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INFLUENCE DE L’ÉTAT DES DENTS SUR LA SANTÉ ET LA BEAUTÉ

Utilité des dents — En quoi elles sont indispensables à la digestion. — Expériences des physiologistes à ce sujet. — Maladies de l’estomac et vieillesse anticipée produites par la perte des dents. — Influence de la perte des dents sur la prononciation. — Conséquences qu’entraîne généralement la perte d’une seule dent. — Insuffisance des soins donnés aux dents des enfants. — Influence des maladies des dents sur la vision.

Avant d'aborder l’étude des dents et de leurs maladies, nous croyons nécessaire de dire quelques mots de leur utilité.

La durée de la vie humaine est en raison du degré de perfection avec lequel s’exécutent les différentes fonctions du corps. De toutes ces fonctions, l’une des plus importantes est assurément la digestion ; car, aussitôt qu’elle est arrêtée ou qu’elle se

fait imparfaitement, toutes les autres s’interrompent bientôt ou s’exécutent d’une façon incomplète.

Pour que la digestion se fasse régulièrement, il faut que les aliments soient rendus parfaitement assimilables et pour cela il faut qu’ils aient été complètement broyés.

« Certaines parties végétales, dit le savant physiologiste Bérard, résistent complètement à l’action des sucs de l’estomac et du tube digestif. Or, si ces parties servent d’enveloppe à des principes nutritifs, il faut qu’elles soient entamées pour que ceux-ci soient digérés. Si une lentille, un haricot, un pois, voire même un grain de raisin, n’ont pas reçu un coup de dent ou n’ont pas été écrasés dans la bouche, ils traversent tout le tube digestif sans être attaqués, de sorte que la fécule et les principes azotés qu’ils renferment, n’ayant point subi l’action des sucs digestifs, sont perdus pour la nutrition. »

« Cet acte préparatoire est tellement important, écrit M. Oudet, qu’il ne saurait s’exercer incomplètement sans que des dérangements plus ou moins grands ne surviennent dans les fonctions digestives. Si, dans l’état de santé, cette influence se fait si souvent sentir, que sera-ce donc lorsque l’estomac ou les intestins seront le siège de quelque altération ? Les substances alimentaires parvenant à

ces organes, sans avoir reçu dans la bouche les modifications nécessaires, excitent, de leur part, un surcroît d'activité qui augmente nécessairement leur état morbide ; je ne saurais donc trop appeler l'attention des médecins sur la nécessité de prendre en grande considération la manière dont s'accomdlit la mastication chez des personnes atteintes d’affections des voies digestives. Il me serait facile de citer plus de soixante observations de maladies de V estomac ou de l’intestin qui auraient résisté longtemps aux secours de la médecine et que j’ai vues diminuer très sensiblement ou cesser entièrement par l’application d’un dentier qui permettait aux malades de pouvoir mâcher convenablement leurs aliments. » Les expériences de Réaumur ont démontré, depuis longtemps, que les aliments ne pouvaient être digérés qu’après avoir été parfaitement broyés. Il fit avaler à des moutons des tubes remplis d'herbe imbibée de salive. La trituration seule manquait à cet aliment, et cependant, deux jours après son ingestion, il n'avait encore subi aucune modification. Spallanzani rendit cette expérience encore plus concluante : il fit avaler à un mouton des tubes contenant les uns de l'herbe mâchée, les autres de l'herbe entière. L’herbe mâchée fut seule digérée, celle qui ne l’avait pas été resta intacte.

On peut affirmer, sans crainte d'être démenti

par les faits, que les trois quarts des affections de l’estomac résultent d’une mastication insuffisante des aliments. « Tout individu qui mâche incomplète tement par suite du mauvais état des dents ou « de la muqueuse buccale, ou par suite de précipi- « tation, dit le docteur Duran l-Fardel, dans un Mé- « moire présenté à la Société d’hydrologie, est à « peu près infailliblement dyspepsique. »

Cette opinion est celle, du reste, de tous les auteurs quiontécrit sur cette question, tels que le docteur Leven ; elle se trouve formulée notamment dans un travail tout récent de M. le professeur Mialhe, sur ta Dyspepsie par cause de mastication ir suffisante. Bien souvent on traite les individus atteints de ces maladies par tousles moyens possibles et sans succès. Si l’on cherchait à remonter à la cause du mal, on la trouverait dans l’état des dents, et il serait facile alors d’y remédier. Que d’existences empoisonnées et abrégées faute de dents.

C’est là une vérité bien souvent méconnue et sur laquelle on ne saurait trop insister. A tout âge, surtout pendant, la vieillesse, les dents sont indispensables pour faciliter, par la trituration des aliments, les fonctions de l’estomac devenu plus paresseux, et éviter les infirmités qu’entraîne une mauvaise digestion. Que de fois cette phrase : Je n’ai plus besoin de dents parce que je suis vieux> a

déjà sonné à nos oreilles ! A ceux qui nous tiennent ce raisonnement nous répondons toujours: Vous avez besoin de dents précisément parce que vous êtes vieux et que votre estomac a moins de puissance digestive. Si vous ne pouvez plus mâcher à un âge où vous avez absolu menl besoin de réparer vos forces, tout le cortège d’infirmités qui poursuivent les malheureux dont l’estomac fonctionne mal vous attend.

L ’ Union médicale contenait, il y a quelques années, le récit d’un fait observé par M. le professeur Gueneau de Mussy et qui vient tout à fait à l’appui de ce qui précède. Il s’agit d’un vieillard entré à l’hôpital dans un état véritablement squelettique, et se plaignant d’une diarrhée dont le début remontait à douze ans. Cet homme avait tout l’aspect d’un phthisique parvenu au dernier terme de la cachexie. La poitrine et le ventre n’offraient cependant aucun signe de tuberculisation. À la visite, on trouva qu’il avait les gencives fongueuses, noirâtres, et que, pour toutes dents, il ne lui restait que des chicots entourés d’abcès. On les enleva ; on toucha les gencives avec la teinture d’iode ; on donna le sous-nitrate de bismuth à l’intérieur, et le malade guérit au bout de trois ou quatre semaines.

Les faits de cette nature ne sont pas rares, et chaque jour, nous sommes à même de les obser-

ver. Que de maladies de l’estomac ou d'affections nerveuses, de névralgies cruelles dues à des digestions imparfaites résultant du mauvais état des dents, et auxquelles un dentiste habile saura facilement remédier !

Les dents jouent un rôle non moins important dans l’articulation des mots que dans la mastication des aliments. Leur perte entraîne la projection de salive hors de la bouche, l’aplatissement, et, par suite, le manque de sonorité de la voûte palatine, rend la prononciation difficile en même tempsqu’elle détruit complètement la beauté du visage. Telle est la cause qui rend difficile l’articulation des mots chez les vieillards. On a depuislongtemps remarqué qu’un individu dont la voûte palatine est trop aplatie ne peut jamais être un brillant orateur.

Ce qui précède démontre d’une façon rigoureuse l’utilité des dents et la nécessité de tout faire pour conserver ces précieux organes.

Beaucoup de personnes cependant considèrent comme insignifiante la perte d’une dent, sans se douter que cet accident entraîne souvent le déplacement de toute une arcade dentaire, i’aplat.issement de la voûte palatine et la déformation consécutive de la face. Les dents restantes chevauchent alors l’une sur l’autre et quelquefois s’ébranlent au point de tomber.

Nous traitons précisément en ce moment une jeune fille chez laquelle la perte d’une seule grosse molaire a amené le chevauchement de toute l’arcade dentaire supérieure et la projection des incisives en avant.

Dès qu’on a perdu une, et à plus forte raison plusieurs dents, il faut immédiatement se faire examiner la bouche par un dentiste assez instruit pour voir si les dents restantes ont besoin d’être maintenues par des dents artificielles, ou si cela est inutile. Car, si une dent artificielle est le plus souvent indispensable ou simplement utile, elle peut quelquefois être nuisible. Dans tous les cas, la perte d’une dent est un avertissement d’avoir à mieux soigner les autres, à les faire aurifier si elles sonl gâtées, à les faire nettoyer si elles sont enduites détartré. Généralement, unedent cariée est rarement seule atteinte, et mieux vaut prévenir que guérir.

Parmi les causes les plus fréquentes de la perte des dents, on peut citer au premier rang l’absence des soins qu’elles devraient recevoir pendant l’enance, c’est à-dire précisément à l’époque de la vie où ils seraient le plus indispensables. Il est triste de voir des enfants, à peine sortis de pension , avoir déjà perdu plusieurs dents ou ne plus posséder que des dents à moitié gâtées, impropres à remplir leurs fonctions. Non-seulement ils sont défigurés,

mais encore condamnés à de douloureuses affections de l’estomac par la plus profonde imprévoyance.

Pourrait-il en être autrement? Evidemment oui, puisque nous n’observons rien de pareil en Amérique où, ainsique nous l’avons bien souvent répété, les dents sont, à tous les âges de la vie, l’objet des soins les plus assidus, et où de nombreux dentistes sont attachés spécialement à toutes les maisons d’éducation. En France, les établissements d’instruction importants ont bien en général un dentiste, mais combien insuffisant est son rôle? Une heure ou deux tous les quinze jours pour examiner, — comme à l’institution de la Légion d’honneur, par exemple, — les dents de deux cents jeunes personnes, voilà ce qu’on lui accorde. Dans cette inspection quasi-militaire, il doit non-seulement voir les affections à traiter, et cela dans des enfants qui, par crainte de la souffrance, se soustraient, autant que possible à son examen, mais encore pratiquer les opérations nécessaires. Un dentiste à demeure aurait certainement de quoi occuper ses loisirs pour traiter convenablement un pareil personnel. C’est surtout chez les enfants, en effet, que les soins sont les plus nécessaires. On comprend que, dans des conditions semblables, le meilleur praticien doit borner son rôle à l’extraction pure et simple

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des dents ou à des plombages sommaires qui le font redouter et amènent les malades à se soustraire, excepté en cas de graves souffrances, à ses soins.

A qui s’en prendre? Instituteurs, enfants et parents ne se soucient guère du dentiste. Instituteurs et enfants sont dans leur rôle. Les premiers redoutent la dépense ; les seconds, la souffrance. Mais les parents, quelle cause pourraient-ils invoquer autre que leur ignorance ? C’est là sans doute une bien triste excuse, d’autant plus qu’ils n’ont besoin que de se souvenir de cet axiome que nous avons écrit en tête de notre livre : Pas de dents, pas de santé! et, pourrions-nous ajouter aussi, pas de beauté. Sans doute, pour un homme, la beauté est un élément accessoire de bonheur, mais pour la femme, dont le principal rôle est de plaire, qui oserait dire qu’il en est ainsi ? Une bouche repoussante chez une femme rend toujours cette femme repoussante.

S’il est nécessaire de soigner ses dents quand elles sont saines, afin de ne pas les perdre, il est indispensable de les traiter quand elles sont malades ; chacun connaît le mal de dents, et il est inutile d’insister sur ce point. Nous dirons seulement qu’une dent malade engendre parfois des maladies telles que des troubles sérieux de la vue et de l’audition, dont on recherche ensuite vainement les causes. Citons-en un exemple tout récent.

M. X... se présente à notre consultation, il souffrait depuis plusieurs anrées de névralgies dentaires qui avaient altéré sa santé générale et déterminé des troubles dans les organes de la vue et de l’audition qui s’affaiblissaient chaque jour. L’examen attentif de sa bouche nous fit découvrir, au niveau de la gencive recouvrant la racine de la canine droite supérieure, arrachée depuis plusieurs années, une saillie fort sensible Sur les renseignements donnés par notre client, nous supposâmes que cette racine, brisée pendant l’extraction de la canine, était restée dans l’alvéole et déterminait par sa présence les troubles visuels observés.

Malgré son étonnement et ses doutes, le malade nous autorisa à rechercher la racine dont nous supposions l’existence. Nous débridâmes la gencive et finîmes par trouver dans l’alvéole un fragment mesurant 5 millimètres de longueur à peine, dans son plus grand diamètre, sur lequel se trouvait greffée une poche fibreuse très adhérente de 15 millimètres de longueur sur 2 ou 3 de largeur. Quelques jours après l’opération, notre client avait complètement recouvré l’usage delà vue. Dans un travail sur les affections oculaires les plusgraves telles que la cécité, déterminées par les maladies des dents et que nous avons reproduit dans notre journal l’Art dentaire , le docteur Galezowski a cité de

nombreux cas analogues et il ne se passe pas de jours sans que nos plus célèbres ophtalmologistes nous envoient des malades chez lesquels les troubles visuels n’ont d’autre origine que le mauvais état des dents.

Nous aurions pu citer aussi plusieurs observations de surdité causée par le mauvais état des dents, guéries par les soins donnés aux dents ou leur extraction ou même par la pose d’un dentier. Mais cela nous entraînerait trop loin et nous nous contenterons de signaler ces faits.

On voit, par tout ce que nous avons dit dans ce chapitre, quelle influence l’état des dents peut avoir sur la santé, et combien il importe de tout faire pour conserver d’aussi précieux organes. Nous allons montrer, dans la suite de ce travail, qu’il suffit de quelques soins pour obtenir ce résultat.

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