LES « DÉMONIAQUES CONVULSIONNAIRES » D’AUJOURD’HUI
Pour clore cette Étude sur les représentations des anciens démoniaques, il nous paraît utile de mettre sous les yeux du lecteur une description sommaire de la grande névrose telle que nous l’observons aujourd’hui, et plus particulièrement de la grande attaque convulsive qui est une de ses principales manifestations.
Il ne faudrait pas conclure, tant s’en faut, de ce rapprochement que l’hystérie ait été le seul état morbide dissimulé dans les cas de possession; on y retrouve d’autres névroses, telles que l’aliénation mentale sous ses diverses formes (démonopathie), l’épilepsie, l’hypochondrie, etc. Mais il n’en est pas moins vrai que de toutes les affections nerveuses, l’hystérie est celle qui dans l’espèce paraît avoir joué presque toujours le rôle le plus considérable et que les agitations et contorsions des anciens démoniaques représentés par les artistes ont été empruntées à la symptomatologie de l’hystérie.
De récentes études nous ont permis de donner de la grande attaque hystérique une description méthodique en la subdivisant en plusieurs phases et périodes nettement caractérisées. Nous avons démontré l’existence d’une règle fixe et immuable, là où les auteurs n’avaient vu jusqu’ici que désordre et confusion. Autour d’un type qui représente l’attaque hystérique dans son entier et complet développement, nous avons groupé les variétés résultant de la prédominance ou de l’atténuation de l’une ou de plusieurs des périodes qui la composent. Parmi ces variétés il en est une qui mérite plus particulièrement d’attirer ici notre attention. Nous y trouverons les modernes « possédés », et nous n’avons pu trouver de plus juste dénomination pour la désigner que celle d’attaque démoniaque.
Il est parfaitement démontré aujourd’hui, par des observations dont le nombre augmente chaque jour, que l’hystérie n’est point spéciale au sexe féminin. Les jeunes garçons, les hommes de tout âge, et parmi eux des ouvriers, des manœuvres dont la nature intellectuelle est bornée, et dont l’extérieur n’a rien d’efféminé, peuvent devenir la proie de la grande névrose. Les plus grandes ressemblances existent entre les symptômes dans l’un et l’autre sexe. Nous signalerons chemin faisant quelques différences de détail.
Notre description sera aussi succincte que possible, nous y introduirons pour plus de clarté et de facilité un certain nombre des figures qui illustrent l’ouvrage spécial de l’un de nous sur la question.
L’attaque hystérique complète et régulière se compose de quatre périodes ; elle est précédée
période épileptoïde de la grande attaque hystérique Représentation schématique des grands mouvements de la phase tonique.
le plus souvent de signes précurseurs qui permettent aux malades de prévoir le moment où ils vont tomber en état de crise.
Ces prodromes apparaissent quelquefois plusieurs jours à l’avance. La malade, quand c’est une femme est prise de malaises, d’inappétence, parfois de vomissements. Elle devient taciturne, mélancolique ou au contraire est en proie à une surexcitation extrême.
période épileptoïde de la grande attaque hystérique Phase tonique. Variété des grands mouvements toniques. La malade se trouve ramassée en boule et fait un tour complet sur elle-même.
Les hallucinations de la vue sont fréquentes; elles consistent surtout en des visions d’animaux, des chats, des rats, des vipères, des corbeaux, etc... On voit parfois survenir des crampes, du tremblement limité à un membre ou des secousses de tout le corps accompagnées de vertige.
Bientôt se montrent les phénomènes douloureux de Y aura hystérique qui précèdent immédiatement l’attaque et qui apparaissent en général dans l’ordre suivant : douleur ovarienne,
période épileptoïde de la grande attaque hystérique
Phase tonique. Atlitude tétanique.