Une de pathologie dentaire
l'instruction dentaire
En dehors de ces collèges, plusieurs villes importantes de l’Amérique possèdent des journaux dentaires savamment rédigés tels que le Dental Cosmos , le Dental Register, Y American journal of dental science , le Dental Advertiser, et vingt’ autres, et des livres sérieusement écrits, exclusivement consacrés à l’art du dentiste. Toutes les découvertes, toutes les inventions y sont examinées et discutées avec soin. Dans la plupart des villes les dentistes forment entre eux des sociétés et se réunissent fréquemment pour se communiquer leurs observations sur l’art et discuter les procédés nouveaux. Les travaux de ces réunions périodiques sont ensuite examinés dans des congrès annuels qui ont lieu tour à tour au siège d’une des Facultés. Ces grandes assemblées déduisent, des comptes-rendus qui leur sont faits, des conclusions fécondes pour les progrès de l’art.
Telles sont les causes de la supériorité réelle et incontestée des dentistes américains.
Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent un dentiste américain a pour lui le savoir et l’habileté. En Amérique, un dentiste qui ne posséderait pas ces deux qualités serait bien vite obligé de renoncer à exercer sa profession. Le client américain a trop d’expérience et par suite est trop exigeant pour se contenter d’un travail à moitié réussi. Le moindre
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village des Etats-Unis possède un ou plusieurs dentistes aussi habiles que ceux des- grandes villes et toujours exercés par une nombreuse clientèle.
Tout concourt, du reste, à entretenir chez le dentiste américain l’amour de l’étude et à lui rendre la routine impossible ; tout concourt également, sur une bien autre échelle qu’en France, où quelques citadins aisés, seuls, s’occupent de leurs dents, à mûrir son expérience et à donner à sa main une grande dextérité. Les climats du Nouveau-Monde et la nature de ses eaux ont sur les dents une influence pernicieuse. Les Américains doivent avoir un soin particulier de leur bouche; ils ont tous recours au dentiste ; dès le bas âge ils suivent un traitement préservatif. Pour eux, les dents ont un prix inestimable : ce sont les organes indispensables de la prononciation, de la mastication et de la beauté.
A quelle source le dentiste a-t-il pu acquérir en France une instruction spéciale, entretenir et agrandir ses connaissances? Quels ont été ses moyens d’émulation ? Les Facultés de médecine sont restées à l’égard de l’art dentaire dans l’indiférence la plus complète. Le plus habile de nos docteurs est forcé d’avouer qu’il serait fort embarrassé pour aurifier une dent, et tout à fait incapable de mener à bien la moindre opération de pro-
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thèse. Les médecins qui veulent se faire dentistes doivent se résigner, hélas ! à devenir ouvriers dans un atelier, quand ils peuvent en trouver un, et à se façonner au système de la routine ; et quand songent-ils à embrasser cette nouvelle profession ? lorsque déjà ils ont échoué dans la leur, lorsque souvent ils sont déjà dans un âge avancé.
Les Facultés françaises ne possèdent pas de chaire pour l’instruction médicale et chirurgicale des dentistes ; il n’existait pas chez nous, il y a bien peu de temps encore, de réunions, de sociétés où les lumières fussent mises en commun et où l’intelligence et les travaux de l’un profitassent à l’autre. La revue mensuelle, l’Art dentaire , fondée par nous, a été pendant de nombreuses années le seul journal où les dentistes pouvaient s’initier aux progrès journellement accomplis dans les différentes branches de notre profession.
Les collèges dentaires qui viennent de se fonder timidement en France permettent d’espérer que cet état de choses cessera, mais ils sont de création trop récente encore pour avoir pu former des praticiens. Il leur faudra bien des années encore avant de pouvoir lutter avec l’Amérique.
La façon dont on devenait dentiste en France il y a bien peu de temps encore est beaucoup plus simple que ne pourraient le supposer les gens naïfs
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qui ont consenti à passer plusieurs années de leur vie dans les Facultés dentaires de l'Amérique, pour s'initier à toutes les parties de la profession. Rien n’est plus économique ni plus rapide. Vous achetez une clef de Garengeot, de six francs, vous saisissez la dent du sujet malade, et vous imprimez à l’instrument un mouvement de rotation. La dent vient ou ne vient pas. Si elle vient, le client est content et il paie, si elle ne vient pas, il n’est pas content. Mais alors vous tournez un peu plus fort, et, comme il vient toujours quelque chose, fragment de dent uu de mâchoire, à moins d'avoir affaire à un client cli fficile, vous arrivez à le satisfaire, et, comme dans le cas précédent, il paie toujours. Après avoir ainsi charcuté les mâchoires pendant une dizaine d'années, vous passez pour l'homme le plus habile de la localité. Si, à votre talent d’arracheur, vous joignez celui de plomber avec n’importe quoi les dents cariées, on vous fait venir de dix lieues à la ronde et vous êtes qualifié du titre de dentiste à l'instar de Paris. Qualification fondée, du reste, car il ne manque pas de dentistes à Paris qui n’en savent pas beaucoup plus long.
La fondation d’écoles dentaires en France nous fait espérer que dans quelques années nos confrères français pourront commencer à pouvoir lutter
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avec ceux de l’Amérique, mais ce ne sera qu’à la condition que leur éducation soit surtout pratique et ne se borne pas à des généralités théoriques plus ou moins étrangères à la profession.
Ce n’est pas assurément que nous contestions qu’une éducation première suffisante a pour premier résultat d’élever sensiblement le niveau intellectuel et partant social de l’homme qui l’a reçue, ce qui n’est pas déjà à dédaigner. Elle produit, en outre, ce résultat très pratique de le rendre apte à comprendre des choses qu’il est impossible de comprendre sans elle. Qu’on prenne l’ouvrage relatif aux dents le plus pratique qu’on puisse imaginer, et on verra qu’à chaque page ce qui est enseigné repose sur des principes de physique, de chimie, de mécanique, etc., qu’on suppose connus du lecteur. C’est à chaque instant que le dentiste se heurtera à ces sciences dans la pratique journalière, et, s’il les ignore, cette ignorance pourra lui coûter cher. Comment user sans danger d’un manomètre dans l’atelier si on ignore les principes de physique sur lesquels il repose ? À combien d’accidents expose le maniement des substances toxiques existant à l’atelier et au cabinet, quand on ignore leurs propriétés et leurs réactions ! Celui qui ignore la chimie mélangera un acide et une base sans se douter qu’ils se neutralisent, ou du chlorate de potasse
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avec certaines substances qui le feront immédiatement détoner. S’il ignore la physique, il croira pouvoir laisser sans danger auprès d’une source de chaleur une bouteille de fer contenant du protoxyde d’azote liquide, sans se douter que la pression des gaz croissant rapidement avec la température, il s’expose à une formidable explosion.
Lorsque nous voulûmes introduire en France l’emploi du protoxyde d’azote, nous n’avions sur sa préparation que les indications bien insuffisantes données dans les anciens livres, et un chimiste de profession, auquel nous nous adressâmes, considérait la préparation en grand de ce gaz comme fort dangereuse. Pour le préparer sur une grande échelle, le purifier d’une façon pratique, le transporter facilement, l’administrer sans danger, il nous fallut avoir recours à chaque instant aux notions théoriques de chimie, de physique et de mécanique que nous nous étions donné la peine d’acquérir.
11 ne faut donc pas dédaigner l’instruction théorique. Elle donne, outre l’aptitude à juger et à comprendre, des connaissances dont l’application se rencontre chaque jour dans la vie. Mais il ne faut pas oublier que sans une éducation pratique suffisante, l’éducation théorique sera aussi inutile que pourrait l’être la connaissance théorique de
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l’action du vent sur les voiles d’un vaisseau à rhomme qui n’aurait jamais navigué. Les deux éducations sont en réalité indispensables, et malheureusement ce que nous observons chaque jour, c’est que l’éducation pratique et théorique se rencontre rarement chez le même individu et que la premii're est généralement sacrifiée à la seconde.
Arriver à donner au jeune homme l’instruction théorique et l’instruction pratique, voilà ce qu’il faut absolument chercher, et nous ne considérons comme complète une instruction quelconque, littéraire, scientifique, ou simplement dentaire, que lorsqu’elle réunit ces deux conditions fondamentales.
L’ouvrage dont nous publions aujourd’hui une nouvelle édition est destiné à vulgariser (1) dans le public les connaissances relatives à l’art du dentiste.
Nous avons pensé qu’il serait bon de mettre à la portée de tous des connaissances dont l’utilité est aussi incontestable que méconnue. Le succès ob-
(1) Nous disons vulgariser, car ce livre est plutôt écrit assurément pour les geus du moude que pour les médecins et les dentistes, bien que nous pensions que ces derniers puissent y puiser plus d’un renseignement utile. 11 n’est eu réalité, du reste, que le résumé d’un grand traité de prothèse et de chirurgie dentaires, auquel nous travaillou depuis bien des années.
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tenu par les premières éditions de ce travail prouve qu’il répondait à un besoin. Nous n’avons rien négligé pour le rendre digne de la bienveillance avec laquelle il a été accueilli. Nous l’avons revu et corrigé avec le plus grand soin, nous y avons ajouté plusieurs chapitres importants, et nous avons intercalé dans le texte de nombreuses gra-
vures.