SAINT PHILIPPE DE N É R I DÉLIVRANT UNE POSSÉDÉE
Groupe dans une fresque de André del Sarte, dans le cloître de VAnnumiala, à Florence.
A notre point de vue spécial, nous 11e saurions rien concevoir de plus conforme à la réalité que cette figure de démoniaque créée par André del Sarte. Nous reconnaissons à des signes non douteux que le peintre a puisé dans la nature même les éléments de sa composition; il a peint une possédée telle qu’il l’a eue vraisemblablement sous les yeux dans une de ces scènes qui n’étaient point très rares à cette époque.
Nous retrouvons là, en effet, plusieurs caractères de l’attaque de grande hystérie à son début. Il semble que le moment choisi par le peintre soit celui qui inaugure l’attaque et précède les grandes convulsions. En termes scientifiques nous pourrions dire que la malade est dans la première période ou période épileptoïde de son attaque. Il nous serait possible de préciser plus encore et d ajouter qu’elle est dans la phase de contracture tonique.
charcot el richer. — Les démoniaques dans l’art. 4-
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Saisie par son mal, la jeune femme tombe à la renverse et la rigidité a déjà envahi tout le corps. Celte chute n’a rien du laisser aller avec flaccidité musculaire de la syncope ou de l’évanouissement, ainsi que le pensait Clç Blanc. On sent que ce corps ainsi courbé en arrière est raidi des pieds à la tète. Les membres inférieurs légèrement fléchis sont contracturés ainsi que le témoignent les pieds convulsés la pointe en dedans, La tête, fortement renversée, fait saillir le cou gonflé, et toute la face bouffie et turgescente trahit l’arrêt apporté à la respiration par le spasme généralisé. Les deux bras s’écartent du tronc comme pour exécuter ces grands mouvements toniques que nous décrivons plus loin et que les deux assistants semblent interrompre (Voy. p. 94). Il est vrai que, dans notre hypothèse, les doigts devraient être fléchis dans la paume de la main et les avant-bras en pronation au lieu d’être en supination. Mais la main droite est, sur la fresque, manifestement crispée, plus que ne le traduit notre dessin.
Tous ces caractères ne représentent pas l’accès d’épilepsie véritable, mais ils appartiennent sans conteste à cette phase de la grande attaque hystérique qui simule parfois à s’y méprendre l’accès épileptique, et que nous désignons du nom de période épileptoïde. Au-dessus delà possédée s’enfuient deux petits diables ailés.
André del Sarte n’avait que vingt-deux ans quand il peignit cette fresque. Peut-être devonsnous à ces circonstances cette fraîcheur d’impression et cette sincérité d observation qui placent au premier rang cette œuvre du maître.