DE LA PATRIE EN DANGER, ATTITUDE DE LA
FAYETTE, TRAHISONS, — LES IDÉES POLITIQUES DE NATION, DE LIBERTÉ, DE SALUT PUBLIC, DE PEUPLE, — LES IDÉES MORALES DE LIBERTÉ,
Rapport du comité extraordinaire de la Société des Amis de la constitu-
tion de Saintes, sur la position actuelle de l'empire’ et sur les moyens de repousser les dangers qui le menacent. Arch. nat. D xz. 8. 16.14. Lettre d'envoi, 25 juillet.
DE VERTU, DE FRANCHISE, ET LES SENTIMENTS DE MÉFIANCE, D'AMOUR POUR LA LIBERTÉ, D'INDIGNATION, DE COLÈRE, D'ÉLAN GUER- RIER.
« La Nation est trahie. Cette vérité est maintenant aussi connue de tous les Français qu’elle était facile à prévoir dès le moment où l’on confia à nos oppresseurs le soin de nous défendre contre les ennemis qu'ils avaient eux-mêmes appelés à leur secours.
«, Que les tyrans ligués contre nous osent nous menacer au nom du roi des Français d’une servitude prochaine; que des officiers plus que suspects soient à la tête de nos armées et commandent dans nos places fortes, que le sang des plus braves défenseurs de la patrie soit versé inutilement pour la cause de la liberté, que nos conquêtes soient abandonnées, nos alliés indignement trahis et outragés par nos propres généraux; que ceux-ci divisent et s'efforcent de corrompre leurs armées au lieu de les conduire à la victoire; qu’ils désertent leurs camps en présence de l’ennemi pour venir conspirer à la cour et dans la capitale, pour venir jusque dans ce sanctuaire de la législation, menacer, avilir nos propres représentants. Il faut le dire, tous ces attentats... nous ne devons les imputer qu’à nous-mêmes, à nous qui avons stupidement laissé notre destinée entre les mains de nos anciens tyrans... C’est à vous, représentants, que la nation a imposé le soin de les punir et de pourvoir au salut de l’État. Vous nous avez déclaré que la Patrie est en danger : c'était. nous avertir de tous les faits que nous venons de vous rappeler; quelle est, en effet, la cause de ces dangers si ce
n’est la perfidie de la Cour, de ses agents et de tous les fonctionnaires publics qu’elle a corrompus ? Vous n’avez pas voulu nous dire sans doute que la patrie n’avait point d’autres ennemis à redouter que ces troupes étrangères que l’on a laissé se rassembler sur nos frontières, qu’il n'existe aucun concert entre les despotes de l’Europe et la cour de Louis XVI... Nous savons, nous sentons que, sans la trahison de nos ennemis intérieurs, les autres ne
seraient point à craindre. Représentants, nous dire que la nation est en danger, c’est nous dire qu’il faut qu’elle soit sauvée, c'est nous appeler à son secours ; si elle ne peut l'être par ses représentants, il faut qu’elle le soit par elle-même... C’est en vain que des généraux perfides et des despotes insolents se réunissent pour la désigner comme une faction. Sous quelque forme qu’elle s’assemble, en quelque temps et en quelque lieu qu’elle s'explique, elle prouvera toujours à l’univers qu’elle est factieuse en effet, dans le sens des tyrans.…
« Représentants, nous avons laissé dans nos départements des mullions de citoyens qui nous ressemblent, mais füssions-nous dix contre cent, comme nous sommes cent contre dix, la victoire de la liberté est certaine, car un homme libre vaut mieux que cent esclaves et la destinée du crime est de trembler devant la vertu. Nous ne voulons point porter atteinte à notre Constitution, mais nous voulons qu’elle soit et qu’elle puisse être exécutée. Nous ne refusons point d’obéir à un roi, mais nous mettons une grande différence entre un roi et une cour conspiratrice et criminelle dont toutes les lois divines et humaines réclament la punition ou l’expulsion... Nous abhorrons le machiavélisme qui ne se pare d’un respect hypocrite pour la Constitution que pour fournir à ses ennemis les moyens de la détruire sans obstacle; nous ne sommes plus depuis longtemps les dupes des intrigants et des traîtres et nous ne voulons point être leurs esclaves, Nous voulons triompher ou mourir pour la liberté; mais-nous ne vou-
lons pas combattre sous les ordres des courtisans et des
complices de nos tyrans. On nous parle de faire la guerre à l’Autriche, et l’Autriche est dans nos camps !.. Quel scandale, quel délire d’avoir permis que ces ci-devant nobles intrigants se soient transformés tout à coup... en chefs d'armée. A leur tête est La Fayette... La Fayette a foulé aux pieds toutes nos lois, il a déclaré la guerre au peuple français et à l’Assemblée Nationale. |
« Représentants, la patrie indignée demande que vous prononciez contre cet homme méprisable... Nous mar-
cherons seuls s’il le faut, et nous sauverons le peuple et vous-mêmes... Et vous, représentants, entendez la voix de la Nation entière qui vous trie de pourvoir au salut public. Montrez-vous dignes du peuple français et de vousmêmes; servez-vous de son énergie, et secondez-la, lui seul peut et veut vous sauver... (1). »
On peut observer dans ces lignes, l’alternance des idées et des sentiments avec les faits ou les griefs politiques, dont on a senti les obsédants rappels.
(1) Adresse de fédérés du Calvados, du Bas-Rhin, de l'Ardèche, du Nord, de la Charente, de la Haute-Saône, de l'Auvergne, du Doubs, etc., 17 juillet 1792. Archnat C.45%%292#%26: