‹ Les demoiselles TourangeauChapitre 1 sur 8 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

» Mes précédentes études de mœurs, publiées dans la Presse depuis dix ans (1), sont dues à l'indépendance dont on m'a laissé jouir.

» M. Emile de Girardin, le premier, m'ouvrit les portes d'un important journal, en me laissant la bride sur le cou. J'ai profité tout jeune de cette extrême liberté et n'ai cherché qu'à la faire tourner au profit d'expérimentations littéraires.

«Éloigné par ma nature du moule habituel du romanfeuilleton, plus préoccupé d'amasser des faits et de grouper des observations que de brusques péripéties, préparant lentement des travaux qui semblaient avoir besoin du recueillement du livre, sans m'inquiéter comment le public de la vente « au numéro » accueillerait le morceau de galette qu'il est d'habitude de lui découper en tranches sous b titre de feuilleton, j'ai toujours rencontré des lecteurs si sympathiques à mes tentatives, que je croirais leur faire injure en les priant de suivre avec attention les développements de caractères dont les secrets rapports et les affinités physiologiques m'ont longtemps préoccupé.

(1) Les Bouryeuis de MoUnchart (1834), Monsieur de Buisdfcyter (1856), les Amoureux de Sainte-Périne (1858), le Viulou de faïence (1861).

PRÉFACE m

» A la tête de faits qui, dans divers milieux et à diverses reprises, se présentèrent identiquement semblables, je posais un pied timide dans un domaine nouveau qui semblait interdit au roman, lorsque de certaines analogies d'observations detrois intelligences, Gœthe, Sainte- Beuve, le docteur Moreau (de Tours), sur les rapports du physique et du moral, sur les liens étroits de race et de parenté, me confirmèrent dans la généralité do ces faits dont la loi était à peu près trouvée.

» Le secret de cette loi est enfermé dans les derniers actes du drame actuel; mais, avant tout, publiant un roman, j'accepte le jugement des lecteurs habituels de romans, aussi sévère qu'il soit, dùt-il détruire en quelques heures ce qui a demandé à l'auteur quelques années de réflexion. »

Page 1