SUR LE CARACTÈRE
est possible de patienter encore ; mais les leçons du passé n’ont guère servi — elles servent si peu aux peuples ! pourquoi serviraient-elles aux femmes? — et de nouvelles brèches plus profondes rendent indispensable un jour l’application d’un dentier.
A moins que ce ne soit :
Pour réparer des ans l’irréparable outrage,
une femme ne se décide jamais, sans les plus longues hésitations, à en arriver à cette dure extrémité. Sans doute, le dentier remplacera complètement la nature par son aspect; mais si on allait s’en apercevoir, s’il venait à tomber devant un adorateur, s’il donnait de l’odeur, enfin toute une série de si, dont l’ensemble constitue un des plus pénibles cauchemars qui puissent hanter un cerveau féminin ! Tout est fini pour elle, elle ne doit plus sourire. Si j’étais homme de lettres — au lieu d’être un simple dentiste — je voudrais écrire un livre que j’intitulerais :
De l'influence de l'état des dents sur le caractère des femmes en général et sur celui des femmes mariées en particulier.
Bien des gens qui sont à l’Institut y sont entrés avec des bouquins, plus intéressants peut-être, mais
40 INFLUENCE DE l’ÉTAT DES DENTS
d’une portée morale assurément moindre que celui dont je viens d’indiquer le cadre.
Le lecteur voit quels horizons nouveaux et inexplorés s’ouvrent devant lui ; mais, dans ces sentiers vierges, nous ne nous aventurerons pas, voulant éviter d’empiéter sur le domaine des philosophes et des historiens qui, du reste, pourraient nous rappeler le mot fameux : Ne sutor ultra crepidam.