PREFACE
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Les deux Manuscrits de la Bibliothèque royale qui contiennent les Lettres de Pierre Salmon au roi Charles VI et aux princes de sa famille, avec leurs réponses , ont fourni le sujet d’une Notice assez étendue écrite par Lévescpie, auteur d’une Histoire de Russie « restée classicpie dans ce pays », a dit le vénérable M. Dacier, et (jui ouvrit à son auteur les portes de l’Académie des Inscriptions. Pille se trouve dans le cinqidème volume des Extraits des Mss. de la Bibliothèque nationale , publiés par V Institut de France. [Paris, au vu, 10-4“.)
Cette Notice, ainsi tpie la partie historitpie du Livre de Salmon , a été insérée dans la Collection des Chroniques n'ationales françaises , publiée par M. J. A. Buchon, à la fin du tome XV, et comme Supplément de f'roissart, sous le titre de Mémoires de Salmon. Mais le texte de cette impression , dans laquelle on n’a pas assez respecté l’orthographe du Ms. original, laisse d’ailleurs beaucoup à désirer sous le rapport de l’exactitude. Les autres parties du Ms. insérées dans le présent volume, n’avoient pas encore été imprimées.
ij PRÏ'FACE.
Dans la Notice de LeA esqvie, Salmon est présenté sous un jour peu favoi'able ; mais après avoir lu attentivement la correspondance équivocpie et mystérieuse de l’auteur, on se trouve disposé à partager le sentiment de l’Académicien.
Des deux Mss. du Livre de Salmon, l’un est sur Vélin, enrichi de miniatures; l’autre sur Papier, sans aucun ornement Comme ils ont entre eux de notables différences, je crois ne pouvoir mieux les faire connoitre qu’en me servant de la Notice de Lévesque, sauf quelqiies modifications. Pour rendre plus brève la désignation des deux Mss. , l’un sera inditpié par la lettre V (Vélin), l’autre par la lettre P (Papier).
On ne connoît de la personne de Salmon, surnom syncopé de Salomon , que ce qu’il nous apprend lui-même dans ses écrits. Il étoit secrétaire, disciple ^ et familier ^ du roi Charles VL Son vrai nom étoit Le Fridclier, comme il est désigné dans un saufconduit du Roi, cpi’il obtint en 1408, pour aller en Italie. Salmon dit, au commencement de la troisième partie de l’exemplaire V, cpi’il a composé son Livre à la requeste et pa?' le commandement de
' Voyez ci-après, p. xvij, la Description de ces deux Manuscrits. ’ Voyez, page 12, la note sur ce mot.
’ Voyez, page 4, la note sur ce mot.
PRÉFACE. ilj
Charles VI, et qu’il le lui a présenté eu 1409. Ou u’y trouve rieu, en elfet, ([ui ait été écrit postérieurement à répo([ue oii l'auteur en fit lïoramage au Pioi. Mais une lettre écrite en 1410 est ajoutée dans l’exemplaire P, ainsi qu’une autre par laquelle Salmon demande au Iloi son congé, et il ne fit cette démai’clie qu’en 1^11. Le Ms. P est donc postérieur de plusieurs années au Ms. V, mais il n’en est pas une copie. Ils diffèrent entre eux par l’étendue que l’auteur donne à ses raisonnemens , par la manière dont il les présente , et par les citations dont il les appuie. 11 y a peu d’ouvrages dont la seconde édition diffère autant de la première.
L’auteur est plus verbeux dans la seconde édition, ([uoiqu’il le soit déjtà beaucoup trop dans la première. Il prodigue cette softe d’érudition ([ui étoit à la mode dans son siècle, et ([ui consistoit à hérisser le discours de passages latins, en entassant pêlemêle des citations d’auteurs sacrés et profanes : Aristote, Cicéron, saint Ambroise, saint Augustin, Virgile, Sénèque, saint Jérôme. Contemporain de Charles d’Orléans , Salmon se trouve ([uelquefois animé d’un certain esprit poétique. Voici comment il imite un passage du second Livre de la Consolation , de Boèce :
Bai.ssez les lestes , orgueilleux ,
Qui tant estes présumplueux
jv PRÉFACE.
Qui ('iiiclez après la mort vivre ,
Quant vostre nom demeure en livre.
Vous cuidez vostre proffit faire ,
Mais vous faietes tout le contraire :
Car quant cuidiez avoir deux vies ,
Deux morts vous sont appareillies ,
Et deux fois mourir vous convient : ^
La première mort vous advient Quant l’anie du corps se départ ;
A toute hème ( ajuste ) tost ou tart :
La seconde mort si sera ,
Quant le monde delfmera. '
Plus loin % ou trouve cette autre imitation de lîoèce, au Livre IV :
Vous n’avez pas l’œil si entier Que vous puissiez à droit jugier Personnes selon leurs mérites ,
Comme il appert des ypocrites ;
Lesquelz qui ne les hantei’oit Pour parfaiz on les jugeroit ;
Le jugement seroit moult faulx ,
Et en viendroit moult de maulx.
Le Ms. V se compose de trois parties; dans le Ms. P il y eti a une quatrième , qui seule est plus étendue que les trois autres ensemble; cependant l’auteur a fait quelques suppressions dans ce dernier.
' Ms. P , p. i5i , recto.
’ Ms. P, p. i54, recto.