LE TOMBEAU OU BIENHEUREUX FRANÇOIS DE PARIS
Une des premières illustrations du livre de Carré de Montgeron représente le tombeau du bienheureux François de Paris. 11 s’agit non d’une gravure épisodique, mais d’une sorte de représentation synthétique qui, en même temps qu’une reproduction exacte des lieux, chercheà résumer l’œuvre dans son ensemble. La plupart des personnages représentés ici sont des portraits.
I. Voir Études cliniques sur la grande hystérie, par Paul Itirher. 2e édit. p. 872
On y voit les principaux miraculés et aussi les hauts personnages du parti janséniste, parmi lesquels, très vraisemblablement, Carré de Montgeron lui-même. On comprend que cette gravure est destinée à glorifier l’œuvre des convulsionnaires et à en perpétuer le souvenir. Le moindre détail choquant en a été écarté avec soin.
Ij E TOMBEAU DE b. FRANÇOIS DE R A R I S DIACRE DE L’ÉGLISE DE PARIS, MORT LF. 1 0 r MAI 1727, ILLUSTRÉ PAR DES MIRACLES SANS NOMBRE ET DES CONVERSIONS ÉCLATANTES
Fac-similé d’uno gravure extraite de La vérité des miracles opérés par l’intercession de .17. de Paris, par M. de Montgeron, MÜCCXXXVII .
Il n’en est pas de même dans une autre gravure relative au tombeau du bienheureux et dont nous allons parler maintenant, où la nature semble prise sur le fait, et par là même nous intéresse bien davantage.
l'ÉLERl.N AGE AU TOMBEAU DU DIACRE l'ARlS
La figure ci-contre est un fac-similé de l’estampe qui nous parait, au point de vue artistique, la plus remarquable de notre collection. Elle estfort intéressante à étudier dans les détails, et, à part une disposition du cimetière peut-être un peu fantaisiste, elle nous semble bien donner une idée des scènes tumultueuses dont le tombeau du bienheureux était le théâtre. Nous y tfou-
PÈI. Elu S AGE AU T O M 1) E A U U U 1) I A C U K PARIS Fac-similé dune gravure à l’eau-forte anonyme (xvm» siècle).
vons, dans les allures des filles convulsionnaires, des traits pris sur le vif, et qui relèvent bien de la grande névrose.
L’affluence est si grande que des gardes sont chargés de maintenir l’ordre autour de la tombe
deM. de Paris, que l’on voit assiégée par une foule suppliante dans les attitudes les plus variées : les uns courbés la face contre la pierre, les autres à genoux les mains jointes; une femme debout lève les deux bras en l’air dans un geste emphatique qui sent bien l’hystérie. Tout au fond, un garde défend l’approche à une femme que son attitude moqueuse nous ferait prendre volontiers pour une convulsionnaire. Peut-être redoute-t-il une scène de désordre que la conduite des convulsionnaires présentes est bien en droit de lui faire craindre. En effet, il paraît régner dans ce monde-là une assez grande surexcitation. À gauche, un jeune abbé à la ligure poupine tient des discours à plusieurs femmes; l’une d’elles est dans une attitude de recueillement exagéré; une autre, dont le corsage estquelque peu en désordre, parait avoir fort envie de lui sauter au cou. Par opposition, à droite, plusieurs convulsionnaires assaillent un moine qui, vraisemblablement, ne partage pas les doctrines de M. de Paris; l’une lui tire la barbe à pleine main; les autres lèvent le poing pour le Irapper.
Depuis les anciennes possédées, qui s’enflammaient d’amour pour certains prêtres pendant qu’elles injuriaient et frappaient les exorcistes, jusqu’aux hystériques modernes qui se conduisent de même envers les médecins appelés à leur donner des soins en passant par les convulsionnaires de Saint-Médard, on voit que l’exaltation des sentiments n’a point changé, et que leur manifestation a toujours employé les mêmes moyens extrêmes.
Des infirmes de tout rang et de tout âge arrivent de tous côtés : infirme privé de l’usage d’une jambe et porté sur deux béquilles, misérable cul-de-jatte, podagre des classes riches (pii descend de sa chaise à porteur soutenu par ses domestiques... À droite, c’est une femme qui porte dans ses bras un jeune enfant entouré de langes brodés ; à gauche, c’est une pauvresse qui porte son enfant attaché sur son dos avec des courroies...
Tout contre le tombeau, une jeune femme infirme s’est laissée choir. Les deux béquilles, l’attitude de la jambe gauche font supposer qu’elle est atteinte d’une déformation du membre inférieur gauche par contracture musculaire en flexion. Or, nous avons vu plus d’une fois la contracture hystérique revêtir cette forme. Il semble donc que l’artiste ait voulu représenter ici une malade portant un signe manifestement hystérique. Mais cette supposition devient presque une certitude, si nous considérons le renversement de la tête, le gonflement du cou, la crispation de la main droite... autant de signes du début de la crise convulsive. Un garde se précipite pour soutenir et maintenir au besoin la malheureuse. Nous pensons donc ne poinl trop nous avancer en disant que l’artiste a représenté ici, avec beaucoup de finesse d’observation et de talent, un de ces cas analogues à celui de la demoiselle Fourcroy et comme il avait pu en observer lui-même : une jeune femme infirme par contracture hystérique et guérie au tombeau du diacre à la suite d’une crise de convulsions.
La curiosité attire dans ce lieu des personnes du plus grand monde. Un gamin vend des images du bienheureux.
Au bas de cette gravure se trouve une sorte d’oraison pour exciter les fidèles à l’admiration des miracles dont le tombeau est le théâtre, et les exhorter àvreconnaitre les preuves de lareligion.