‹ Les démocraties latines de l'AmériqueChapitre 14 sur 76 · PAEZ — GUZMAN-BLANCO · texte numérisé non relu

PAEZ — GUZMAN-BLANCO

L’autorité morale de Paez. — Les Monagas. — La tyrannie de Guzman-Blanco. — Progrès matériels.

Deux figures centrales : Paez et Guzman-Blanco, dominent l'histoire vénézuélienne. — Le premier fonde une République contre la volonté unificatrice de Bolivar. Le second établit une longue autocratie sur les factions et les querelles d’un demi-siècle.

Paez est un chef individualiste et nomade, passionné de la patrie locale contre les vastes concentrations politiques. Comme la pampa argentine engendre Quiroga et le désert de l’Arabie la mystique aventure des, kalifes, les « llanos » (plaines) du Vénézuéla créent Paez.

A côté de l’orgueilleux « llanero », dans l’Apure, se forma ce cavalier avide de plaines infinies, chef d’une troupe anonyme, héros de toutes les aventures, romantique et brutal. Il naquit en 1790. Il était métis, représentant des forces indigènes en lutte contre l’oligarchie espagnole et l’aristocratie créole. Démocrate à la façon de Castilla et de Rosas, robuste, audacieux, ayant la perspicacité de l’Indien et la fierté du chef de tribu, il veut seulement diriger des légions. Il déteste les « lettrés », les « juges », les idéologues. Lieutenant du Libérateur, il l’accompagne dans cent batailles; mais repousse toute discipline, et son insu-

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bordination prématurée diminue, en 1818, les succès de Bolivar. Son orgueil se révolte contre toute tutelle, même juste. Parfois, il veut que Bolivar soit chef absolu, monarque invulnérable; d’autres fois, il se soulève contre lui. En 1819, il décide du succès des patriotes dans' les u llanos » ; il obtient pouvoir et honneurs, et étonne toujours par son insoumission. En 1821, il s’oppose à l’ordre d’enrôlement que donne Santander, vice-président de Colombie. La municipalité de Caracas partage son désir d’autonomie, le Vénézuéla s’unit à son chef, représentait des instincts nationaux. Bolivar intervient pour renforcer l’union colombienne, et il cède à Paez. En 1826, celui-ci conseille au Libérateur de se faire couronner.

La fusion des peuples, l’unité contre la discorde étaient l’idéal bolivien. Pendant ce temps, l’esprit des nationalités travaille obscurément, et des Républiques spontanées surgissent. La race, fatiguée de tutelles, cherche avec inquiétude la division, croyant y trouver l’autonomie; et Paez, profondément Américain, obéit à cette direction et exile Bolivar. 11 rompt l’unité colombienne, comme Santander en Nouvelle-Grenade et Florès dans l’Equateur et libère sa patrie en 1830. Le guerrillero nomade doit alors organiser le pays, lui donner stabilité et continuité: son esprit souple s’adapte à de nouvelles fonctions. Par instinct, écrit un historien éminent, Gil Fortoul, il tendait à jouer le rôle de certains rois constitutionnels laissant à ses ministres le gouvernement. Sans renier son passé démocratique, il fréquenta des lettrés et des oligarques. Sa présidence, de 1831 à 1835, amena la paix intérieure, un ordre sévère dans les finances, la conciliation politique et le progrès économique.

Le Dr Vargas, ennemi du militarisme, lui succède, mais les frères .losé Tadeo et José Gregorio Monagas qui déjà, en 1831, s’étaient soulevés contre

Paez. renouvellent leur tentative en 1835. Le Président indécis, impuissant, nomme Paez commandant général de l’armée, tandis que les révolutionnaires de Caracas le proclament chef suprême. Sou immense force morale plane paternellement au-dessus des luttes de partis : il est l’arbitre des querelles vénézuéliennes.

Il défend la Constitution et la présidence de Vargas, mais ce dernier ne peut pas conserver le pouvoir et abandonne le gouvernement aux mains du viceprésident. Le « chef des plaines » est élu pour une seconde période présidentielle en 1838. Le militarisme décline sous son gouvernement, le crédit extérieur augmente, le service de la Dette est assuré, le progrès continue dans l’ordre. En 1843, son loyal ami, le général Carlos Soublette, républicain à l’antique, austère et libéral, est son successeur. Derechef, l’omnipotence de Paez a triomphé.

La quiétude politique de ces deux périodes recèle des transformations sociales. Le Vénézuéla n'est pas une République démocratique; une oligarchie y domine, comme au Chili. La Constitution de 1830 établit que seuls jouissent des droits politiques les propriétaires, les rentiers et les employés; comme dans la nation australe, les seigneurs terriens commandent et l’esclavage subsiste. Les docteurs appartiennent au groupe dominant. Les oligarques sont conservateurs; ils défendent l’ordre, la propriété et la richesse contre le militarisme et la démagogie. Us ne reconnaissent point de religion d’Etat, ni ne pratiquent l’intolérance.

En 1840. une réaction libérale commence contre la dictature de Paez et le clan conservateur; on demande des « hommes nouveaux » et des institutions démocratiques. C’est une lutte de classes et de races. La masse obscure — « pardos » (mulâtres), métis, prolétaires — soumise à l’esclavage ou à la servitude, oppri-

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mée par les privilèges, hybride, anarchiste, attaque la caste intronisée. Ainsi, à l’inquiétude politique s’ajoute le conflit social. Antonio Leocadio Guzman, brillant démagogue, comprend l’ambition libératrice des foules et fonde, dans la haine contre les hiérarchies et les traditions, un parti populaire. Tribun et journaliste, il attaque violemment Paez, Soublette et leurs ministres; il offre au peuple la liberté des esclaves et la répartition des terres avec la rudesse de tous les créateurs de démocraties, depuis Tibère Gracque jusqu’à Lloyd George. Il est candidat à la présidence en 1846; Paez soutient le général Tadeo Monagas, personnage sombre, qui représente les oligarques. Les partisans de Guzman se soulèvent contre l’influence de Soublette et la tutelle du grand « llanero », et une révolution sociale commence sous la forme d’une querelle politique. Les libéraux veulent renverser les « goths oligarques » du pouvoir, Guzman est fait prisonnier. On le juge comme ces anciens tribuns qui affolaient la classe patricienne par le tumulte d’une démocratie famélique. Condamné à mort comme conspirateur et comme anarchiste, il voit sa peine commuée en bannissement.

Les conservateurs ont vaincu : l’évolution démocratique ne se réalisera point grâce à l’avènement de quelques rudes démagogues. Comme au Chili, le libéralisme modéré germera dans le sein même du groupe conservateur. Jusqu’en 1861 est maintenue la Constitution oligarchique de 1830, comme au Chili la Constitution analogue de 1833 persiste dans toute sa rigidité jusqu’en 1891. Les libéraux se séparent à peine des conservateurs : le démocrate Guzman lui-même accepte l’esclavage. Point ne s’annonce donc une violente guerre de castes; mais plutôt la lente infiltration des principes libéraux chez la classe aristocratique. L’homme de cette époque de transition est le Président Monagas. Il gouverne avec les libéraux

et les conservateurs et fonde un régime personnel. Le Congrès veut le mettre en accusation, mais le peuple défend le dictateur contre le Congrès. L’Assemblée indépendante se trouve dissoute, au milieu des cadavres, un jour tragique, le 24 janvier 1848. et le Pouvoir Exécutif triomphe. A la domination des oligarchies succède le personnalisme ou l’autocratie. Monagas lutte contre Paez, ces deux influences dominantes ne peuvent pas coexister. Le vieux « caudillo » prend la tête d’une révolution; il estvaincu et, comme Guzman, exilé... Curieuse analogie de destin entre le chef des oligarques et celui des démocrates !

José Tadeo Monagas est remplacé par son frère José Gregorio. Ils forment tous deux une étrange dynastie dans laquelle l’hérédité est collatérale. Guzman ayant reperdu la présidence, ses partisans et ceux de Paez se soulèvent en 1853 et 1854 contre le gouvernement: celui-ci est vainqueur et affranchit les esclaves en 1854. Mieux que les apostrophes du tribun populaire, cette mesure radicale prépare l’avènement des démocrates. Après José Gregorio Monagas, son frère José Tadeo devient Président en 1855. Une nouvelle Constitution de 1857, à tendance, centraliste, permet la réélection du Président et Monagas reste au pouvoir. Le général Castro le vainc, à la tète d’une coalition de tous les partis. Les anciens groupes politiques se réorganisent; les luttes entre centralistes et fédéraux recommencent; et'dans le déclin des oligarchies, la démocratie avance. La Convention de Yalencia 1858) promulgue une Constitution libérale, laquelle établit l’autonomie des provinces avec gouverneurs et Congrès qui leur soient propres; la capacité électorale, restreinte par l’ancien statut, est élargie; on institue le système des jurés; on affaiblit le Pouvoir Exécutif en souvenir du personnalisme de Monagas. Une guerre civile, où se mêlent fédéraux, libéraux, centralistes, conservateurs,

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constitutionnels ou idéologues en rencontres bigarrées inquiète le pajs. Ces batailles manquent de la simplicité des anciennes directions, de la rigidité des vieilles hiérarchies. La démocratie croît douloureusement, les factions libérales éprouvent l’ivresse des niveleurs. Leurs chefs — Falcon, Zamora — sont des démagogues à cheval. Devant tant de barbarie, Paez, revient des Etats-Unis en 1861, apportant la réaction et l’autocratie. Le 10 septembre, il se proclame chef suprême contre le pouvoir fédéral : octogénaire, il réunit dans ses mains tremblantes tout le pouvoir, triste symbole de l’oligarchie épuisée en lutte contre l’envahissante démocratie. En vain accumule-t-il les décrets tyranniques : il ne peut empêcher le triomphe de la fédération. Guzman-Blanco, général des forces fédérales, négocie avec Rojas, le secrétaire omnipotent de Paez, à Coche, un accord qui met fin à l’instable dictature. L’action du fondateur du Vénézuéla, « l’homme des plaines », représentant de l’aristocratie conservatrice, est terminée. 11 meurt en 1873, quand déjà se dresse pour continuer, sous une autre forme, son œuvre d’un demi-siècle, un grand « caudillo » : Antonio Guzman-Blanco.

Il était le fils de Antonio Leocadio-Guzman, chef dn parti libéral. Il voyagea aux Etats-Unis, fut diplomate, suivit des cours de droit, et de retour au Vénézuéla dirigea les opérations militaires pendant la révolution contre Paez. II avait des dons de capitaine : il organisait habilement l’attaque et la retraite dans cette difficile lutte de factions à travers les plaines, se révélait héroïque conducteur d’hommes, impétueux et tenace. En 1862 il atteignit le grade de Général en chef de l’Armée. L’Assemblée générale l’élut vice-président de la République, sous la présidence de Falcon, après les accords de Coche. Guzman- Blanco contracte alors un emprunt d’un million et demi de livres sterling à Londres, où le crédit du

Yénézuéla était ruiné. Il était nécessaire de relever les finances publiques après la longue crise révolutionnaire. L’opération fut onéreuse, et le chef libéral, critiqué. Le Congrès Vénézuélien lui accorda cependant un prix en espèces.

En 1865 et 1866, pendant les absences du Président Falcon, il exerça le commandement avec un tact politique admirable, introduisant de sévères économies dans les finances, régularisant la dette, supprimant des emplois et des pensions. Dans l’ordre politique, malgré le triomphe des fédéraux, il demanda qu’on renforçât le pouvoir central, contre l’anarchie des provinces autonomes. En effet, une nouvelle constitution extrêmement libérale, promulguée par l’Assemblée de 1864, avait concédé aux provinces une excessive indépendance.

Une révolution renverse le Président fédéral, et les conservateurs, les mécontents, ramènent José Tadeo Monagas. L’anarchie continue et Guzman-Blanco intervient pour réprimer des révoltes partielles, conseiller la tolérance politique, et négocier à l’étranger l’unification de la dette publique; de Paez, il a hérité le pouvoir moral. Monagas veut l’attirer dans son parti, lui offre la succession présidentielle. La lutte augmente d’intensité : les « bleus » de Monagas, comme à Byzance, se méfient des « jaunes » de Guzman-Blanco. La guerre civile dure cinq ans; le pays cherchant la stabilité, même dans l’autocratie, José Ruperto Monagas succède à son père et l’essai monarchique se répète. Le chef des fédéraux est l’ennemi du président qui l’exile, après une attaque nocturne à sa maison, le 14 août 1869.

Guzman arrive à Curaçao et, en septembre, commencent ouvertement les travaux révolutionnaires. Monagas veut transiger, poursuit une de ces conventions si fréquentes dans l’histoire vénézuélienne; mais le « caudillo » impose de dures conditions. Son

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père, le tribun démagogue, l’accompagne comme journaliste. Après des batailles partielles, la Révolution triomphe à Caracas (avril 1870), et Guzman- Blanco assume la dictature. Le régime autocratique n’accepte ni conciliation avec les vaincus, ni artifices légaux; la figure de l’Impérator plane au-dessus de la foule passive, contre la désorganisation fédérale, le gaspillage économique et l’incessante anarchie. Le chef libéral attaque énergiquement ses adversaires, il dirige des batailles, fait des prodiges de stratégie à Valencia et à Apure. Les « bleus » reculent, perdent successivement Valencia, Trujillo, Maracaïbo. Le général MatiaS Salazar, chef libéral séditieux, ami du dictateur, est fusillé. Gomme Porfirio Diaz, l’autocrate vénézuélien mate l’anarchie en décapitant des généraux. Des exils, des combats, des confiscations de biens, préparent la paix définitive. Deux ans dure la guerre civile, et en 1872. Guzman-Blanco, despote bienfaisant, commence la transformation matérielle du pays. Il connaît les hommes, il a le don du commandement, une irrésistible décision, un caractère d’acier. Il réduit les droits d’importation, annule ceux d’exportation; fonde une compagnie de crédit qui émet des bons-garantis par le Gouvernement, et amortit la dette publique. Tout en introduisant de sévères économies dans les finances, il attaque ses ennemis politiques avec des emprunts forcés et des contributions spéciales. Dans l’ordre politique, il réprime sans hésitation les révoltes des Bleus, ne leur accorde aucune amnistie; il exile l’archevêque parce qu’il refuse de célébrer par un « TeDeum » le triomphe de la Révolution libérale. Le dictateur est nationaliste contre les pressions et les menaces étrangères : il aspire à la reconstitution du Vënézuéla, dans l’ordre intérieur et extérieur, contre l’anarchie des factions et l’agiotage européen. Des conflits diplomatiques surgissent avec les Etats-Unis, la Hollande, l’Angleterre et la Papauté.

Guzman-Blanco protège l’instruction : il désire « une école dans chaque rue ». 11 réforme les codes civil et pénal, établit le mariage et le registre civils. En 1873. il renonce à la dictature devant le Congrès; mais celui-ci l’élit président, et lui accorde de suprêmes honneurs. Des statues, des rues portant son nom, des médailles, les titres pompeux d’ « Illustre Américain » et de « Régénérateur du Yénézuéla » : rien ne lui est refusé par des députés serviles et prodigues. Sa statue, érigée à Caracas en 1875, près de celle de Bolivar, unissait dans la gloire le Libérateur et le Régénérateur. Le dictateur populaire satisfait les ambitions de chacun: il apporte la paix que désirent les oligarques, il est l’idole des foules, et attaque l’Eglise, comme les libéraux et les francs-maçons.

De 1870 à 1877, le Gouvernement favorise le développement matériel par la construction de chemins de fer et de routes, d’édifices publics dans les grandes villes, par la transformation et l’embellissement de Caracas. On dit qu’il voulut imiter Napoléon III en ouvrant des promenades et des avenues. Le crédit prospère, le service de la Dette est assuré, les rentes publiques augmentent, on établit des budgets ordonnés et économiques, la statistique est organisée. Le Président renforce et discipline l’armée; intervient dans la politique des Etats, malgré le fédéralisme. 11 essaie de fonder une Eglise Vénézuélienne, avec un archevêque libéral et des curés élus par les fidèles; supprime les congrégations et en convertit les biens en propriétés nationales. Son autocratie ne respecte pas de pouvoirs étrangers. Dans l’ordre économique^ il stimule les industries par un fort protectionnisme. Admirateur de l’art français, il crée des musées au Yénézuéla.

En 1877, lui succède le général Alcantara. Guzman- Blanco disait dans son message, en résumant son œuvre de sept années, qu’il laissait la paix, l’organi-

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sation administrative et politique, le crédit extérieur, la liberté du vote, le « triomphe de la dignité et du droit de la Patrie ». On l’acclame jusqu’à l’apothéose. Il se dirige en Europe, et, durant son absence, les statues du dictateur sont renversées et on annule les décrets par lesquels on lui avait conféré les honneurs. La démocratie, instable et féminine, brûle ce qu’elle avait adoré. Guzman-Blanco retourne au Vénézuéla en 1878, dévoré de désirs dictatoriaux. Il avait essayé, à Paris, de fonder une compagnie qui, à l’instar des compagnies anglaises de l’Afrique et des Indes, transformerait son pays. Il ambitionne le pouvoir qu’il a abandonné à une foule ingrate. A son arrivée une révolution favorable l’accueille, l’Etat de Carabobo le proclame dictateur et dix autres Etats le suivent. Les révolutionnaires triomphent, et ceux-là mêmes qui avaient renversé les statues et annulé les honneurs, portent le dictateur aux nues. Guzman- Blanco propose la réforme de la Constitution : la fédération suisse lui sert de modèle politique. 11 réduit le nombre des Etats au Vénézuéla, dépouille le Pouvoir Exécutif de force attributions qu'il confie à un Conseil fédéral. Les Provinces approuvent la Constitution « Suisse » de 1882.

L’ « Illustre Américain » retourne alors en France pour réaliser un plan financier qui transformera son pays, et passer un contrat avec la haute banque juive. Il forme une Compagnie privilégiée qui exploitera le pays, obtiendra des concessions de terrains, organisera ce que les financiers appellent la mise en valeur de territoires nouveaux. La constitution promulguée, Guzman-Blanco est élu Président du Conseil général. En 1882, il expose au Congrès les bienfaits de son autocratie : développement matériel, budgets avec superavil , extension de la culture, fermeté politique.

Jusqu’en 1886, Guzman-Blanco est président de la

démocratie vénézuélienne, ou ministre dans les capitales européennes. Son pouvoir est absolu : il impose de nouveaux chefs, quitte le pays, y revient; il est le protecteur de la République. 11 dirige, des bords enchantés de la Seine, le développement fébrile du Vénézuéla. Comme Porfirio Diaz au Mexique et Rosas en Argentine, il vainc les autres chefs, impose la paix, organise et unifie, domine par la terreur ou par le sentiment. « Caudillo » sans idées politiques définies, il aime le pouvoir et la patrie. Etat, Eglise, partis, richesses lui appartiennent : ce sont les domaines de ce baron féodal. Ses ennemis l’accusent de s’ètre enrichi des deniers nationaux; mais son œuvre, dans l’ordre matériel, est féconde : il construit des chemins, érige des édifices, stimule le développement de la fortune nationale. Dans l'ordre politique, il affirme l’inviolabilité de la patrie contre les agressions étrangères; il est démocrate contre l’oligarchie conservatrice. Il aime le faste, le triomphe, l’extériorité somptueuse, la phrase sonore, le servilisme des foules.

Son œuvre, il y croit orgueilleusement ; il s’écrie, en 1883, que le Vénézuéla sous son autorité « a entrepris un voyage infini vers un avenir infini. » Sa dictature lui paraît nécessaire, providentielle : « les peuples l’imposèrent pour nous sauver de l’anarchie ». Il a voulu « la régénération de la patrie »; et, de cette œuvre, sienne est la responsabilité ; mais sienne aussi la grandeur. « Je n’ai jamais suivi la pensée d’autrui mais la mienne » dit-il1; on peut lui appliquer la phrase classique de Pabsolulisme, « l'Etat c’est moi ».

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