Cf. Fougères, ouv. cité, p
276 LES DÉMOCBATIES ANTIQUES
polis après un siège qui la mit en ruines, elle fut traitée par ses vainqueurs avec un acharnement de haine qui montrait assez la crainte qu'elle avail su leur inspirer. Non seulement la ville fut rasée, mais encore l'unité de la cité fut détruite et les habitants renvoyés à leurs dèmes ruraux, entre lesquels tout lien politique fut rompu ; chacun d'eux, censé autonome, fut en réalité réduit à recevoir docilement les ordres de Sparte par l'intermédiaire d'une aristocratie laconisante. Xénophon, grand adversaire de la démocratie et admirateur passionné de Sparte, trouva que les choses étaient ainsi pour le mieux et félicita les Mantinéens d'être débarrassés de leurs démagogues *. Mais cette suppression violente d'une cité libre parut à la plupart des Grecs, et même au modéré Isocrate, un des plus terribles exemples de cette brutalité Spartiate qui allait se manifestant chaque jour davantage et qui révoltait la conscience hellénique. Cet état de choses dura jusqu'à la bataille de Leuctres, en 471. Le premier soin d'Épamin ndas, vainqueur des Spartiates, fut de favoriser le réveil de leurs ennemis. Les Mantinéens, appuyés par Athènes, rétablirent le synécisme et relevèrent lear ville. La démocratie triompha même à Tégée, et l'Arcadie tout entière, sous la vigoureuse impulsion du Mantinéen Lycomède, 1. Hetlên., V, 2, 7.
sunit en une ligue nationale, présidée par Mantinée. Malheureusement, Lycomède mourut; Thèbes à son tour devint suspecte, et la bataille de Mantinée, en 3G2, vit figurer les Arcadiens dans la coalition des ennemis d'Épaminondas, avec des Spartiates et des Athéniens. Après 362, Mantinée disparaît presque de l'histoire : elle traîne désormais une vie politique assez obscure au milieu des derniers conflits de la Grèce avec la Macédoine, et sombre enfin, comme tout l'hellénisme, dans le néant d'une existence purement municipale, où les querelles intestines n'ont plus même l'excuse d'une certaine grandeur.
En somme, la démocratie mantinéenne a duré dans son plein épanouissement un peu moins d'un siècle, depuis le premier synécisme jusqu'à la catastrophe de 385 ; ensuite, elle ne s'est relevée que pour perdre bientôt toute importance dans la chute commune de la liberté grecque. Cette période est donc assez courte, et Mantinée n'a d'ailleurs jamais été dans le monde grec qu'une puissance de troisième ordre. Elle est cependant intéressante par le caractère original de ses institutions. La démocratie, en effet, a été chez elle la moins urbaine que la Grèce nous présente : c'est une démocratie de paysans, avec une physionomie générale très distincte et certains traits particuliers qu'on ne trouve pas ailleurs.
Pour une population qui vit aux champs, loin de la ville, et qui est retenue par ses travaux, il est difficile de venir souvent aux Assemblées et de procéder aux nombreuses opérations qu'implique le gouvernement démocratique. C'est ainsi qu'à Athènes la réalité du pouvoir avait passé de bonne heure aux habitants de la ville, au détriment des gens de la campagne, qui ne se dérangeaient que dans les grandes occasions. Contre cet inconvénient, les nations modernes ont inventé le système de la représentation, qui confie à des députés élus le soin d'interpréter la volonté nationale. Les Mantinéens n'avaient pas été tout à fait jusque-là; mais ils avaient imaginé quelque chose d'analogue. Ils nommaient des électeurs qui étaient chargés, à leur tour, d'élire les magistrats. Ces électeurs étaient pris sur l'ensemble du peuple, sans restriction de cens, à ce qu'il semble, mais probablement en vertu d'une sorte de roulement (xaxà (xépo;), dont le mécanisme précis nous échappe*. Les électeurs du premier degré avaient ainsi moins d'occasions de se déranger. Notons aussi qu'il s'agit ici d'élection, non de tirage au sort comme à Athènes, et que l'un des principaux griefs dirigés de tout temps contre la démocratie athénienne se trouvait aussi prévenu à Mantinée. L'ensemble du peuple ne renonçait d'ailleurs pas