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DE LA DENTITION ET DES ACCIDENTS QU’ELLE PEUT ENTRAINER

Première dentition ou dents de lait. — Tableau indiquant l’époque de l’apparition des premières dents. — Deuxième dentition ou dents permanentes. — Époque de cette apparition. — Accidents de la première dentition et moyens d’y remédier. — Nécessité de soigner les dents de lait. — Préjugés à cet égard. — Persistance des dents de la première dentition et inconvénients qui peuvent en résulter.

On désigne, par le mot dentition, les phénomènes de l’accroissement et de la sortie des dents.

Il y a deux dentitions. Pendant la première, apparaissent les dents temporaires, au nombre de vingt, qu’on désigne sous le nom de dents de lait ; pendant la seconde, ces dents sont remplacées par les dents permanentes.

A la naissance, la couronne des incisives est formée ; mais celle des canines ne l’est pas. Bientôt

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les racines se développent; et, vers l’âge de six à huit mois, commence la dentition. Les incisives moyennes de la mâchoire supérieure percent d’abord ; quinze jours après apparaissent les incisives correspondantes de la mâchoire inférieure, puis les incisives latérales et, plus tard, les canines. Vers le douzième mois viennent enfin et successivement les huit premières molaires. Voici, du reste, le tableau représentant l’ordre dans lequel elles se présentent généralement. Nous ferons remarquer, cependant, que ces exceptions sont très fréquentes.

Incisives centrales .... de 7 à 8 mois.

(Cas extrêmes de 1 k 13 mois).

Incisives latérales .... 7 à 9

Canines 17 à 18

Premières molaires ... 20 à 24

Deuxièmes molaires ... 24 à 34

Les vingt premières dents, dites de lait ou temporaires, sont complètes vers l’âge de trois ans, quelquefois avant.

Vers la sixième ou septième année, les dents de lait tombent et sont remplacées par des dents permanentes, d’abord au nombre de vingt-huit, mais qui s’accroissent de quatre vers l’âge de vingt ans, de façon à former le chiffre total de trente-deux.

Les germes des secondes dents existent chez le fœtus ; leur ossification commence quelques mois

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après la naissance pour les incisives et les grosses molaires ; elle n’est terminée qu’à l’âge de dix à douze ans pour les dernières dents. En même temps, la racine des dents de lait est résorbée, et la dent, qui n’est plus retenue dans son alvéole, tombe bientôt. Les anciens, qui voyaient que les dents de lait n’ont pas de racine lorsqu’elles tombent, avaient recours à plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène : les uns croyaient qu’elles n’avaient pas de racines ; les autres, que les racines restaient dans la mâchoire et continuaient à croître pour engendrer plus tard de nouvelles dents.

Le tableau suivant indique approximativement l’époque de l’apparition des dents permanentes :

Premières grosses molaires . ' . de 6 à 7 ans. Incisives moyennes et latérales. 7 à 9 Premières petites molaires. ^ ,

Deuxièmes petites molaires.

Canines 11 à 1 2

Troisièmes grosses molaires

(Dents de sagesse) . . . 18 à 21

Exceptionnellement, on voit sortir ces dernières à un âge fort avancé. Elles sont alors fort réduites de volume.

Quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles se produit le travail de la dentition, il détermine toujours du côté de la cavité buccale une

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Fig. 4. — Dents permanentes de la mâchoire supérieure.

Les numéros placés à droite des dents indiquent l’époque do leur apparition, ceux placés à gauche font connaître l’ordre de cette apparition.

Cette figure est extraite de l’ouvrage la Vie, traité de physiologie humaine, par le docteur Gustave le Bon, J. Rothschild, éditeur.

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congestion plus ou moins vive, qui ne doit pas être considérée comme un état pathologique, lorsqu’elle ne dépasse pas certaines limites.

Los accidents pouvant résulter de la dentition sont nombreux, et leur traitement nécessite les soins d’un médecin ou d’un dentiste expérimenté. On peut les diviser en deux classes : les accidents locaux, produits parle travail de la dentition, et les accidents généraux qui l’accompagnent. Ces derniers ne sont plusspécialement du ressort de la médecine. Nous dirons donc seulement en passant, que c’est à tort qu’on croit généralement que les diarrhées favorisent la dentition. A moins qu’elles ne soient très légères, il faut s’empresser de les combattre par les moyens les plus actifs, ainsi que le recommande le professeur Trousseau.

Les accidents locaux les plus communs de la première dentition sont une sécrétion abondante de la salive, une démangeaison et un gonflement des gencives qui sont tendues, rouges, chaudes et douloureuses. Ces différents états peuvent être accompagnés de fièvre, de mouvements spasmodiques et de convulsions violentes.

Le moyen le plus simple à opposer au gonflement des gencives consiste à pratiquer sur elles une incision cruciale allant jusqu’à la dent, ou, préférablement, à tailler un lambeau elliptique qu’on enlève

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afin d’empêcher la cicatrisation prématurée de la plaie. Les symptômes les plus graves disparaissent aussitôt comme par enchantement.

Lorsque les gencives ne sont que légèrement enflammées, on les frotte avec du miel et on fait gargariser la bouche avec de l’eau additionnée de quelques gouttes de notre électuaire spécial. Il calme la douleur et la fièvre qu’elles occasionnent. On l’emploie en frictions faites avec le bout du doigt plusieurs fois par jour sur les gencives de l’enfant.

Les hochets d’ivoire, de verre ou de métal qu’on donne aux enfants dans le but de faciliter la sortie de leurs dents, produisent un effet absolument contraire à celui qu’on se propose d’atteindre. Leur contact durcit, en effet, les gencives, et, en les rendant calleuses, augmente les difficultés de la dentition. Il vaut beaucoup mieux faire sucer à l’enfant quelques figues grasses ou un morceau de racine de guimauve, qui forme dans la bouche un mucilage émollient.

Par suite d’un préjugé fort répandu, on ne donne aucun soin aux dents de lait, qu’on sait devoir être remplacées par des dents permanentes. Notre expérience nous permet d’affirmer que c’est au contraire à cette époque de la vie que les soins sont le plus nécessaires. Il importe beaucoup d’em-

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pêcher la chute prématurée des dents de lait et de les aurifier lorsqu’elles sont cariées, ainsi qu’on le ferait pour des dents permanentes. Il faut à l’enfant comme à l’adulte des dents en état de mâcher. Si elles le font souffrir, il ne se nourrira pas : et il en résultera des accidents qui produiront un effet funeste sur tout l’organisme. Leur présence favorise le développement normal de la mâchoire, qui n’est pas encore complètement terminé. Leur clîute prématurée entraîne à sa suite la déviation des dents permanentes, ainsi que nous allons l’expliquer.

Les os des mâchoires, chez Tentant qui n’a pas encore de dents, ont une forme et des dimensions très différentes de celles qu’ils auront après la sortie des dents de la seconde dentition. Depuis l’âge de six mois jusqu’à celui de trente mois environ, ils se modifient peu à peu par la sortie successive de divers groupes de dents temporaires ; mais, à cette époque, ils ne pourraient présenter aux vingt-huit premières dents de la seconde dentition la place qui leur est nécessaire ; aussi restent-ils encore, pendant une période de quatre ans, munis seulement de vingt dents. Pendant ce temps, ils se développent, et l’étendue du bord alvéolaire augmente. Ce n’est que lorsque ce travail est suffisamment avancé que les dents définitives, en se développant à leur tour, provoquent la chute des dents temporaires pour

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prendre leur place. On comprend maintenant que si la carie oblige à arracher prématurément les dents de lait, si un mauvais entretien de la bouche hâte leur chute, les dents de remplacement n’éprouvant plus à leur sortie l’obstacle nécessaire qu’y avait mis la nature, apparaîtront trop vite, ne trouveront pas sur un maxillaire rétréci la place qui leur est nécessaire, ou se développeront en contact av^c des dents cariées. De là des difformités, des souffrances, qui seront un souci continuel pour le reste de l’existence.

Il ne faut enlever les dents de lait que lorsque leur présence est un obstacle à l’accroissement et à la direction régulière des nouvelles dents. Si, dans ce cas, on différait leur extraction, il pourrait en résulter des déviations longues à guérir, bien qu’au moyen d’appareils spéciaux nous réussissions presque toujours à redresser les dents et à les rétablir dans une position normale. Mais ces redressements exigent quelquefois beaucoup de temps, des soins minutieux, le sacrifice de bonnes dents pour faire de la place, et, ainsi que nous l’avons déjà dit, il vaut mieux prévenir que guérir (I). On peut comparer les dents d’un enfant à un jeune arbre. Leur

(1) Les parents croient souvent qu’eu faisant arracher une dent on peut arriver à redresser les dents voisines. Rien n’est plus erroné, le plus souvent, que cette opinion.

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beauté, leur direction dépendront entièrement des soins qu'on en aura pris dans leur jeunesse.

On ne saurait croire combien sont nombreux les accidents que peuvent produire les dents de lait, et à quel point ces accidents peuvent souvent embarrasser le praticien le plus instruit. Pour en donner un exemple, nous citerons l'observation suivante que nous avons récemment publiée dans notre journal l'Art dentaire. ~

Désordres causés par la présence d’une dent de lait chez un sujet âgé de trente-deux ans. — Tumeur considérée comme un cancer du maxillaire par plusieurs médecins. — Extraction de la dent. — Guérison.

Mademoiselle X. . . . , âgée de 32 ans, est venue nous consulter récemment pour une tumeur à l'angle du maxillaire inférieur du côté droit. Cette tumeur, qui résistait à tous les traitements, avait été considérée comme cancéreuse par plusieurs chirurgiens, et on avait parlé d’enlever l'os maxillaire.

Nous examinâmes l'intérieur de la bouche avec le plus grand soin, et nous découvrîmes que des deux côtés de la mâchoire il existait deux grosses molaires de première dentition qui avaient persisté et arrêté la venue d’une des petites molaires de chaque côté. A droite, la première et la deuxième

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grosse molaire étaient vacillantes, tandis que la molaire de première dentition conservait toute sa solidité.

En exerçant une pression sur la partie malade, on en faisait sortir une quantité assez considérable de pus.

Nous crûmes d’abord aussi que le maxillaire était malade. Mais un examen très minutieux, répété pendant une seconde séance, nous fit penser que la tumeur était peut-être causée par la présence des racines d’une dent de lait logée dans les alvéoles.

La recherche de ces racines devait être extrêmement difficile, vu l’état des gencives.

Nous commençâmes par extraire une des dents de lait, et dans le but de dilater l’ouverture et de modifier la suppuration, nous y introduisîmes du coton imbibé d’eau phéniquée. Mais nous n’obtînmes aucun résultat ; la tumeur persistait et les molaires restaient ébranlées.

Nous enlevâmes alors la première grosse molaire de la deuxième dentition, ce qui n’amena encore aucun soulagement. Nous eûmes alors recours à l’application de petites flèches de chlorure de zinc que nous introduisîmes dans les ouvertures laissées par les dents arrachées.

Après l’application de ce caustique, répété à dix

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jours d’intervalle, nous eûmes la satisfaction de voir apparaître à l’extrémité de l’orifice une grosse molaire de première dentition, presque complètement privée de sa couronne. Nousl’enlevâmes facilement.

La tumeur disparut bientôt, et, au bout d’un mois, la malade était complètement guérie, prouvant ainsi, une fois de plus, la justesse de l’axiome: Sublata causa tollitur e/fectus.

Ce n’est pas du reste chose rare de voir les dents de première dentition persister pendant un temps fort long. Il n’est pas de semaine où l’on ne nous amène des jeunes personnes de seize à vingt-cinq ans, ayant conservé jusqu'à cet âge des dents de première dentition, dont la plupart sont souvent cariées. Les conséquences de ce défaut de soins sont faciles à comprendre : les dents de première dentition, ayant persisté au-delà de la limite de temps qui leur est assignée, empêchent la sortie régulière des dents de deuxième dentition, qui ne font leur apparition que lorsque les dents de première dentition finissent par leur faire place.

Il nous arrive fréquemment d’être consulté par des jeunes personnes sur le point de se marier et dont certaines dents sont chancelantes. Après examen, nous découvrons presque toujours que les dents appartenant à la première dentition ne peu-

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vent plus être remplacées par des dents permanentes l’époque de leur évolution étant passée. 11 faut avoir alors recours à des pièces artificielles qu’on eût évité en s’adressant en temps opportun à un dentiste expérimenté.

L’irrégularité dans l’arrangement des dents permanentes, surtout des canines et des incisives, est très fréquente. Elle détruit toute l’harmonie des traits.Ilpeuten résulter encore divers inconvénients: des excoriations, des ulcérations des muqueuses, une gêne dans les mouvements latéraux des mâchoires, une certaine difformité de la face, etc., etc.

Le traitement des déviations des dents a été l’objet de nos plus sérieuses préoccupations et de nos travaux assidus ; il occupe une très grande place dans notre musée. Le succès a couronné nos efforts. Le traitement que nous employons varie à l’inGni, selon les causes et la nature delà déviation. Parfois nous arrivons instantanément au redressement par une opération délicate. Le plus souvent le traitement est long. Nous employons alors des appareils de notre invention, basés à la fois sur la dynamique et la physiologie, au moyen desquels nous obtenons des résultats dont la perfection étonne ceux qui en sont témoins.

Nous ne saurions trop adjurer les mères de famille de bien réfléchir avant de permettre l’extrac-

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tion d’une des six dents de devant, et de consulter toujours au préalable un dentiste compétent. Elles éviteront ainsi ces erreurs journalières, ces extractions si commodes qui doivent tout arranger en un clin d’œil et dont le résultat définitif est trop souvent de détruire toute l’harmonie de la bouche et la beauté de la physionomie.

Si nous insistons de toutes nos forces pour qu'on n’enlève pas prématurément les dents de première dentition et qu’on les conserve pour tout le temps qu’elles doivent durer, nous insisterons aussi pour que ces dents de première dentition ne persistent pas dans les mâchoires au delà du temps que la nature leur a donné — car il en résulterait d’autres inconvénients, différents sans doute, mais tout aussi graves. Si la nature n’a pu faire un effort suffisant pour se débarrasser des dents de première dentition, celles de seconde ne pourront apparaître que très tardivement. Nous verrons fréquemment des dents de lait persister dans les mâchoires — et tomber à tous les âges sans exposer de voir les dents apparaître. Combien de fois n’avons-nous été consulté par des jeunes filles de 18 à 20 ans possédant des dents branlantes prêtes à tomber ; et malheureusement nous ne pouvions leur offrir que de les remplacer par une pièce artificielle.

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On comprend par ce qui précède la nécessité de soigner les dents de première dentition aussi bien que les dents permanentes. Nous pouvons ajouter encore que, si on laisse se carier et, par suite, tomber les dents de première dentition, il en résulte un rétrécissement des arcades dentaires, qui s'oppose ensuite à l’évolution régulière des dents de deuxième dentition ; il faut donc faire aurifier les dents de première dentition et les soigner absolument comme si elles ne devaient pas être remplacées par de nouvelles dents.

En Angleterre et aux Etats-Unis, les parents sont beaucoup plus instruits sous ce rapport qu’ils ne le sont en France, car dans la bibliothèque de toutes les familles existent des ouvrages spéciaux où chacun vient puiser tous les renseignements qui peuvent lui être utiles.

Les accidents qui accompagnent la seconde dentition sont généralement moins graves que ceux consécutifs à la première. Us cèdent au même traitement.

Il arrive quelquefois que la dent de sagesse comprise entre la maxillaire et la molaire voisine n’a pas assez d’espace pour sortir. On est alors obligé d’extraire cette dernière, opération qui présente souvent de sérieuses difficultés en raison de l’irrégularité des racines de ces dents.

On peut dire, en thèse générale, que les dents de

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sagesse sont celles dont la sortie donne lieu au plus grand nombre d’accidents dont la cause est souvent complètement méconnue. Fréquemment nous avons été appelé par les plus éminents chirurgiens tels que Nélaton, Ricord, Gosselin, Richet, Péan, Panas, Yerneuil, etc., pour des cas analogues. Le praticien le plus instruit peut s’y tromper. A ce sujet, nous citerons l’observation suivante, faite sur lui-même, par le docteur Fiard :

« Pendant l’été, dit ce médecin, je fus atteint d’une légère douleur de gorge bientôt suivie, au mois de novembre, d’une violente inflammation de l’amygdale droite, combattue par une application de vingt-cinq sangsues, de sinapismes, qui la firent cesser. La gorge continua d’être douloureuse ; elle le devint insensiblement davantage ; la déglutition était fort difficile. Tous les moyens furent vainement mis en usage jusqu’au commencement de 1823. Les médecins et les chirurgiens les plus distingués de cette époque ne purent, pas plus que moi, en reconnaître la cause et m’apporter le moindre soulagement. Je refusai un traitement antisyphilitique auquel un illustre chirurgien voulait me soumettre, aucun antécédent ne pouvant faire supposer une cause spécifique.

« Je ne cessais d’examiner le fond de ma bouche, d’explorer tous les jours le lieu où siégeait la dou-

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leur, on n’y voyaitrien qu’un gonflement de l’amvgdale droite; toutes mes dents étaient saines, les gencives dans une intégrité parfaite. En somme, j’étais presque décidé à me faire enlever l’amygdale lorsque, en explorant l’arrière-bouche, je remarquai que la dent inférieure gauche, dite de sagesse, manquait : en pressant contre l’apophyse coronoïde, j’éprouvai une douleur sourde. J’avais peine à comprendre qu’elle pût être en rapport avec l’amygdale droite et, en général, avec tout le côté droit de la gorge ; cependant, sans avoir d’idée arrêtée, je soulevai avec un stylet la partie des chairs qui recouvraient, sans présenter aucune altération de couleur, la partie postérieure de la deuxième molaire. J’y sentis un corps dur, et surmontant la douleur de l’exploration, je devins certain qu’une large et très grosse dent, parfaitement sortie de son alvéole, gisait dans les chairs. Je saisis un bistouri et incisai largement la gencive d’arrière en avant : le soulagement et la disparition des douleurs furent subits, mais les deux lambeaux durent être excisés et cautérisés ; enfin, la dent mise à découvert me montra l’inutilité des moyens précédemment conseillés etla cause unique de mes longues souffrances, qui cessèrent. »

Il n’est pas de mois où nous ne voyions des cas analogues se présenter, et il n’est pas d’années où

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nous ne soyons appelé plusieurs fois en province pour faire ex.traire des dents ayant amené de tels désordres que les individus ne peuvent ni manger ni parler — la dent de sagesse est souvent la cause des plus grands désordres.

Les parents ignorent généralement que les quatre premières grosses molaires permanentes apparaissent généralement vers l’âge de six h sept ans. Ils les prennent pour des dents de la première dentition, destinées à être remplacées par d’autres et ne leur font donner aucuns soins lorsqu’elles sont attaquées par la carie.

Or la perte de ces molaires, outre qu’elle peut entraîner la déviation des arcades dentaires, amène inévitablement la chute des dents de devant, qui ne peuvent supporter le travail auquel les condamne l’absence des molaires.

Parmi les accidents de la seconde dentition que nous observons le plus fréquemment, il en est encore un que nous ne pouvons passer sous silence. Nous voulons parler de ce que l’on pourrait nommer la superposition ou chevauchement des dents. Ce sont surtout les petites incisives ou la canine qui se présentent de cette façon, cette difformité donne à la physionomie une expression particulièrement inintelligente. L’extraction ne faisant que remplacer une difformité par une autre, nous nous

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refusons absolument à la pratiquer dans les cas analogues. Un redressement progressif suffit presque toujours pour remédier à cet accident. Les gravures que contient le chapitre de cet ouvrage consacré au redressement des dents et qui ont toutes été dessinées d’après nature, montrent à quel point il est possible — sinon facile — de redresser les dents les plus déviées.

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