‹ Les Demandes Faites par le roi Charles VIChapitre 4 sur 15 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

L’on ne trouve plus la question assez singulière faite par le Roi dans l’exemplaire V ' , sur la manière dont les hommes se seroient multipliés s’ils étoient restes dans le Paradis terrestre. Salmon répoml , d’après saint Augustin , « f[ue homme et femme ens- « sent proeréé et multeplié lignée, se ilz n’eussent « péchié, eomme (fui metti'oit sa main l’une sur « l’autre, c’estassavoir comme se Pomme et la femme « touchoient eusamble main à main, sans autre vilté « ou pollucion . » Et sur la demande du Roi , comment la femme eût enfanté , Salmon répond : « Sans douleur, sans peine et sans souilleure (juel- « concfues , en aussj pou d’espace comme vous met- « triez à ouvrir vostre oeil pour veoir; et tantost (fue (( l’enfant eust esté né, il eust parlé et alé, et eust « pris et mengié des fruis des arbres de Paradis « terrestre. «

Les deux premières parties sont des dialogues entre Charles VI et l’auteur : le Roi fait les (piestions , et Salmon les réponses.

La première partie concerne les devoirs des Rois, et ceux de scs conseillers et serviteurs. Ce sont des maximes très sages, applicables à tous les temps, à tous les régimes de gouvernement, et ([u’on ne sau-

' Ms. sur vélin , au verso du neuvième feuillet de la série de folios cotés XV.

vj PRÉFACE.

roit Irop reproduire, quoicpi’elles aient été si rarement mises à profit par ceux (pi’elles intéressent le plus. Ainsi, il sera toujours utile, si ce n’est profitaljle, de répéter des préceptes tels que ceux-ci ; « Le Roi ne doit aller contre les vœux et sermens « qu’il a faits à son peuple. — Le peuple a toujours (c l’œil au Roi , et si le Roi n’est homme droiturier, (( entier, parfait, son royaume est corrompu, et est (c la chose du monde c[ui plus détruit un royaume. (( — Le Roi qui est en guerre ne se doit pas du tout (( fier en sa force ni en puissance de grande armée, <( mais doit ouvrer par hou conseil ; car maintefois « sens fait plus que force » ‘. On l’avoit bien expérimenté à Courtray (i5o2), à Crécy (i546), à Poitiers (i556), à Nicopolis (i5g6); on n’en fut pas plus sage à Azincourt (i4i5) : l’armée anglaise étoit enveloppée, perdue, si on ne la forçoit pas à combattre. Le Sens l’avoit dit dans le Conseil; VOidrecuidance Ihu’a bataille, et la paya chèrement.

La seconde partie du Livre de Salmon est continue dans l’exemplaire V, et est divisée en sept chapitres dans l’exemplaire P , avec des sommaires en tête de chaque chapitre.

Le premier chapitre traite de Dieu et des anges ;

' Voyez ci-ajirès , p. 32, le cliapiti’e des considéracions , meurs rl condicions que doit mmir la liny

PRÉFACE. Aij

le second, de la ci'éation de l’homme; le troisième, de la nativité du Sauveur; le quatrième, de 1 Eucharistie; le cinquième, du purgatoire, de l’enfer et du paradis; le sixième, de la venue et du règne de l’Antéchrist; le septième chapitre, enlin , concerne la résurrection des morts et le jugement dernier.

Je n’ai pu me résoudre à imprimer les soixantecinq pages du Ms. V dont se compose cette seconde partie. Le plus courageux des lecteurs ne suivroit pas juscpi’à la fin une aussi longue conférence. Voici, au reste, un échantillon de la forme et de la substance de cet entretien mjstitp^ie.

Le Roy demande. Combien de temps l’omme et la femme dévoient - ilz demourer en Paradis terrestre ?

Salmon respont. Juscpies à ce t|ue le nombre des esleuz et amis de Dieu fust acompli.

Le Roy demande. Assavoir mon, se ilz estoient nudz quant Dieu les mist en Paradis terrestre ?

Salmon respont. Oyl; mais ilz estoient si beaux et si noblement crééz , que ilz ne avoient point cause d’avoir honte l’un de l’autre; mais tantost et incontinent (pie ilz eurent péchié, ilz se hontoièrent l’un de l’autre, et par espécial orent honte et confusion de cellui membre dont généracion de lignée est créé et multepliée.

viij PRÉFACE.

Le Roy demande. Pourquoy plus de cellui membre que des autres ?

Salnion respont. Pource que ilz congiieussent bien que ceulx qui xendroient d’eulx seroient conceuz par celle manière-là, et à cause de leur pechie auroient besoing de purgacion pour le péchié originel.

Le Roy demande. Adam ne vit-il pas Dieu proprement en Paradis terrestre?

Salmon respont. 0 jl ; comme list Abraham et les autres prophètes.

Le Roy demande. Poui’quoy le tempta et déceut ainsy le déable ?

Salmon respont. Pource (pi’il eut envie sur Pomme qui estoit créé de si vile matière , qui devoit monter ou ciel et avoir la gloire dont il estoit cheuz et privé.

Le Roy demande. Pourcpioy soulPry Dieu qu’ilz fussent ainsy temptéz ?

Salmon respont. Pource cpie, selon ce cpie dient les clers, Dieu savoit desjà bien qu’il y auroit remède en leur fait, et cpie une fois seroient purgiéz de leurs péchiéz, et c[ue leur péchié seroit cause de moult grans biens cpii s’en ensuivroient ; car de tant comme leur péchié estoit plus grant , et Cju’ilz avoient plus offensé devers nostre Seigneur, de tant recpiéroit la rédempcion de l’umain lignage estre plus dignement et sainctement faicte comme de la propre personne du benoit Filz de Dieu.

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