‹ Les démocraties antiquesChapitre 56 sur 120 · INTELLIGENCE ET VOLONTÉ · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE ET VOLONTÉ

Son intelligence était vive et pénétrante. La finesse athénienne était proverbiale. Cette promptitude à comprendre s'appliquait à tout, aux choses de la vie pratique comme aux idées. L'Athénien était un commerçant et un homme d'affaires très avisé. Il aimait aussi les théories. La rapidité de sa conception était servie par une égale facilité à s'exprimer : les mots ne lui manquaient jamais pour dire ce qu'il pensait. Il était, naturellement, subtil et discuteur. Son imagination lui faisait voir les choses dont il parlait; elle animait, pour lui, les abstractions. Elle le rendait éloquent. Dans les faits particuliers, il découvrait, sans peine, les idées générales qui s'y trouvaient impliquées : il était généralisateur et philosophe. Ce goût de généraliser, servi par une imaginatiod vive, avait de grands avantages et quelques inconvénients : il voyait les choses d'ensemble et de haut ; mais il risquait parfois de les voir plus simples, plus systématiques qu'elles n'étaient réellement. Trcs' artiste, très sensible à la beauté des formes, il

aimait les conceptions qui lui présentaient une belle image de la réalité, et il manquait parfois de la patience nécessaire aux recherches prudentes et méthodiques. Ses qualités intellectuelles étaient de celles qui font les grands artistes et qui peuvent égarer quelquefois un politique, par trop de hardiesse spéculative et trop de complaisance pour ses propres idées; mais il ne péchait jamais par lenteur ou lourdeur d'esprit.

Sa volonté était prompte comme son intelligence, et capable de résolutions énergiques. Il savait se décider et entreprendre. Il était naturellement courageux et ne reculait pas devant un obstacle. Il était même capable de ténacité dans ses desseins, quand la volonté forte d'un chef énergique s'imposait à lui. Mais sa nature, à vrai dire, était plutôt inconstante et légère. Sa volonté était trop dominée par son imagination. Celle-ci, vive et mobile, tantôt lui suggérait de nouveaux desseins, et tantôt grossissait, à ses yeux, l'importance d'une déception momentanée.

De là, dans l'histoire d'Athènes, des pani(^ues fréquentes, de brusques mouvements d'opinion en sens opposés, des enthousiasmes excessifs et des colères subites, de grands projets suivis de découragements. Ce peuple intelligent manquait certainement de sang-froid, par conséquent aussi d'esprit de suite. Quand il était découragé d'agir,

cette même vivacité d'imagination lui donnait le change par des illusions agréables : il se consolait de son inaction par de belles paroles et de vaines espérances. Il était capable de faire de grandes choses, mais surtout à la condition de les faire vite.

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