‹ Les Demandes Faites par le roi Charles VIChapitre 6 sur 15 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

dcccue , cL à la sixiesine heure meiiga de la pomme , ([u’elle présenta tantost à son mary, qui pour l’amour d’elle en menga , et à l’eure de nonne furent tous deux ensamble mis hors de Paradis par le ehérubin.

Le Rof demande. Or me dy quelle chose est-ce de ce chérubin-là, et du glaive cp^ii samble estre de feu ardant ? '

Sabnon respont, etc. , etc. , etc.

On peut juger, par cette citation assez étendue , avec quelle facilité Salmon explitpie les plus piofonds mystères de l’histoire sainte, et avec quelle facilité plus grande encore le Roi se contente des explications de son disciple. Les questions se succèdent et s’enchaînent ainsi sans interruption jusqu’à la lin de l’entretien. Elles sont pour la plupart fort embarrassantes , mais Salmon les résout tout aussi aisément c[ue celles qu’on vient de lire. Il s’appuie presque toujours sur les théologiens de son temps, et l’on sait qu’aucune difficulté n’embarrasse les théologiens.

La troisième partie du Ms. V commence par un récit, (pie l’auteur a supprimé dans l’exemplaire P. Comme cette troisième partie est imprimée tout entière dans ce volume , il n’est pas nécessaire d’en entretenir le lecteur.

' Ms. sur Yélin, au recto du lo' feuillet de la série des folios xv.

PRÉFACE. xj

J’ai dit plus haut que Lévestpie avoit jugé sévèrement le caraetère et la conduite de Salnion ; voici de quelle manière il motive son jugement ;

(( Salmon , dans les deux premières parties de sou ouvrage , s’est montré comme un homme sévère et de la plus haute piété; mais, comme il l’a dit luimême dans ses Maximes, de pajoles vaines et friistratoires est- il grant marché. Nous avons vu c[Tie ce fut en i4oq que Salmon présenta son Livre au Roi. Le duc d’Orléans, frère de ce prince , avoit été assassiné par Jean-sans-Peur, duc de Bom’gogne ; et l’assassin étoit devenu assez puissant pour se faire pardonner son crime, et le faire, en quel([ue sorte, approuver par le foible monarque , qui ne sortoit de ses accès de folie tpie pour tomber dans un état voisin de l’imbécillité.

« Le duc gouvernoit alors la France et le Roi ; mais comme il avoit contre lui les princes et tous les hommes sincèrement attachés à la personne du monarcpie, il avoit encore besoin d’employer bien des manœuvres pour l’empêcher de s’éclairer, et pour le plonger même toujours de plus en plus dans l’erreur. Charles VI ne pouvoit avoir d’amis, de eonlidens, de domesticpies, que de la main de son tyran*. Salmon , ce prétendu ami du Roi , ce llatteur cpii s’intitidoit le disciple de ce pi inee ind)écille, éloit doue une créature du due. Aposté pai' lui pour le

servir auprès du Roi, il insiuuoit à ce prince, peutèlrc naturellement crédule, et devenu plus crédule encore par la débilitation de ses organes , que le frère, dont cpielquefois il pleuroit la mort, avoit employé contre lui des sortilèges pour le plonger dans la triste maladie qu’il éprouvoit, lui donner la mort, et régner à sa place. C’étoit lui présenter l’assassin comme son défenseur et son vengeur. En même temps il affectoit un respect hypocrite pour le duc d’Orléans, cpii avoit été son seigneur; et par un détour insidieux, trop familier aux gens de son espèce , il mettoit dans la bouche de Richard les paroles perfides qu’il n’auroit osé hasarder en son propre nom. Il auroit dû les dire plus tôt; mais il autorise son long silence par le serment que lui avoit fait prêter le roi d’Angleterre. La suite du livre nous confirmera dans l’idée que nous venons de prendre sur la personne de Salmon. On voit, par les faits qu’il rapporte lui-même , qu’il avoit une mauvaise réputation; et c’est ce cpii arrivera toujours aux intrigans. »

Après avoir ainsi établi , d’après les propres écrits de Salmon , que la franchise et la loyauté n’étoient pas le fond de son caractère, Lévescpie continue l’examen de la conduite de ce serviteur déloyal, et presse les cpiestions pour expliquer certaines réticences dans lesquelles Salmon enveloppe sa pensée.

PRÉFACE. xiij

c( Quel est, dit-il, cet homme (fue Salmon baillera « au Roi par la main? Est-ce lui-méme? est-ce le (( duc de Bourgogne, ffui étoit alors à Ostcîide? » Ici, la vivacité de sa dialectiffue fait commettre à Lévescpxe une méprise assez plaisante. Certainement il n’est pas de ces crititpies (pii glosent sur nn texte (pi’ils n’ont pas lu; il l’a bien étudié, au contraire : mais, soit un mot noté précipitamment, soit une distraction , il a pris, à l’inverse de la Fable, un nom d’homme pour un port de mer. Ce cjui a causé cette méprise * , c’est cpie la lettre du duc de Bourgogne , en réponse à celle de Salmon, se termine par ces

' Puisque je trouve l’occasion de relever une méprise de l’auteur de la Notice sur le Livre de Salmon , j’en profiterai pour en indiquer une autre commise par l’écrivain de la Notice sur Eustachc Desctiamps , poète du ijuatorzième siècle, et contemporain de Salmon. Il est dit, à la page ix de cette Notice, que Gilles Deschamps, fils d’Eustache, accompagna, en iSgS, les ducs d’Orléans, de Berry et de Bourgogne, envoyés en ambassade par Charles VI auprès du pape Benoît XIII , à Avignon , pour mettre fin au schisme de l’Eglise. Or, le Gallia christiana , tome XI, colonne 889, donne cette mission à Gilles Deschamps , alors docteur en théologie , depuis évêque de Coutances, et enfin cardinal, qui étoit fils de Robert Deschamps, sire de Tourville, en Normandie, et maire de Rouen; et le Gallia christiana a raison. Quoiqu’il me soit peu agréable de déposséder le fils d’Eustache Deschamps des fonctions que je lui avois attribuées, je devois cet hommage à la vérité historique, que m’a fait connoître un membre de la Société des Antiquaires de Normandie.

\iv PRÉFACE,

mots : Ainsy signé, Ostende. C’est le nom d’un secrétaire du duc, comme celui de Lomhart, autre secrétaire du même prince ; comme les noms de Erart et De la Teillaie, secrétaires du duc de Berry et de Charles VI. Le duc de Bourgogne se trouvoit alors à Soissons , et non à Ostende , prêt à rentrer dans Paris, plus puissant et plus audacieux que jamais.

Le Ms. V se termine par une lettre de Salmon au duc de Bourgogne , par laquelle il le supplie de demander au pape un congé en faveur d’un certain maistre Hélye, homme très soujfisant et très expert, fpii se faisoit fort de guérir le Roi. Tel fut le résultat des fi’écpiens voyages que Salmon avoit entrepris en France, en Angleterre, en Hollande, en Italie, pour se procurer des moyens efficaces de guérir le Roi. Il en rapporta aussi des oveinus , des indulgences, et une cédule du pape Alexandre V, cpii octroyoit au Roi la permission de fonder une chapelle sous l’invocation de Notre-Dame, pour obtenir le rétablissement de sa santé.

Le Ms. P fournit un petit Supplément au Ms. V. On y voit cpi’en i4io les affaires préparées par Salmon furent empêchées par certains dolereux desbas et pitoyables discors entre les princes. En effet, les princes, ennemis du duc de Bourgogne, étoient alors en armes autour de Paris , et leurs troupes dévastoient la campagne. Jean-sans-Peur étoit renfermé

Page 1