‹ Les Démarches de la Pensée SocialeChapitre 13 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES IDÉES SOCIALES DÉTERMINÉES In concreto

Après l’analyse qui précède, nous allons, maintenant, considérer les idées juridiques et d’une façon plus générale les faits sociaux d’une manière concrète. Nous voulons dire que, rejetant toute attitude qui consisterait à choisir dans les caractères que nous en percevons, entre ce qui est rationnel et ce qui est sentiment, entre ce que nous appelons démarche logique, et ce qui constitue une pensée extra-logique, on accueillera toutes les liaisons d'idées, toutes les interférences et l’apport des interprétations humaines, parce qu’elles contribuent toutes à former la représentation que nous avons de telle notion sociale.

Sans doute, cette attitude n’est pas celle des sciences touchant les phénomènes du monde physique ; sans doute, par une telle méthode, les idées ou faits sociaux, ne seront pas connus dans leur loi de production universelle, et partant ne pourront être prévus. Toutefois, la valeur des explications concrètes auxquelles on aboutit n’en demeure pas moins considérable : puisque les définitions abstraites nous trompent, l’appréhen-

‘ SVIL pa 5

sion de ces précisions, tout imparfaites qu’elles soient, correspond à une certaine réalité, la seule que nous puissions pénétrer. Que l’explication dont il s’agit n’existe que pour certains d’entre les faits sociaux seulement — ceux sur lesquels 1l se trouve que nous avons des renseignements concrets, — qu’elle se présente avec plus de clarté pour certains d’entre eux, que d’autres ne soient explicités que sur une petite portion de leur existence observable, 1l n’y a rien là qui puisse surprendre, puisque les faits sociaux sont ce que nous ignorons le plus (1), et il n’en reste pas moins qu'il est possible de rechercher le caractère de ces explications concrètes et le mécanisme auquel elles paraissent obéir au cours du travail d'interprétation humaine dont on a reconnu l'intervention indispensable. |

Lorsqu'on se place au point de vue de l’appréciation concrète des idées et des faits sociaux ou moraux, ces idées et ces faits quelqu’incomplets qu’ils apparaissent à notre entendement, sont cependant précisés nécessairement dès l’instant où nous les faisons pénétrer dans la vie; les précisions qu'ils possèdent alors sont les caractéristiques variées dont nous les revêtons, ainsi que les associations que notre esprit ou notre sensibilité établissent entre ces caractéristiques.

Ces déterminations sont bien souvent arbitraires, elles nous surprennent lorsque, avec notre pensée savante, nous entreprenons de les critiquer, et nous avons vu que le principe de contradiction n’est pas respecté dans les parentés qui sont établies dans les liaisons d’idées spontanées. Telle notion est définie, à la fois, par A et par non À, la causalité rigoureuse est impossible à saisir, le contenu des définitions des codes eux-mêmes. est sujet à interprétation spontanée. |

En dépit de toutes ces infériorités sur notre pensée savante, les associations de la po sociale sont valables dans la pratique, et à ce titre elles s imposent à notre observation comme des faits. Indéterminés dans leur loi de production, ces faits

(1) V. Durkueim, Sociologie et sciences sociales. In De la méthode dans les

sciences, 11e série, Paris, 1928, p. 333. Recueil de conférences faites 7 divers : maîlres, 2 volumes.

nous semblent connus dans l’interprétation humaine qui en est donnée par les textes et qu'ici nous voulons seule considérer. C’est donc à un problème de connaissance que nous sommes conduits.

De ce grave problème que nous ne saurions bien évidemment résoudre ici, nous chercherons seulement à dégager les bases expérimentales en rassemblant des matériaux. Pour cela précisons ce qu'est cette détermination in concreto des idées sociales dont il vient d’être parlé. On en peut trouver de bons exemples en observant les idées et les faits internationaux.

Page 1