITRES , etc.

(Planche II.)

Cy s’ensuivent les lainentacions Salmon pour aucunes merveilles à lui avenues ou pèlerinage de ce inonde, et les épistres pour ce par lui baillées et envolées à très excellent et très puissant prince Charles , roy de France, le siziesme de ce nom, aux seigneurs de son sang, à Pierre de Lune ‘ qui lors occupoit le papat , et aux seigneurs , cardlnaulx et autres prélas lors estans au conseil général tenu à Pyse pour oster la division et le très doulereux scisme qui estoit et longuement avoit esté en l’Église de Dieu ; lesquelles lamentacions et épistres je, Salmon, ay escrlpt et intitulé en ce petit volume, en l’an de l’incarnation nostre Seigneur mil quatre cens et neuf, à la requeste et par le commandement du Roy nostre sire.

' Issu d’une illustre famille d’Aragon. Il fut élu pape à Avignon le 28 septembre iSg^, après la mort de Clément VII, et prit le nom de Benoît XIII. Un autre pape, Boniface IX, également élu en conclave, à Rome, le 2 novembre iSSg, occupoit alors le siège de saint Pierre.

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DE SALMON

(Planche III.)

Comntfnt If ntaria^jf ilîrt^amf îjsûbfl *, fillr ^tt rou bf i^ranrc, rt ï)f llidiart, rav îï’vlnglflmf , fu traictié ri accorbc, rt bi’puis fait à ftalai?, rt bf la noblfSff qui g fit tant îui rouaumc î>f JTancf fomntf ÎJ’^nqUtfm , ft fammcnt le rou trrr^ fmmrna iîlcbamf l)6abfl bc /rnn* a qrant jopc et grant rt noblf fompaiqncc en ^Ujjjlctfrrr , ru lûqufUf compai^ncf fu Jôalmou.

En l’an de grâce nostre Seigneur mil ccc quatre vins et xiiij fu traictié le mariage de madame Ysabel , fille du roy de France, et de Richart de Bordeaulx, lors roy d’Angleterre , lequel mariage fu accordé et depuis fait à grant solempnité et en grant magnificence par l’assamblée qui lors se fist entre Ardre et Ralays ’ , du

‘ Isabelle, fille de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, avoit sept ans lorsqu’elle fut mariée à Richard II, roi d’Angleterre, âgé de trente ans. Richard étoit fils du prince Noir, et petit-fils d’Kdouard III. Deux ans après son mariage, il fut déposé juridiquement, puis assassiné, et la jeune Reine revint en France. « Il fut n ordonné par le Roy et ceux de son sang, dit Jean Juvénal des n ürsins, qu’on feroit diligence d’avoir madame Isaheau, reine « d’Angleterre, c|ui estoit pucelle; car oneques le roi Richard com- « paignie charnelle n’avoit eue ^vec elle. »

Le 29 juin i4o6, Isabelle épousa Charles d’Orléans, son cousin, qui n’avoit que onze ans. Elle étoit alors dans sa treizième année. Elle mourut en couches le i5 septembre i409'

’ L’entrevue de Charles VI et de Richard II eut lieu entre Ardres

roy de Finance et du roy d’Angleterre, acompaigniéz des princes et barons et des nobles de leurs royaumes ; et en icelle assamblée furent certaines aliances faictes et jurées entre les deux Roys, et fu lors madame Ysabel , fille du roy de France, qui là estoit, présentée au roy d’Angleterre; et par les princes et princesses, seigneurs et dames du royaume d’Angleterre qui là estoient fu la dame receue moult honnourablement et aprèz menée en la 'ville de Kalays , acompaignée de messeigneurs les ducs de Berry, de Bourgongne et de Bretaigne, et de pluseurs contes et barons, chevaliers, dames et damoiselles du royaume de France ; et en icelle ville de Ralaiz, où estoit celle noble compaignée de pi’inces et de princesses, de seigneurs et de dames des royaumes de France et d’Angleterre, espousa le roy d’Angleterre, en l’église Saint-Nycholas , madame Ysabel de France, qui lors fu roy ne d’Angleterre, dont grant joye et grant feste fu faicte par certains jours en icelle ville de Ralays; aprèz lesquelz jours et feste les princes et les seigneurs et dames du royaume de France prindrent congié du roy d’Angleterre et de la royne, et s’en retournèrent en France.

Quant la Royne apperceut que les seigneurs et dames se départoient, et que toutes ses gens la laissoient, elle requist au Roy son seigneur, que des gens que le Roy son père lui avoit bailliez pour la ser-

et Guignes, le 28 octobre 1096, et la cérémonie cln mariage fut célébrée le I" novembre suivant, à Calais, dans l’église Saint-Nicolas, par l’arcbcvèque de Cantorbéry.

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vlr, aucuns demourassent en sa coinpaignée, laquelle chose le Roy lui ottroia. Et du nombre de ceulx qui deinourèrent , moy, Salmon, qui parle, fus l’im qui, par l’ordonnance du roy d’Angleterre, passay la mer en la compaignée de la Royne. Aprèz toutes ces choses ainsy faictes comme dit est , le Roy et la Royne acompaigniez des princes et des princesses, des chevaliers, dames et damoiselles du royaume d’Angleterre, entrèrent ou navire du Roy, qui tout ordonné estoit, et ainsy s’en retourna le Roy, et emmena la Royne à grant joye en Angleterre.

Comment le roy parla Sfcrètfmfnt à

jpalmon cii eou oratoire gur l’egtat î>e la pergonne î>u roy î>e JÂanfe, et romment jSalmon regpon^y.

Aprèz ce que moy qui parle euz esté et demouré par aucun temps ou royaume d’Angleterre , en l’ostel du Roy où la Royne tenoit son estât , le roy d’Angleterre, qui se disoit moult amer et désirer le bien et bon estât de la personne du roy de France, eut nouvelles un jour qu’il n’estoit pas bien disposé, dont il se monstroit estre très dolent, et par le moien du confesseur de la Royne sceut que je estoie son famillier domestique, bien congneu et privé de lui, plus que nul qui fust passé la mer en la compaignée de la Royne , pourquoy le Roy fu désirant de moy congnoistre et veoir souvent, si comme je l’apperceuz bien par pluseurs fois qu’il m’appella depuis pour parler à moy

privéenient, et savoir de l’estât et du gouvernement de la personne du roy de France; mais pource qne je ne Savoie mie pourquoy ne en quelle entencion il me demandoit ces choses , je me excusay tousjours envers lui, disant que de ce qu’il me demandoit je ne saroie pas bien rcspondre , et nonobstant mes responses, une fois entre les autres me manda et fist demourer en son oratoire , tout seul avecques lui , et lors me dist ces paroles ou samblables : « Salmon, je say que vous estes famillier et bien privé de beau-père, le roy de France, et qu’il vous aime et a fiance en vous pource que vous avez sceu et savez de ses affaires, qui ne sont pas de présent si bons comme je vouldroie bien qu’ilz fussent, et pour en estre mieulx acertenéz pour son bien , je vous ay fait venir devers moy aucune fois pour en savoir ; mais il m’a samblé et encore fait que vous n’aiez pas bien fiance en moy, et que vous différez moy en dire la vérité ; et pour vous oster de doubte et faire congnoistre l’amour et bonne voulenté que j’ay en lui et à la bonne prospérité de sa personne, je vous ay ycy fait venir pour vous dire la cause qui m’a meu et qui me muet. »

Et lors mist le roy d’Angleterre sa main sur l’autel benoit en jurant le sacrement qui dessus avoit esté célébré , et par les ramembrances de Dieu et de Nostre- Dame qui là estoient, et le serment qu’il avoit à la couronne d’Angleterre et à madame la Royne sa femme, qu’il amoit bien, que le roy de France son beau-père estoit la personne qui fust vivant qu’il amoit mieulx aprèz lui et madame la Royne sa femme, et que pour

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le Roy son beau-père et pour son bien vouldroit exposer son corps et toute sa puissance ; et aprèz pluscurs paroles dictes et le sereinent fait par le roy d’Angleterre ainsy que dit est , le Roy me fist jurer sur l’autel benoit à tenir secret ce qui entre luy et moy seroit parlementé, et que, pour le bien de son beau-père , le roy de France, je ne le diroie à nul, sinon par son commandement , laquelle chose je accorday au roy d’Angleterre par la condicion que il m’avoit dicte avecques mon honneur sauve. Et lors me interroga le roy d’Angleterre sur l’estât de la personne du roy de France, comme autre fois avoit fait, en moy disant que je ne lui devoie pas celer ne faire doubte de ce qu’il me demandoit, et me requist que je lui volsisse dire par qui c’estoit que le Roy son beau-père de France estoit ainsy gouverné, et qui le tenoit en telle subjection et si honteuse , en moy disant que s’il en povoit savoir la certaineté qu’il y mectroit bon remède.

Quant le Roy ot finée sa raison , et que je euz oy et bien entendu ce qu’il lui pleust moy dire et demander, je lui respondy encore que de ce qu’il me demandoit et avoit demandé je ne lui sauroie pas bien parler proprement; et que moy, si bien averti de sa bonne voulenté comme j’estoie , je ne lui vouldroie celer riens que je lui sceusse dire pourquoy il en peust de mieulx eslre au Roy mon souverain seigneur du quel bien je estoie moult désirant; et aprèz ces paroles le Roy me respondy assez aigrement, et dist qu’il estoit commune renommée en France, et aussi estoit-il en Angleterre,

que le duc d’Orléans ' tenoit le roy de France son frère en telle subjection , et que je le Savoie bien et ne lui vouloie pas dire, de quoy je respondi au Roy que combien que on le deist si n’estoit-ce pas chose à croire ; et lors le Roy me dist plusieurs paroles sur quoy je ne sceuz que respondre, et à tant se parti le Roy de son oratoire et moy d’autre part.

' Il importoit beaucoup à Richard, de connoître quelle pouvoit être l’influence du duc d’Orléans sur l’esprit de Charles Vt son frère , parce qu’il ne voyoit pas sans inquiétude l’intime liaison qui suhsistoit entre Henri de Lancastre, son cousin, banni d’Angleterre, et le duc d’Orléans. « Il y eut, dit Juvénal des Ursins, de grandes « alliances jurées et promises entre monseigneur d’Orléans et Henri « de Lancastre , et se montroient grands signes d’amour, et souvent « estaient ensemble. »

Le 5o septembre iSgg, ce même Henri de Lancastre fut proclamé roi d’Angleterre par le parlement, sous le nom de Henri IV.

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Coirwfut If rov y^nfllrtrm ftivota JSoInton rn iïancr pour qurrir un rlm* rjtprrt rn plusruvd oririuro.

Aprèz ce que le roy d’Angleterre ot à moy parlé ainsy comme dist est , un autre jour me fist venir devers lui, comme devant avoit fait, en moy demandant se je Savoie que estoit devenu un clerc du pays de Guienne, qui par le maresclial de Sancerreévoit esté envoiéz au Roy son beau-père , lequel clerc le duc d’Orléans avoit fait partir du royaume de France. A ce point je respondy au roy d’Angleterre que je avoie bien veu le clerc dont il me parloit, et ne Savoie qu’il estoit devenus; mais que je congnoissois bien un clerc du pays mesmes qui avecques lui estoit venus, et qui estoit plus grant clerc et plus saiges que l’autre n’estoit, lequel je avoie laissié à Paris quant je en partis. Et lors le roy d’Angleterre me dist qu’il le vouloit veoir et parler à lui, et pour ceste cause m’envoia en France, en moy commandant expressément sur l’amour que je avoie au roy de France, son beau-père, et si chier comme je désiroie son bien, que je feisse venir icellui clerc dont je lui avoie parlé en Angleterre devers lui; et me dist le Roy que je lui promeisse tout seurement de par lui qu’il lui feroit tant de biens qu’il en seroit honnouré à tousjours.

Ces paroles dictes, le Roy me fist délivrer de l’argent , et me bailla lettres de l’estât de luyet de madame la Roy ne, adréçans au roy de France, son beau-père, à la Royne et à monseigneur le duc de Rourgongne;

5o LAMENTATIONS ET ÉPITRES

et ainsy me partis du roy d’Angleterre pour venir en

France.

Commrnt Ir rtJg OnjUtem f ntioia 0almon f n Stance î)our qucrir U cietc îrfgôusîrit , fomm^nt 6almon prwfnttt au roj) î>f J^rauff, o la Kognc et à tnonficiflucur ÎTf SourRouRUf, Us Uttrrs îut rog b’2ln~ jgUtfrrf , comment JSalmon reporta au rop îr’3ln- ^leterre Us lettres îru rop î>e i^rance, îre la Koyue et î>e mpuseiRiieur îre tDourgionjgue , et comment U rop îr’^tnRleterre renooia lettres à monseigneur îre OourRonigne par JSalmon pour qu’il lui enooiast Uîrit clerc.

Quant je fus passé la mer de Douvre à Kalais, je me trais droit à Paris, où estoit le Roy, et lui présentay les lettres que lui envoioit le roy d’Angleterre, et aprèz ce qu’il les eut leues me fist très bonne chière, et fu très joieux de savoir le bon estât du roy d’Angleterre et de madame la Royne sa fille, et aussy fu la Royne, aprèz ce qu’elle ot veu ses lettres, et monseigneur le duc de Bourgongne samblablement.

Quant je euz fait mon devoir des lettres du roy d’Angleterre ainsy comme dit est, -je mis diligence à quérir le clerc pourquoy je estoie envoié en France, lequel je trouvay assez près de Saincte-Geneviève à Paris, ou colliége de Bourgongne, où il demouroit; et là parlay à lui en lui recordant les paroles et les promesses que lui faisoit le roy d’Angleterre par moy, ou cas qu’il vouldroit venir devers lui en Angleterre ; lequel clerc, aprèz que je euz fiué ma raison, me res-

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pontly qu’il feroit moult vouleiitiers le plaisir du roy de Angleterre, considéré qu’il estoit si désirant du bien du roy de France , comme je lui avoie dit; mais que pour l’eure il estoit occupé ou service de monseigneur le duc de Bourgongne , et sans avoir licence de lui n’oseroit ne ne voldroit partir pour aler quelque part. Et pource que je n’avoie aucun commandement de par le roy d’Angleterre de en parler à monseigneur de Bourgongne, je m’en déportay atant, et me retrais devers le Boy, où je fus une espace de temps, aprèz lequel temps je relournay en Angleterre et portay lettres et response de par le Roy au roy d’Angleterre et à madame la Royne , et aussy samblablement de par la royne de France et de monseigneur le duc de Bourgongne; et esploitay tant par mes journées que je arrivay en la cité de Londres , où le roy d’Angleterre estoit en son palaiz, et là lui présentay les lettres que lui envoioit le roy de France, son beau-père, et aprèz celles que lui envoioit la Royne et monseigneur de Bourgongne , lesquelles lettres le Roy receut à très grant chière, et aprèz ce qu’il les ot leues me demanda bien diligemment comment le Roy son beau-père se portoit, et pluseurs autres choses me demanda de lui qui longues seroient à recorder; et aprèz me demanda se je avoie amené le clerc que il m’avoit envoié quérir. Je lui respondi que non et la cause pourquoy, dont il ne fu pas bien content; et pour ceste cause me fist retourner en France en moy baillant ses lettres contenans créance par moy à monseigneur le duc de Bourgongne, en lui priant qu’il lui voulsist envoier icellui clerc qu’il avoit devers lui ; lesquelles lettres je portay

de par le roy d’Angleterre à monseigneur le duc de Bour-

gongne, que je trouvay à Paris, et là les lui présentay.

Commfiit Snlîtîon ïifrmpaîdnic î>u rlm e’rn

rrtum ua m là prt&oUa Ir cUrt: au

îiüjj.

Aprèz ce que monseigneur de Bourgongne ot leues ces lettres, je lui dis la créance qui m’esloit donnée de par le roy d’Angleterre , lequel me l’espondy qu’il acompliroit voulentiers ce que le roy d’Angleterre lui mandoit, et qu’il estoit très joieux et bien content de l’amour et bonne voulenté qu’il monstroit avoir au Roy son seigneur, et bientost aprèz, sans faire long délay, monseigneur de Bourgongne manda icellui clerc venir devers lui , et lui ordonna et commanda qu’il venist en Angleterre avecques moy, et qu’il oyst ce que le roy d’Angleterre lui diroit; et aprèz m’appella monseigneur de Bourgongne, et me bailla ses lettres adréçans au roy d’Angleterre, et me commanda ce qu’il vouloit que je feisse. Et ^linsy moy acompaignié d’icellui clerc retournay en Angleterre devers le Roy, que je trouvay en son palais à Londres, ainsy comme autre foiz avoie fait, et là lui présentay les lettres de monseigneur de Bourgongne, et menay le clerc devers lui, dont il fu moult joyeux, et lors parla à lui à son plaisir.

Cotnmfnt U ray parla auîiit rlrrr. ‘

' Ce titre n’est pas rempli dans le manuscrit.

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DE SALMON

(Planche IV.)

Comwfnt If m et la rawitf V^nglrtfrrf Sf parlirrnl î)f Conîirfs ft ôVn alrrrnt m auciinfô partira leur rouauinr pour la Îiiuiôi0n qui rdtuit 0U r0^auinr.

En ces jours-là grans tribulacions et divisions meurent ou royaume d’Angleterre entre le Roy et aucuns princes de son sang, et pour ceste achoison le Roy se parti de son palais où il estoit en la cité de Londres, et ala en lointaines parties de son royaume, la Royne en sa compaignée; et à l’eure de son partement je me trais devers lui pour savoir qu’il vouldroit que je feisse, et lors le Roy me commanda que je laissasse le clerc à Londres et que je alasse avecques lui, et il me commanderoit son plaisir.

Pour acomplir le commandement du Roy, je laissay le clerc que je avoie amené de France en mon hostel à Londres, et un de mes familliers avecques lui, et ala avecques le Roy en la compaignée du confesseur de la Royne, avecques qui je fus tout le voiage, lequel par sa courtoisie me fist de grans plaisirs en moy présentant sa compaignée et offrant sa chambre et tous ses biens pour l’onneur dm roi de France son seigneur et le mien , et aussy pource qu’il savoit la matière en quoy le roy d’Angleterre procédoit par mon moien pour le bien du roy de France. Et ainsy fus tout le voiage en son compaignée, tousjours prèz du Roy et de la Royne, qui lors furent en maintes villes et manoirs

du royaume d’Angleterre, et aprèz ce arrestèrent en un manoir que est dedens un parc nommé Hondescot, prèz de la cité d’Oncsenefort; et là se tint le Rov et la Royne grant temps, et pour les grans affaires que le Roy avoit, je ne povoie avoir aucun apointement ne response de lui, dont je estoie bien dolant. Et en attendant l’ordonnance du Roy, vint devers moy mon faniillier que je avoiè laissié à Londres avec ledit clerc , duquel il m’apporta lettres contenans que s’il n’avoit bien brief nouvelles de moy, qu’il s’en retourneroit en France.

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DE SALMON

( Flanc îiE V.)

Comment iSûlmon ge trait îtrofrg k rojj y;3lnglftfrrf pour lui îrirr rr que lui mauî>oit k ckrc, et commeut k rop ÎJ’^lu^kterre, aprè? pluseurs paroke toucl)ans la malaîiie î)u rog îre -franre, se partp malronknt îre Ôalmon.

Quant j’euz rcceu ses lettres je me ingéray de parler au Roy, et lui dis ces nouvelles en sa chambre où il estoit; et lors me fist le Roy entrer en sa garde-robe tout seul avecques lui, et me dist pluseurs paroles qui longues seroient à recorder, entre lesquelles me dist qu’il avoit oy parler le clerc que je lui avoic amené et moy aussy, et que nous ne lui voulions pas dire ce que nous savions bien, et lui celions ce qui estoit vray; et lors me dist le Roy qu’il savoit certainement (pie tout le mal et la tribulacion que son beau-père le roy de France avoit, procédoit de monseigneur le duc d’Orléans, son frère, qui le gouvernoit ainsy par art dyabolique ’ pour le destruire et pour estre Roy, et i[ue

' Doux moines qui avoient entrepris de guérir le Roi , après avoir épuisé toutes les ruses imaginables pour maintenir leur crédit, déclarèrent enfin que la maladie du Roi étoit un sort et un ell'et de la magie, qu’ils imputèrent au duc d’Orléans : ils furent décapités. L’épouse de ce prince, A'alcntine de Milan, la seule personne que le Roi reconnût pendant scs accès, fut aussi accusée de le tenir ensorcelé. Pour les médecins de la cour, une pareille accusation ne jiouvoit les atteindre, car ils montrèrent assez qu’ils n’étoient pas sorciers. Ils furent cependant tous congédiés, sans en excepter le

se il vivoit longuement, et son fait ne lui estoit rompu,

qu’il vendroit à son entencion et seroit roy de France.

Aprèz ces paroles ainsy dictes par le roy d’Angleterre , il me ramentut le serment que je lui avoie fait , et me dist qu’il me feroit grant et puissant à tousjoursmais en soiï royaume , mais que je voulsisse faire ce qu’il m’ordenneroit ; et lors me dist qu’il mettroit tant d’eaue ou vin du duc d’Orléans que après ne feroit jamais mal à la personne du Roy son seigneur ne tl’autre.

Quant le roy d’Angleterre ot finée sa raison, et que j’euz oy et bien entendu ce qu’il lui pleust à moy dire, je lui respondy que monseigneur le duc d’Orléans estoit frère du roy de France, mon souverain seigneur, et d’autre partie qu’il estoit mon seigneur naturel, et que je estoie son homme ; et s’il estoit qu’il fust si desloyal comme il disoit, pource n’estoie-je pas cellui qui le devoie corriger ; et que de chose qui tournast à inconvénient de sa personne, pour bien qu’il m’en peust avenir, je ne seroie cause ne consentant. Quant j’euz ces paroles dictes, le roy d’Angleterre me respondy ce que bon lui sambla , et aprèz se party de là mal content de moy, ne oncques depuis ne me fist bonne chière ne beau samblant, ne il ne me volt escouter parler, dont je me donnay grant merveille.

principal, et le seul qui méritât confiance, Renaut Fréron, dont le savoir et l’expérience auroient peut-être fini par vaincre la maladie du Roi 5 mais cela n’entroit nullement dans les vues de toute sa famille.

DE SALMON

«Kommrnt 6almon wU «tourner en iVanre pour U îïeoiort i)ui rotoit en '^Inglfterre; mois à la requeote î>u fonfe6ôe«r î»e ia roone λ’^nj0leterre il îremouro, et fommenl le elerr î>e6suîî)it lui enooia lettres moult rijjoreuses.

Aprèz ce que le roy d’Angleterre se fu ainsy partis mal content de moy, et que j’euz bien considéré sa voulenté et les grans affaires qu’il avoit, je tins la besongne en quoy il m’avoit occupé toute conclue. Pourquoy je délibéray en moy-mesmes de retourner en France et emmener avecques moy le clerc que j’avoie amené , qui lors estoit à Londres , mais le confesseur de la Royne, en quelle compaignée je estoie et qui savoit aucuns de mes affaires, et non pas tout ce que le Roy m’avoit dit , ne fu pas bien d’accort que je me partisse sans le congié du roy d’Angleterre, lequel je volsisse tenir pour excusé pour l’eure , s’il ne faisoit diligence de la besongne dont il m’avoit cbargié, considérez les grans affaires qui lui estoient survenus. Combien, dist-il, que je say bien qu’il ne fait pas bien son devoir envers vous selon la charge qu’il vous a baillée, mais par mon conseil vous demourrez encore pour inieulx savoir sa voulenté; et pource que je say vostre fait estre bon, et que vous avez assez affaire pour l’onneur et le bien du Roy vostre seigneur et le mien, je vous aideray de ma puissance, combien que de présent je n’ay point d’argent, et vous savez bien la cause;

niais j’ay un peu de vaisselle et mes autres biens que

je vous offre et habandonne.

Quant le confesseur ot ainsy parlé à moy, à sa requeste et par son conseil je demouray une espace de temps. Et un jour, ainsy comme le Roy et la Royne estoient aléz en un autre manoir prèz d’illecques, et le confesseur en leur compaignée , je demouray à Hondescot en la chambre du confesseur ; et là ce jour vint à moy un mien famillier hastivement de Londres qui m’apporta lettres du clerc que je avoie lessié en mou bostel , par lesquelles il me mandoit que se je avoie affaire de lui, qu’il estoit hors de mon commandement, et que se je le vouloie trouver que je alasse à Paris, et là le trouveroie. Et m’escript pluseurs autres paroles bien rigoreuses , entre lesquelles me fist savoir qu’il diroit à monseigneur de Bourgongne que je maclîinoie en Angleterre un grant mal contre la personne du Roy et du royaume de France. Et aprèz me dist mon famillier, que se je ne clievauchoie hastivement jour et nuit pour aler à Londres, je ne le trouveroie pas.

DE SALMON

(Hommrnt Salmon 0e îjarty j^onîJ^grot pour ollrr à Conîïrrs parler au rlerr îressujîtit, et eommeut il oint à {Jaris oprèj le î>it elere , et puis retourna eu 2lU;9leterre pour aooir Îieôel)ari9e ^’aueunes parolee ipii lui eetoient imposées en sou trèsflraut préjuïrice et dommage.

Quant j’euz receu ces lettres et sceu ces nouvelles, et je apperceuz le grant inconvénient en quoy j’estoie pour bien faire, je fus moult doulent pour trois causes : la première pource que je estoie en grant dangier en pays estrange, loings de tous mes amis et bienvueillans, desnué de tous biens, et par espécial pource que je estoie en l’indignacion du prince , c’estassavoir du roy d’Angleterre, de qui je n’a voie voulu acomplir la voulenté. La seconde cause, pour les nouvelles que j’avoie eues des promesses que le clerc me faisoit par ses lettres, parquoy je povoie perdre l’amour et la grâce du roy de France , mon souverain seigneur, et demeurer mal voulu de messeigneurs de son sang et des nobles hommes de son royaume. La tierce cause, pource que je appercevoie moy estre et demourer diffamé sans oser jamais moy veoir ne trouver en France se le clerc disoit ces paroles qui n’estoient pas vraies ; mais pource que on croit plus de légier le mal que le bien , je en faisoie doubte.

Quant je euz toutes ces choses avisées et bien considérées, je fus en grant perplexité, et ne trouvay con-

6o LAMENTATIONS ET ÉPITRES

scil ne remède en moy se de la grâce de Dieu ne venoit, considéré que je n’avoie de quoy prouveoir à mon affaire. Et lors me pris à prier Dieu, et requérir la Vierge Marie, en lui vouant et promettant la servir dévotement toute ma vie, et l’aler veoir et visiter en ses églises de Boulongne et de Haalle, se Dieu me faisoit celle grâce d’estre hors de l’inconvénient où j’estoie , sauf ma personne et mon honneur, et demeurer en l’amour et grâce du roy de France , mon souverain seigneur. Ainsy comme je me lamentoie, Dieu, qui ses amis n’oublie ne ceulx qui en lui ont fiance, me donna advis des biens que le confesseur de la Royne, en qui chambre j’estoie , m’avoit présentéz ; et devant moy à icelle heure estoit sa vaisselle d’argent avecques une petite esconse ou lanterne d’or , laquelle vaisselle m’estoit habandonnée pour moy en aidier se besoing m’estoit. Je considéray que par autre moien, pourl’eure, veu mon affaire, je ne povoie mettre remède en mon fait que le clerc n’eust esté partis ainçoiz que je eusse peu parler au Roy ne au confesseur, et lors délibéray en moy pour honneur du roy d’Angleterre, à quelle requeste monseigneur de Bourgongne avoit envoié icellui clerc, et aussy pour moy garder de blasme et de reprouche en France, par espécial devers le Roy et monseigneur de Bourgongne, que je iroie hastivement à Londres pour garder icellui clerc de partir du royaume d’Angleterre par la manière qu’il m’avoit escript, et pour le faire venir devers le Roy, afin que lui et moy preinssions congié de lui pour retourner en France. Et pource que je ne vouloie pas desparer le confesseur de

DE SALMON

sa vaisselle qui lui estoit neccessaire chascun jour, je conclus que je emporteroie avecques moy à Londres l’esconse pour prendre argent dessus, ce que besoing m’en seroit pour l’eure.

Aprèz ce que j’euz ainsy conclus ce que Dieu me donna advis de faire, je me mis à chemin et esploitay tant nuit et jour que je vins à Londres en l’ostel d’un bourgoiz nommé Guillaume Sinouwille, qui estoit amy et bienvueillant du confesseur; et là me fu dit que le clerc estoit partis de Londres, mais quel chemin il tenoit je ne peus savoir; et pour avoir conseil je dis mon affaire et la manière de mon parlement à icellui bourgoiz, qui estoit homme saige et bien mon amy; lequel, aprèz ce qu’il m’eut oy parler, me dist, se je le vouloie croire , que je deniourroie à Londres et feroie savoir au Roy mon affaire, et renvoieroie au confesseur son esconse ; et en attendant response du Roy et du confesseur, je me tendroie en aucun lieu seur, afin que par ceulx à qui je estoie tenus ne me fust donné empeschement. Quant je euz entendu et bien considéré les paroles que me dist le bourgoiz, son oppinion me sambla estre bonne ; et par son conseil je deinouray avecques un sien amy à Wissemoustier (Westminster), une place seure et franche prèz du palaiz du Roy ; et de là escrips et envoiay au Roy unes lettres, et si renvoiay au confesseur son esconse ; et en attendant response du Roy je parlay à ceulx à qui je avoie à besongnier, et les contentay le mieulx que je peuz de ma parole jusques au fait. Et en ce point demouray à Londres par aucuns jours sans avoir nouvelles ne res-

Gi LAMENTATIONS ET ÉPITllES

[jonse du Roy ne d’autres, et pour ce inc disposay pour venir en France , et esploitay tant par mes journées que je vins à Paris.

Quant je fuz arrivez à Paris, je ne m’osay veoir ne présenter devant le Roy, ne ès autres lieux où je avoie acoustumé à estre bien venus , pource que il estoit commune renommée que je avoie pris furteusement la couronne de la royne d’Angleterre et de ses autres joyaulx ce que j’en avoie peu prendre.

Quant ces nouvelle^ vendront à ma congnoissance , se je fus doulant nul ne s’en doit raerveiller; mais pource que je savoie le contraire estre vray, et que je congnoissoie la cundicion des hommes estre plus encline à escouter et dire mal que bien , je ne m’en donnay pas trop grant merveille; car Dieu, en qui estoit toute ma fiance, me donna constance contre les mauvaises paroles des hommes et advis de y pourveoir. Et en pensant à mon affaire , je considéray qu’il estoit chose nëccessaire que je retournasse devers le roy d’Angleterre pour avoir lettres et certifficacion de lui comment tout le contraire des paroles que on disoit de moy en France estoit vray; et sans faire long séjour, par l’advis que Dieu me donna, je me partis de Paris et retournay en Angleterre pour avoir lettres du Roy contenans ce que dit est, combien que il me sambloit estre moult dure chose que pour bien faire je fusse en tel dangier.

DE SALMON

(Planches VI et VII.)

Commrnt ôalmon ûla nt pfkviuû^^ à nüstr^-Bamr ht fn laquflU fl)appfllf uint à lui un moine blanc, qui lui biot moult î»f pavolce toufl)ûn6 la personne îni Hou, et lui signifia la mort ï>u rop îi’:^tgleterre et bu bue b’^rléansj et comment Jôalmon s’en ala n Conbres pour parler au rop b’2lnglcterre, mais, pour la biuision bu rouaume, il se retrait en fjollanbe, où l’arceuesque be Cantorbière estoit.

Ainsy comme je faisoie mon chemin, il me vint en mémoire que je n’avoie pas fait le voiage que je avoie promis à Nostre-Dame, en sa chappelle à Halle; et pour la grant fiance que je avoie en la benoite Dame, je me trais en la ville de Halle , où je demouray environ XV jours, attendant nouvelles de France du bon estât du Roy pour le certiffier au roy d’Angleterre , et moy estant en ycelle ville de Halle et visitant la chappelle tous les jours colidiennement aux heures oi’données, un moine vestu de blanc s’adreça à moy par une manière bien merveilleuse, lequel me monstra aucunes choses et dist aucunes paroles que je ne vueil ycy recorder, et me commanda icelles dire au Roy monseigneur.

Quant le moine ot finée sa raison et je euz veu ce (ju’il me monstra et entendu les paroles qu’il me dist , qui me sambloit estre moult merveilleuse chose, je lui

respondy en moy excusant que je n’estoie pas bien disposé pour l’eure, par quoy je peusse faire ce qu’il me disoit , et s’il estoit que je fusse très bien disposé et que je deisse au Roy ce que j’avoie veu et les paroles qu’il m’avoit dictes, si ne m’en croiroit pas le Roy. Quant le moine apperceut que je différoie de croire ce qu’il m’avoit dit , il me recorda encore une fois les paroles qu’il m’avoit dites. Et pour ce, dist-il , que tu fais doubte de moy croire , je te bailleray ensaignes telles que tu appercevras que je t’ay dit vérité. Et lors me dist ces paroles : Tu retourneras devers le Roy ton seigneur, et lui diras ce que tu as veu et les paroles que je t’ay dictes, et il te verra et escoutera voulentiers parler, et demourras en son amour et en sa grâce plus que oncques ne fis , combien que tu auras assez affaire et à souffrir, mais tu n’auras nul mal; car qui mal te fera , mal lui en prendra ; et afin que tu croies tout ce que je te dis estre vray, je te certifie que le roy d’Angleterre sera privé et débouté de son royaume par ses gens mesmes ainçoiz que l’an iiij® soit passé, et ne demourra guères de temps aprèz que le duc d’Orléans mourra honteusement et d’autre mort que naturelle. ' Quant je euz oy les paroles que le moine me dist , je fust moult désirant d’acomplir mon voyage pour retourner en France, et pris mon chemin de la ville de

' Comme l’auteur écrivoit en i^og, il est difficile de regarder comme une prédiction, l’accomplissement de deux événemens qui s’étoient passés en iSgg et 1407 : c’est ce que Montaigne appelle deviner a reculons.

DE SALMON. 05

Halle où je estoie, pour aler en Angleterre, et esploitay tant par mes journées que je vins en la cité de Londres, cuidant là trouver le roy d’Angleterre, qui, pour les divisions qui pour lors estoient en son royaume , s’estoit trait , et la Royne avecques lui , ès parties de Gales qui est ès confines du royaume d’Angleterre, et pource que estrangiers n’osoient pas seurement clievaucliier par le royaume pour les gens d’armes qui estoient sur le pays, et que Françoiz n’estoient pas bien amez de tous*, je demouray à Londres une pièce, attendant avoir compaignée seure pour aler devers le Roy; mais je n’euz guères là esté que je trouvay un escuier de l’arcevesque de Cantorbière, qui portoit lettres de par le Roy à l’arcevesquc, qui lors estoit bany du royaume d’Angleterre , et pource que je a voie congnoissance à l’arcevesque , qui estoit du lignage du Roy et un de ses grans conseilliers , je me partis avec son escuier pour aler en Hollande devers lui, yn la ville d’Utrecq, où il estoit attendant retourner devers le roy d’Angleterre en sa compaignée. Mais quant l’arcevesque eut veu les lettres que le Roy lui envoia , il n’ot pas conseil d’alcr devers lui et priât lors le chemin pour aler à Romme, et je demouray en la ville d’Utrecq

■ Le mariage «le Richard avec la fille de Charles VI n’étoit pas agréalile au peuple anglais, qui ne pardonna pas au Roi surtout la reddition «les ports de Brest et de Cherbourg, faite à l’occasion de son mariage, moyennant soixante-six mille francs d’or. Déplus, les noces avoient coûté à l’Angleterre trois cent mille marcs «l’argent, ce «jui fut l’occasion de nouveaux impôts et de nouveaux mécontenteinens.

pource que je me sentoie mal disposé de ma personne, et qu’il estoit la sepmaine saincte prèz de Pasques que tous chrétiens et vrays catholiques en remembrance de la Passion Jhesucrist doivent estre construis ' et penser de leur salut.

Moy, considérant ces choses, me trais en l’église pour faire mon devoir, et par espécial le jour de Pasques pour moy adrecier , mais je ne peuz oncques trouver en icelle ville prestre qui me volsist administrer, pource qu’ilz disoient que je estoie scismatique et que je créoie en Bénédic l’anti - pape ; et pour ceste cause je ne trouvay prestre qui me voulsist réconcilier, dont je fus moult dolent quant j’apperceuz que les sacremens de l’église m’estoient véz et me réputay lors pour indigne et hors de la grâce de Dieu et des hommes , privé de tous biens. Et pource que j’avoie honte de moy veoir entre les personnes réconciliées et remplies de grâce , moy à qui icelle grâce estoit vée , me partis ainsy de l’église et de la ville tout honteux, pour aler oyr messe hors de gens en une abbaye de Chartreux qui assez prèz d’illecques estoit, et là oy la messe et l’office du jour.

' Pour contrits.

’ Empêchés, refusés, de vetare.

DE SALMON

Commf nt Sîalmon rntra r n wnr f l^appr Uf îrf Hostrc-IDûme prrj îif la utile ît’Ulrerq, et rnmme il 0e ainff00ait à îlini , le moine blanc boni îieeou^ est faiete mension , mist sa main sur sa teste en lui îionnant rabsolneion, et lui îiist pluseuvs paroles, pour lesquelles JSalmon eunoia lettres au rop ï»e irauce, au cl)ancelier îie J‘rauce et au confesseur î>u Uou.

Aprèz que j’euz oy la messe , en retournant en ladicte ville d’Utrecq, je entray en une chappelle de Nostre- Daine qui entre la ville et la chartreuse estoit, et en ycelle chappelle , assez prèz de l’autel où j’estoie agenouillié devant les rameinbrances de Dieu et de Nostre- Dame, comme triste et dolant que j’estoie, recorday ma confession comme j’eusse fait devant un prestre en requérant à Dieu grâce. Quant j’euz mes lamentacions fmées , le moine qui avoit parlé à moy à Nostre-Dame de Halle mist lors sa main sur ma teste en disant : Miserealur tuîDeus, etc. Et aprèz me charga, en pénitance et rémission de mes péchiez, que, sans aler autre part, je alasse devers le Roy mon seigneur, lui dire ce que je avoie veu et les paroles qu’il m’avoit dictes h Nostre-Dame de Halle, et quant une autre foiz je vouldroie parler à lui je alasse en l’église Saint- Dierre à Romme, et je le trouveroie là. Et aprèz ces paroles le moisne se party de moy , mais qu’il devint , je ne say, et je retournay en la ville dont j’estoic partis, très joieux de cuer et bien content de ma conscience,

(iS LAMENTATIONS ET ÉPITRES

combien que j’cstoic foible de ma personne; et pourcc que je ne me povoie aidier, je demouray ainsy par long temps en la ville d’Utrecq bien recors et souvent pensant à ce que j’avoie veu et que le moine m’avoit dit : considérant en moy-mesmcs qu’il estoit chose neccessaire que le Roy en fust avertis, et pource que je ne povoie aler devers lui, et que je ne Savoie se Dieu feroit son plaisir de moy , je escrips et envoiay unes lettres au Roy touchans ceste matière, en lui requérant par mes dictes lettres que il lui pleust moy envoier aucune personne secrète et privée de lui , et en qui il eust fiance, et par icelle je lui feroie savoir aucunes choses qui lui estoient neccessaires de savoir. Et pour celle cause mesmes j’envoiay lettres à monseigneur le chancelier, et à l’évesque d’Aucerre, confesseur du Roy, afin que se le Roy leur bailloit ces lettres, qu’ilz feissent leur devoir de lui ramentevoir.

Cowffifnt ôalmon , par If fammanîinnrnt î>u rop î>r JTanrr, ei* parti îi’Utrrcq rt ala à jparis, où il fu bien ricru bc monsfijjnfur br fitourgouone rt bu fl)anfflifr br J'raurr, rt puis par ruoir tnio rn priôon.

Aprèz ce que le Roy eut receu mes lettres, il envola par-devers moy un sien chevaucheur qui m’apporta lettres de par lui contenant qu’il avoit receu les lettres que je lui avoie envolées, et pour mieulx estre acertenéz de la matière dont je lui avoie escript, me mandoit que je alasse par-devers lui , ou que par icellui cbe-

DE SALMüN.

vaucheur je lui feisse savoir plus à plain mon enteiicion. Quant je cuz rcceu et leu les lettres du Roy contenans ce que dit est, je respondi au clievaucheur que pour l’eure que je avoie escript au Roy, je n’estole pas bien disposé et faisoie doubtc de ma personne; mais il m’estoit bien amendé par la grâce de Dieu. Pourquoy mon entencion estoit d’estre bien brief devers le Roy, et lui dire à sa personne la cause pourquoy je lui avoie escript; et de ce certifierez-vous le Roy et monseigneur le chancelier de par moy.

Et ainsy s’en retourna le chevaucheur devers le Roy, et j’envoiay en France un mien serviteur devers mes amis quérir finance pour moy acquittier en la ville où j’estoie , lequel me rapporta lettres du Roy et de monseigneur le chancelier, contenans que tantost icelles veues je fusse devers le Roy; et par icellui message m’envoia monseigneur le chancellier un certain nombre de finance. Quant j’eux receu les lettres du Roy et de monseigneur le chancelier, sans faire grant délay je me partis d’Utrccq et alay à Paris, où je fus bien receuz de monseigneur le duc de Rourgongne et de monseigneur le chancelier de France; mais je n’euz là guères esté, que le déable, qui est moult soubtil, désirant de tous maul.x et doulant de tous biens, qui pour empeschier si grant bien comme cellui pour quoy je estoie venus et que je pourchaçoie, par aucunes personnes, scs disciples, me fu donné tel empeschcinent que je fus mis en prison, oii je fus tenuz en grant dangier;mais par la grâce de Dieu, qui précéda la malice du déable et de scs disciples , j’en fu mis hors pource que on ne trouva cause en moy

pour quoy on me peust ou deust punir. Et pour ce fus rendus à l’évesque de Paris, lequel, aprèz ce qu’il eut veu mon procès, qui lui sambla plus estre fait par envie et par hayne que par justice, et pour ce aussy qu’il ne lui apparoit chose par quoy il me deust tenir prisonnier, me délivra; et par le desplaisir que je prins à estre alnsy gouverné, il me vint un assès de fièvre pour quoy je me trais en mon liostel avecques mes parens, où je demouray un grant temps sans aler à court , pensant souvent à ma conscience, que je sentole chargée de ce que le moine m’avoit commandé dire au Roy. Et pource que je considéroie en moy-mesmes que je ne povoie avoir lieu ne heure de parler au Roy secrètement, sinon à trop grant dangier, je me disposay à escrire une épistre, laquelle je balllay au Roy, qui la vit et leut, et aprèz m’appella et parla à moy tout à son plaisir, et me commanda et ordonna lors estre et demourer avecques lui.

€ommfnt ôalmon prfgntta unf rpietre ou roy îif ft fommrnt le ïlop parla à lui, rt camment Ir Eop rnuaia à naetrr-lDamf î>c l^allr , par Jôalmau, une fl)appellf î»r ùrop ÎJ’ur à cl)amp urrmcil rt utt calicr , rt rommrnt ^ialmon uolt parler à mansriiôneur Wrléane, maie il ne pot, et pour ce lui rerript une épistre.

Et tantost aprèz le Roy envoia par moy à Nostre- Dame de Haie une chappelle de drap d’or à champ vermeil avecques un calice , et depuis suis demouré

DE SALMüN.

foticliennemeiit en l’ostcl du Roy par un grant temps en son amour et en sa grâce , en le servant à son plaisir et au gré et plaisir de tous preudes hommes et non pas des autres, en le solicitant tousjours de faire son devoir à Dieu et à son pueple. Et moy estant eotidicnnement occupé à servir la personne du Roy, où j’ay eu moult à souffrir pour dire et maintenir vérité , je me recorday par pluseurs fois de l’inconvénient qui se devoit cnsuir en la personne de monseigneur le duc d’Orléans ainsy comme le moine m’avoit dit. Et pource que il estoit mon seigneur naturel et je estoie son homme et son officier retenu , combien qu’il ne m’estoit pas enjoint lui dire aucune chose touchant ceste matière, conscience me constraigny à ce faire pour loy * admonester de son salut; et lors délibéray en moy que je lui diroie ce que le moine m’avoit dit touchant sa personne, et pour ceste cause je me trais devers lui par trois fois en lui disant qu’il volsist cscouter aucunes paroles secrètes que je lui vouloic dire. Lequel , à la première foiz, me respondy qu’il n’avoit pas espace de moy oyr, et que je retournasse devers lui un autre jour. La seconde fois que je retournay devers lui, me dist qu’il avoit autre chose à faire, et que je lui baillasse par escript ce que je lui vouloic dire. Et aprèz ce qu’il m’eut fait ces deux responscs ainsy comme dit est, je me disposay à escrire une épistre contenant les paroles (pii cy-aprèz s’ensuivent.

' Il y a loy dans le manuscrit, au lieu de luy.

QTfôtf fpistrr prtsrnta JSnlmott à monect^jncur If ^u^

. î>’0iUtui5.

Très hault, très noble et très puissant prince, et mon très redoublé seigneur, pource que je say que vous véez ' et oez voulentiers choses prouffitables tendans à l’infonnacion de bonnes meurs, ay-je fait ce petit escript à vostre requeste , pour vous faire congnolstre aucunes choses moult merveilleuses et bien fortes à croire, dont j’ay eu nouvellement très vraie et certaine congnoissance en moult divers et obscurs entendemens; et vous sera chose impossible à croire , et si est toute possible et vendra à effect , si comme je vous feray congnolstre plus à plain quant vostre bon plaisir sera, laquelle chose je désire moult faire pour eschever les grans tri* bulacions et meschiefs qui s’en pueent ensuyr.

Et en vérité de Dieu, mon très redoubté seigneur, je say certainement que se vous en aviez vraye congnoissance, vous le désireriez plus que je ne fais, car vous feriez plus graiit diligence du savoir que je ne sauroie ou pourroie faire du promouvoir, nonobstant, mon très redoubté seigneur, que vous aiez assez affaire sur les occupacions mondaines; car pas n’est petite la charge d’un si très noble et si très puissant prince comme vous estes, lequel entre ses hommes doit garder et maintenir justice en tele manière que le petit en son droit soit gardé contre le grand , et le povre contre

' ^c'ez signifie ici vaj^ez, cousidc'rcz, de videre.

DE SALMON. 73

le riclic samblablement, sans aucune faveur non cleue; car il fauldra que devant Dieu une foiz rendez compte de l’administracion qu’il vous donne en ce inonde, et des consaulx que vous aurez donnez aux inenistres et bons gouverneurs de saiiicte Eglise , en augmentant le divin service à la loenge de Dieu, en essauçant et multepliant la foy ebrestienne, et aussy des bons consaulx que vous aurez donnez à nostre sire le roy de France pour bien gouverner son royaume à la salvacion de lui et de son pueple. Lesquelles choses dessusdictes , mon très redoubté seigneur, je tiens que vous avez conseillié et conseillerez prudentement et loyaulment; et qui autrement le fera, il en sera puny par le juge des juges.

Très noble et très puissant prince , pour pluseurs causes il est chose convenable et neccessaire à un prince terrien plus que à autres personnes estre doulz et humbles, et entre les condicions qu’il a en lui, en doit avoir trois teles que je vous diray.

La première est que par-dessus toutes choses il doit amer, doubter et servir Dieu, et lui garder de trespasser les commandemens de Dieu; et en vérité de Dieu, mon très redoubté seigneur, mon entendement n’est pas souffisant parquoy je vous peusse escrire ma voulenté de ceste matière.

La seconde condicion est que un prince doit voulentiers oyr les oppinions, et savoir l’estât de ses subgicz, des gratis, des moiens et des petis; et par ainsy il jiourra avoir congnoissance de pluseurs choses ([ui lui seront très ncccessaircs et prouflîtables à savoir, et avendra au-

74 LAMENTATIONS ET ÉPTTRES

cunc foiz et bien souvent qu’il trouvera ou petit , tel pourra-il estre , meilleur conseil que ou grant ne ou moien ; et je vous diray la raison, pource que Dieu, qui est tout puissant, congnoist les créatures et scet leurs pensées et désirs mieulx que vous ne faites , et met ses grâces et ses vertus où il lui plaist; et qu’il soit vray vous trouverez de teles personnes aujourduy en ce monde qui samblent estre très rudes , non sacbans et pleines de petit entendement ; et si sont-ilz quant au monde , pource qu’ilz sont remplis de la grâce du Saint-Esperit, par quoy les honneurs et richesces de ce monde leur desplaisent et ne les prisent riens; et pour ce samblentilz estre rudes et de petit entendement à ceulx qui ne les congnoissent; car leurs cuers et leurs voulentez, pensées et désirs sont en Dieu amer, doubler et servir, qui leur fait congnoistre les euvres qu’ilz doivent faire et ensuyr et eschever ceulx qui sont contraires à leur salut. Et itelz sont ceulx qui aujourduy fuient et desprisent les honneurs et richesces mondaines; car qui bien les congnoistroit peu les priseroit. Pourquoy, mon très redoublé seigneur, je vous supplie que vous ne vueilliez pas desprisier la bonne parole ou le bon conseil qui vous seroit donné de une povre ou petite personne , pour la povreté ou petitesce de lui , car on ne doit pas desprisier le bon fruit qui vient d’un petit arbre.

La tierce condicion est que un prince doit estre pourveu de bons livres, de pluseurs histoires, et les doit vcoir et lire souvent pour cueillir les fruis des Escriptures, et les doit gouster et savourer telcment que il

DE SALMON

en puist retenir la propre substance , par laquelle il puet clerement congnoistre l’estât et la dignité qui doit estre et reluire en sa personne et en ses euvres, ainsy comme firent jadis les vaillans roys David et Sabnon, et pluseurs autres nobles princes et saiges docteurs dont aujourduy ne fust nulle mémoire se ne fust par là grant faveur qu’ilz prindrent et cueillirent ès fruis des Escriptures dont ils estoient aornéz, et desquelz nous sommes aujourduy enluminéz par les nobles livres qu’ilz en firent. Et pour les veoir et recorder souvent on puet congnoistre le bien et le mal , et comment le bien est mery et le mal puny. Et si pueton assez avoir congnoissance des choses qui sont passées et aucune partie de celles qui sont à venir. Car les choses qui sont passées nous monstrent aucunement comment nous povons congnoistre ceulx qui sont à venir, et de ce prudent lecteur puet avoir congnoissance et puet veoir et congnoistre par les livres les merveilleuses et diverses aventures qui sont venues ou temps passé sur nos prédécesseurs qui telles ou samblables pourroient venir sur nous ; mais Dieu , par sa très grande et vraie miséricorde, nous ensaingne parles sainctes Escriptures et par les bonnes personnes ({ui sont enluminées et remplies de sa grâce, comment nous nous povons garder de telles merveilleuses aventures par en avoir congnoissance aincoiz qu’elles prengnent leur effect.

Et pour vous en donner exemple et vous avertir, mon très redoublé seigneur, je vous vueil recorder une auctorité rpic dist sairrt lldogarde en un de ses livres,

lesquelz livres furent approuvez par un pape nommé Eugènes en un conseil général tenu à Trêves en Alemaigne, où estoit le benoit docteur saint Bernart, abbé de Clervaulx pour le temps, et dist ainsy : « Quant les pécbiéz qui s’ensuivent se exerciteront ou pueple , c’estassavoir orgueil, hayne, homicide et exercitacion de luxure et non naturele, adonc la constitucion et l’ordonnance de la loy de Dieu sera devisée, et l’Eglise comme pour vefve sera déboutée. Et aprèz les princes, les nobles, les riches, les moiens et les povres de leurs propres lieux seront mis hors et de citéz en citéz s’enfuiront , et la noblesce d’aucuns princes et leur généracion à néant vendra et de richesce à povreté. Et quant ces choses seront faictes ou se feront, adonc l’ancien serpent sifflera, c’estassavoir l’ennemi d’enfer, qui engendrera es créatures diversitéz de meurs en conscience et diversitéz d’abis par dehors, par apparissance d’orgueil; et ceste manière de vivre ilz ensuivront et ne seront point fermes, mais tousjours seront muables, etc. » Lesquelles paroles cy-dessus escriptes je baillay à monseigneur d’Orléans, par escript, à la tierce fois que je fus devers lui.

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DE SALMON

(Planche Vlll.)

Comment Sûlmon requist fon0ic au Roy ni la préseuee îif rhu'squc île îl)oî>e îi’aler à Homme, ouquel éofoqiif le Roy le recommanda en lui baillant ees lettres adreeans à |)ierre de iTune et à Roueiquaut.

Aprèz ce que par pluseurs fois et en maintes manières je me fus mis en mon devoir de parler au Roy de ceste matière, par espécial de ce qui touclioit sa personne, et que j’apperceuz qu’il ne mettoit aucune provision eu lui, je euz lors grant doubte de sa personne et de son estât pour pluseurs causes; et pour ce dclibéray en moy-mesmes que je iroie à Romrne en l’église Saint-Pierre, ainsy comme le moine m’avoit dit, pour savoir de lui quel remède estoit convenable pour garder le Roy du dangier et péril en quoy il estoit, combien que paravant il m’avoit dit la cause dont ce procédoit et le remède qui y estoit neccessaire; mais pour en estre mieulx acertciiéz et que je peusse plus seureinent parler au Roy, je me délibéray h le faire ainsy, et pour ceste cause requis au Roy qu’il lui pleust moy donner licence d’aler à Ronnne , en disant qu’il estoit expédient pour son bien que je y alasse pour la cause dont je lui avoie parlé. Et de ce fu le Roy d’accort, et aprèz me dist pluseurs paroles qui longues seroient à réciter, entre lesquelles me commanda que, en faisant ce voiage, je passasse par le lieu où seroit Pierre de Lune, qui lors occupoit le papat, atupiel il escript

unes lettres de sa main contenans en effect que le jour approuchoit que lui et son aversaire dévoient assambler à Savonne pour mettre union en l’Eglise, et que de sa partie il voulsist faire tele et si bonne diligence sans aucune fiction que par lui ne demourast l’union à faire. Et lui mandoit le Roy par sesdictes lettres avecques ce que il m’avoit chargié lui dire de bouche , que en toutes manières qu’il se vouldroit aidier de lui pour mettre paix en l’Eglise, qu’il lui feist savoir, et il s’y emploieroit voulentiers; et pour ceste cause mesmes escript le Roy et fist savoir au mareschal Bouciquaut , gouverneur de Gennes, tant par sesdictes lettres comme par ce qu’il me charga lui dire de bouche , qu’il voulsist entendre diligemment et bien conduire l’assamblée qui se devoit faire <à Savonne pour l’union de l’Eglise, et qu’il feist tous les plaisirs que faire pourroit audit Pierre de Lune, afin qu’il meist paix en l’Église et qu’il ne se peust excuser sur le Roy par aucun devoir non fait. Lesquelles lettres contenans ce que dit est le Roy me bailla ou moys d’aoust, l’an mil quatre cens et sept , et commanda porter, et dire la créance contenue en icelles audit Pierre de Lune et audit gouverneur de Jeunes.

Et en ce temps estoit à Paris l’évesque de Thode, qui , de par l’antipape , estoit venu en ambassade devers le Roy , auquel évesque le Roy fist grant honneur. Et un jour ainsy comme il disnoit avecques le Roy, auquel jour je prenoie congié de lui , le Roy dist à l’évesque ces paroles ou samblables. « Évesque de Thode , combien que vous soiez de mon royaume, je say que vous

Dli; SALMON.

demeurez en Ytale, et avez vostre estât à Romme ou ès parties, et que vostre entencioa est d’y retourner bien brief, et je envoie en ces parties-là Salmon mon disciple, qui cy est présent, pourquoy je vous prie que s’il se trait par-devers vous pour aucun affaire qu’il ait, que pour l’amour de moy vous le vueilliez avoir pour recommandé en lui donnant conseil et aide se mestier en a. » Et lors ledit évesque de Thode respondy au Roy que de toute sa puissance il le vouldroit servir et acomplir ses commandemens comme tenus y estoit, et que de ce feroit tant, se le cas y chéoit , que le Roy en seroit bien content; et aprèz ces paroles je pris congié du Roy et me partis de lui.

(Commfnl JÔalmon pvfsrnla àpirrrf 'be finie ieg lettres iu Usjj, et rt l3ouciquaut le jqouueviieur île Jeunes.

Le xxviij® jour dudit moys d’aoust, en alant mon chemin , je me trouvay en la cité de Grâce en Prouvence , et me fu dit que Pierre de Lune estoit en un chastel prèz d’illecques à deux lieues ; et là alay devers lui et lui baillay les lettres du Roy, et lui dis la créance qui m’estoit donnée et commandée lui dire de par le Roy; et aprèz ce qu’il eut receu lesdictes lettres du Roy et oy ce que je volz dire , me respondy pluseurs paroles qui longues seroient à réciter, entre lesquelles paroles me dist, que du bien de l’Eglise il n’estoit jà besoing que on le priast ne requeist , et qu’il en estoit plus désirant que nul autre; et cpie se telz ou samblables cmpeschemens ne lui estoient fais comme autrefoiz

3o ' LAMENTATIONS ET ÉPITRES avoient este, il disposeroit si bien du fait de l’Église que le Roy et tous vrays catholiques en deveroient estre bien contens.

Ces paroles dictes, je me partis de lui pour aler devers le gouverneur de Jeunes , qui nouvellement estoit venus à Morgues, un cbastel sur la mer qui à viij lieues d’illecques estoit. Et en alant là je trouvayles ambassadeurs de France qui venoientde Romme pour le fait de l’Eglise , c’estassavoir monseigneur le patriarche d’Alixandrie, messeigneurs les évesques de Beauvais, de Cambray, de Meaulx et pluseurs autres notables personnes en leur compaignée, qui estoient en la cité de Nysse et à Villefrauche, et aprèz trouvay le gouverneur de Jeunes ou cbastel de Morgues, qui, assez tost aprèz ce que j’euz parlé h lui, se parti et nioy avecques lui par son ordonnance pour aler en la compaignée du patriarche et des autres ambassadeurs de France devers ledit Pierre de Lune, pour lui faire relacion de l’apointement prins à Romme du fait de l’Eglise. Lequel Pierre de I^une ilz trouvèrent en une isle de mer nommée l’isle Saint-Honnouré; et là proposa monseigneur le patriarche et dist en général audit Pierre de Lune les appointemens qu’ilz avoient traictiez et la conclusion en quoy ilz estoient demeurez avecques l’antipape. Et quatre jours aprèz ceste proposicion alnsy faicte, comme dit est, se party ledit Pierre de Jjune de l’isle Saint-Honnouré pour aler en la cité de Nysse, et le gouverneur de Jeunes en sa compaignée avecques qui j’estoie, et là se tint ledit Pierre de lame et demoura environ XV jours ; lequel temps durant , à la requestc dudit

DE SALMON. • 8r

gouverneur je demouray là pour veoir les diligences et le chemin que ledit de Lune tendroit, et s’il yroit à Savonne ou non ; et aprèz ce que j’euz veu toutes ces choses et que le gouverneur fu acertenéz de son partement et qu’il le vit partir pour aler à Savonne, il me fist hastivement retourner en France, et me hailla ses lettres adreçans au Roy et à monseigneur de Berry contenans créance , c’estassavoir pour certiffier les diligences que je avoie veues dudit Pierre de Lune, et dire la response qu’il m’avoit faicte, laquelle response me hailla en unes lettres que je baillay au Roy.

Comment ôalmon retourna à |3aris, et présenta n» Roy les lettres î>e pierre ^e Cuite et ^e Oouciquaut, {touoerneui; îie Jeunes, présens les seigneurs î>e son sanfl.

Le jour de la Saint-Remy, premier jour du moys de octobre ensuiant , je arrivay à Paris, où estoit le Roy et tous nosseigneurs de son sang, et baillay au Roy les lettres que je avoie apportées dudit Pierre de Lune et dudit gouverneur, et aprèz lui dis la créance qui m’avoit esté baillée des dessusdiz de Lune et gouverneur, et ainsy fis à monseigneur de Berry samblablement.

tL

Comment ^«almcin pdst rongié îm tlog pour

ûUt à ÎUnnmr, et porta lettres î)e par le Hop à pierre î>e Cune et au ijjouoerueur î)e Jeunes,

Le v° jour du moys de décembre ensuiant , par l’ordonnance du Roy, je me partis de Paris pour retourner et faire mon voiage à Romme , lequel j’avoie délaissié par la manière que dit est; et pource que la journée qui avoit esté ordonnée estre tenue à Savonne pour traictier l’union de l’Eglise n’a voit eu aucun effect, le Roy escript derechief ausdiz Pierre de Lune et gouverneur de Jeunes comme devant avoit fait et plus encores , et me commanda le Roy certaines paroles leur dire, et aussy samblablement me bailla monseigneur de Berry ses lettres avecques créance audit gouverneur.

Comment pierre îie Cime et le (louoerneitr îre Sennes reeeurent ^é60lgre'üblement les lettres îm Hop, et romment Jôalmon , en attenîiant passade pour aller 0 Homme, îiemoura à ^l)osquenne' par eertains jours , pour Caneelot ’ qui estoit îieuant Homme.

Le iiij® jour du moys de janvier ensuiant, je des-

' Toscanella, petite ville à quinze lieues de Rome, dans les États de l’Église.

= Le même que Ladislas, roi de Naples et de Hongrie, fds de Cliarles de Duras, qui avoit conquis le royaume de Naples sur Jeanne P'. 11 fit révolter les Romains contre le pape Innocent VII, et s’empara de Rome au mois d’avril i4o8. Il mourut à Naples en i4i4) à l’âge de trente ans.

DE SALMON

cendis à Jennes, où estoit le gouverneur prest d’entrer en une galée pour aler à Portevendre, où ledit Pierre de liUne estoit, et du coinniandeinent dudit gouverneur je entray en sa galée pour aler avecques lui ; et assez tost aprèz que nous feusmes venuz à Portevendre, je présentay les lettres du Roy à Pierre de Lune et audit gouverneur, et celles de monseigneur de Berry samblableinent, et aprèz leur dis la créance qui m’estoit ordonnée et commandée de par le Roy ; de quoy ledit Pierre de I^une fu mal content de moy, et le gouverneur encore plus, lequel, pource qu’il ne prist pas bien en gré les lettres du Roy, par sa haultesce me monstra grant rigueur, et besoing me fu avoir pacience.

Aprèz ce que dist est , je me partis mal content de ces deux seigneurs, et pris mon chemin droit à Lucques, et de là à Pise et à Scienne, où je demouray aucuns jours désirant passer oultre jusques à Romme ; et pource que le roy Lancelot estoit prèz de Romme, je n’euz pas conseil de moy traire celle part, et retournay à Pise, et de là à Lucques, où gstoient messeigneurs le patriarche, l’arcevesque de Tours et l’évesque de Meaulx , en quelle cornpaignée je fus un grant temps, alant, venant et demourant à Lucques, où estoit l’antipape, et à Portevendre, où estoit ledit Pierre de* Lune, attendant le temps que je peusse passer à Romme seurement.

Et en ces jours se traist Jehan Responde devers moy, disant qu’il estoit moult joyeux de moy avoir trouvé pource qu’il savoit que j’estoie famillier du Roy, et que le Roy me véoit voulentiers et avoit fiance en moy. Et lors me dist les paroles qui cy-après s’ensuivent ou sam-

blables. « Salmon ,cbicr amy, il est vray que moy et mes pareils avons rlemouré ou royaume de France par longtemps, ouquel pays nous avons esté bonnouréz du Roy et des seigneurs et avons conquis de grans biens, et pour ce sommes tenus à amer le bien du Roy et de son royaume. Et quant est de ma partie, pour vous monstrer que ainsy le vueil faire, je vous feray savoir une besongne qui est venue à ma congnoissance, qui moult pourroit nuire au Roy, et se vous en voulez prendre la diligence et en faire vostre devoir, vous ferez au Roy grant service. Chier amy, il est vray que j’ay parlé à un moine très expert en pluseurs sciences qui nouvelement est venus du pays de Lombardie , lequel moine m’a dit que trois hommes ont mis le roy de France en telle subgection comme il est. Desquels trois hommes les deux sont mors et l’autre est encores vif, et* se vous voulez parler au moine qui m’a dit ces paroles, vous le trouverez à Flourence ou à Scienne, et je yray avecques vous ou je escriray là unes lettres à un mien amy qui le vous fera congnoistre. »

Et aprèz ce que j’euz oy et bien entendu les paroles de Jehan Responde, désirant savoir la certaineté de ce qu’il m’avoit dit , je me trais à Florence et de là à Scienne, où je trouvay le moine dont il m’avoit parlé, lequel estoit détenu prisonnier ès prisons de l’évesque pource qu’il usoit d’art magique. Je considéray en moymesmes que sans licence de l’évesque ou de son vicaire je ne porroie parler à lui , et lors me fis congnoistre à un des citoiens de la ville, qui pour l’onneur du Roy me fist bonne cbière et fist ouvrir les prisons de l’évesque

DE SALMON

et amener le moine devant moy, lequel je interrogay sur les paroles que m’avoit dictes Jehan Responde, lesquelles paroles le moine me certifia estre vraies, et me dist que il avoit demouré grant temps avecques François Barbevaire et veu et tenu pluseiirs fois une ymage d’argent qui avoit esté faicte pour tenir le Roy en subjection, laquelle ymage ledit François avoit en garde de par le duc de Millan; et aprèz ces paroles me pria que je voulsisse pourcbacier sa délivrance, et il parleroit à moy de ceste matière plus largement, et vendroit avecques moy en France se je voloie. Et atant me partis de lui et parlay au vicaire de l’évesque, lequel me respondy que s’il me sambloit qu’il sceust ou peust faire aucun service au Roy qu’il le me bailleroit voulentiers, et de ce je le remerciay de par le Roy en disant que de ceste besongne je escriroie en France, et ce que on me manderoit je feroie.

Et en ces jours ainsy comme je estoie à Scienne, le roy Ijancelot estoit devant Romme, qui bientost aprèz entra dedens; et pource que je ne peuz passer oultie, je retournay à Portevendre, et de là je escris à monseigneur le duc de Berry unes lettres de ce que j’avoie trouvé à Scienne, desquelles lettres la teneur s’ensuit.

-rtpr'n s’ensuit U fsntemt en unes lettres enuoiées à nujnsei^neur le i»ue îne par JCalmun.

Très bault, très noble et très puissant prince et mon très redoublé seigneur, je me recommande à vostre très noble et très puissant seignourie tant bumblenient comme je puis, lousjours désirant oyr et savoir certaines

LAMENTATIONS ET ÉPITRES nouvelles de vostre bon estât , lequel nostre Seigneur, par sa saincte grâce, vueille tous temps maintenir et continuer de bien en mieulx , ainsy comme vous-mesmes le vouldriez , et que de tout mon cuer je le désire. Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, plaise vous savoir que moy estant ès parties de deçà les mons, est venu à ma congnoissance que en Thosquenne avoit un homme qui bien savoit dont le mal du Roy procédoit et comment il pourroit guérir, desquelles nouvelles je suis moult joyeux ; et pour estre mieulx acertenéz de ce que dit est , je suis aléz de Lucques, où je estoie, à Pise, et aprèz à Flourence et de là à Scienne , où je trouvay icellui homme, auquel je parlay et sceuz de lui ce que je peuz touchant la personne du Roy, pourquoy je estoie aléz par-delà. Lequel homme me dist pluseurs choses touchans ceste matière qui longues seroient à réciter; et selon ce que j’ay entendu de lui, et aussy ce que j’ay veu et congneu de l’estât du Roy, j’ay grant espérance en ce qu’il m’a dit. Et de ceste matière , mon très redoubté seigneur, je ne vous puis plus escrire à présent, et pour cause ; mais je traicte avecques lui pour le mener à Paris devers vous, dont vous serez bien content, ce m’est advis.

Et d’autre part, mon très redoubté seigneur, plaise vous savoir que en icelle ville de Scienne a un ouvrier de musayque, et avecques ce fait ymages de merqueterie tant belles et bien vestues de diverses couleurs de boys, que oncques homme ne fu veu mieulx ouvrant que lui de celle science; et pource,mon très redoubté seigneur, que je say que vous désirez veoir et avoir choses propres et plaisans et ouvriers souverains et parfais en leur art

DE SALMON

et science, j’ai offert à icellui ouvrier bailler ijc frans et le monter et faire conduire à mes despens devers vous ; mais je n’ay peu clievir de lui qu’il me vueille riens accorder qu’il ne soit avant la Saint-Jehan passée. Si vous supplie, très puissant' prince et mon très redoubté seigneur, que aprèz ce qu’il vous aura pieu veoir le contenu en ceste cédule, il vous plaise moy mander et commander vostre bon plaisir comme à vostre très humble serviteur, qui de cuer, de corps , de voulenté et de pensée l’acomplira de son povoir; et en attendant vostre response sur ce, je demourray à Jennes; et ou cas, mon très l'edoubté seigneur, que vostre plaisir seroit que je feisse aler ces deux hommes par-devers vous, qu’il vous plaise mander à Jennes, à Jehansac ou autre, là où vostre bon plaisir sera, que se j’ay affaire d’argent pour ceste cause, qu’ilz m’en facent délivrer ce que besoing sera, et je vous promés de vous en rendre bon compte. Mon très redoubté seigneur, des nouvelles et de l’estât de court de Romme je me déporte de vous escrire pource que le cardinal de Thury et le gouverneur de Jennes vous en escrivent par Huguenin , vostre cbevaucheur, plus certainement que je ne sauroie faire. Très hault, très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue et acomplissement de vos bons désirs.

Escript à Portevendre ’ , etc.

‘ Porlo-Vcnere, petit port sur le golfe de la Spezzia, à vingt lieues de Gènes.

Cûmmrnt Salmoit rntiata un sim amy à i^assinmn pour parkr à JTanroij 0avbi’uair<r.

Aprèz ce que j’euz envoie à monseigneur le duc de Berry les lettres cy-dessuz escriptes , pour mieulx estre acertenéz des paroles que le moine m’avoit dictes, je me mis en peine pour trouver voie et manière de parler à François Barbevaire, qui lors estoit prisonnier de Fassincam, et pour ceste cause je envoiay devers Fassincan un mien ami qui avoit grant congnoissance à lui, auquel mon ami je baillay la manière que je vouloie qu’il tenist de parler à Fassincan et à Françoiz Barbevaire, se il y povoit parler; et bientost aprèz se party de raoy icellui mon ami pour aler en Lombardie, en une cité que on appelle Alixandre, où estoit Fassincan, qui le receut bien et à graut chière. Et aprèz ce qu’il ot parlé à lui, li donna licence et enseignes pour aler parler à Françoiz Barbevaire, qui estoit prisonnier ou bourc Saint - Martin , un chastel qui est assez prèz d’ Alixandre, et là parla icellui mon amy audit Françoiz Barbevaire ainsy comme je lui avoie ordonné, et à Fassincan samblablement , si comme il m’apparu estre vray par les lettres qu’ilz m’envoièrent escriptes de leurs mains et seellées de leurs seaulx , lesquelles lettres icellui mon ami me rapporta de par Fassincan et François, avecques sauf-conduit dudit Fassincan pour aler devers lui, et demeurer en ses villes et cbasteaulx, moi xij*’, jusques à trois mois.

DE SALMON

(tommfiît Caïman, aprr? (ju’il ot rcrnt lftl):f3 îte i^assinwu ft i3ürbt'üüirf , 6^ iiepoôa îif uruir fii J'ranff,

Aprèz ce que j’euz receu ces lettres et sceu ces nouvelles de François et de Fassincan, et que d’autre part je appercevoie le fait de l’Église estre rompu pour l’eurc, je me disposay à venir en France liastivement pour avertir le Roy de ces deux causes, sans avoir regart ne charge de autre besongne (pielconques, se non d’unes lettres que je avoie eues à très grant peine de Pierre de Lune, contenant la response des lettres que je lui avoie portées, et de ce que je lui avoie dit de par le Roy, et d’unes autres lettres du cardinal de Saint- Angle, qu’il m’envoia à Jeunes; et là receuz unes lettres de monseigneur de Berry, desquelles lettres la teneur s’ensuit :

ôVnsuit unee lettres rnooiccs ptir monefi^jttfur k îiuï î)f OcrrjJ a Jôalmoiî,

De par le duc de Berry et d' Auvergne, conte de Poitou, d'Estampes , de Boulongne et d’ Auvergne.

Salmon, nous avons receu vos lettres faisans mencion que vous avez parlé à un homme à Jennes, lequel se congnoist très bien, à vostre advis, en la maladie de monseigneur le Roy ; et avez grant espérance, par ce qu’il vous a dit, qu’il guériroit mondit seigneur. Pleust à Dieu UC ainsy fust. Et avccques ce avez trouvé un ouvrier

très solemuel tle inusayque et de faire yinages de inerqueterie, auquel, pource que vous savez que nous prenons plaisir en choses estranges, vous traicteriez voulentiers qu’il venist devers nous , et pour ce nous escrivez que ou cas que nous vouldrions que. lesdiz deux honnnes venissent par-deçà, nous escrivissions h Jehansac, ou autre par-delà, qu’ilz vous délivrassent de l’argent tant qu’il vous seroit neccessité pour ceste cause. Sachiez que ledit Jehansac, ne aucun autre qui soit par-delà, n’a de nous aucun argent, ne n’ont telz marchans point accoustumé de délivrer pour nous aucun argent, fors de leurs marchandises quant nous en voulons avoir; et pour ce ne nous sainble pas chose bien convenable escrire sur ce audit Jehansac ne à autre. Toutesfoiz, pour cent frans, et vous leur en finissiez, nous ferons tant que vous en serez desdommagiéz à vostre retour, se en faites par la meilleur manière que vous pourrez.

Escript à Paris le premier jour d’avril.

Ainsy signé de la main de mondit seigneur. Jehan; et du secrétaire .M. Erart.

Et incontinent ces lettres veues, je me partis de Jennes pour aler à Paris.

Comment 0almon fu mis en prison , et lui îiélioré prist le d)emin pour aler à Eomme.

En l’an de grâce nostre Seigneur mil cccc et huit, le lundi devant l’Ascencion, je arrivay à Paris, et assez tost aprèz je fu mis en prison par aucunes gens plains

DE SALMON

de leur voulenté plus que de raison, entre lesquelz estoit maistre Jehan de Boissay , arcediacre de Petit- Caulx, et Estienne de Montigny, disans que je estoie adliérens de Pierre de Lune , et que je sauroie bien parler d’unes lettres d’excomnieniement ' qu’il avoit envoie au Roy ; et soubz ombre de ee, et à ceste aeboison , je fus retenu prisonnier, contre la voulenté du Roy, de ce temps-là jusques vers la fin du moys de septembre. Et ainsy comme par voie de fait, et sans cause, je y avoie esté mis , par droit et par raison j’en fu mis dehors; et, sans faire long séjour, je m’en alay remercier Nostre-Dame à Montfort, et bientost aprèz prins congié du Roy pour retourner en. Lombardie et h Romme; et pour aler plus seurement, le Roy me fist baillier ses lettres patentes, desquelles la teneur s’ensuit.

■ Les huiles d’excommunication furent remises au Roi le i4 mai i4o8, par deux envoyés du pape Benoît, qui repartirent aussitôt pour l’Italie; mais on expédia partout des ordres pour les ari'èter, et ils furent ramenés à Paris, où on fit leur procès. On s’assura en même temps de plusieurs ecclésiastitjues accusés d’avoir reçu des copies des bulles, et d’être d’intelligence avec le pape. Les fréquens voyages de Salmon pouvoient bien faire tomber les mêmes soupçons sur lui, mais une simple explication devoit suffire pmir le justifier. Ce fut contre la volonté' du Roi, dont il avoit mission, que Salmon fut détenu, parce que l’Université avoit ordonné son arrestalion, et que l’Université avoit alors, de fait, plus d’autorité que le Boi.

Cg s’ensuit la Irncitr Ifttrrs patfntfs î»u Eag i)aUkVd à JÔalmuiu

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous nos lleuxtenans, connestable, mareschaulx, admirai, visadmiral, séneschaulx, baillifs, prévostz , capitaines de gensdarmes, arballestiers, arcbiers et autres gens de guerre, cbastellains , maires, escbevins, gardes de bonnes villes, citez, chasteaulx, forteresces, pons, pors, passages, juridicions, destroiz et autres lieux; et à tous autres justiciers, officiers et subjetz, bieuvueillans, amis et aliéz de nous et de nostre royaulme, ausquelz ces lettres seront monstrées, ou à leurs lieuxtenans, salut et dilection. Comme pour certaines besongries et affaires toucbans le bien et bonueur de nous et de nostre royaume, nous envoions présentement nostre bien amé et féal secrétaire maistre Pierre le Fruictier, dit Sabnon , par-devers nostre amé et féal conseillier et chambellan Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, marescbal de France et gouverneur de nostre pays de Jennes, et ailleurs ès parties d’Ytalie, Nous mandons à vous, noz justiciers, officiers et subgietz, et à cbascun de vous, si comme à lui appartendra, prions et requérons à vous nos amis^ aliéz et bienvueillans , que nostredit secrétaire, lui iiij® en sa compaignée, à cheval ou à pié, tant par mer comme par terre, avec leur or, argent, vaisselle, robes, joyaulx, males bouges, lettres closes ou patentes, cbevaulx, et autres biens et choses quelconques, vous laissiez aler, venir, passer el rapasser,

DE SALMON

demeurer et séjourtier par voz villes, citez, chasteaulx, forteresces, pons, pors, passages, juridicioiis, destroiz et autres lieux, de jour et de nuit, franchement et quiltement, sans leur faire ne souffrir estre fait ou donné, pour raison de marque ne autrement, en quelque manière que ce soit, destourbier, arrest ou empeschement aucun , devant le temps de ces présentes , lesquelles nous voulons durer jusques à un an ' , à compter du jour de la date d’icelles; mais leur pourvéez ou faites pourveoir, chascun de vous en droit soy, de bon et seur sauf-conduit, vivres et autres neccessitéz , à leurs despens, se mestier en ont et requis en estres, et tant en faites, vous, nos justiciers, officiers et subgietz , que par vous n’y ait aucun deffault; et vous, noz bienvucillans, amis et aliéz, que nous vous en doions savoir gré.

Donné à Paris le iiij® jour d’octobre, l'an de grâce mil cccc et huit, et de nostre règne le xxix®.

Ainsy signées, par lk Roy .M. de la Teillaie.

Ces lettres receues, je me partis de Paris, et esploitay tant que je vins en Avignon.

■ C’est exactement la formule des passeports actuels, mais qui a été simplifiée : Invitons les autorités civiles et militaires à laisser passer et librement circuler N. , et à lui donner aide et protection en cas de besoin . — V alable pour un an .

Coininrnt Çïnlman, en passant par ^ni^non, tronna m la fl)apprllc t^nint-jjifrrc furembourij le moine pour f)ui il aloit à Homme,

Ainsy comme je passoie par la cité d’Avignon en faisant mon voiage, je trouvay, en la chappelle Saint- Pierre de Luxembourg, où je estoie aléz pour oyr messe la veille de la Toussains, le moine pourquoy j’avoie pris le chemin à Romme, lequel moine me salua; mais ainçoiz que je le congneusse, me dist certaines paroles en moy recordant ce que autrefois m’avoit dit à Nostre- Dame de Halle : «Et combien, dist le moine, que je t’avoie promis moy trouver en l’église Saint-Pierre à Romme, je suis cy venus au-devant de toy, pource que je say ton affaire, etc, » Quant le moine ot finée sa raison , je lui dis la cause qui m’avoit meu à aler devers lui, lequel, aprèz ee qu’il ot escouté ce que je lui volz dire, me respondy pluseurs paroles, entre lesquelles dist : « Mon amy, tu iras devers le Roy ton seigneur, qui bien brief sera mis hors de sa cité *, et lui diras ce que tu as veu et les paroles que je t’ay dictes ; et s’il te

' La prédiction étoit imminente, car le passeport délivré par le Roi à Salmon est du 4 octobre, et le lo novembre i4o8, la Reine, qui avoit la présidence du conseil, redoutant l’arrivée du duc de Bourgogne à Paris, qui vouloit lui ôter le pouvoir, enleva de Paris le Roi malade , le fit mettre dans une litière , et le conduisit à Tours, accompagnée des enfans de France, et escortée des rois de Sicile et de Navarre, des ducs de Berry, de Bourbon, de Bretagne, et de trois mille bommes de troupes.

DE SALMON

vnclt croire et faire ce que tu lui diras, par l’advis que Dieu te donra, je te certiffie que ainsy lui prendra des affaires de sa personne et de son royaume, comme il fist au roy Pharaon par l’advis que Joseph lui donna, et comme il fist au roy Ezéchias par l’advis que lui donna Ysaye. ^ se le Roy ton seigneur diffère ce que tu lui diras comme Nabugodonozor différa l’advis que Daniel lui donna, et comme le duc d’Orléans différa oyr ta parole, il verra, ains qu’il passe long-temps, ce qu’il ne vouldroit pas veoir. »

Quant le moine ot finées ces paroles, il dist une messe du Saint-Esperit en icelle chappelle, et aprèz la messe dicte, je ne sceuz qu’il devint, dont je me donnay grant merveille de lui et de ce qu’il m’avoit dit, combien que je fus très joieux de le avoir trouvé, et d’estre acertenéz de ce que je désiroie savoir touchant la personne du Roy; mais je ne fus pas joieux de savoir les affaires du Roy non estre si bons comme je le désiroie et que besoing estoit, et pource que il estoit neccessité que le Roy fust avertis du grant dangier et péril en quoy il estoit de sa personne, pour son salut et pour le bien de son royaume , et pour ce aussy qu’il in’estoit cnjoingt lui dire et faire savoir son affaire, je me disposay le lendemain, qui fu le jour de la Toussains, à lui escrire unes lettres, desquelles la teneur s’ensuit.

Cjj-ûprr? ôVnsuit ic contenu en unes lettres ennoiées nu Hoy par Salmon,

Ju Rof mon très redoublé et souverain seigneur.

Très liault, très excellent et très puissant prince, mon très redoubté et souverain seigneur, je me recommande à vostre excellence tant humblement comme je puis, tousjours désirant de oyr et savoir certaines nouvelles de vostre bon estât , lequel nostre Seigneur par sa saincte grâce vueille toustemps maintenir et continuer de bien en inieulx , ainsy comme vous mesmes le vouldriez et que je le désire de tout mon cuer. Très hault, très excellent et très puissant prince, mon très redoubté et souverain seigneur, pource que en aucuns voz conseilliers et serviteurs bien prouchains je n’ay pas apperceu ne trouvé le bien qui y deust estre , je me suis partis de vostre hostel pour vous faire un tel plaisir et service qu’il en sera mémoire tant comme vostre royaume durera, et vous plaise savoir, très excellent prince, que moy Salmon vostre disciple , de vos serviteurs le mendre et le plus petit, bien disposé de cuer et de pensée, bien esveillié et bien ad visé, meu de pitié et de vraie affection , eu regart et considéracion aux grans maulx qui se pueent ensuyr de la très piteuse matière pourquoy je vous escris , considéré aussy la grant amour et parfaicte fiance que vous avez daignié avoir en si très povre et petite personne comme je suis, et la loyaulté que j’ay et vueil tousjours avoir à vostre

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royal magesté et seigneurie, je vous ay escript ces lettres, lesquelles je vous envoie j)ar Hennequin du Pré, vostre clievaucheur , pour vous avertir d’un très grant mal qui est provoquié en vostre très noble personne, et qui bien brief doit monstrer et sortir effect à très grant honte et confusion de vous et de vostre royaume, si comme il est venu à ma congnoissance, comme plus à plain je le vous déclaireray, dont ce procède, par qui, et pourquoy. Je me déporte de le vous escrire à présent , pource que mon entencion est le vous dire quant temps sera.

Mais pour vous donner congnoissance et advis en ceste matière, je vous vueil réciter deux exemples de deux grans princes et très puissans seigneurs à qui fortune a esté moult contraire et très amère, lesquelz deux exemples ou bistoyres doivent bien estre empraintes ès cuers et ès mémoires des baulx princes et grans seigneurs.

Très hault, très excellent et très puissant prince, vous savez que le roy Richart d’Angleterre, que Dieux absoille, à qui vous donnastes madame vostre fille à femme, ou temps que il vivoit estoit grant et puissant prince, et de la voulenté et consentement des seigneurs et du pueple d’Angleterre fu couronné Roy ; lequel en grant magnificence et en grant gloire régna et tint le royaume d’Angleterre l’espace de xxij ans ou environ; des seigneurs de son sang et lignage doubté, servy et obéy comme Roy, et des gens des trois estas du royaume samblableinent.Et nonobstant ce que dit est, et l’aliance qu’il avoit à vous et aux vostres , a il esté entre ses gens,

et de ses gens, privé et débouté de la couronne de son royaume, et est mort honteusement. Et aussy, très hault, très excellent et très puissant prince, vous savez samblablement que monseigneur le duc d’Orléans, vostre frère , dont Dieux ait l’ame , pour le temps qu’il vivoit estoit un des grans et des pulssans seigneurs de vostre royaume après vous, saiges, soubtil et bien parlant, amé, doublé, servy et bien acompaignié de grans seigneurs, barons et autres nobles hommes , doubté et obéy en vostre royaume après vous et plus que vous. Et à parler proprement de sa seignourie et puissance, estoit renommée par toutes terres. Et nonobstant la grant auctorité et puissance qu’il avoit, le très grant , très puissant et très noble sang et linage dont il estoit, le grant sens et la soubtiveté qui estoit en sa personne, a-il fmé ses jours alnsy piteusement que vous savez. ’

Très hault, très excellent et très puissant prince , mon très redoubté et souverain seigneur, par les très doulereuses et piteuses fortunes qui sont avenues à ces deux seigneurs dont j’ay parlé cy-devant, qui, ou temps qu’ilz vivoient, furent si grans et si puissans qu’il leur eust esté chose impossible à croire que si grandes ne si merveilleuses ne telles fortunes leur peussent avenir, ne monstrer tel effect en leurs personnes comme de perdre

' Malgré la licence de notre temps, le lecteur remarquera sans doute combien le secrétaire et familier de Charles VI manquoit au respect et aux bienséances, en appuyant ses conseils sur deux catastrophes qui avoient frappé depuis si peu de temps le frère et le gendre de son Roi. C’étoit une familiarité \xn peu audacieuse.

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leur seigneurie et morir si honteusement. Pourquoy, très hault, très excellent et très puissant prince, vous povez bien congnoistre et appercevoir que la puissance de Dieu est moult grande et ses jugemens sont moult merveilleux et très obscurs à congnoistre aux hommes, combien qu’ilz aient esté ou temps passé et encores sont à présent exécutéz merveilleusement et en diverses manières aussy bien , ès baulx princes et grans seigneurs comme ès moiennes et petites personnes.

Et pource , très bault, très excellent et très puissant prince, et mon très redoubté et souverain seigneur, que de cuer, de corps, de voulenté et de pensée , j’ay tous temps désiré et désire vos bons plaisirs faire et acomplir, et que vostre très noble et très puissant seigneurie, grâce, sanclé et bonne renommée fust essaucée et en tous biens maintenue et continuée , j’ay délaissié toutes joyes et toutes les voulentéz et plaisances que j’avoie , et me suis mis en maintz périlz et grans dangiers, et aucuns mes amis pour moy samblablement , pour vous servir plus entièrement, non pas pour bien qui m’en soit venu ne que j’en aye eu, mais pour vous servir plus affectueusement et vous garder de péril , pource que je say bien certainement et le vous certiffîe que en vostre royaume, en vostre maison et en vostre personne vendra si grant inconvénient et si grant fortune que se Dieu , par sa miséricorde , n’a pitié de vous, vous perdrez la couronne de vostre royaume, et le nom, la gloire et la puissance de Roy, ainçoiz qu’il viengne long-temps , et aurez moult à souffrir se vous ne pourvéez et mettez remède à vostre personne

100 LAMEiNTAÏIONS ET ÉPURES

et en vostre gouvernement , par croire et user de bon

conseil.

Et se je vous escris si largement et si ouvertement , très excellent prince , ne vous en vueilliez merveillier, car il m’est enjoint et commandé, et la neccessité qu’il en est et la fiance que vous avez en moy me constraint de le faire ainsy pour vous monstrer et faire congnoistre le grant péril et dangier en quoy vous estes. Et pour résister à ce que dit est, très excellent prince, il est de neccessité que vous faciez certaines choses que je vous escris cy-aprèz, contenues en trois poins, dont le premier s’ensuit.

Très hault, très excellent et très puissant prince, mon très redoubté et souverain seigneur, il est de neccessité pour le bien de vous et de vostre royaume que vous faciez paix ou trêves ou bonnes aliances aux ennemis de vous et de vostre royaume; et n’est pas expédient que vous faciez de présent aucune nouvelleté ou emprise touchant voie de fait ne de rigueur en vostre royaume ne dehors, se vous en voulez venir à bonne conclusion; et gardez si chier comme vous amez le bien et bon estât de vous et de vostre royaume , que vous ne faciez ne souffrez faire aucuns mandemens ou assamblées de gens d’armes en vostre royaume, et pour cause ; et se aucun mandement ou assamblée estoit jà faicte ou se faisoit en vostre royaume , si leur faites ou faites faire commandement de par vous que chascun s’en retourne en son lieu, réservé ceulx qui seront neccessaires ès frontières pour la garde et deffense d’icellui vostre royaume. Et se aucunes questions, dissen-

DE SALiVlON. loi

clous, divisions ou descors estoient rncuz ou sc mouvoient entre vous, très puissant prince, et aucuns de vostre sang *, ou autres vos vassaulx ou subgiez, ou entre aucuns d’eulx saniblablemcnt , gardez que de présent vous n’y procédez no souffrez procéder par voie d(' fait ne par faire aucunes assatnblées. Et gardez bien sur toutes choses que milles grandes assainblées de nobles ne de communes ne se facent en vostre dit royaume, mais toutes questions et descors jà meuz et à mouvoir prenez en vostre main et remettez comme Roy et souverain à raison et justice, et que par vous justice soit maintenue et bien gardée en vostre royaume. Et vuei liiez amer et garder d’oppressions le pucple débonnaire dont vous estes Roy et seigneur, et leur faictes une grâce telle comme je vous feray savoir se vous voulez avoir la grâce de Dieu et l’amour et bonne obéissance d’iccllui vostre pueple.

Et quant au second point, très hault , très excellent et très puissant prince , mon très redoubté et souverain seigneur, il est neccessité pour la salvacion de vous et de vostre royaume que vous vous disposez de cucr, de

' Déjà l’on voit que Salinon comniençoit à embrasser les inléi èls (lu duc de Bourgogne. Ses conseils tendent à détourner le Roi de faire justice de l’assassinat commis sur son frère, le duc d’Orléans ; à éloigner les troupes (ju’on avoit réunies autour de Paris pour s’opposer aux entreprises du duc de Bourgogne; enfin, il l’engage à faire paix ou trêve avec les partis, et à tout oublier. Le traité de Tours accorda au duc tout ce qui est suggéré ati Boi dans cette lettre; mais Jean-sans-Peur avoit bien d’autres moyens (pie le plaidoyer de Salmon pour obtenir ce (pi’on auroit voulu lui refuser, et il le fit bien voir.

LAMENTATIONS ET ÉPITRES corps, de voiilenté et de pensée à Dieu amer, doubler et servir en lui requérant de cuer contrit sa grâce et miséricorde, et lui faire tele prière et requeste que lui fist le roy Salemon quant il lui ottroia le don de grâce et de sapience. Et aprèz, très excellent prince, que vous exposez vostre personne et vostre puissance à mettre paix et union en l’Eglise de Dieu, et vueilliez aussy mander et faire savoir à tous les prélas de vostre royaume que ainsy le facent samblablement , et qu’ilz facent et facent faire processions générales, prédicacions et dire messes du Saint-Esperit et de la Croix en toutes les .églises et paroisses de vostre royaume , toutes les sepmaines de l’Avent une fois , en priant Dieu dévotement pour la paix et union de l’Église et pour le bon estât de vous et de vostre royaume. Et aussy, très excellent prince, faites faire deffenses en vostre royaume que le nom de Dieu et de la vierge Marie ne soit renyé ne despité non plus que le vostre , et que vérité et justice soit toustemps trouvée en vous et en vostre maison. Et vueilliez amer les saiges et preudeshomrnes qui aiment Dieu et raison , et vous gouverner et conseillier par eulx; et tous hommes vicieux, dissolus, convoiteux et menteurs eslongniez de vostre hostel , de vostre conseil et de vostre personne se vous voulez prospérer en bien.

Très hault, très excellent et très puissant prince, mon entencion est de vous faire savoir aucunes choses que je ne vous vueil escrire, et me déporte atant quant à ce point. Le tiers point et le derrenier, très hault, très excellent, et très puissant prince, mon très re-

DE SALMON

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doublé et souverain seigneur, il est expédient pour le bien de vous et de vostre royaume et l’acroissement de vostre seigneurie que vous envoiez en ce lieu où je suis à présent aucuns de vos conseilliers et autres personnes que je vous nommeray cy-aprèz et non autres, c’estassavoir monseigneur le Galoiz Dannoy, messeigneurs Charles deChambely, vos chambellans, maistre Eustace de Laître, maistre des requestes de vostre hostel, et frère Jaques le Grant, de l’ordre des Augustïns,bacheler formé en théologie, et des citoiens de vos bonnes villes et citéz de Paris, de Rouen, d’Amiens, de Laon, de Tournay, de Reins et de Troies en Champagne, de chascune desdictes villes un homme notable. >3?

Ycy endroit ccsfe croix avoit nn article qui n'est pas de cesie matière, lequel vous trouverez cy-aprèz en la üu du liiij' lueillet de ce livre, signe '

Et au plaisir de Dieu, très excellent prince, par iceulx vos conseilliers et citoiens je vous feray savoir nouvelles qui vous seront honnourables et prouffitables, par lesquelles vous serez sauvéz et vostre maison gardée de péril, et si serez exemps et délivréz des grans périls et tribulacions en quoy vous estes à présent et avez esté par grant espace de temps, et si serez comme Roy améz, servis, doubtéz , honnouréz et obéys des nobles et de tous ceulx de vostre royaume et de tous autres

' Voyez ci-après, page iio.

io4 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

redoublez et renommez plus sans comparoison que oncques ne fustes, et de la grant magnificence devons et de vos merveilles sera nouvelle et renommée par toutes terres, car vous mettrez paix, et union en l’Eglise de Dieu se à vous ne tient , et serez restituez en la gloire et puissance de Roy qui desjà vous est soustraicte.

Très hault, très excellent et très puissant prince, je vous prie, pour le bien de vous, que tantost ces lettres veues vous vueilliez acomplir le contenu en icelles, et vous supplie , très excellent prince , que , pour la povreté ou petitesce de ma personne, vous ne vueilliez prendre ma parole ne mon conseil en desdaing ; car on ne doit point desprisier le bon fruit pour ce s’il vient d’un petit arbre.

Et vous plaise, très excellent prince, moy mander et commander vos bons plaisirs et voulentéz comme à vostre petit disciple, qui tousjours les acomplira de son povoir.

Très hault , très excellent et très puissant prince , mon très redoubté et souverain seigneur, je prie au Saint-Esperit qu’il vous vueille enluminer de sa grâce , et vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

Escript en Avignon , le premier jour de novembre.

Vostre petit, très humble et très obéissant subgect et serviteur,

DE SALMON

Cy-aprr^ sVnsuit k rontenu es lettres rntJoierg à tr'fs puissans princcô mcggciiviciirg Ifô îiucj îif Ofrr^, l3ûuri;on^iif ft îxr l3uurbon.

Très nobles et très puissans princes et mes très redoubtéz seigneurs, je me recommande à voz très puissans seignouries tant humblement comme je puis ; et plaise à voz très puissans seignouries savoir que je escris au Roy nostre seigneur unes letti’es closes desquelles la teneur s’ensuit :

C’est la même Ictlre que la précédente, adressée à Charles VI, et répétée en entier dans le manuscrit. Elle se termine ainsi :

Et pource , très nobles et très puissans princes et mes très redoubtéz seigneurs, que je say certainement que vous avez toustemps amé, et amez , voulez et désirez l’onneur et bien du Roy et de son royaume, je vous supplie et vous advise si humblement comme je puis , et si chier comme vous voulez et désirez le bien et l’onneur du Roy et de sondit royaume, que vous le vueilliez adviser, soliciter et conseillier de acomplir de point en point le contenu en ces lettres. Et de ce , mes très redoubtéz seigneurs, vueilliez faire bonne diligence, afin que par vous et par vostre bon moien la noble maison de France soit essaucée en tous biens et gardée de péril, de honte et de reproche.

Très nobles et très puissans princes , et mes très

io6 LAMENTATIONS ET ÉPTTRES

redoublez seigneurs, je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

Escript comme dessuz.

Vostre très humble et obéissant serviteur ,

Salmon.

3tcttt, wttfs lettres elsses enuoiées psur reste enuse et en telle fourme comme îiessu? à messeijflueurs les connestable et cl)ancelier lie Ji-anee. ‘

Mes très redoubtéz et très honnouréz seigneurs, je me recommande à vous tant humblement comme je puis, et vous plaise savoir, mes très redoubtéz et très honnouréz seigneurs, que j’escris au Roy nostre seigneur unes lettres closes dont la teneur s’ensuit : «Très hault, très excellent, etc. », comme dessus.

Et pource, mes très redoubtéz seigneurs, que je say certainement que vous avez toustemps amé et amez, voulez et désirez l’onneur et bien du Roy et de son royaume, je vous supplie et vous advise si humblement comme je puis, et si chier comme vous voulez et désirez le bien et l’onneur du Roy et de sondit royaume , que vous le vueilliez adviser et soliciter et conseillier de acomplir de point en point le contenu en

' Le connétable étoit alors Charles d’Albret, et le chancelier Renaud de Corbie. Le duc de Berry, oncle du Roi, étoit gouverneur de Paris, et le fut jusqu’en i4ii. Les partisans du duc de Bourgogne firent nommer à sa place Waleran de Luxembourg, connétable de Saint-Pol.

DE SALMON

ces lettres, et de ce, mes très redoubtéz seigneurs, vueilliez faire bonne diligence afin que , par vous et par vostre bon moien, la noble maison de France soit essaucée et gardée de péril , de honte et de reproche.

Mes très redoubtéz et très honnouréz seigneurs , je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

Escript comme dessus.

€ü-aprcj s’ensuit le esntenu en unes lettres ennoie'es ûu premier président De parlement ' , au préuost De paris et au pronast Des marrljans ^ De la nille et fité De paris.

Mes très chiers et très honnouréz seigneurs, je me recommande à vous tant comme je puis, et vous plaise

> C’étoit Henri de Marie, qui avoit été nommé par le Roi après la mort de .Jean de Popincourt; mais le parlement s’étant opposé à cette nomination d’office , le chancelier laissa procéder à une élection, qui fut conforme au choix qu’avoit fait le Roi.

’ Premier juge ou président du Grand-Châtelet, où se rendoit la justice de la prévôté de Paris, qui se composoit de trois chambres, civile, criminelle et de police-

La lettre de Salmon se trouve être adressée à Pierre Des Essarts, attaché au duc de Rourgogne, et qui avoit été nommé prévôt de Paris au mois de mai i4o8, à la place de Guillaume de Tignonville. L’Université avoit exigé la destitution de ce magistrat recommandable, pour avoir rendu le jugement qui condamnoit deux écoliers de l’Université à être pendus.

^ Charles Culdoé étoit alors le prévôt des marchands en exercice; il avoit succédé à Jean Juvenel des Ursins, et fut continué jusqu’en i4ii- Le prévôt des marchands étoit le premier des magistrats municipaux de la ville de Paris , auquel étoient adjoints des officiers

io8 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

savoir que je escris au Roy nostre seigneur unes lettres closes dont la teneur s’ensuit : « Très hault , très excellent , etc. » , comme dessus.

Et pource , mes très chiers et très honnouréz seigneurs , que vous estes saiges et prudens , et que je say que vous avez toustemps amé et amez , voulez et desirez le bien, honneur et bon estât du Roy et de son royaume, je vous escris ces lettres pour pluseurs causes et pour vous aviser que , en la loyaulté , en l’amour et bonne voulenté que vous avez tousjours eue en la personne du Roy nostre souverain seigneur, vous vueillez demourer et persévérer en lui obéissant et gardant sa justice en telle manière que aucune voie de fait ne se doie ensuir ou royaume, en admonnestant voz subgiez et obéissans chascun de vous à le faire ainsy. Mes très chiers et très honnouréz seigneurs, vucilliez estre à la présentacion desdictes lettres du Roy , et pour le bien et l’onneur du Roy et de sondit royaume, que vous le vueilliez adviser, soliciter et conseillier de acomplir de point en point le contenu en ces lettres ; et de ce, mes très honnouréz seigneurs, vueilliez faire bonne diligence, afin que par vous et par vostre bon

inférieurs, appelés échevins. L’élection s’en renouveloit tous les deux ans , et celle des échevins chaque année.

En i382, Charles YI supprima l’office de prévôt des marchands et l’échevinage, par suite d’une sédition des Parisiens, qui avoient refusé de payer un impôt de guerre. Toute l’administration de la ville passa alors dans les mains du prévôt de Paris. En i588, le prévôt des marchands et les échevins furent rétablis, mais ils ne recouvrèrent toute leur autorité que dans l’année i4i i ■

DE SALMON

inoien la noble maison de France soit cssaucée en tous biens et gardée de péril, de honte et de reproche. Mes très chiers et très honnouréz seigneurs, je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

Escript comme dessus.

CjJ-rtprr? sVneuivfnl tmcs lettres rseriptes o ittonseigiieur le eljaueelier, pour le fuit îie la eoiité î>e Dalentiiioi^.

Mon très redoubté et très honnouré seigneur , je me recommande à vous tant humblement comme je puis, et vous plaise savoir que j’ai trouvé en Avignon le conte de Valentinoiz, qui est malade, lequel est très malcontent de la response qu’il a eue derrenièrement de France, du traictié qui est entre le Roy et lui à cause de sa conté ; et pource qu’il se sent bien agrevé de maladie et voit ses jours abi’égier, a propos et voulenté de disposer et ordonner bien brief de sadicte conté pour le bien de sa conscience, et a trouvé desjà qui y entendra voulentiers ; mais j’ay telement appointié avecques lui par le moien de sire Jehan ïrouchin son

' Au moyen d’une petite correction , qui n’est pas de la même main que le reste du nom , on lit maintenant Tronchin dans le manuscrit; mais comme ce nom est répété quatre lignes plus bas, et que la lettre u y est bien distinctement formée, on a pensé que ïrouchin étoit le véritable nom. Les exemples de ce genre de falsification dans les anciens manuscrits ne sont pas rares, et s’expliquent aisément par l’amour-propre des intéressés, qui peut expliquer tant de choses.

parent, qui en ce fait s’est bien monstre serviteur et bienvueillant du Roy, que le conte tendra la chose en estât jusques à ce que j’aye nouvelles du Roy et de vous, et est ledit conte demouré et demeure en Avignon à la requeste dudit Trouchin, et à très grans frais aussy. Pourquoy, mon très redoubté seigneur, je vous supplie que tantost ces lettres veues vous vueilliez avancier et faire venir par-deçà les personnes que j’ay nommées au Roy ès lettres que je lui ay escriptes, et je vous certiffie que iceulx venus par- deçà, ainçoiz qu’ilz retournent en France, le Roy, au plaisir de Dieu, sera conte de Valentinoiz, et aura autres nouvelles qui lui seront encores plus honnourables et plus prouffitables pour le bien de lui et de son royaume. Et ne vueilliez consentir que aucune nouvelleté se face contre Avignon, jusques à ce que vous oiez nouvelles de ceulx* que le Roy envoiera par-deçà. Mon très redoubté seigneur, plaise vous moy mander voz bons plaisirs, etc.

Nostre Seigneur vous ait en sa saincte garde et vous doint bonne vie et longue.

Escript en Avignon.

jî* (ffj) 6’fnsuil l’arliflf îiont îïcssiis fst faictf Wfndon I4tvfô î»u îioj) pour laîiicto route î>f UalrntinoiF

Ausquelz voz conseilliers et citoyens vous donrez auctorité et puissance de vous obligier, s’il en est besoing, ou la revenue d’aucunes de voz villes particulières, les aides seulement, jusques à la somme de cent à six vins mille frans, ou de ce que mestier sera, ainsy

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comme je leur diray, ou cas qu’ilz apperccvront évidaurnent que ce soit l’onneur et prouffît de vous et de vostre royaume et l’acroissement de vostre seigneurie et non autrement..

Cy-nprh eVnsuil la rreponsr îffS lettres enrotées à îimnseiitneitr le île Caur^on^ne, îiont mencion est faiete eji-îiepant.

De par le duc de Bourgongne , conte de Flandres , d' Arloiz et de Bourgongne.

Chier et bien amé, nous avons naguères receu très joieusement vos lettres que envoiées nous avez par Hennequin du Pré, chevauclieur de l’escuirie de monseigneur le Roy, faisans mencion de certaines choses qui très grandement touchent le bien , prouffît et honneur de mondit seigneur, et de tout son royaume. Duquel bien avons tousjours esté prest de nous y em~ ploier de toute nostre puissance , comme nous tenons fermement vous assez le savoir, et encore vouldrions de plus en plus faire en y exposant corps et chevance; et pource que la chose requiert célérité, veu que ledit du Pré s’en va devers mondit seigneur à Tours, où il est présentement, et naguères devenu en sancté, si comme l’en dist , et que nous ne cuidons ledit du Pré estre sitost expédié ne délivré de mondit seigneur pour retourner devers vous, nous vous envoions hastivement ce chevaucheur de nostre escuirie pour vous acertener de par nous , par ces présentes, des choses dessusdictes jusques

à ce que , par certains notables noz messages , que entendons vous envoler brlefmcnt, alans puissance de nous de faire avecques vous et ceulx à qui 11 appartendra comme nous ferlons et faire porrlons, se présens y estions en nostre propre personne , vous en ferons savoir plus oultre nostre voulenté. Pourquoy nous vous prions, sur la loyaulté, foy et amour que avez à mondlt seigneur , et le plaisir que jamais lui voulez faire et à nous aussy, que vous vous vuellllez retralre en aucun lieu secrètement et là vous aussy tenir et pour cause, faisant savoir à nozdls messages par cedlt chevaucheur, lequel avons charglé retourner devers eulx par vostre ordonnance, où Hz vous pourront trouver pour seurement besongnler ou fait dessusdit comme il appartendra, et se la chose vient à bonne conclusion et fin , comme nous désirons entièrement, par le plaisir de Dieu et vostre moien et aide , nous vous promettons en bonne foy vous en rémunérer et guerredonner si grandement et tous ceulx qui s’en entremettront, que vous et eulx en deverez estre contens et demourrez à toujoursmais riches; si ne nous vuellllez en ce faillir aucunement. Et afin que appercevez par effect le grant désir et affection que nous y avons, nous avons signé ces présentes de nostre seing manuel le v® jour de décembre.

Jehan.

.Lombart.

DE SALMON

eVnsuit la rrsponsc et rfSfripcton 'ife pccUcâ IcUrrs.'

Très noble et très puissant prince et mon très redoublé seigneur, je me recommande à vostre très noble et trè^ puissant seigneurie tant humblement comme je puis, très parfaictement joieux de mon petit povoir de vostre noble et bon estât, dont j’ay esté acertenéz par Arnolet , chevaucheur de vostre escuirie. Très noble et très puissant prince, et mon très redoublé seigneur, moy, par icellui Arnolet, avoir receu voz très amiables et gracieuses lettres, données en date le v® jour de ce présent moys de décembre, contenans en effect la rcspouse de certaines lettres que naguères vous ay envolées pour le bien du Roy et de son royaume, et avec ce comment vous envolez ou lieu où je suis certaines et notables personnes pour savoir plus à plain les termes et effeetz contenus en icelles mesdictes lettres.

Très noble et très puissant prince et mon très redoublé seigneur, comme vostre povre et très obéissant serviteur, je vous remercie très humblement de ce qu’il a pieu à si très noble et si très puissant prince si famillièrement avoir daignié escrire à si très petite personne comme je suis, qui au regart d’un autre ne suis que une ombre très simple et très ignorant. Et quant à la response d’icelles , très noble et très puissant prince et mon très redoublé seigneur, plaise à vostre très noble et très puissant seignourie savoir que de ma petite puissance ou temps passé j’ay désiré et encore désire faire vos bons plaisirs et commandemens , prest de

acomplir ce que par vosdictes lettres m’est commandé, ainsy que tenus y suis , quant vostre bon plaisir sera d’envoier vos messages par-deçà , ainsy que dit est.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue et acomplissement de voz bons désirs.

Escript en Avignon , le xxiij® jour de décembre.

Vostre très humble et obéissant serviteur,

S/tLMON.

ô’^nsuiurnt Ifs srrcnîirs lcUrf0 ferript^s au Kup.

Très noble , très amé et très renommé prince , mon très redoubté et souverain seigneur, comme vostre petit et très obéissant serviteur, je me recommande à vostre réal magesté si très humblement, de tout mon cuer, comme je puis plus, très parfaictement désirant de mon petit povoir vostre noble estât estre si bon comme besoing seroit pour le bien et honneur de vous et de vostre royaume.

Très noble et très amé prince et mon très redoubté et souverain seigneur, deux choses sont en ce monde qui guères ne sont désirées ne redoubtées : c’estassavoir un grant bien avenir et un grant mal dont on n’a nulle congnoissance. Très renommé prince , pource qu’il n’estoit pas expédient pour vostre bien que je fusse devers vous, j’ay escript unes lettres que je vous ay envolées dès le moys de novembre derrenier passé pour vous donner congnoissance et advis de ce qui vous estoit neccessaire, lesquelles lettres je ne say se vous

DE SALMON

avez eues ne se elles sont venues à vostre congnoissancc, pource que depuis je n’en ay eu aucunes nouvelles ne response de vous; pourquoy, très redoubté prince, j’ay escript derechief ces lettres par lesquelles je vous supplie encore très humblement que vous vucilliez bien considérer et avoir plus grant regart à ma parole et à mon escript que à ma personne, qui est très povre et très petite au regart de l’escript.

Et ne vueilliez pas, très redoubté prince, estre si incrédule, si rude ne si desdaigneux de vostre salut recevoir, comme furent deux grans princes que je vous nommeray ci-aprèz : l’un du viez Testament, et l’autre de ce temps présent. Très redoubté prince, ne vueilliez estre si incrédule comme fu Nabugodonozor, le roy de Babiloine, quant Danyel lui dist et exposa la persécucion et merveille qui lui devoit avenir se Dieu ne lui faisoit grâce, lequel n’en tint compte , et bien tost aprèz fu privé de son royaume par certain temps et transmué en beste, paissant herbe avecques les autres bestes mues% jusques

' Si Charles YI prenoit connoissance des lettres de son secrétaire Saliiion , on ne peut trop s’étonner qu’il n’ait pas congédié un conseiller aussi irrévérent ; car l’impertinence égale ici la témérité de l’écrivain. Il se donne, sans façon, pour un Daniel, et compare le Roi à Kabuchodonosor, allusion d’autant plus messéante, que le roi de France, dans certains accès de sa maladie, setrouvoit au même degré d’abrutissement que le roi des Chaldéens.

« Comment direz-vous que le Roi étoit fou? » demandoit avec anxiété le Dauphin, fds de Louis XIV, à l’abbé de Cboisy, qui préparoit une histoire de Charles VI, « Monseigneur, je dirai qu’il étoit fou. » — Les lettres de Salmon auroient appris à ce prince comment on le disoit au Roi lui-même.

ii6 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

à cc qu’il ol contricion en lui; el lors leva la face et les yeux devers le ciel en requérant grâce h Dieu, qui le l’eceut à niercy et le restitua eu son royaume, si comme plus à plain le povez veoir en la Bible, ou iiij® chappitre du Livre de Danyel.

Et ne vueilliez aussi, très redoubté prince, avoir le cuer si dur ne si desdaigneux comme ot monseigneur le duc d’Orléans, vostre frère, dont Dieux ait l’ame, lequel différa à recevoir le message qui lui apportoit son salut et lui venoit donner advis du mal qui lui est avenu. Et de ce, très redoubté prince, je vous informeray bien quant vostre bon plaisir sera. Mais vueilliez , très amé prince, avoir en vous la considéracion et pourvéancc, le regart et la construction que eurent deux saiges princes du viez Testament : c’estassavoir Pharaon le roy d’Egipte, et Ezéchias le roy de Judée. Très noble prince, vueilliez avoir telle considéracion et pourvéancc en vous pour le salut de vous et de vostre maison, comme ot le roy Pharaon pour la salvacion de lui et du pueple d’Egipte, quand Joseph lui donna advis et lui dist la grant deffaultc et famine qui devoit estre par longtemps en Egipte, et qu’il n’y croistroit bléz de sept ans ; et par le conseil de Joseph, le Roy y pourvoit si bien que lui et son royaume furent gardéz de mal et de mort. Geste histoire pourrez-vous bien veoir, s’il vous plaist, en Genesis, ou xlj® chappitre.

Très noble et très puissant prince, vueilliez aussy avoir le regart et la contricion telle que ot le roy Ézéchias quant Ysaye lui vint dénoncier que la lin de ses jours estoit venue, et ne vivroit plus, et qu’il pourveist

DE SALMON

de sa maison; lequel, pour trois causes, devoit mourir : la première, pource qu’il • estoit très ancien, et par cours de nature ne povoit plus vivre; la seconde, pource qu’il estoit malade de maladie mortele ; la tierce, pource que la voulenté de Dieu estoit qu’il morust. Et j)ar l’admonnestement d’Ysaye et l’advis ([u’il lui donna, il se disposa à Dieu prier; et par la grant contriction qu’il eut. Dieu receut sa prière et le garda de mort, le guérit de sa maladie, et lui alongna sa vie de xv ans, avccques les autres grâces qu’il lui fist', ainsy que veoir le pourrez ou xx® cliappitre du iiij® Livre des Iloys.

Très renommé prince, je vous suplie que les his-^ toircs dessuzdictcs , avecques ce qui cy - aprèz est cscript, vous vueilliez bien noter en vostre cuer et retenir en vostre mémoire, et vous vueilliez aussy recorder des lettres que par pluseurs foiz vous ay cscriptes, et des grans périlz en quoy je me suis mis pour vous servir plus cordialement; des paroles (pje je vous ay dictes de la destruction du roy Richart d’Angleterre, dont je vous ay cscript et parlé devant et aprèz; lesquelles choses je n’ay pas fait sans juste cause. Et pource, très renommé prince, que vous me pourriez demander la cause qui m’a meu et qui me muet de ce faire, très renommé prince, je vous respons que je suis vostre petit disciple Salrnon, par vous ainsy nommé de la voulenté et grâce de Dieu, qui suis mis à vous pour vostre salut et pour vous donner advis et congnoissancc du bien et du mal qui vous pourroit avenir. Pourquoy , très renommé prince, je vous advisc que vous vous vueilliez bumilier à Dieu , prier et lui rc-

n8 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

quérir grâce, car les afflictions et persécucions que vous avez et souffrez , les tribulacions et divisions qui sont en vostre maison , ne sont que les fleurs dont vous aurez le fruit, se Dieu, par sa miséricorde, ne vous fait grâce et vous n’y pourvéez par bon conseil. Très renommé prince , quant il plaira à Dieu et à vous que je soie en vostre présence, je vous diray de bouche ce que je ne vueil escrire; mais je vous vueil bien adviser que vous laissiez le conseil de Roboam et vueilliez prendre cellui de Salmon, et vérité et justice reluira en vous et en vostre maison, et serez beneuré, et vostre maison sera essaucée en honneur, en puissance et en renommée devant les maisons des Roys et princes crestiens ; et se vostre plaisir est de le faire autrement , très noble, très amé et très renommé prince, mon très redoubté et souverain seigneur, je prie à Dieu tout puissant qu’il vous doint pacience.

Escript en Avignon , le xvj® jour de février.

Vostre très humble et très obéissant subgiet et serviteur,

DE SALMON. i 19

Cscript ou ÎI05 ÏTfô Îtf£i5it6ï>iftc6 utt«5 fc qui fjj-opr'fî ô’i'Uôuit.

Tl 'ès excellent prince et mon très rcdoubté et souverain seigneur, moy; depuis ces présentes escriptes, avoir receu vos très amiables lettres données à Tours le iiij® jour du moys de janvier derrenièrement passé , lesquelles j’ay leues et veu bien à plain le contenu. Très excellent prince , toutes grâces et mercis à moy possibles à Icelle vostre excellence rens très humblement de tout mon cuer, priant dévotement le souverain Roy des Roys tout puissant qu’il daigne par sa pitié tant d’umilité recongnoistre envers vostre magcsté , et moy donner la grâce de faire chose qui vous soit bonnourable , de ce qu’il lui a pieu si famillièrcmcnt escrire à si povre et très petite personne comme je suis, qui , au regart d’un autre, ne suis que un ombre très simple; et quant à la response d’icelles, très excellent prince, mon très redoubté et souverain seigneur, plaise à vostre clémence et humilité savoir que de ma petite puissance j’ay désiré toustemps vostre bon estât et prospérité de corps et d’âme, et encore désire, et faire voz bons plaisirs et commandemens, prest d’acomplir ce que par vosdictes lettres m’est commandé, ainsy que faire le doy et tenus y suis.

Très excellent prince et mon très redoubté et souverain seigneur, je prie au Saint-Esperit qu’il vous vucille enluminer de sa grâce , et vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

LAMENTATIONS ET ÉPITRES en Avignon, le xxiiij® jour dudit inoys de

Vostrc très humble et très obéissant subgiet et sei’viteur,

Salmon.

g’rnôuit la rfgpongr ïm Rou, îifg Icttrrg à lui fiitjoicrs par ôalmon , îront mnuian rst fairtr au riu' ‘ furilkt î>r rr Urrr.

De par le Roy.

Nostre amé et féal secrétaire, nous avons receu de vous unes lettres le xvj® jour de décembre, et avons bien entendu le contenu d’icelles touebant nostre personne et nostre royaume, et pource que nous avons toute nostre confiance en nostre très ebier et très amé cousin le duc de Bourgongne , nous vous mandons et commandons estroictement, et sur peine d’estre réputé desléal à nous et à nostre couronne, que vous, ces présentes veues , vueilliez dire et déclairier à nostre très chier et très amé cousin ou à son secrétaire ou message qui , de par lui, vous apparra comme à nostre propre personne, car nous l’avons chargé tout entièrement de ceste besongne, et vous tendrons pour bien deschargié; et pensez de nous bien et loyaulment servir, et nous vous arons pour bien espécialement recommandé. Donné à Tours, le iiij® jour de janvier { 1409 ).

Charles.

Escript

février.

A' oyez ci-dessus, p.ige 96.

DE SALMON

C^-apifj sVnsuiüfnt unes lettrrs fseriptrs à tnonsfifliifur l<r îiuf î)t’ piu' J^iUmuu.

Très noble et très puissant prince et mon très redoiibté seigneur, je me recommande à vostre très noble et très puissant seigneurie tant bumblement comme je puis. Très noble et très puissant prince, et mon très redoubté seigneur, pour obéir à vostre commandement et acomplir ce pourquoy il vous a pieu moy escrire, je suis demouréz en Avignon, et demeure, en attendant tousjours vostre bonne ordonnance , ainsy qu’il vous a pieu moy mander; et pource, mon très redoubté seigneur, que depuis je n’ay eu aucunes nouvelles du Roy ne de vous, j’ay escript derechief unes lettres closes que j’envoie au Roy, desquelles la teneur s’ensuit :

( Ici se retrouve en entier la dernière lettre de Salinon au roi Charles, du i6 février i4o9) ^ni est rapportée ci-dessus, page ii4-)

Mon très redoubté seigneur, comme autrefois vous ay escript pource que je say certainement le grant désir que vous avez de la santé et bonne prospérité du Koy, si comme par expérience de fait je l’ay apperccu, tant par les grandes et somptueuses peines que vous avez prises et encores prenez pour ceste cause, comme en autres manières que j’ay bien sceu. Mon très redoubté seigneur, quant est pour le Roy , assez de peines povez prendre et pluseurs remèdes quérir, mais nulz en trouverez qui lui vaille pour la sancté (jue cellui que je

LAMENTATIONS ET ÉPITRES vous cliray. Pourquoy, mon très redoublé seigneur, je vous escrips encore derechief en vous suppliant, pour le bien du Roy, qu’il vous plaise, ces lettres veues, de par le Roy ou de par vous envoier aucunes certaines personnes en Avignon où je suis, et je vous feray savoir tel advis qui sera au Roy prouffîtable et à vous très honnourable.

Mon très redoublé seigneur, je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue, et acomplissement de vos bons désirs.

Escript en Avignon , le xvj*' jour de février.

Vostrc très humble et très obéissant serviteur,

Salmon.

Cu-tiprcj ô^tnsuiumt unes autres lettres (]ui furent eseriptes au îtas ùes ùessusîrictes lettres eum.ne eu celles îiu liau.

Très noble et très puissant prince et mon très redoublé seigneur, depuis que ces présentes ont esté eseriptes, j’ay receu par Hennequin du Pré, et Arnoulet vostre ebevauebeur, les lettres du Roy et les vostres, celles du Roy données à Tours le iiij® jour de janvier, et les vostres eseriptes à Paris le xxvlij® jour dudit moys , lesquelles j’ay leues et veu bien à plain le contenu en icelles.

Mon très redoublé seigneur, quant à la response des lettres du Roy, je mettray peine d’acomplir ce que par icelles m’est commandé en telle manière, au plaisir de

DE SALMON

Dieu , que le Roy en sera bien content et vous en serez très joieux. Et quant est à la response des vostrcs, je la vous fais par mesdictes lettres cy-devant escriptes, en vous suppliant encore très affectueusement que le contenu en icelles vous vueilliez acomplir, et que bien brief j’aie nouvelles de vous et pour aucune cause que plus à plain pourrez savoir par Arnoulet vostre cbevaucheur.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue, et acomplissement de vos bons désirs.

Escript en Avignon le xxiiij® jour dudit moys de février.

Vostre très humble et obéissant serviteur ,

Sai.mon.

Cg-aprfj s’ensuit le eonteuu en unes lettres enuoiées par monseigneur le îiue lie Oour^on^ne à âalmon.

De par le duc de Bourgongne , conte de Flandres , cC Artois et de Bourgongne.

Très chier et bien amé, nous avons receu deux paires de vos lettres, et tant par icelles comme par les rappors des chevaucheurs, avons apperceu la grant et parfaicte affeetion que avez au bien et prouffit de mon seigneur le Roy et de son royaume, dont nous vous savons si très bon gré que plus povons, en vous priant très affectueusement que tousdiz y vueilliez de bien en

niiculx persévérer, et vous en pourrez avoir très grant honneur et loenge envers Dieu et le monde, et grant rémunéracion , non tant seulement de nous, mais de mondit seigneur, lequel a receu voz lettres, qu’il nous a envoiées, et bien sceu sur ce vostre voulenté,et nous a entièrement chargié, seul et pour le tout, par ses lettres de poursuir et demener envers vous ceste besongne et ailleurs où besoing sera,ainsy que clèrement pourrez veoir par ses lettres qu’il vous escript, lesquelles vous envoions par ces cbevaucheurs.Et pourtant nous avons entencion d’envoier par-devers vous aucuns de nos gens garnis de pleine puissance de vous donner bonne seurté et de faire avecques vous toutes les choses qui à ce seront neccessaires, lesquelz vous eussions pieçà envoiéz, comme escript vous avions, se ne fussent les grans charges et occuppacions qui nous sont survenues. Si vueilliez adviser aucun bon et seur lieu en aucuns de noz pays, prèz de là où vous vouldrez aler, et le nous faire assavoir avec toute vostre voulenté , par l’un de cesdis cbevaucbeurs, afin que nosdictes gens sachent où ilz vous pourront trouver; et nous vous promettons en bonne foy tenir et faire tenir, vous, ceulx de vostre compaignée et vos biens, en très bonne seurté et sauvegarde, espécialement pour ceste cause, comme nostre propre personne. Et sur ce pourrez plus à plain savoir par cesdis cbevaucbeurs et chascun d’eulx no.stre voulenté. Très chier et bien amé, nostre Seigneur vous ait en sa saincte garde.

Escript à Paris, le xxviij® jour de janvier (1/(09).

Lombart.

DR SALMON

€v s'cnsuirrnt ttulrrs Idtrfs îïfpiiie fscriptfsrt rnuoiccs tt monsfiignfur k î)uc î>^ Oourjgonjgnf par Salmon.

Très noble et très puissant prince et mon très recloubté seigneur, je me recommande à vostre très nobbî et très puissant seignourie tant humblement comme je puis, en remerciant Dieu le tout-puissant qui a daignié congnoistre vostre bonne voulenté, et qui a essaucié et essaucera vostre humilité, comme il fist la bénignité et prière de la royne Hester contre le mauvais conseil de Amon ' par fadvis et pour le salut de Mardochéc, ainsy que plus à plain est récité en la Bible, ou Livre d’Ester. De laquelle Hester et de sa prière l’Epistre du jourduy, vj® jour de ce présent mois de mars, fait mencion, en disant : Li diehus illis o ravit Hester ad Dominum, dicens : Domine Deus, rex omnipotens, in dicione cilncta siint ppsita, et non est qui tue possit resistere voluntati. Si decreveris salvare nos , continuo liheramur. Tu enim, Domine , Jecisti celum et terrain^ et quidquid celi amhitu continetur; tu es Dominus omnium, et non est qui résistât majestati tue; et mine, Domine, Rex Regum , Deus Abraham , miserere populo tuo, quia volunt nos inimici nostri perdere, et heredila-

■ Pour Esther et Aman, comme on écrit ces noms aujourd’hui, qui ne sont probablement pas plus les vrais noms des personnages, d’une manière que de l’autre. De même d’Assuérus , (pd étoit le nom générique des rois de Perse , comme Pharaon celui des rois d’Egypte.

tem tuarn delere ; ne despicias partem luam quant redemisti tihi, sed exaudi deprecacionem nostram, et propicius esta sorti et Jîniculo ‘ hereditatis tue y et convei'te luctuin nostrum in gaudium , ut xiventes laudemus nonien tuum , ete.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, pour le bien du Roy, l’acomplissement de vostre désir , et afin que vous ne mettez en délay la besongne pourquoy je vous ay naguères escript, pour les très grans affaires que vous avez et qui vous surviennent de jour en jour, dont je ne me merveille, j’envoie par-devers vous Hennequin du Pré, porteur de ces lettres, pour vous en donner mémoire, aussy pour vous faire savoir de mon petit estât et affaire, auquel Hennequin il vous plaise, mon très redoubté seigneur, adjouster pleine foy en ce qu’il vous dira de par moy.

Mon très redoubté seigneur, je prie au Saint-Esperlt qu’il vous dolnt bonne vie et longue , et Paradis en la fin.

Escript en Avignon , le jour dessusdit.

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Salmon.

‘ Ce mot est très lisiblement écrit dans le manuscrit, mais il n’est pas latin. Du Gange cite le passage d’une charte de l’évêque Alderic, dans lequel se trouve le même mot Jîniculo , qu’il croit avoir été mis par erreur pour viniculo. Le texte de la Vulgate porte ybniculo.

DE SALMON

Cominfnl Salmcn rerripl au Hou^ et pareil-

lement au rau fans, *

Aprèz ce que j’euz escript et envolé au Roy et à monseigneur le duc de Bourgongne les lettres dont cy-devant est faicte mencion, pource qu’il me sambloit que on ne faisoit pas diligence telle comme à la matière appartenoit , je escrips encore derechief unes lettres au Roy, et pour ceste mesmes cause escrips au roy Loys, ainsy comme cy-aprèz s’ensuit.

Cu ô’rnsuiufnt Irs lettres escriptes au Uay.

Très liault, très excellent et très puissant prince, mon très redoublé et souverain seigneur, je me recommande à vostre excellence tant que je puis, de tout mon cuer, très humblement, en remerciant Dieu le tout-puissant de vostre bon estât, dont j’ay esté acertenéz, lequel nostre Seigneur, par sa saincte grâce, vueille toustemps maintenir et continuer de bien en miculx , ainsy que vous -mesmes le vouldriez, et que de tout mon cuer je le désire.

Très excellent et très puissant prince , pour la réformaclon , paix et union de saincte Eglise, dont je say que vous estes très désirant , et pour le plus grant bien et honneur qui , ou temps de vostre règne , vous pour-

■ Louis d’Anjou, cousin de Charles YI. 11 fut roi de Naples et de Sicile après la mort de son père, frère de Charles V, en i584-

roit avenir, comme vray filz , protecteur et bras dcstre de l’Eglise de Dieu que vous estes, je vous advisc que bien brief, ces lettres veues, vous vous vueilliez disposer pour venir en Avignon ‘ ; et je vous certiffie que, par ce moien, vous ferez un grant service à l’Eglise, et dont très grant bien , honneur et bonne renommée vous vendra, si comme vous l’appercevrez bien; et ou cas, très excellent prince, que vous n’aurez conseil ou que vostre plaisir ne seroit de y venir, qu’il vous plaise , de vostre certaine science et bonne voulenté , moy envoier vos lettres contenans certaines paroles que je vous envoie escriptes en une cédule cy-dedens enclose , avecques vostre bon plaisir, et je les porteray de par vous aux seigneurs cardinaulx et prélas qui sont en conseil général, pour ester le doulereux scisme qui aujourduy est en saincte Eglise; et, au plaisir de Dieu, je vous serviray si bien que vous en serez content, et qu’il en sera mémoire.

Très hault , très excellent et très puissant prince, je ne le dis pas pour tant que je me réputé digne de vous conseillier ne d’aucune chose savoir devant les salges

' Le roi Charles VI avoit été à Avignon, en lôSg, pour faire couronner Louis d’Anjou roi de Sicile, par le pape Clément VU. Il n’y retourna pas depuis. Toutes les voies d’arrangemens qu’il avoit prises pour faire cesser les troubles de l’Église furent inutiles.

On a déjà reconnu que, sous cette apparence de modestie, l’auteur cache un conseiller des plus audacieux; mais tel temps, telles mœurs. L’histoire de Charles VI offre bien d’autres exemples d’une excessive liberté de parler et d’agir, envers le prince.

DE SALMON

hommes de vostre maison , maiz je le dis pour trois causes qui me meuvent à ce faire.

La première cause est afin que vous ne vueilliez pas mettre vostre affection ne vostre créance toute en !a puissance ne en la sapience des hommes , mais la vueilliez mettre en Dieu et en ses vertus.

La seconde cause est afin que vous soiez , aprèz la grâce de Dieu, comme protecteur de l’Eglise, cause de la réformacion , paix et union d’icelle.

La tierce cause et la principal est afin que vous puissiez congnoistre comment Dieu fait et déinonstre ses grâces et ses vertus à ceulx qui ont en lui parfaicte fiance , et qui deuement le requièrent.

Très hault , très excellent et très puissant prince, mon très redoubté et souverain seigneur, je prie au Saint-Esperjt qu’il vous vueille enluminer de sa grâce , et vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

Escript en Avignon, le jour de Pasques.

Vostre très humble et très obéissant subgiet et serviteur,

Salmon.

(Planche IX.)

(îjî-CîJr^ ôVneuit if fontfnu en uttfs Uttrfe ferrijitfe ft kiUff0 au vaji Cage par JSîalnwm.

Tl ‘ès liault, très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur , je me recommande à vostre très noble et très puissant seigneurie tant humblement comme je puis , de tout mon cuer, et vous plaise savoir que j’ay escript au Roy unes lettres dont la teneur s’ensuit. (/c/ est transcrite en entier la lettre précédente^)

Très hault, très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, pource que je say certainement que vous amez et désirez le bien et honneur du Roy et de son royaume , je vous escrls ces lettres en vous suppliant très humblement que vous vueilliez adviser le Roy du contenu en icelles, et en ladicte cédule dont je vous envoie la teneur escripte en une cédule enclose dedens ces lettres, et s’il plaist au Roy acomplir ce que dit est , il fera un très grant service à l’Église , dont très grant bien et honneur lui vendra , et , par ce moien , vous pourrez venir à bonne conclusion et à vostre entencion de la couronne de vostre royaume.

Très hault, très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, je prie nostre Seigneur qu’il vous doint bonne vie et longue.

Escript en Avignon , le jour de Pasques.

Vostre très humble et obéissant serviteur ,

Salmon.

DE SALMOjN.

Comment JSûlmon monstra au xo^ Coys 1rs Irttrrs îru no||.

Ces lettres escriptes au J3oy et au roy Loys, ainsy que (lit est , pource que je ne povoie avoir message par (jui je les peusse envoier seurement , je les garday par certain temps, lequel temps durant le roy Loys se party de France pour venir en Prouvence ; et un jour qu’il estoit en son chastel de Tarascon, je me trays par-devers lui en lui monstrant les lettres du Roy et celles ({ue je lui avoie escript, en lui recpiérant ({ue les lettres du Roy il lui pleust envoier en France, pour icelles estre baill(3es au Roy. Mais pource qu’il me sambla estre bien occuppéz en ses affaires, je pris congié de lui, et retournay en Avignon , souvent pensant et considérant comment je pourroie faire mon devoir de ce que le moine m’avoit dit et enjoingt à faire, dont la paix de l’Eglise et le bon estât du Roy et de son royaume se devoit ensuir.

Aprèz* toutes ces choses ainsy faictes par l’advis et conseil que Dieu me donna, j’escrips deux petites épistres, l’une adreçant aux cardinaulx et autres prélas qui tenoient le conseil général à Pise , l’autre à Pierre de Lune, qui occupoit le papat, lors estant à Parpignen % desquelles épistres la teneur s’ensuit.

■ Les deux collèges des cardinaux avoient convoqué un concile à Pise, mais les papes en avoient eux-nièmes convoqué chacun un autre à Aquilée et à Perpignan. Malgré les défenses du Roi aux evèques d’aller à Perpignan, cent vingt s’y rendirent de l'rance, d’Espagne, de Savoie et de Lon’aine.

Cî)-ûpr>î fiVneuit iittf rpietrc fntjoia ou consfil Rentrai tfe r(Êfllt5f par JSalmon,

LA SUPERSCRIPSION.

J vèvérens peres en Dieu et næsseigneurs messeigneurs les carditiaulx, messeigneurs les patriarches, arcevesques et évesques, et autres prélas estans au conseil général de V Église.

L’iPISTRE.

O vous, seigneurs prélas, qui de diverses parties du monde aujourduy estes assambléz pour réformer, pacifier et unier saincte Eglise, vueilliez vous bien recorder que Dieu est par-dessus vous et vostre assamblée,qui voit et scet vos pensées, jugera vos ouvres, et donra à chascun salaire selon son euvre ; pourquoy je vous advise que vous ne vuedliez pas mettre voz ymaginacions ne vostre foy en vos sapiences , car vous seriez déceuz , mais les vueilliez mettre en Dieu et en ses vertus, et lui prier et requérir de cuer contrit qu’il vous vueille enluminer et inspirer de sa grâce , par laquelle vous puissiez réformer, pacifier et unier sa saincte Église; et se ainsy le faites deuement, voz prières seront essaucées, et, par la voix du Saint-Esperit , vous sera administré un vray pasteur de la voulenté et grâce de Dieu le Père et le Filz , qui vous vueille tous avoir en sa garde.

Escript en Avignon, au moys d’avril.

DE SALMON

([ Rcvérens pères en Dieu et messeigneurs, les paroles cy-clessuz eseriptes, je ne vous escrls pas pour tant que je me réputé digne de vous conseillier, mais pource qu’il m’est enjoint à le faire ainsy pour vous faire savoir que la voulentc de TReu doit précéder et précédera les vostres.

Cjj-aprfj s’ensuit uttf /pigtrf envoiéi a pirrrr îtr Cuiu pat: £ialmon.

Pour le bien de saincte Église , dont vous dites estre désirant comme vicaire de Jhésucrist, que vous tenez et dites que vous estes, vueilliez ouvrir vos oreilles pour escouter les voix des anges et les voix des hommes qui crient sur vous, en disant que vous vueilliez attribuer gloire à Dieu du ciel , et donner paix en terre aux hommes de bonne voulenté. Se vous estes vicaire de Jhésucrist, vueilliez excécuter les sainctes loys et décrez de Jhésucrist, c’estassavoir ses commandemens , lesquelz il vous dénonce , par les anges et par les hommes , pource que vous les avez iguoréz et trespasséz en mettant vostre ymaginacion et vostre foy en vostre sapience. Se vous amez Jhésucrist, et vous voulez faire comme vicaire de Jhésucrist, vueilliez mettre toute vostre ymaginacion et vostre foy en Jhésucrist, qui voit et scet voz pensées, et qui jugera vos ouvres. Se vous voulez faire ouvre qui plaise à Jhésucrist, aiez conscience en vostre compaignic, qui attribuera gloire à Dieu et donra paix aux hommes. Se conscience est avecques vous.

i34 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

vérité, humilité, charité, vraie anjour et dilectlon y seront, et de celle gracieuse compaignée estoit acompaignié Jhésucrist tant comme il fu en ce monde, et par espécial à l’eure de sa très amère Passion et de sa glorieuse Résurrection ; et icelle compaignée laissa et recommanda à saint Pierre son vicaire, pour donner paix aux hommes en terre, et attribuer gloire à Dieu.

Et se vous voulez celle gracieuse compaignée avoir avecques vous , Jhésucrist y sera , qui nous donra paix, car partout où Jhésucrist est, paix, vérité et union est. Tousbiens et toutes vertus sont en lui , ethahondent partout où il est. Tout mal et tout péchié le fuit , et faisoit samblablement partout où il estoit , tant comme il fu en ce monde, et partout où Jhésucrist est, trànsquillité et union est. Vueilliez bien considérer, par voz euvres et par les lieux où vous avez esté, se Jhésucrist est ou a esté avecques vous , quant ès jours de vostre règne toutes divisions sont creues et multepliées en l’Eglise, toutes persécucions et tribulacions sont venues sur vous, et partout où vous estes et avez esté , toutes enfermetéz sont habondées, tempestes et pestilences par mer et par terre , mortalitéz et mauvaises fortunes vous suivent partout où vous alez.

Vueilliez congnoistre et bien considérer les signes que Dieu vous monstre pour vous adviser; n’aiez pas le cuer si rude ne si obstiné comme ot Pharaon , et vous vueilliez recorder de Luciabel. Humiliez-vous, et Dieu vous essaucera, et vueilliez bien considérer comment Jhésucrist nostre Rédempteur s’umilia, qui volt recevoir mort pour nous donner vie , paix en terre et gloire

DE SALMON. i35

en Paradis; et sans recevoir mort ne martire , et à très grant honneur et loenge pour vous, à Dieu et au monde, vous nous povez donner paix en terre , et attrll)uer gloire à Dieu par mettre union en l’Eglise. Se vous amez et doubtez Dieu , et vous voulez bien considérer les paroles que dist le saige en Ecclésiastes, en Sapience et en Ecelésiasticus, vous ne désireriez pas tant la vaine gloire de ce monde que vous faites, qui par la convoitise d’une couronne mortele très sumptueusc et très dolereuse que vous avez et désirez avoir sur vostre teste , l’Eglise de Dieu est di^sée et toute chrétienté troublée, et par l’oster de vostre teste et mettre à vos piez, l’Eglise de Dieu sera unie et toute clirétienté en paix; parquoy vous pourrez acquérir triomphe et couronne perpétuele en Paradis, comme ont fait aucuns sains voz prédécesseurs en cas semblable ; et pour recevoir et acquérir ce triomphe et celle joieuse couronne perpétuelle, vueilliez vous recorder de la grant amour et parfaicte dilection que Jbésucrist monstra à ses disciples après sa glorieuse Résurrection , lesquelz avoient esté en grant perplécité et tous deviséz pour sa Passion , et depuis se trouvèrent ensamble tous en un lieu , en grant timeur, quant Jbésucrist s’apparu en leur congrégacion ou milieu d’eulx en disant: Pax vobis , etc. Pour l’amour de Jbésucrist, et pour monstrer la bonne voulenté ([ue vous dites avoir de mettre paix en l’Eglise de Dieu, et afin qne, par vous, l’union de l’Eglise ne soit empesebée ou retardée , vueilliez par vostre humilité ouvrir voz oreilles pour oyr les voix des disciples (!(' Jbésucrist , qui vous appellent en grant j)ei pléeité

LAMENTATIONS ET ÉPITRES où ilz sont et ont esté tous divisez par le doulereux scisme qui, grant espace de temps, a esté en saincte Eglise, et encore est à présent par deux hommes mortelz dont vous avez esté l’un (Dieu vueille que vous ne le soiez plus), lesquelz disciples de Jhésucrist sont aujourduy assambléz en une congrégacion , pour requérir et demander à Dieu paix et union. Se vous estes vicaire de Jhésucrist, faites les euvres de Jhésucrist , et amez ce que Jhésucrist aime, et donnez paix à ceulx qui la vous demandent. Et pour garder et unier les oailles de Jhésucrist, comme hon pasteur, vueilliez vous démonstrer personelement en l’assamblée et en la congrégacion des disciples de Jhésucrist, et ou nom de Jhésucrist leur donnez paix. Et en ce faisant , vous aurez paix en terre et gloire en Paradis, pour laquelle gloire desservir et avoir , je prie au Saint-Esperit qu’il vous vueille inspirer de sa grâce, tant pour le salut de vostre âme, comme du pueple chrestien.

CjJ- ûprfj 0Vn0«tt)ntt IfS iietets Idtas fecriptrs

au Uag par dalmon.

Très hault , très excellent et très puissant prince , mon très redoubté et souverain seigneur, je me recommande à vostre excellence tant humblement comme je puis, priant le Roy des Roys tout puissant qu’il vueille enluminer vostre entendement et vous donner grâce de gouverner vostre royaume en bonne prospérité de vostre personne et au salut de vostre ame.

DE SALMON. 137

Très hault , très excellent et très puissant prince , mon très redoubté et souverain seigneur, pour le bien de vous et de vostre royaume, j’ay escript certaines lettres que je vous ay envoiées depuis le premier jour de novembre derrenièrement passé, lesquelles faisoient mencion des merveilleuses fortunes, persécucions et punicions divines avenues sur aucuns princes , et de celles qui pourroient venir sur vous, laquelle chose Dieu ne vueille; et pource, très excellent et très puissant prince , que je double et me samble que vous n’avez pas bien entendu le contenu en mesdictes lettres , j’ay escript celle épistre , laquelle je envoie à vostre excellence, non pas pour tant que je me réputé digne de vous conseillier ne d’aucune chose savoir devant les saiges hommes de vostre maison , mais pour trois causes qui m’ont meu et me meuvent à ce faire.

La première cause est pource qu’il m’est enjoint de par cellui qui m’envoie à vous pour vostre salut à le faire ainsy, non pas à le vous escrire, mais à le vous dire de bouche, pour vous monstrer et faire congnoistre le grant dangier et péril en quoy vous estes; car se Dieu, par sa miséricorde, ne vous fait grâce et vous n’y mettez remède , vous aurez moult à souffrir en corps et en ame.

La seconde cause est pour vous adviser que vous ne vueilliez pas vous glorifier en la gloire vaine de ce monde , ne mettre vostre affection ne vostre ci'éance toute en la puissance ne en la sapience des hommes, car vous seriez deceu , mais la vueilliez mettre eu Dieu ,

i38 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

qui volt et scet voz euvees, et par quelle graee vous

avez receu dignité royal et estes nommé Roy.

La tierce cause et la principal est pour vous monstrer et faire congnoistre comment Dieu fait et démonstre ses grâces et ses vertus en ceulx qui ont en lui parfaicte fiance et qui deuement le requièrent.

Ti ’ès hault , très excellent et très puissant prince , mon très redoubté et souverain seigneur, se les princes dont en mesdictes lettres est faicte mencion eussent bien amé , doublé et acompli les commandemens de Dieu , et que ilz eussent eu parfaicte fiance en Dieu , ilz n’eussent pas esté punis ne persécutéz si honteusement comme ilz ont [esté]; et en y a d’aucuns mors que se ilz m’eussent voulu escouter et croire ma parole , ilz se fussent bien gardéz de la honte qu’ilz ont receue, et qu’il soit vray, quant vostre bon plaisir sera, je vous monstreray telz ensalgnes que vous appercevrez bien qu’il est ainsy.

Très hault, très excellent et très puissant prince, mon très redoubté et souverain seigneur, pour vostre salut, vLieilliez vous recorder des paroles que je vous ay dictes, et bien considérer le contenu ès lettres que je vous ay escriptes touchans et regardans vostre noble personne, lesquelles choses je n’ay pas faites sans juste cause. Très excellent prince, pour vostre bien il n’est pas besoing que je vous escrive plus de ceste matière , mais il est neccessité pour vostre salut et pour le bien de vostre royaume que je parle à vous bien brief. Et pource que vous me pourriez demander que ma parole vous pourroit prouffiter, très excellent prince, je vous res-

DE SALMON

pons comme autrefois ay fait, que je suis vostre petit disciple Salmon par vous ainsy nommé de la voulenté et grâce de Dieu, qui suis à vous envoiéz pour vostre salut; pourquoy, très excellent prince, je vous ad vise que quant vous voldrez adjouster foy en ma parole et prendre en gré si petit service que je vous sauray faire, je vous certiffie que, par la grâce de Dieu, vous vous trouverez bien disposé en corps et en ame, parquoy vous demourrez Roy régnant et gouvernant vostre royaume en grant prospérité, et habondera et multcpliera vostre maison et vostre royaume en biens, en honneurs et en bonne renommée durant le temps de vostre règne; pour laquelle cause, très excellent prince, j’ay grant désir d’estre devers vous ; mais je doubte deux choses : l’une est trespasser le commandement de Dieu en une partie, l’autre est d’encourir une coustume qui est en vostre royaume ; et sans encourir ces deux choses, je ne puis aler devers vous se vous ne me faites une grâce et donnez un don tel que je vous demanderay ci-aprèz. ‘

Très excellent prince, je doubte trespasser le commandement de Dieu, en tant comme il deffent à tous crestiens et vrais catholiques qu’ilz ne facent ou com-

' Le serviteur du roi Cluirles A I se montre très habile dans l’art des précautions oratoires, et son dévouement est des plus logiques. Ce n’est pas une des moindres misères de la condition des princes, de n’avoir guèie all'aire qu’à de sciuhlables praticiens en dévouement , d’autant plus dangereux qu’ils alTectcnt plus de zèle et de loyauté pour leur service.

i4o LAMENTATIONS ET ÉPITRES

mettent homicide, et qui passe ce commandement, il pèche mortelment et est dampnéz, se Dieu ne lui fait grâce ; et selon la loy et coustume de vostre royaume , cellui qui fait homicide de soy-niesmes ou d’autre personne est puny publiquement ; et pour ces deux choses je ne vueil pas estre cause d’omicide de moy ne d’autre.

Très excellent prince, je le dis pour tant que quant il plaira à Dieu et à vous que je soie devant vostre majesté, mon entencion est vous dire vérité, et puet estre qu’il ne plaira mie à ceulx qui ne sont pas bien loyaulx envers vous, lesquelz porront considérer que se vous aviez vraie congnoissance de vostre estât , que ce seroit leur confusion ; et pour ceste cause pourroient iceulx moy blasmer envers vous et mettre en vostre indignacion , et par voies obliques et couvertes pourchacier mon dommage ou ma mort ainsy comme autrefois ont fait, afin que je n’eusse audience devant vostre magesté ; et par ce je seroie homicide demoy-mesmes , pour moy mettre ès mains' et en la puissance de mes ennemis mortelz ; et pour vous monstrer ma raison estre vraie , et que j’ay cause de faire celle doubte , je vous vueil raconter deux expériences faites en ma personne par aucuns d’iceulx , dont la première s’ensuit.

Très hault, très excellent et très puissant prince, mon très redoubté et souverain seigneur , il y a x ans ou environ que d’Angleterre, où je estoie aléz devers le Roy et madame la Royne vostre fille, je me trais ès parties de Hollande pour aucunes causes, et de là j’en-

DE SALMON. 14

volay un message par- devers vous atout unes lettres pour la cause pourquoy je vous escrls à présent, et par icellui message me feistes response par vos très .gracieuses lettres signées de vostre main , lesquelles j’ay encore, en moy mandant que tantost icelles veues , je me traysse par -devers vous pour savoir plus à plain la cause pourquoy je vous avoie escript.

Très excellent prince, pour vous obéyr et acomplir vostre commandement, je me trais à Paris le plus tost que je peuz ; et tantost que je fus arrivéz , par l’ordonnance et pourclias d’aucunes personnes qui disoient veoir un festu en mon œil et ilz n’appercevoient pas un glaive qui estoit et encore est devant les leurs, je fus mis en prison, en laquelle je fus en grant dangier et euz assez à souffrir, et par la grâce de Dieu j’en partis à mon honneur et à la charge et déshonneur de ceulx qui m’y firent mettre.

Très excellent prince, la seconde expérience faicte en ma personne fu la veille de la Pentliecouste derrenièrement passée , que j’estoie venus nouvellement et liastlvement devers vous des parties d’Ytalie et de Lomhardie , pour vous parler de la matière pourquoy je vous cscris .à présent , qu’il s’adreca à moy un message ainsy comme^j’entroie en l’église pour oyr messe, et en vérité de Dieu je tiens mieulx que ce fust un des messages d’enfer que d’autre lieu , lequel me dist que je alasse parler à ses maistres, et pour double d’inconvénient je fus obéissant et m’en alay avecques lui ; mais je ne retournay pas, car je demouray prisonnier en vostre palaiz ; et de là, pource (jue vous y deviez venir ce

jour, je fus menez en vostre chastel du Louvre afin que je ne peusse parler à vous; et là fus tenus bien estroiteinent et à grant dangier, non obstant que par pluseurs fois je requeisse que on me feist raison et justice, et se j’avoie mespris, que je fusse puny ; mais en ce je ne povoie estre oy; et demouray en ce point jusques à tant que mes plaintes et mes clameurs furent oyes de Dieu et de vous, et tantost aprèz vous pleust mander et commander que on me feist raison et justice; et lors mon procès fu fait, lequel par vostre commandement fu monstre à monseigneur le cbancelier et auxpreudes hommes de vostre conseil, lesquelz, après ce qu’ils l’orent veu, respondirent que ce n’estoit pas bien fait de moy avoir donné tel empeschement , et que c’estoit sans cause.

Et de ce le prévost de Paris vous fist relacion , auquel vous commandastes qu’il me menast devers vous, mais les très mal adviséz et pleins d’iniquitéz qui me tenoient en prison y mistrent empeschement en disant que vous ne me poviez délivrer ; et lors , très excellent prince, monstrastes bien que vous aviez assez plus grant puissance, car tantost aprèz vous feistes à aucuns d’iceulx, ainsy comme Dieu fist à Luciabel, pource qu’ilz se vouloient essaucier par-dessus vous, vous les humiliastes en leur estant la puissance que donnée leur aviez.

Et lors, très excellent prince, me fu la voie de justice ouverte, par laquelle je me partis de prison à mon honneur et à la honte et charge de ceulx qui m’y avoient fait mettre, la mercy Dieu et vous.

DE SALMON. i43

Très excellent prince, etc., depuis qu’il a pieu à vostre magesté royal moy appeller en son service, j’ay eu moult à souffrir pour vous estre loyal ; mais j’ay tout pris en pacience parce que j’ay eu en moy deux considéracions , teles comme je vous diray, lesquelles j’ay expérimentées , dont j’ay trouvé l’une vraie et l’autre non.

La première considéracion que j’ay eue, est que j’av mis ma foy et mon espérance en Dieu et en ses vertus plus ([ue en la puissance ne en la sapience des hommes. La seconde considéracion que j’ay eue, est que j’ay mis mou temps et mon estude à vous servir cordialement , vous estre loyal et dire vérité, et me suis voulentiers et toustemps occupé en besongnes honnourables et prouffitables pour vous, ainsy qu’il m’estoit enjoint à le faire, désirant vostre salut de corps et d’ame, attendant estre bonnouré et bien venu en vostre maison pour ceste cause; mais j’ay trouvé tout le contraire, car par envie la malice des hommes, que aucunes simples gens appellent sens en ce monde, m’a eslongnié de vous, et rendu tel guerredon que cy-devant povez veoir. Et la. vertu, grâce et miséricorde de Dieu, en qui j’ay ma fiance, m’a gardé de leur mauvaise volenté et mis hors de leurs mains.

Pourquoy, très excellent prince, mon très redoubté et souverain seigneur, se vostre voulenté et plaisir est que je retourne par-devers vous, je vous supplie qu’il vous plaise de vostre grâce , auctorité et puissance royal, moy ottroier et donner la grâce et le don dont cy-devant est faicte mencion, c’estassavoir vos lettres

i44 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

en las de soie et cire vert contenans deux articles qui

cy-aprèz s’ensuivent.

Très excellent prince , que par vosdictes lettres il vous plaise inoy mettre et tenir en vostre protection et sauvegarde, et .d’abondant de vostre auctorité et puissance royal , deffendre à tous par icelles voz lettres que nulz n’enfraigne, sur peine d’encourir vostre indignacion et d’estre réputé pour desloial envers vous, en évocant et commettant aussy par icelles toutes mes causes meues et à mouvoir, tant en demandant comme en défendant, en vostre court souveraine de parlement ', en mandant aux présidens par vosdictes lettres qu’ilz en congnoissent; en moy exemptant aussy par icelles de toutes autres juridicions et de tous commissaires ordonnéz et à ordonner; lesquelz articles et requestes dessusdictes, très excellent prince, il vous plaise moy ottroier par vosdictes lettres ainsy que dit est, afin que je puisse seurement aler et demeurer devers vous , et résister aux malices et mauvaises voulentéz des mauvais, et à toutes abusions et empescliemens qui , en vostre nom et soubz ombre de justice , me pourroient estre fais ou pourchaciéz ainsy comme autre foiz ont esté. Et je vous certifie , très excellent prince , que , par la grâce de Dieu, je vous bailleray homme par la main ’ et en vostre

' Ce n’est pas sans motif que Salnion demande que toutes ses causes mues et à mouvoir soient évoquées au parlement. Ce corps étoit alors tout dévoué aux intérêts du duc de Bourgogne.

'' Service pour service : lorsque Salmon demande une grâce au Roi, il a toujours de la monnoie prête pour lui forcer la main.

DE SALMON. i45

puissance, qui vous fera service si lionnourable et si prouffîtable , que vous et tous ceulx qui aiment vostrc honneur en seront bien contens, et qu’il en sera mémoire tant comme vostre royaume durera.

Et, pour avoir vosdictes lettres, je envoie ce message par-devers vous, par lequel il vous plaise les moy envoier contenans ce que dit est, et moy mander et commander vos bons plaisirs comme à vostre petit disciple, qui tousjours les acomplira de son povoir.

Très hault, très noble et très puissant prince, mon très redoubté et souverain seigneur, je prie le benoit Saint-Esperit qu’il vous vueille enluminer de sa grâce et vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

Escript en Avignon, le xvj' jour de may.

« Mais quel est cet homme que Salmon baillera au Roi par la main ? « Est-ce lui-même ? est-ce le duc de Bourgogne ? est-ce quelque « subalterne, instrument obscur de leurs intrigues? Quoi qu’il en « soit, Salmon envoya une copie de sa lettre au duc de Bourgogne, « ce qui confirme notre interprétation que, dans le style de Sal- « mon, les hommes dévoués au Roi sont les ennemis de ce duc, et « tous ceux qu’il vouloit perdre. » ( Notice du Livre de Pierre Salmon, par Lévesque.)

€})-rtî)rfî sVn0uit unes lettre© eseriptes et enroie'e© à motiôeiigneur le Ime î>e 0our0ongne, aueeques ta fcppie ^e6 lettres î>u ïioj), î>ont eÿ-î>epant est faiete ineneion.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, je me recommande à vostre très noble et très puissant seigneurie , tant humblement que je puis , comme vostre très obéissant , qui , par certains temps, a attendu savoir vos bons plaisirs, ainsy que escript et mandé lui aviez ; lequel n’a eu aucunes nouvelles du Roy ne de vous. Pourquoy, mon très redoubté seigneur, j’ay escript unes lettres que je envoie au Roy, dont je vous envoie la coppie, en vous suppliant que, aprèz ce qu’il vous aura pieu veoir le contenu en icelles, il vous plaise moy faire avoir et envoier par ce message les lettres que je requiers au Roy avecques les vostres , par lesquelles vous me promettez tenir ma personne en bonne seurté; et je vous certiffie, mon très redoubté seigneur, que moy avoir receu lesdictes lettres du Roy et les vostres, je me trairay par-devers le Roy pour lui faire service, au plaisir de Dieu, de quoy vous serez bien content, et qu’il en sera mémoire à tousjours. Et de ceste matière vous parleray plus largement quant il plaira à Dieu et à vous que je soie en vostre présence.

Très noble et très puissant prince et mon très re-

DE SALMON. i4t

doublé seigneur, je prie au Saint -Esperit qu’il vous doint bonne vie et longue, et Paradis en la fin.

Escript en Avignon , le xvj*’ de may.

Vostre très humble et obéissant serviteur,

Salmon.

Cjj-aprrj s’ensuit le conlcnu rn unes Ifttrrs cnuoicfs par tnonsrijgnrur le î>uf îtr Cour^an^nc à Sûlmon,

De par le duc de Bourgongue , conte de Flandres, d'Artois et de Bourgongne.

Très chier et bien amé , nous avons receii vos lettres, veu le contenu en icelles, et avons apperceu et appercevons que vous avez très entière et bonne affection et voulenté au bien et honneur de monseigneur le Roy et à sa sancté, et à nous pareillement, dont nous avons esté et sommes très joieux et bien contens , plus que de chose qui nous peust avenir, pour la bonne espérance que nous avons de la sancté de mondit seigneur; et pource que briefment puist estre acompli nostre désir et le vostre, nous vous envolons nostre amé et féal chevalier, chambellan et maistre de nostre hostel , messire Phillibert de Saint- Ligier, lequel vous parlera et déclairera bien au long nostre entente et voulenté. Si le vueilliez croire de ce que par nous vous dira, et vousiy prions trèsacertes, pour le bien de la besongne que vous \ savez, que vous vueilliez vous transporter, vous et vostre compaignée, avec nostrodit chevalier, en nostre

i48 LAMENÏATIOr^S ET ÉPURES

conté de Bourgongne, là où il vous menra et conduira, afin que vous puissiez seurement et franchement besongnicr en la besongne que vous savez, sans avoir empescbement ou destourbier aucun par quelque personne que ce soit ou puisse estre. Et ne soiez en doubte de quelque chose que ce soit, car nous vous tendrons bien et aise et seurement, si que nulz ne vous pourra grever. Et au plaisir de Dieu nostre Seigneur, la besongne aura telle et si bonne conclusion, que nous y aurons honneur, et vous et vos compaignons aurez honneur; et si en serez tclement et si grandement récompensez, que vous en serez les plus grans seigneurs en honneur et en prouffit qui oneques fussent en vostre lignage Et si vous promettons faire et faire faire, tant par monseigneur le Roy comme par nous , que vous sarez ou oserez demander, et avecques ce aidier, amer, conforter, soustenir et deffendre contre tous ceulx qui vous vouldroient grever ou nuire. Si ne vueilliez à ceste besongne plus tarder, mais bastivement venez en nostredicte conté avecques nostredit chevalier, lequel vous baillera telle place que vous vouldrez demander, et vous fera administrer, baillier et délivrer tout ce qui vous sera nec- -cessaire et plaisant, tant pour la besongne que vous savez comme autrement.

' Il falloit que Salmon eût pris de grands engagemens envers le duc de Bourgogne, qui travailloit toujours dans ses propres intérêts en se servant du nom du Roi, pour obtenir de telles promesses. 11 est vrai qu’avec cette modification qui oneques fussent en vostre lignage, le duc ne s’engagent peut-être pas à élever Salmon bien haut , lui et ses compaignons.

DE SALMON. i4<)

Chier et bien amé, nostre Seigneur soit garde de vous, et vous doint telement et si bien besongnier que nous et vous le désirons au bien , honneur, prouffit et sancté de monseigneur le Roy.

Escript à Soissons le xxiij® jour d’avril, ainsy signé,

OsTENDE.

€^-apv(j s’ensuit la rfgponee d r^ecrtpcton Jôalman Î>f0 ktttfs fj]-î)fS5us ^scriptfs, à lui rupoiffs par monsfignrur U ÎJur îrr ^pur^ongitr.

Très nol)le et très puissant prince et mon très rcdoubté seigneur, je me recommande à vostrc très noble et très puissant seignourie tant que je puis de tout mon cuer; et vous plaise savoir, mon très redoublé seigneur, que j’ay receu voz lettres par messire Philibert de Saintliigier, chevalier, vostre chambellan et maistre de vostre bostel , escriptes à Soissons le xxiij® jour d’avril; desquelles lettres j’ay veu le contenu, et aprèz oy la créance et ce qu’il vous a pieu moy mander et faire savoir par vostre chambellan.

Très noble et très puissant prince, et mon très redoubté seigneur, comme vostre petit et très obéissant serviteur, je vous remercie très humblement et non pas comme je y suis tenus, mais de mon petit povoir, des biens et honneurs qu’il vous a pieu moy offrir et présenter tant par vozdictes lettres comme par vostredit chambellan , lequel, aprèz pluseurs paroles qu’il m’a dictes de par vous, m’a requis, pour vostre granl plaisir,

i5o LAMENTATIONS ET ÉPITRES

que je me volsisse traire en voz pays de Bourgongne, et là me bailleroit de par vous, en ville ou en chastel, telle place que bon me sambleroit , et avecques ce me administreroit tout ce que besoing seroit pour besongnier oudit fait du Roy.

Mon très redoubté seigneur, je lui ay respondu que pour le fait du Roy, pourquoy je vous ay escript, il n’est jà besoing que je voise ailleurs que devers le Roy et devers vous , car la besoingne est toute faicte , et ne fault que la bien excécuter. Et si est si bonne et si honnourable que je n’aroie point de honte d’en parler devant tous preudes hommes. Et aprèz, mon très redoubté seigneur, m’a requis deux choses : l’une est que je lui volsisse ouvrir la matière pour vous rapporter, ou que je alasse devers vous pour l’excécuter.

Mon très redoubté seigneur, quanta ce point, j’ay respondu que la matière je ne ouvreray point, se ce n’est à la personne du Roy , ou là où il le m’a ordonné , car je ne le puis foire autrement, et pour cause.

?Æon très redoubté seigneur, quant au second point, j’ay respondu que je ne puis aler devers le Roy ne devers vous jusques à ce que j’aie lettres du Roy et de vous telles et pour les causes que vous dira vostredit chambellan , et que aussy pourrez bien veoir par certaines lettres que j’escris au Roy et à vous , lesquelles lettres du Roy je vous envoie pour les lui envoier et faire avoir, et par la coppie d’icelles que je vous envoie et par vosdictes lettres vous pourrez veoir les requestes (}ue je faiz au Roy et à vous, et les lettres qui me sont ncccessaires, et tantost que j’auray receu lesdictes lettres

DE SALMON

du Roy avecques les vostres, ainsy comme dit est, je suis tout prest pour aler devers le Roy et devers vous pour faire au Roy tel service et à vous tel plaisir comme autrefois vous ay escript, et que plus h plain pourrez savoir par vostredit chambellan, lequel vous vueilliez croire de ce qu’il vous dira de par moy.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubtc seigneur, je prie le benoit Saint-Esperit qu’il vous doint bonne vie et longue, et acomplissement de vos bons désirs.

Escript en Avignon le xvj® jour de may.

Vostre très humble et obéissant

serviteur,

€y-ûprfj sVnsuit le contenu en unes lettres cnooiées par monseigneur le îrue île ^our^on^ne à t^almon.

De par le duc de Bourgongne , conte de Flandres ^ d’Artojs et de Bourgongne.

Cbier et bien amé, nous avons veu et oy ce que mandé nous avez et fait savoir par nostre chevalier maistred’ostel et chambellan messirePbillibert de Saint- Ligier, dont nous avons esté et sommes très liéz et très joieux des choses que de par vous nous a dictes et rapportées ; car nous espérons fermement que , à l’aide de nostre Seigneur, par vous, vostre bon conseil et aide, nous verrons briefment la chose que j)lus nous désirons en ce monde , ainsy que droit et raison est ; et ne voul-

i52 lamentations et épitres

drions pour ce bien et pour celle joye veoir or, argent ne chevance quelconque, tant soit grande. Et de ceste matière avons parlé à monseigneur le Roy, lequel en a esté liéz et joieux , et avons de lui charge de la besongne conduire et mener à fin. Et a ottroié les lettres teles que vous demandez, lesquelles nous ferons seeller et bien garder pour les vous envoier.

Et combien que nous aions très grant désir que vous soiez pardeçà et de la besongne que vous savez y conduire et mettre à fin, toutesfoiz n’avons-nous peu, ne ne povons de présent, vous délivrer et faire délivrer ce que est de neccessité et que nostredit chambellan nous a dit, pour les très grans affaires et occupacions que monseigneur le Roy a eu affaire et nous pareillement. Et pour ce vous envolons présentement nostre chevaucheur porteur de cestes, et vous prions et requérons très acertes, et sur toute l’amour, plaisir et service que faire désirez à monseigneur le Roy et à nous , que vous ne vous partez du lieu où vous estes jusques à ce que vous orrez nouvelles de nous; car bien briefment nous envoierons par-devers vous qui vous portera les lettres que avez demandées de monseigneur le Roy, qui vous menra et conduira seurement et sauvement, et vous gectera et délivrera honnourablement et à vostre plaisir du lieu là où vous estes. Et ne prenez pas desplaisir d’un pou de temps attendre. Veuilliez tousjours entendre, labourer et besongnier pour l’acomplissement de la besongne que tant désirons; et vous tenez seur et certain que par la besongne acomplir comme nous espérons, vous vous trouverez le plus honnouré, le plus riche et le plus puissant

DE SALMON

que oncques fust en vostre lignage puis que le monde fu créé, et ne vous fauldrons de riens ne que à nostre propre filz de Charroloiz. ‘

Cliier et bien amé, nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Paris le xxiij® jour de juing.

Ainsy signé, Jehan. Et du secrétaire, Lombavt.

s’ensuit la responsr reecrtpdon î>^ ôalmon î>rs Ifttr^ô rp-î>fS0«0 fscriptfs, à lut fnuoictrg par moueri^nntr U î>uf î>r 00ur0on;ônr.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, comme il ait pieu à vostre très noble et très puissant seignourie, par très grant humilité, moy par pluseurs fois escrire et envoier voz très doulces et amiables lettres, les derrenières escriptes à Paris le xxiiij® jour du moys de juing derrenièrement passé, desquelles j’ay veu le contenu , et bien apperceu le très grant désir et la bonne voulenté que vous avez du bien et bon estât du Roy nostre seigneur et de son royaume, combien que paravant je en estoie assez acertenéz, et avccquesce, mon très redoubté seigneur, ay entendu par vozdictes lettres que à si très petite personne et indigne que je suis vous attribuez science et vertu, disant et espérant que par si petit conseil et aide comme

■ Le duc de Bourgogne avoit acheté en iSgo, des comtes d’Armagnac , moyeunant cinquante mille francs d’or , le comté de Charolois, qui a depuis servi de titre aux fds aînés des ducs de Bourgogne.

i54 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

de ma povre personne, veoir l’acomplissement de vos

désirs.

Et pour ce, par vostre bénignité, me présentez des biens de ce monde et des honneurs sans nombre. Pourquoy, nonobstant que de toutes pars je me congnoisse Indigne et non souffisant à povolr ne savoir remercier selon devoir vostre très noble et très puissant seignourie, qui, par sa vraie prudence, a daignié escouter et congnoistre moy si petite créature et offrir tant de biens , toutesfoiz toutes grâces et mercis à moy possibles à Icelle vostre très puissant seignourie rens très humblement de tout mon cuer, priant dévotement le Créateur des créatures tout puissant qu’il vuellle par sa pitié tant d’umilité recongnoistre envers vostre très noble, humble et bénigne personne et très puissant seignourie , moy donner grâce que je le puisse comme je y suis tenus desservir.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, ne vuellliez pas croire ne penser que par vertu ne science de créature humaine , sans la grâce de Dieu , vous puissiez veoir le bien que vous désirez veoir en la personne du Roy. Mais je vous vueil bien dire et certiffier que se vous voulez, par la grâce et vertu de Dieu tout puissant, par quel vertu et grâce vous avez esté sauvéz et gardéz de mort ès mains des infidelz * , et par quel grâce vous avez eu puissance et

' Le duc de Bourgogne, n’étant encore que comte de Nevers, avoit été fait prisonnier des Turcs à la bataille de Nicopolis. Salmon fait allusion au fait qui sauva le comte, lozsque déjà Bajazet avoit

DE SALMON

victoire sur vos ennemis, vous verrez une partie de ce que vous désirez veoir touchant le bien du Roy, se à vous ne tient. Et quant il plaira à Dieu et à vous que je soie en vostre présence , je vous diray de bouche ce que je ne vous vueil escrire. Mais, pour acomplir vostre commandement, je demeure par-deçà tant qu’il plaira à Dieu et à vous que je soie devers vous.

Très noble et très puissant prince et mon très redoubté seigneur , je prie au Saint-Esperit qu’il vous vueille enluminer de sa grâce et vous doint bonne vie et longue, et acomplissement de vos bons désirs.

Escript en Avignon , le xv® jour de juillet.

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Sai.mon.

prononcé son arrêt de mort. Il est probable qu’on y a ajouté la circonstance miraculeuse rapportée comme il suit par quelques historiens. Un vieux dervis qui étoit près du sultan le pria de surseoir à l’exécution du prince. « Que ta Hautesse, dit-il, se donne bien de garde de faire mourir ce jeune chrétien, non parce qu’il est parent du roi de France ; que sont tous les Rois de la terre devant toi ? mais depuis que je suis au pied de ton trône, je n’ai pas cessé d’examiner attentivement tous les traits et les ligamens de son visage; et toutes les règles de la science que j’étudie depuis si long-temps sont fausses et illusoires, ou il fera mourir plus de chrétiens que ton cimeterre n’en pourra jamais exterminer. Donne -lui la vie, et laisse aux Giaours cette .semence de meurtres et de sang. Le Prophète m’inspire ; crois que tu ne peux lui rendre un plus grand service. « La prédiction du dervis ne fut pas en défaut, mais aucun auteur contemporain n’en a parlé, et elle peut bien être mise au nombre de tant d’autres faites après l’événement.

Comment Salmon oe party Î>’:3lin0non pour oler o |Juse îrenero nostre eoint père le pope ;7llirûnî>re le Ctuint.

Aprèz ce que par mes lettres j’euz fait response à monseigneur le duc de Bourgongne des lettres qu’il m’avoit envoiées ou moys de juillet , escriptes à Paris ou moys de juing mil cccc et ix , par le conseil et advis que Dieu me donna pour le bien du Roy , dont j’estoie moult désirant, et aussy pour acomplir les promesses que j’avoie faictes au Roy et à mondit seigneur, je me partis au moys d’aoust ensuiant de la cité d’Avignon , et de là alay en la cité de Pise, où le pape estoit nouvellement créé , pour deux causes qui à ce me meurent.

La première cause pour supplier et requérir au pape qu’il lui pleust à avoir le Roy nostre seigneur pour recommandé en ses prières, en lui impartissant aucunes de ses grâces par le moien desquelles Dieu porroit délivrer nostre seigneur le Roy des périlz et tribulacions en quoy il estoit ; car maintesfoiz est avenu que par les prières et par la grant contriction des princes, et par espécial des sains Pères, et par les mérites et prières des sainctes et bonnes personnes , Dieu a démonstré ses grâces et ses vertus en maintes manières et en cas samblable.

La seconde cause pourquoy je estoie aléz à Pyse estoit pource que en ces parties-là avoit un homme très souffisant et très expert, lequel se faisoit fort de guérir le Roy nostre seigneur et le restituer en bonne sancté ,

DE SALMON

et sans faire aucune double, si comme j’avoie esté de ce informé par gens dignes de foy.

Cmntttfnt $almon arriva à et rommfnt il parla à noôtrc saint pire If pape, rn lui faisant rntaincs rrqufstfs rp-aprr? brrlairfrs, taurl)an6 la personne î)u Hop nostre seigneur et le bien be son ropaume.

Quant à la première cause, vray est que assez tost après que je fus arrivéz en la cité de Pyse, je me trais devers le pape, auquel, de sa grâce et par le moyen du chambellan , je parlay par pluseurs foiz, et pource que tous biens viennent principalment de Dieu et de sa grâce, entre les autres choses, je lui suppliay qu’il volsist le Hoy nostre seigneur avoir pour recommandé en ses prières, à celle fin que Dieu lui envoiast sancté en corps et en âme, en lui faisant certaines requestes pour le bien du Roy, qui cy-aprèz s’ensuient. Lequel très amiablement et piteusement me respondy que c’estoit son entenclon de pourveoir au bien et bon estât du Roy, de sa puissance, en priant Dieu pour lui, et mesmement en induisant les ebrestiens, et singulièrement ceulx de son royaume, à prier Dieu pour lui, afin que Dieu le volsist visiter par sa grâce; et oultre plus, dist que desjà il avoit ordonné aucunes grâces esperitueles pour sa personne et pour son pueple , à ceste fin que Dieu volsist le Roy nostre seigneur en pitié regarder. Et aprèz dist que, oultre ce qu’il avoit ordonné, il vouloit bien que le Roy et les siens advisassent toutes les manières prouffitablcs à son âme et à son corps, et il estoit

i58 LAMENTATIONS ET ÉPITRES

prest de faire tout ce que on lui voldroit en ce cas demander. Mais pource que aucuns pourroient demander par quelle manière le pape vouloit procéder en ceste matière, je vous vueil recorder l’ordonnance esperiluelle lors faicte et ordonnée par lui, en ma présence, pour le salut du Roy et de son royaume.

s’ensuit les ortonnances espcritucUcs que le pape tt svîrannées pour la saueté îiu

Premièrement, pour encliner le pueple à Dieu prier pour la sancté du Roy , nostre saint père le pape Alixandre a fait une anthène (antienne) et une oroison , et a ottroié vij ans et vij quarantaines de vray pardon à tous ceulx qui, dévotement et à genoulx, diront ladicte anthène et oroison pour la personne du Roy; et ceulx qui ne scevent lire aront pareil pardon, maiz qu’ilz dient cinq foiz la Pater nostre et sept foiz XAve Maj'ia, et tout pour la sancté du Roy; de laquelle anthène et oroison la teneur s’ensuit :

Antiphona. magnipotensque Deus, regem Karolum visita , suhlimi tua gracia, Alexandri nunc precibus ac liliorum floribus illapsum tuuin applica, iiti olim prioribus.

Versus. Domine , salviun Jac Regem. Resp. Et exaudi nos in die qua invocaverimus te. — Oremus.

Oracio. Deus, qui magnipotenciam tuam magnis fréquenter manifestas , te suppliciter exoramus ut famulum tuum Karolum regem, quem beato Vrbano quinto nasciturum Rome revelasti , fovere digneris ,

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atque Alexandri quinti quem Ecclesie tue pastorein solarem magnipotenter suscitasti, piis precibus ab ingruentibus sibi noxiis per misericordie viscera Chrisli Jhesu Jîlii tui jubeas expiari, qui tecuin vivit et régnât in unitate , etc.

Comment nostre saint pere U pape :3ll{ranîirf a cr- ^anné en une église ou rl)appelle, telle que le Hou uoulîtra orîJonner, ou îie uouoel fouÎJer, ploin parîrou 0 Itt requesle îie 0olmon.

Item, nostre saint père le pape Alixandre a ottroié à ma requeste, en une église ou cliappelle, telle que le Roy vouldra ordonner à Paris, ou de nouvel fonder, tel pardon comme il a donné à son coui’onnement à ceulx qui estoient présens; c’estassavoir plain pardon de peine et de coulpe en la vie et en l’article de la mort.

Et vuelt le pape que tous ceulx qui confès et repentans visiteront ladicte église ou chappelle ordonnée par le Roy, ou nom de Nostre-Dame, le jour de l’Assompcion prochainement venant, aprèz le lieu ordonné, et mesmes par les octaves, en priant Dieu pour le Roy, aient plain pardon de peine et de coulpe, non pas seulement en la vie, mais en l’article de la mort aussy.

üultre plus, le pape a ottroié que tous ceulx qui dévotement visiteront ladicte église ou chappelle, ainsy que dit est, le jour de l’Assompsion Nostre-Dame venant, au mercredy et ès octaves, en disant la devant dicte anthène et oroison, aient pareil pardon; et ce le pape

i6o LAMENTATIONS ET ÉPITRES

otti’oie à tousjoursmais, pour le bien du Roy et de sou royaume, et en mémoire de l’union qui fu faicte au jour de mercredy; et oultre plus ès autres années, c’estassavoir quant l’Assompcion n’escherra point en mercredy, le pape a ottroié plain pardon en l’article de la mort à tous ceulx qui dévotement visiteront ladicte église ou chappelle, par ainsy que dit est, au jour de l’Assompoion et ès octaves, à tousjoursmais; et ès autres festes de Nostre-Dame, c’estassavoir l’Anonciacion , Purification , Nativité et Conception , à tous ceulx qui samblablement visiteront ladicte église ou chappelle, ainsy que dit est, le pape a ottroié plain pardon en l’article de la mort, en ces quatre festes, jusques à vij ans.

Item, nostre saint père le pape a ottroié à la personne du Roy nostre seigneur, que toutesfois qu’il visitera ladicte église ou chappelle ès festes dessusdictes , lui confès et repentant, plain pardon de peine et de coulpe, et mesmes toutes et quantesfoiz qu’il visitera icellui lieu par la manière devant dicte.

Et oultre plus, le pape a ottroié k tous ceulx qui seront en sa compaignée pour visiter ledit lieu , troiz ans et troiz quarantaines de vray pardon. Et afin que ceulx qui dévotement visiteront ladicte église ou chappelle ès festes devant dictes se puissent mieulx disposer et confesser, le pape vuelt et a ottroié qu’ilz puissent eslire confesseurs ydoines qui les puissent assouldre de tous leurs péchiéz, ausquelz confesseurs le pape donne telle puissance comme ont ceulx qui sont en court de Romme ; lesquelles choses dessusdictes nostre saint père le pape Alixandre a faictes et ottroiées au Roy nostre

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seigneur, pour bien disposer son corps et son anie, à ceste fin que Dieu, par sa saincte miséricorde, vueille maintenir lui et son royaume en bonne prospérité.

Comment tSalmon parla aoccciucs un Ijommc nomme maistre tjélpe, en la préeenee ïiu flénéval îie l’orîire îtes 2luiui6tins, et î)u maiotre ^e la el)appelle pape, lequel maistre j^élue se renîtoit fort î)e restituer le Hou en bonne saneté.

La seconde cause pourquoy je estoie aléz en la cité de Pyse estoit pour quérir icellui homme dont cy-devant est faicte mencion, lequel homme je trouvay devers le pape, et là parlay à lui en la présence de maistre Pierre de Venue, général de l’ordre des Augustins, et de maistre Giles d’Orléans, maistre de cbappelle du pape, qui bien le cognoissoient et savoient assez de ses expériences, ausquelz maistres le pape avoit parlé d’icellui homme, et lesquelz lui avoient requis qu’il le voulsist envoier au Roy pource qu’il se faisoit fort et se tenoit seur de le restituer en bonne saneté ', et sans faire de ce aucune double; mais pour en estre mieulx acerlenéz, et aussy pour savoir se vray estoit ce que on m’avoit dit de lui, je l’interrogay en la présence des dessusdiz maistres pour savoir se vray estoit qu’il sceust faire au Roy nostre seigneur si grant service et tel bien comme il disoit, lequel homme aprèz me respondy tant et si

' Deux moines qui avoient entrepris de guérir le Roy en iSgy étoient aussi de l’ordre de Saint- Augustin.

bien, que je fus très content de lui; et ce nonobstant j’euz depuis pluseurs paroles avecques lui, par le moien desquelles il me dist que pour faire au Roy tel service qu’il disoit, avoit grant désir de venir en France devers lui pour acoinplir ceste besongne , comme la plus grande et la plus honnourable euvre en quoy homme se poLirroit emploier pour estre lionnouré et renommé, mais sans avoir licence du pape ne se vouloit consentir d’y venir ; et le pape , sans estre requis du Roy ou des siens, n’estoit pas d’accort de lui envoier, pource qu’il estoit S. b. Mais je appointay depuis, et conclus telement avecques icellui , qu’il me promist à venir en France devers le Roy, toutesfois que je lui feroie avoir lettres et bonne seurté du Roy et des siens.

€ommfnt iSalnton sc party îr^ pysc poiir tifutr en JÂanff , ft fcmtufut il airiva à JUaiie.

Aprèz ce que j’euz ainsy conclut par la manière que dit est les deux causes pourquoy je estoie aléz à Pyse, pour en avertir le Roy, sans faire long délay, je me partis de Pyse pour venir en France, et esploitay tant par mes journées, que le xxix® jour du moys de septembre ensuiant je arrivay à Paris, où le Roy et pluseurs de messeigneurs de son sang estoient; et, par le commandement du Roy, je me trais devers monseigneur le duc de Bourgongne , auquel , de la voulenté du Roy, je exposay, par la manière que cy-aprèz s’ensuit, les diligences que je avoie faictes pour le Roy, et comment, et pourquoy.

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Comment JSnlmon f'rposa à monscifjneur U ^uc îre Oouritongnc, par te rommanîtement î>u Uoy, toutes tes îiili^^uees qu’il aooit faictes pour ie4voj).

Au duc de Baurgongne.

Mon très redoiibté seigneur, plaise vous savoir que, moy Salmon, indigne et petit serviteur du Roy, jà piéçà veant la maladie et la neccessité en quoy le Roy a esté, et les inconvéniens avenus et qui pueent avenir à cause de sadicte neccessité, j’ai tousjours désiré veoir manière pour pourveoir à sa sancté, et me suis toustemps emploié de mon petit povoir à le servir ententivement, en quérant voies et manières de lui faire avoir alliégement du mal en quoy je veoie qu’il estoit, et pource aussy que par pluseurs foiz à son privé m’a commandé, sur la foy que j’avoie à Dieu et à lui, que en toutes les manières que je sauroie et pourroie, je me meisse en peine d’enquérir et savoir ce qui seroit expédient et neccessaire, pour lui donner alégement du dangier en quoy il estoit, et que de ce je feisse mon devoir, ainsy qu’il en avoit en moy fiance.

Pour obéir au commandement du Roy, et faire ce qu’il appartient à bon et loyal serviteur, moy, si povre petite et indigne personne que je suis, ay mis peine et diligence en toutes les manières que j’ay sceu, ainsy que au Roy promis l’ay, pour trouver remède qui lui fust convenable, et tel que besoing estoit pour le bon estât de sa personne et le salut de son ame, souvent

i64 LAMENTATIONS ET ÉPITIIES

pensant à ceste matière en faisant tontes les diligences que faire povoie et à tnoy possibles en ce cas, veant aussy et considérant les remèdes et provisions qui, par longue espace de temps, avoient esté et encore estoient traictées tant par art de médecine comme en pluseurs autres voies et manières extraordinaires , faictes et expérimentées en sa personne pour le restituer en santé, desquelz remèdes et provisions dessusdictes aucune ne nulle expérience ne s’estoit démonstrée ne venue à effect en manière qu’il en soit de riens amendé au Roy.

Dont maintesfois désirant le salut du Roy et pensant aux choses dessusdictes, me suis donné grant merveille, et aprèz ce que moy, très povre , très petit et indigne que j’estoie, ay eu les choses dessusdictes à mon petit povoir et selon mon petit entendement, bien advisées et considérées, m’a esté advis que, sans l’aide et la grâce de Dieu, le Roy ne puet estre restitué en santé ne en sa vertu, laquelle aide et grâce de Dieu a esté ignorée, et n’a pas été deuement requise, ne ainsy qu’il appartenoit aux remèdes qui ont esté traictiez pour le Roy; et pour le bien du Roy et acomplir son commandement, moy qui, de mon petit povoir, ay toustemps désiré le bon estât de sa personne et le salut de son amc, aprèz pluseurs grans peines et diligences que j’ay prises pour ceste cause par le conseil et advis que Dieu m’a donné, je me suis partis de la cité d’Avignon, et de là suis aléz en la cité de Pise, où le pape Alixandre avoit esté nouvellement crééz, pour deux causes, qui à ce me meurent, lesquelles deux causes sont exprimées bien à plain (aux pages i53et stiiv.), et ainsy que je les

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iGS

exposay à inondit seigneur, dont il fu très joieux et bien content, et aprèz lui dis les paroles qui s’ensuivent. Mon très redouble seigneur, pour vous faire savoir les choses dessusdictes pour le bien du Roy et obéir à son conunandement, je suis venus par-devcrs vous, si vous suppli que sur ce vous vueiiliez pourveoir, et telenient, que le bien du Roy sortisse son effect; car, quant est de inoy, autre chose ne puis, se non le vous annoncier et faire diligence de ce qu’il vous plaira moy coniinander en ce cas ou en autre; et singulièrement pour le bien du Roy, mon corps vueil emploier à tousjours. Mais, pour avoir bien brief très bonne et très bonnourable conclusion en ccstc besongne,et telle que besoing est pour le salut du Roy et bien de son royaume, plaise vous au saint père cscrire qu’il vueille excécuter sa devant dicte entcncion, en le remerciant de son bon vouloir. IT Et assez tost aprèz, mondit seigneur de Rourgongne , sans faire long délay, pour le grant désir qu’il avoit du bon estât du Roy et du royaume, envoia devers le pape pour ceste cause , et lui escript unes lettres desquelles la teneur s’ensuit.

s’ensuit le eontenu en unes lettres enuotées par mouseifineur Ir î>ur île Osurflongne au pape.

très saint père et mon très chier et très benoit seigneur, maistre Pierre Salmon, secrétaire de monseigneur le Roy, est venu par-deçà, et m’a dit qu’il vous a parlé du fait de monseigneur le Roy, auquel, de vostre grâce, vous avez très grant et Imnne affection, et dé-

LAMENTATIONS ET ÉPITRES sirez son bon estât, lequel, à mon advis, seroit très necccssaire et prouffitable pour toute cbrétienté; et pour ce avez proposé certaines choses esperituelles, pardons, oroisons et indulgences, dont je vous remercie tant humblement comme je puis, et oultre, très saint père et mon très chier et très benoit seigneur, Pierre Salmon m’a dit que, en la cité de Pise, a un homme très solennel, nommé maistre Hélye, lequel s’est rendu seur et certain de mettre monseigneur le Roy en bonne santé, qui est la chose du monde que je désire plus. Et d’icellui maistre Hélye sont très bien affins le général de l’ordre des Augustins, et maistre Gilles d’Orléans, yostre serviteur.

Si vous supplie, très saint père, mon très chier et très benoit seigneur, que à icellui général et maistre Hélye vueilliez faire commandement que tantost et sans délay ilz s’en viengnent par-deçà pour la cause de monseigneur le Roy, et viengnent tout droit vers moy en quelque lieu que je soie Et se Dieu, par sa saincte grâce et par l’aide dudit maistre Hélie, vuelt donner sancté à monseigneur le Roy, oncques une si belle chose ne si joieuse ne fu veue par-deçà, et me tendray

' Une recommandation aussi précise est remarquable. Le duc de Bourgogne vouloit conférer avec le père Elye avant qu’il vît le Roi ; mais toutes ses actions portent à croire que ce n’eût pas été pour parvenir au rétablissement de la santé du Roi. Cette correspondance d’ailleurs a cela de singulier, qu’elle met le lecteur dans la position de ce personnage d’une comédie moderne, que cbacun prend pour confident, sans qu’il comprenne un mot à l’affaire dont on lui parle, parce qu’on lui cacbe la clef de l’intrigue.

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plus obligiez envers vostre saincleté et tous ceulx qui y auront labouré, que de chose que on me peust faire ne donner. Très saint père et mon très chier et très benoit seigneur, nostre Seigneur soit garde de vous, et vous doint bonne vie et longue au gouvernement de sa saincte Eglise.

Escript à Paris, etc.

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