‹ Les démocraties antiquesChapitre 49 sur 120 · Rép. Ath., I · texte numérisé non relu

Rép. Ath., I

ment. Il est certain aussi que beaucoup d'hommes du peuple étaient grossiers et médiocres. Mais il reste à savoir si la supériorité dont se targuait notre aristocrate était aussi absolue qu'il le croit, et si la culture des classes riches leur donnait à un degré éminent les qualités de bon sens, de dévouement au bien public, de respect des lois, de moralité politique, qui sont le fondement nécessaire de la vie des cités ; et, d'autre part, si la majorité des citoyens en était totalement dépourvue. Or, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi. Quand l'aristocratie athénienne a été souveraine, au vi® siècle, elle a été cruellement oppressive et tyrannique. Quand elle est devenue un parti d'opposition et de minorité, elle a joué un triste rôle : les conjurés de 411, les trente tyrans de 404 n'ont été, ni par Tintelligence politique, ni par la moralité, des modèles qu'on pût proposer à la démocratie. Les uns et les autres ont laissé un souvenir détestable, même à ceux de leurs amis qui n'étaient pas des fanatiques, et rien, dans leurs actes, ne peut se comparer à la conduite d'un Aristide ou d'un Thrasybule. Il faut donc reconnaître que le reproche général adressé par notre pamphlétaire aux démocrates manque d'autorité dans la bouche d'un représentant du parti le plus violent et le plus sectaire. Quant à la part de vérité qu'il peut contenir, nous la verrons mieux quand nous étu-

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dierons la démocratie athénienne en elle-même, non plus simplement dans son organisation extérieure, mais dans ses habitudes de pensée et d'action.

Il est plus intéressant d'écouter notre aristocrate dans celles de ses observations qui ont un caractère plus objectif et qui, parfois, se tournent en éloges involontaires.

Bien qu'il accuse la démocratie d'ignorance et de grossièreté, il lui reconnaît une grande intelligence pour le mal, ou du moins pour le maintien de sa domination propre et la satisfaction de ses intérêts. Il montre à merveille comment toutes les institutions sont combinées en vue de cette fin. Il y a là, sur l'organisation des tribunaux, sur les rapports avec les alliés, sur les fêtes publiques, sur le commerce, une loule d'observations très ingénieuses et très pénétrantes. Elles sont même trop ingénieuses, en ce qu'elles rapportent tout à un dessein prémédité qui n'a pu exister à ce degré : il y a moins de calcul dans les choses humaines. Mais un observateur aussi clairvoyant ne pouvait manquer d'a-ccumuler les vérités intéressantes. Quelquesunes, peu favorables à la démocratie athénienne, ' sont à retenir, malgré l'intention générale malveillante, parce qu'elles sont confirmées d'autre part ; notamment ce qu'il dit sur la vénalité de certains magistrats ou orateurs. D'autres, favorables au

peuple, tirent une valeur particulière du flepscin antidémocratique de l'ouvrage. Par exemple, à propos du nombre des juges, qu'on trouvait souvent excessif, il fait remarquer que ce nombre les mettait plus à l'abri des intrigues et de la vénalité. Ailleurs, parlant de l'espoir que les aristocrates peuvent fonder sur le mécontentement des citoyens frappés d'atimie, c'est-à-dire privés de leurs droits par jugement, il fait remarquer que cet espoir est fragile, parce que les condamnations de ce genre sont rarement injustes, et il rend ainsi, sans y penser, un éclatant hommage à cette démocratie qu'il n'aime pas.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de ses critiques, le caractère essentiel de la constitution athénienne est marqué avec la clairvoyance d'une intelligence politique très vive, rendue encore plus pénétrante par la haine.

Mêmes critiques à peu près et mêmes constatations chez les philosophes, avec les nuances qui tiennent à la conception que chacun se fait de l'État et à son tour d'esprit particulier.

Nous ne connaissons l'opinion de Socrate qu'indirectement par quelques mots que lui attribue Xénophon. Mais il n'est pas douteux que le père de l'intelleclualisme, qui liait la vertu au savoir, et qui ne trouvait de savoir véritable que dans la diîvlectique, dut éprouver quelque mépris pour

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ces assemblées politiques, formées, comme il le dit quelque part, de foulons, de cordonniers, de maçons, de forgerons, de paysans, de petits marchands, de gens qui ne songent qu'à vendre cher ce qu'ils ont acheté bon marché, en un mot de tout ce qu'il y a dans la cité de plus inintelligent et de plus misérable^.

Aux yeux de Platon, les Athéniens sont d'aimables fous. On sait quel était son idéal de gouvernement : une caste de magistrats et de guerriers, formés par une éducation philosophique très complète, vivant à part dans la communauté des femmes et des biens, et gouvernant, du haut de leur sagesse, la foule des ignorants et des travailleurs. La République athénienne, qui n'assure nulle place d'honneur au philosophe, qui donne à de grossiers matelots les mêmes droits qu'à un Socrate, lui paraît une étrange absurdité. Le bel ordre qu'il veut voir régner partout, dans les âmes individuelles comme dans les cités, par le règne de l'intelligence gouvernant les passions nobles et les passions inférieures, cette harmonie du char symbolique où le cocher voï; (la raison) dirige les coursiers 6'jp.ôç et ÈTriOuaia (le courage et le désir), il n'en trouve nulle trace à Athènes. Le gouvernement athénien est une anarchie d'ignorance et de grossièreté où la philosophie n'a pas

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