II. — Jugements défavorables des Anciens
Il ne faudrait pourtant pas croire que cette admiration pour la démocratie athénienne fût générale dans le monde grec. C'est le contraire qui est vrai. Sa nouveauté même choquait toutes les
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habitudes d'esprit et toutes les traditions. La Grèce était habituée depuis des siècles à respecter Sparte, dont l'image s'oppose à celle d'Athènes comme une antithèse vivante. Dans l'Oraison funèbre de Thucydide, chaque éloge donné à Athènes est une critique indirecte de Sparte. Il était inévitable que non seulement les adversaires politiques de la démocratie, mais aussi les spectateurs désintéressés, dans une Grèce ainsi formée au respect de l'idéal Spartiate, fussent choqués par un idéal aussi profondément différent et nouveau. Au temps même de la guerre du Péloponèse. c'est-à-dire au moment où Thucydide composait son Oraison funèbre, un aristocrate inconnu, dont l'ouvrage figure parmi les œuvres de Xénophon, sous, ce titre : la République athénienne, faisait une très curieuse et très pénétrante analyse du caractère de cette constitution. Comme on pouvait s'y attendre, il la juge détestable. Le reproche fondamental qu'il lui adresse, c'est précisément d'être égalitaire. C'est d'avoir détruit le privilège des nobles et mis au même rang les inconnus. C'est d'avoir ainsi donné la prépondérance au nombre, à ceux qu'il appelle les « méchants » (TTovTipoî), et réduit à l'impuissance les « bons » (/p7|(7ToO. Les « bons », les « méchants », c'est ainsi qu'on désigne couramment, dans l'aristocratie grecque, les riches et les pauvres, les
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nobles et le peuple. Ces expressions, avec leurs synonymes, sont tellement usuelles qu'elles ont fini par entrer dans la langue générale et que tout le monde appelle « gouvernement des meilleurs » (àptffToxpaTLa) le régime qui s'oppose logiquement à la « démocratie ». Les démocrates, cependant, emploient plus volontiers le terme « oligarchie « (gouvernement des moins nombreux), qui exprime le même fait sans y joindre une appréciation offensante pour la majorité des citoyens.
Quoi qu'il en soit, la majorité des citoyens, le nombre, aux yeux de notre aristocrate, est irrémédiablement mauvais, et il en indique très nettement la raison : « C'est dans le peuple qu'il y a le plus d'ignorance, d'indiscipline et de méchanceté; la pauvreté pousse les hommes aux choses honteuses, en produisant le manque d'éducation et l'ignorance par le défaut d'argent i ». Ce reproche, dans la pensée de l'auteur, ne s'applique pas uniquement à la démocratie athénienne : il a une portée plus générale. En fait, c'est l'éternelle critique adressée dans tous les temps à la démocratie par ses adversaires.
' Il est certain que Taristocratie athénienne, dans son ensemble, avait une culture plus raffinée que celle du peuple : elle fréquentait les sophistes et les palestres; elle avait l'habitude du commande-