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DU DÉCHAUSSEMENT ET DE L’ÉBRANLEMENT DES DENTS

Causes diverses du déchaussement et de l’ébranlement des dents — Influence considérable de l’accumulation du tartre. — Traitement du déchaussement et de l’ébranlement. — Exemples divers.

Le déchaussement des dents, leur ébranlement et leur chute ont pour causes principales :

L’envahissement de la dent et de la racine par le tartre ;

L’inflammation et la tuméfaction des gencives ; sa disparition ;

L’inflammation du périoste alvéolo-den taire ;

La résorption de Tavéole.

Ces causes peuvent agir séparément ou simultanément.

I/accumulation du tartre sur les dents, si facile à prévenir par des soins de propreté journaliers, est une des causes les plus fréquentes de i’inflamma-

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{ion des gencives et du périoste, et, par suite, du déchaussement, de l’ébranlement et de la chute des dents, qui en sont la conséquence.

MM. Littré et Robin, dans leur nouvelle édition du dictionnaire de Nysten, à l’article Tartre, après en avoir donné la composition chimique et démontré que sa formation est le signe d’un trouble de la sécrétion salivaire, dû le plus souvent à une perturbation des fonctions de l’estomac ou à une lésion de la muqueuse buccale, ajoutent : « 11 (le tartre) « amène le déchaussement des dents, leur ébranle- « ment, l’inflammation du périoste alvéolo-den- « taire, et hâte la chute de ces organes. On doit le « faire enlever lorsqu’il se forme, et en prévenir le « dépôt en lavant les dents une ou plusieurs fois « par jour. »

Quelques auteurs considèrent le tartre comme produit par des animalcules contenus dans le mucus buccal et le comparent au corail. Il est composé de phosphate et carbonate de chaux mélangé à des substances organiques.

Le tartre peut agir de différentes façons, soit en provoquant l’inflammation de la gencive et du périoste alvéolo-dentaire, soit en se déposant graduellement sur les racines, en les isolant des gencives et en faisant perdre ainsi aux dents leur solidité.

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Dans ce dernier cas et lorque le mal est arrivé à ce degré, il n’y a rien à faire qu'à remplacer les dents atteintes par des pièces artificielles. C’est alors que les patients regrettent amèrement de n'avoir pas suivi les conseils que nous avons donnés précédemment dans le chapitre de l'examen de la bouche et du nettoyage des dents.

Que de personnes avons-nous vues auxquelles nous aurions pu conserver leurs dents par de simples enlèvements de tartre ! Mais nous avons été incapable de les convaincre et de les faire revenir sur ce préjugé trop répandu, que le nettoyage des dents enlève l'émail et fait tomber les dents, alors que c’est le tartre uniquement qui les fait tomber.

Bien que les dents ainsi ébranlées par l’invasion du tartre dans les racines soient condamnées sans appel, il nous est arrivé à plusieurs reprises de réussir à prolonger leur existence de quelques années.

Nous extrayons de nos notes deux observations qui indiqueront la méthode employée et les résultats qu’elle nous a fournis.

M. le comte de Z..., de Barcelone, vint nous consulter, il y a une vingtaine d’années, sur la recommandation de M. le professeur Delpech. Nous diagnostiquâmes immédiatement un cas très grave de déchaussement avec ossification des alvéoles et

expulsion presque totale des dents de devant de la mâchoire inférieure, incisives et canines.

Le client ne voulait entendre parler à aucun prix d’extractions ni de pièces artificielles, et nous suppliait de lui conserver ses dents telles quelles. Nous nous décidâmes alors à tenter de les consolider au moyen d’une ligature appropriée faite avec des fils de platine. Cette opération réussit au-delà de nos espérances. M. le comte de Z... eut la satisfaction de conserver ses dents pendant dix ans encore. Nous devons ajouter qu’il eut la précaution de

venir trois fois de Barcelone à Paris, pendant ce laps de temps, pour nous faire changer les fils et refaire les ligatures.

Nous avons été également consulté, il y a environ six ans, pour un cas analogue, par le curé d’une des villes les plus importantes de la Bretagne. Le jour où nous le vîmes, les quatre incisives de la mâchoire supérieure étaient menacées d’une chute à ce point prochaine, que, dès le lendemain, l’une des incisives centrales tombait. La désolation de cet ecclésiastique était d’autant plus grande qu’il repoussait absolument toute idée d’extraction et de pièces artificielles.

Nous lui proposâmes alors non seulement de consolider les incisives restantes par une ligature, mais même de replacer et de maintenir

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au milieu des autres à sa place naturelle la dent tombée.

L’opération réussit également ; mais comme la maladie était, au moment où nous fûmes consulté, arrivée au dernier degré, les résultats ne durèrent que pendant cinq ans, au bout desquels le malade dut enfin se résigner à porter des dents artificielles dont il nous a d’ailleurs depuis témoigné sa satisfaction à plusieurs reprises.

L’envahissement des dents par le tartre se fait parfois sans douleur, mais il arrive fréquemment qu’il s’accompagne de l’inflammation des gencives et du périoste alvéolo-dentaire.

L’inflammation de la gencive se manifeste par un engorgement accompagné de rougeur et de tuméfaction. Lorsqu’elle est due à la présence du tartre, le malade éprouve le besoin de passer un cure-dents entre ses dents, comme si des parcelles alimentaires se trouvaient logées dans leurs interstices. Bientôt, quelle que soit la cause de l’inflammation, l’irritation se communique au périoste alvéolo-dentaire, la dent perd ses adhérences avec l’alvéole et ne tarde pas à tomber si l’on n’a recours aux soins d’un dentiste expérimenté.

L'inflammation des gencives s’observe très fréquemment chez les personnes anémiques. Elle s’accompagne souvent d’une suppuration légère qui

finit par décoller les gencives et amène la chute des dents.

C’est dès les premières atteintes du mal qu’il faut consulter le dentiste, sous peine, si l’on s’y prend trop tard, de voir tous les efforts du praticien échouer.

Entre une simple inflammation des gencives, produite souvent par un régime trop substantiel, le défaut d’entretien de la bouche, ou certaines dispositions congénitales, et l’inflammation accompagnée d’ébranlement, suivi de la chute des dents, il y a bien des degrés. Mais il ne faut pas attendre qu’ils aient été successivement franchis et ne pas hésiter à combattre le mal dès ses premiers symptômes.

L’inflammation des gencives, outre les dangers qu’elle provoque, a l’inconvénient de communiquer à l’haleine une odeur extrêmement désagréable.

J’ai parmi mes clients un médecin qui depuis plusieurs années était atteint de cette pénible infirmité, et que j’eus la satisfaction de guérir complètement après un traitement d’un mois.

L’inflammation des gencives est parfois suivie de tuméfaction, d’ulcération ; souvent aussi l’inflammation se communique au périoste et aux alvéoles.

Ces dernières finissent alors par se détruire en en-

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traînant la perte irrémédiable des dents auxquelles elles servaient de supports.

Le meilleur moyen de remédier au déchaussement et à l’ébranlement des dents est, comme nous l’avons dit, le nettoyage de ces organes par un dentiste habile. On y joindra utilement des lotions journalières avec une mixture tonifiante que nous avons composée spécialement pour cet usage.

Elle s’emploie, mélangée à de l’eau tiède dans la proportion d’un cinquième, en gargarisme répété sept à huit fois par jour. Cette solution est utile dans tous les cas où il y a inflammation des gencives. Quand les gencives sont déjà décollées, onia fait glisser pure avec u ne petite éponge sur la surface en contact avec la dent. On peut faire également usage d'une solution très étendue de sulfate de zinc.

Quelques petites saignées locales pratiquées avec la pointe d’une aiguille favorisent le traitement. Enfin, dans quelques cas, des applications de teinture d’iode, faites par une main expérimentée, suivant les conseils de Marchai de Calvi, peuvent rendre des services. 11 en est de même du chlorure de zinc et de l’acide chlorydrique. Mais le maniement de ces agents dangereux exige un grand discernement.

Les cures que nous avons obtenues par les moyens

que nous venons d’indiquer sont extrêmementnombreuses. Nous nous bornerons à citer les deux observations suivantes, qui résument en quelque sorte toutes les autres :

M.X..., avocat, âgé de trente-cinq ans, d’un tempérament lymphatique, a toujours joui d’une bonne santé. A la suite de fatigues prolongées, ses gencives devinrent molles, tuméfiées et douloureuses ; elles saignaient avec la plus grande facilité, et son haleine était extrêmement fétide. Bientôt ses dents devinrent vacillantes ; la mastication ne se faisant plus qu’imparfaitement, les digestions se troublèrent et des douleurs d’estomac se firent sentir. Ce malade avait consulté plusieurs médecins et essayé un grand nombre de médicaments : cautérisations, gargarismes avec solution de permanganate de potasse, etc., etc., le tout sans succès. Un de ses amis, docteur en médecine, l’engagea à venir nous consulter, et il s’y décida. Je lui prescrivis le traitement indiqué plus haut, et je badigeonnais moimême les parties des gencives qui étaient les plus malades avec une éponge trempée dans notre mixture. Les jours suivants, je les badigeonnais alternativement avec la teinture d’iode et la mixture, tantôt affaiblie et tantôt pure. Je conseillais en même temps de l’exercice, un régime végétal et l’usage des ferrugineux. Après deux jours de traitement, l’o-

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deur de l’haleine avait toutà fait disparu ; huitjours plus tard, les gencives n’étaient plus douloureuses, et au bout d’un mois le malade était complètement guéri. Il est reparti pour la province presque aussitôt après sa guérison ; mais nous l’avons revu plusieurs fois depuis, et sa bouche est toujours dans un état très satisfaisant, grâce aux précautions hygiéniques qu’il n’omet plus d’observer. Les maux d’estomac dont souffrait le malade, et qu’il ne savait à quelle cause attribuer, ont également disparu, ce qui démontre bien, une fois de plus encore, l’influence énorme que l’état des dents exerce sur la santé. Nous sommes bien convaincu et nous ne cesserons de répéter que le plus grand nombre des affections de V estomac résultent du mauvais état des dents (1). Nous pourrions citer par milliers les personnes que des médecins nous ont adressées depuis la première édition de cet ouvrage et que nous avons guéries de maladies de l’estomac qui ne reconnaissaient pour cause que l’état de leurs dents ou de leurs gencives. Nous nous bornerons, pour terminer, à citer l’observation suivante :

(1) Les maladies résultant directement ou par action reflexe d’une affection de l’estomac sont elles-mêmes fort nombreuses Tout récemment encore le docteur Destouche nous racontait l’histoire très curieuse d’un malade devenu hypocondriaque et mélancolique sous l’influence d’un état pathologique de l’estomac causé par l’état de ses dents.

Une jeune dame d’une figure charmante, mariée depuis peu de temps à un de nos artistes les plus en renom, ressentit, après six mois de résidence à Paris, des douleurs vagues dans les gencives, qui bientôt se tuméfièrent et devinrent saignantes. Pensant que cet état disparaîtrait comme il était venu, elle n’essaya pas de le combattre. Un de ses parents lui fit remarquer un jour que son haleine possédait une odeur désagréable. Cette observation la désola. Ne pouvant supposer que cette odeur provenait de ses gencives, elle se crut atteinte d’une maladie de l’estomac. Elle fit partager ses craintes à son médecin, qui la traita pour une gastralgie. Le ramollissement des gencives augmentait cependant chaque jour. Bientôt la mastication devint difficile, les digestions se firent imparfaitement, et la malade, qui maigrissait à vue d’œil, se confirma dans cette croyance qu’elle était atteinte d’une affection quelconque à l’estomac. Personne ne songeait à remonter à la cause de cette série de symptômes, lorsqu’elle vint chez moi pour accompagner une dame de ses amies qui désirait se faire aurifier une dent. Elle raconta son histoire en ma présence. En désespoir de cause elle allait partir pour je ne sais plus quelles eaux d’Allemagne. Je la priai de me laisser inspecter sa bouche, et quand j’eus reconnu l’état de ses gencives et de ses dents, je l’engageai à re-

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tarder son voyage de six semaines et à me laisser essayer de la guérir. Bien que doutant du succès, elle accepta. Je la traitais par les moyens indiqués plus haut, et un mois ne s’était pas écoulé qu’elle était complètement guérie. Je l’ai revue, il y a peu de temps, et la fraîcheur de son visage, son air radieux et son embonpoint indiquaient suffisamment qu’elle jouissait de la santé la plus parfaite.

Comme conclusion de ce chapitre, nous ne saurions trop recommander de s’adresser à un dentiste expérimenté et instruit aussitôt que des traces d’inflammation se manifestent sur les gencives ou que du tartre se dépose sur les dents. Au début, ce mal est facilement curable ; quand il est trop avancé, l’art est à peu près désarmé.

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