DU TRAITEMENT DE LA CARIE
Facilité de guérir radicalement la carie quand elle est traitée au début — Traitement des divers degrés de la carie. — Carie de l’émail. — Carie ayant mis la pulpe à nu. — Utilité et difficulté de l’aurification. — Traitement préalable de la dent. — Procédés divers d’obturation des dents autres que l’aurification. — Mastics, ciments, amalgames.
De toutes les affections dentaires, la carie est généralement la plus facile à guérir. Quand elle est traitée à temps, c’est-à-dire lorsque la denture et surtout la pulpe n'ont pas été mises à découvert, elle peut être enrayée de façon que les dents se conservent ensuite toute la vie. Malheureusement il est rare qu’on songe à recourir au dentiste au début même de la carie : on attend qu’elle ait fait des progrès, et alors son traitement devient délicat et difficile, et les chances de conservation de la
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dent bien moins nombreuses. Souvent un client, auquel nous témoignons le regret que nous cause le retard qu’il a mis h faire soigner une dent cariée, nous répond, croyant se défendre du reproche fait à sa négligence : « Mais elle ne m’a jamais fait mal. Comment donc aurais-je pu songer à voir un dentiste ? » Cette réponse, qui nous a été faite bien des fois par des personnes intelligentes et instruites, nous a toujours étonné. Il nous semble en effet que le plus simple raisonnement suffirait pour montrer que c’est précisément pendant qu’une dent cariée n’est pas douloureuse qu’on peut agir sur elle et en pratiquer l’obturation. Si on attend, la cavité delà dent s’agrandit chaque jour, ses parois s’amincissent, la pulpe se dénude, et, l’opération devenant beaucoup plus difficile, le succès en est compromis. On n’attendrait pas les cruels avertissements de la douleur, si l’on savait que, parmi les diverses espèces de carie, les unes douloureuses et les autres qui ne le sont pas, les dernières sont peut-être les plus envahissantes. On voit des caries de cette espèce faire pour ainsi dire le tour de l’une et de l’autre arcade dentaire et détruire toutce qu’ellesontatteint, sans que le sujet ait souffert un seul instant. La carie est un mal qui souvent se propage de proche en proche, mais qui a moins de tendance à se reproduire quand, une
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première fois, on Fa complètement détruit sur piace, à moins qu’il ne soit lié à un vice de constitution, tel que scrofule, scorbut, etc. Dans ce cas, on doit recourir à un traitement généra' qui ne dispense nullement du traitement local.
Il nous arrive souvent d’être consulté par des personnes qui croient que nous pouvons facilement guérir des dents tellement gâtées qu’elles sont presque transformées en chicots: quelle résistance veuton qu’offre à l’aurification une couronne aussi peu épaisse que la coquille d’un œuf ? Sans doute on peut encore, à la rigueur, aurifier une pareille dent ; mais outre que le succès est loin d’être certain, que de temps, de patience et d’habileté faut-il au dentiste pour arriver à un pareil résultat ! Certains dentistes laissent croire au public qu’au moyen de pansements de leur invention, ils arrivent à calmer les douleurs de la carie et peuvent facilement, ensuite, plomber les dents malades; c’est là un leurre dont tout praticien sérieux ne devrait jamais bercer les malades. Certes, une pareille méthode peut enrichir le dentiste qui la pratique; mais elle prouve de sa part, ou une grande ignorance, ou un charlatanisme plus grand encore.
Les dents ainsi pansées, puis plombées, sont des dents qu’on sera forcé de faire extraire dans un
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bref délai, et c’est en pure perte que le client a subi un traitement long, douloureux et surtout fort dispendieux. Lorsqu’on a laissé arriver une dent à un degré fort avancé de carie, la seule ressource est d’instituer un traitement rationnel et reposant sur de vrais principes, comme cela se pratique en Amérique, c’est-à-dire débarrasser complètement les canaux dentaires de leur pulpe, travail long et très difficile, puis les aurifier. Alors seulement le malade a de grandes chances de conserver sa dent, et peu de craintes d’accidents subséquents.
Le traitement des différentes formes de carie peut être résumé de la façon suivante :
Lorsque la carie n’a envahi que lés parties superficielles de -la dent, le traitement est fort simple. Il consiste à enlever avec des instruments convenables les parties atteintes par la carie et à remplir le trou ainsi pratiqué avec de l’or suffisamment tassé. Si cette opération est bien pratiquée, ce qui est extrêmement rare en France, car elle est fort difficile, et les praticiens sont encore peu expérimentés, la dent se conservera indéfiniment sans altération.
Si la carie a mis la pulpe à nu, et que celle-ci suppure, l’opération devient très compliquée et le salut de la dent est fort compromis. La seule chance de succès réside dans l’habileté de l’opérateur.
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Avant de procéder à l’aurification, la pulpe mise à nu devra, le plus souvent, être détruite, et les canaux dentaires devront être nettoyés jusqu’à leurs plus délicates extrémités. L’or sera introduit de façon à obturer exactement toutes ces parties. On comprend combien ce travail est difficile. Si l’opération et le traitement qui l’a précédée ont été parfaitement conduits, le malade a des chances nombreuses de conserver la dent atteinte.
En recouvrant, après traitement convenable, la pulpe d’une coiffe ou d’un ciment sur lequel on établira ensuite une aurification, on réussit quelquefois à guérir les dents cariées dont la pulpe est mise à nu, sans être obligé d’enlever cette dernière.
Si, à la suite d’une carie déjà avancée, il s’est formé à l’extrémité des racines des sacs purulents, ayant ou n’ayant pas déterminé de fluxion, les chances de guérison deviennent moindres que dans le cas précédent, et tout traitement se bornant à la cavité dentaire sera fatalement suivi d’insuccès.
Si, enfin, à la suite d’une carie très avancée, il se forme une inflammation du périoste alvéolodentaire, des exostoses, etc., le cas est aussi compliqué que possible, surtout s’il s’agit de grosses molaires. Nous disons : s’il s’agit de grosses molaires, parce que, pour les autres dents, la direction
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des racines est facile à reconnaître et qu’on peut souvent, par la paroi alvéolaire, vider et dessécher les abcès qui se sont formés. Cependant ces cas compliqués eux-mêmes ne sont pas au-dessus des ressources de notre art, mais ils réclament les soins de l'opérateur le plus exercé.
La plupart des dentistes ignorent absolument les soins compliquésqu’exigent les différentes sortes de caries. Plusieurs affirment hardiment que l’extraction est une opération à laquelle ils n’ont jamais recours et appliquent à toutes les dents un traitement uniforme consistant, soit en une cautérisation, soit dansl’application de substances calmantes le plus souvent inutiles. Quand le client est revenu subir cette opération un certain nombre de fois, s'il n’est pas rebuté par la longueur d’un traitement qui n’a souvent d’autre résultat que de remplir le salon du dentiste, et faire croire ainsi à une réputation imaginaire, l’opérateur applique un plombage, enfermant souvent ainsi le loup dans la bergerie, car les parties du nerf qui se trouvent enfermées dans la dent, ayant perdu leur vitalité, se décomposeront, et le pus formé ne pouvant s’échapper, il en résultera d’atroces douleurs ou une fluxion plus ou moins considérable. En résumé, le malade sera toujours obligé de faire enlever sa dent. Ce système de pansement n’est propre en
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réalité qu’à enrichir les dentistes qui l’exploitent, bien qu’il puisse séduire par son apparente simplicité et l’absence de la douleur au début du traitement (1).
Ajoutons que c’est presque toujours par la faute du client que la carie arrive à un degré tel qu’elle est au dessus des ressources de l’art. Toute carie commence par un point, visible seulement pour le dentiste , et qui va en augmentant chaque jour jusqu’à ce qu’il soit visible pour le client ; alors il est presque toujours trop tard pour y remédier. Si on traitait l’affection à son début, la guérison serait la règle invariable ; cette vérité est si bien comprise aux Etats-Unis, que les personnes qui ont les meilleures dents se les font examiner au moins tous les six mois par leur dentiste, et s’évitent ainsi de longues et pénibles opérations.
L’obturation de la cavité des dents avec de l’or ou aurification est une des plus difficiles opé-
(1) Ajoutons à ce qui précède que ces prétendus pansements sont indistinctement appliqués avec quelques variantes par ces dentistes à toute espèce de dents, même à celles qui pourraient être aurifiées immédiatement sans subir aucun traitement préalable, telles que les caries des premier et deuxième degré. Les dents auxquelles il est nécessaire de faire subir un traitement préalable, autre que l’enlèvement de la partie cariée avant l’aurification, sont en très petit nombre.
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rations de l’art dentaire, mais c’est la seule qui puisse limiter d’une façon absolue les progrès de la carie.
Pour bien des clients une aurification doit se faire d’après un tarif uniforme. Il suffit, pour comprendre à quel point la chose est impossible, de savoir que certaines aurifications ne demandent guère qu’un quart-d’heure de travail, lorsque d’autres exigent o à 6 séances d’une heure. Demander un tarif uniforme pour des cas si différents, c’est vouloir que 3 ou 4 visites d’un médecin se payent le même prix qu’une seule. Il y a en outre des dents qui emploient jusqu’à 28 à 30 fr. d’or, ce qui n’empêche pas certains clients de s’imaginer qu’on peut leur faire un pareil travail pour 20 francs.
Dans une aurification parfaite, l’or introduitdans la dent doit faire corps avec elle, comme si l’on avait coulé dans sa cavité le métal en fusion. Non seulement l’or comble exactement cette cavité, mais encore il reproduit la forme de l’organe et supporte ses parois sur lesquelles il se moule et qu’il soutient bien plus qu’il n’est soutenu par elles. Une dent dont la couronne était presque réduite à son émail acquiert ainsi la solidité d’un lingot. Cette opération est si délicate et si utile que certains dentistes, en Amérique, en font l’objet tout spécial de leur pra-
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tique, ety acquièrent une grande réputation. Disons que c’est aux Etats-Unis seulement qu’on comprend l’importance de l'aurification et qu’on la paye ce qu’elle vaut. Nous avons été les premiers à la décrire et à la pratiquer en France (Voir l’ Art dentaire, année 1857).
La qualité de l'or qu’on emploie pour l’obturation est loin d’être indifférente. Le battage et les différentes opérations qu'on fait subir à ce métal ont une influence considérable sur sa malléabilité et sa dureté. L’art de le préparer pour l’aurification des dents est extrêmement difficile, et ce n’est guère qu’aux Etats-Unis qu’il a atteint toute sa perfection.
Tous les pays du monde font venir leur or en feuilles d’Amérique; les seules maisons d’Abbey et de White, de Philadelphie, en fabriquent annuellement pour plusieurs millions de francs.
Avant d’introduire l’or dans la cavité de la dent, il faut toujours enlever la partie malade et disposer de façon à empêcher la chute de la matière obturante, lacavitéqu’on remplitensuite avec des feuilles d’or que l’on comprime au moyen de fouloirs et d’autres instruments.
L’aurification des dents, lorsque la pulpe est mise à nu par les progrès de la carie, est une opération délicate qui ne réussit pas toujours et qui
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nécessite toute l’habileté d’un dentiste très expérimenté. L’application d’une substance obturante, faite sans précaution sur la pulpe, amène infailliblement une inflammation très douloureuse, lasuppuration des tissus et le plus souvent la perte de la dent. Les moyens employés dans ce cas sont variés : les uns la recouvrent d’abord d’une feuille ou sorte de coiffe d’or qui repose sur l’ivoire qui l'entoure, et sur laquelle on introduit l’aurification sans toucher la pulpe. D’autres remplissent la concavité de la coiffe de pâte à l’oxychlorure de zinc. D’autres cautérisent d’abord la surface de la pulpe dénudée avec de l’acide phénique, la recouvrent de pâte à l’oxychlorure de zinc, et au bout de quelques jours recouvrent d’une obturation à l’or la partie superficielle dececiment. La méthode que nous employons varie suivant les cas, car il n’est permis de laisser la plus minime parcelle de la pulpe.
Quand la pulpe a été trop gravement atteinte, on la détruit avec un caustique, on extrait les nerfs des racines avec des instruments spéciaux, et on obture avec de l’or la cavité de la pulpe et des racines. C’est une opération extrêmement longue et fort délicate, car il n’est permis de laisser la plus minime parcelle de la pulpe.
MALADIES DES DENTS
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'igures 11 à 18.— Dents cariées destiné es à être restaurées comme les dénis ci-dessus
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Figures 19 à 42. — Instruments Préterre servant à l’aurification des dents.
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Figures 43 àJ70. — Instruments Préterre pour l'aurification.