‹ Les démocraties antiquesChapitre 98 sur 120 · THLXYniDE, m · texte numérisé non relu

THLXYniDE, m

2. Cf. la belle étuJe de G. Fougères, Mantinée et VArcadie orientale, 1898.

L'Arcadie était comme la Suisse de la Grèce ancienne, cette Europe en miniature. Les populations arcadiennes n'étaient ni doriennes ni ioniennes : les Grecs les appelaient éoliennes, nom vague, qui désignait tous ces restes des populations primitives de la Grèce qu'on ne pouvait rattacher ni aux conquérants doriens ni aux Ioniens de l'archipel et des côtes. Enfermés dans leurs montagnes et dans leurs hautes vallées, les populations de TArcadie avaient vu passer l'invasion dorienne, mais avaient échappé à la conquête. Les montagnards arcadiens, pasteurs et bûcherons, rudes et pauvres, émigraient volontiers et se louaient comme mercenaires quand la montagne ne suffisait plus à nourrir une population trop prolifique. Les habitants des hautes vallées étaient agriculteurs. La terre était fertile et l'eau abondante, mais il fallait se défendre sans cesse contre les inondations, rendues fréquentes par la difficulté que trouvaient les ruisseaux à se tracer un passage à travers une ceinture de montagnes continues. On n'y parvenait qu'au prix de beaucoup d'efforts et de bonne entente. Dans ces vallées resserrées, très peuplées, il n'y avait pas de place pour de grands domaines : la population se composait de propriétaires paysans, qui tiraient de leurs terres de quoi vivre à l'aise. A une époque reculée, ces vallées semblent avoir été sous la

domination des seigneurs minyens d'Orchomènes. Après la chute des Minyens, les habitants de la région qui devait constituer plus tard la cité de Mantinée formaient une réunion de cinq dèmes autonomes, mais délibéraient ensemble sur certaines affaires communes. Pendant longtemps, ils n'éprouvèrent même pas le besoin d'organiser une cité proprement dite, concentrée dans une ville unique. Quand ils avaient besoin de se réunir pour délibérer, ils se rendaient auprès d'un vieil oracle de Poséidon Hippios, en un lieu qui s'appelait Mantinée ([^.ivTtç, devin). Le nom de Mantinée figure déjà dans le catalogue de Vlliade^, mais il désigne l'ensemble du territoire occupé par les dèmes mantinéens. Cette confédération de paysans eut de bonne heure en Grèce la réputation d'un peuple religieux, simple de mœurs, hospitalier et doux. L'Iliade accole au nom de Mantinée l'épithète d' « aimable ». Ils cultivaient la musique et l'orchestique. Les femmes jouaient un grand rôle dans la religion mantinéenne comme prophétesses et prêtresses inspirées, et ce n'est pas sans raison que Platon attribue à une Mantinéenne, Diotime, les plus beaux discours du Banquet. Dès le milieu du vi* siècle, c'est un Mantinéen, Démonax, qui est désigné par la Pythie comme le sage le plus capable de rendre la paix 1. Iliade, II, GUÎ.

intérieure aux Cyrénéens, troublés par des discordes *. Malgré des querelles fréquentes avec leurs voisins de Tégée, malgré la surveillance parfois jalouse et incommode de Sparte, les Mantinéens restèrent jusqu'au v* siècle dans cet état politique primitif; qui suffisait à leurs ambitions modestes. C'est seulement, semble-t-il, vers 460, sous l'influence d'Argos, que la confédération mantinéenne opéra ce que les Grecs appelaient un synécisme (ffuvotxtcTfxdç), c'est-à-dire sa concentration en une cité unique par la fondation d'une ville proprement dite. Celle-ci prit le nom de Mantinée, du lieu où elle s'établit*. Elle fut entourée de murailles et devint comme la citadelle avancée de l'esprit démocratique dans le Péloponèse, en face du dorisme de Sparte. On trouve dès lors Mantinée en relations étroites avec toutes les puissances ennemies de Sparte et de l'aristocratie, notamment avec Argos et Athènes.

Toute son histoire, pendant un siècle, n'est qu'un long effort pour défendre son autonomie contre Lacédémone. Elle y réussit assez bien pendant tout le v« siècle et finit même par étendre sa domination sur l'Arcadie occidentale ; mais, au début du IV* siècle, elle subit de terribles vicissitudes. En 385, écrasée par le roi de Sparte Agési-

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