Akistoxb, Polit., VI, p. 1293, A
désarma pas de longtemps. Pendant tout le V* siècle, elle est toujours prête à reprendre rofîensive. Non seulement elle existe à l'état de parti constitué et officiel, mais encore elle a ses hétairies, c'est-à-dire ses clubs qui sont en même temps des sociétés secrètes, et où l'on travaille au renversement de la Constitution démocratique. Les plus intelligents et les plus actifs de ses membres sont l'âme des hétairies, qui préparent et organisent successivement la révolution des Quatre-Cents, puis le gouvernement des Trente. Un Antiphon, un Pisandre, un Théramène, qui auraient pu être des hommes d'État influents, se réduisent ainsi au rôle de conspirateurs et d'émigrés à l'intérieur. Ils appellent de leurs vœux la victoire de Lacédémone. L'esprit de parti, en Grèce, a toujours été plus fort que le sentiment de la solidarité civique. Dans toutes les cités, les aristocrates appellent à l'aide Lacédémone contre la démocratie victorieuse, et celle-ci, à son tour, invoque le secours d'Athènes. Les aristocrates athéniens ne font pas exception à la règle. Xénophon lui-même était à la bataille de Coronée aux côtés d'Agésilas qui combattait une armée athénienne. L'unité supérieure de la Grèce considérée comme la patrie commune de tous les Hellènes explique en partie ces défaillances du patriotisme local, mais cette explication ne suffit pas :
car on appelait aussi à l'aide le barbare, le Perse, en cas de besoin. Il faut convenir que l'esprit de parti était une forme détestable de la lutte de classes, et que les aristocrates n'avaient à cet égard aucune supériorité morale sur leurs adversaires.
Après le renversement des Trente et l'amnistie de Thrasybule, le parti aristocratique est abattu définitivement. Mais il se forme peu à peu une classe nouvelle, un parti des riches, grâce au développement de l'industrie et du commerce. Ceux-ci ne sont plus des révolutionnaires, ou du moins ils n'étalent plus leurs visées, parce qu'elles n'auraient plus aucune chance de succès. C'est un parti constitutionnel, comme nous dirions aujourd'hui. Beaucoup d'anciens aristocrates y entrent, mais assagis ou découragés. Et ce groupe comprend surtout une foule de nouveaux riches, qui désirent par-dessus toutes choses pouvoir continuer leurs affaires et ne pas compromettre leur fortune. Ce sera le parti de la paix et des ménagements envers la Macédoine. Dans ce parti de modérés, il y a encore beaucoup d'hommes qui n'ont pas le goût de la politique. Ils aiment mieux vivre à leur aise, et méprisent la foule. Il sont loin de donner l'exemple des vertus civiques. C'est parmi eux que se recrutent les cavaliers et les hoplites dont parle Xénophon, et qui sont les
plus indisciplinés des soldats ^. Le mépris des lois est souvent pour eux une élégance. Ils se croient tout permis 2. S'ils interviennent dans la vie publique, c'est plutôt par leur argent, en achetant des magistrats ou des orateurs, que par une action personnelle et franche. La démocratie n'avait pas à compter sur ces parvenus arrogants pour trouver des conseillers et des chefs.
Il y avait pourtant aussi, à côté d'eux, de fort honnêtes gens, qui partageaient certaines de leurs idées sans partager leurs vices. A l'égard de ceuxlà, le peuple n'avait point de parti pris. Un Leptine, un Eubule, un Phocion étaient honorés et écoutés. Après la guerre sociale, ils arrivèrent au pouvoir, et le gardèrent pendant près de vingt ans. Si les gouvernements modérés furent rares à Athènes, ce n'est donc pas uniquement la faute de la démocratie : mais c'est que les vrais modérés étaient rares, et que le parti conservateur comptait plus de fanatiques irréconciliables que de vrais politiques.
D'ailleurs, même quand les modérés n'étaient pas au pouvoir, il ne faut pas croire qu'ils fussent sans influence. Aristote remarque que le nombre des citoyens de condition moyenne {[Ugoi) est proportionnellement plus considérable dans les grandes